20/02/2009 à 17h45

Le porno lesbien encore balbutiant

Têtue"

Les lesbiennes et la pornographie. Voilà un sujet brûlant qui continue de passionner les filles, et de les diviser. Leur avis sur la question ne souffre aucune tiédeur : certaines adorent, et peuvent même devenir de vraies obsédées, beaucoup d'autres détestent. Mais les films de lesbiennes réalisés par des lesbiennes pourraient changer la donne.



Post Apocalyptic Cow Girls (Bleu Productions)

Beaucoup de lesbiennes ne sont pas excitées par les images de leur sexualité « nue », elles ont besoin d'un scénario ou d'une rêverie pour enrober leurs pulsions. Elles ne trouvent pas d'intérêt à voir sur écran ce qu'elles préfèrent vivre dans leur chambre à coucher.

« Même si ce genre de films peut avoir un effet excitant, ce n'est pas comme ça que j'envisage ma sexualité, explique Za, une Nantaise de 33 ans. Je préfère le contact et le réel plutôt que de voir ça sur un écran. Je suis mille fois plus excitée par la respiration d'une partenaire réelle que par un film porno, qui n'est pour moi que le reflet d'une excitation purement mécanique, et qui, en tant que tel, n'a pas grand intérêt. »

Aux pornos, elle préfère ses « fantasmes » et autres « délires intellectuels » sur lesquels elle peut se laisser aller librement. Peut-être une façon d'échapper au fait que les lesbiennes ont toujours été hyper présentes dans l'imaginaire sexuel hétéro masculin, en rejetant en bloc le porno, assimilé à une « pratique sexuelle », pour une sexualité plus soft.

« Je préfère un film érotique plutôt qu'un porno. Je suis plus attirée par ce qui est suggéré que par ce qui est présenté crûment », poursuit Za.

Excitée par les pornos gays ou hétéros

Pour d'autres, qui préfèrent également l'érotisme lesbien à la pornographie, il est plus facile de se réfugier dans l'univers du porno gay, où elles peuvent projeter ce qu'elles veulent sur deux garçons qui baisent ensemble.

Anne, Parisienne de 30 ans, est beaucoup plus excitée par les pornos gays ou hétéros, car pour elle « la vue d'un pénis dans un cadre uniquement porno » est excitante :

« En revanche, je suis beaucoup plus émoustillée par une scène érotique lesbienne du genre de celles vues dans The L Word, que par n'importe quelle scène de baise hétéro dans un film non-porno. C'est sans doute là que se joue la différence entre le fantasme et l'identification. »

Avoir un pénis –ou lui substituer un sex toy– et vivre les scènes de séduction ou de sexe vues dans les films sont des fantasmes partagés par beaucoup de filles. Ainsi, la rédactrice en chef d'une revue lesbienne étrangère est, elle aussi, davantage excitée par les pornos gays.

Mais elle souhaite rester anonyme, car ce n'est pas politiquement correct pour une lesbienne de dire que la vue d'un sexe d'homme, hors contexte, peut être excitante. Pourtant, certaines adorent s'imaginer baiser une autre fille avec un pénis, vivre une sexualité de gay à l'intérieur d'un corps de fille.

Pour d'autres, la pornographie est un élément essentiel à leur épanouissement sexuel. C'est le cas de la journaliste Tatiana Potard, une des rédactrices de notre premier dossier sur le porno lesbien (Têtu n°99).

Elle assume son envie de cul et en a même tiré un livre, Sex Addict (éditions KTM) :

« Ce que j'attends d'un porno, lesbien ou pas, c'est qu'il m'excite physiquement ou intellectuellement, qu'il éveille quelque chose sur le plan du fantasme ou sur le plan physique. Je n'ai pas honte de dire que je regarde des pornos hétéros, gays et lesbiens depuis je suis adolescente. Et je ne regarde pas ce genre de films pour me retrouver à travers ces images. Une sexualité évolue tout au long d'une vie. Et la mienne n'est pas figée. »

L'« érotisme gnangnan [la] fait profondément chier », et elle préfère nettement « une scène bien filmée, avec des nanas bandantes, et un fond de bonne musique rock ».

Ce qu'elle trouve dans une nouvelle génération de pornos identifiés comme queer et pas seulement lesbiens, type One Night Stand, d »Emilie Jouvet, en France, ou les films de Pink and White.

Ce studio de San Francisco a produit Crash Pad, qui est devenu une web-série, et In Search of The Wild Kingdom, très rythmé, cru, chaud, où le sexe ne s'embarrasse pas de manières, et où les lesbiennes semblent s'affranchir de leur culpabilité face au hard.

Envie d'une véritable culture cul

Sandrine, elle, attend avec impatience l'ouverture « de backrooms lesbiennes avec diffusion de pornos en boucle ». Son amie, Marie, sur la même longueur d'onde, a longtemps « envié » la véritable culture du cul développée par les gays : leurs pornos, leurs saunas, leurs backrooms.

Elle est comblée depuis qu'elle a découvert « les films Erocktavision de Dana Dane, avec exactement les filles très féminines qui (l)'excitent ».

Dans la catégorie sado-masochisme lesbien, actrices très féminines et esthétique léchée, les films de Maria Beatty s'imposent comme des classiques du porno lesbien. Ses films les plus connus : The Black Glove, The Elegant Spanking, Ladies of The Nights sont des plongées dans l'intériorité de la réalisatrice avant d'être des expériences érotiques, où la musique et bien sûr, la photographie et le cadrage sont prédominants.

La réalisatrice américaine construit depuis plus de quinze ans une oeuvre qui dépasse par sa cinématographie et sa recherche esthétique les codes rigides et répétitifs du porno comme genre. Ses derniers films de « Skateboard Kink Freak », « Post Apocalyptic Cow Girls » (voir photo) et « Strap On Motel » sont plus crus, le sexe y est plus génital moins ritualisé, les bandes originales sont très rythmées, et les actrices toujours aussi excitantes.

La pornographie lesbienne encore balbutiante ne peut avoir que de beaux jours devant elle en France car, si l'on en croit Laura Merrit, sexologue berlinoise et directrice d'un service d'escort girls uniquement pour les femmes :

« C'est très français de préférer l'érotisme à la pornographie, mais cela est peut-être lié au fait que la France est encore un pays patriarcal, et les filles sont radicales sur des sujets comme la prostitution et le sexe car elles ont peu de liberté pour les envisager comme elles le veulent. Aussi, la pornographie est le dernier bastion à conquérir pour les femmes et les lesbiennes. »

Beaucoup de salive et de cyprine à venir…

Photo : Post Apocalyptic Cow Girls (Bleu Productions)

A lire aussi sur Rue89 et sur Eco89
La revue Cinérotica, victime de la pornophobie ambiante ?
Welsh : « Comme la drogue, le porno révèle le consumérisme »

Ailleurs sur le Web
Crash Pad Series, le site de la série
Bleu productions
Erocktavision
Le site de la série The L World

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Têtue
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  • ecor1
    ecor1
    sur le fil
    • Posté à 18h00 le 20/02/2009
    • Internaute
      sur le fil

    Si je résume, il y en a les intellectuelles qui aime fantasmer toute seules, d'autres qui se veraient bien avec une bite et une troisieme catégorie, les betes, qui elles sont a fond de cul comme les mecs. Bien, bien, bien....l'actualité est brulante ce soir.

  • fatou-mata
    fatou-mata
    simplicité volontaire
    • Posté à 18h28 le 20/02/2009
    • Internaute
      simplicité volontaire

    Merci pour cet article. Quel plaisir d'entendre parlé de la sexualité des femmes.
    Je ne suis pas certaine que les habitantes de france soient moins attiré par la pornographie. Les sondages sur la masturbation féminine en témoignent. Les femmes n'osent pas encore parlé de leur intimité. En même temps des siècles de judéo-musulmano-christianisme ont réprimé le désir des femmes en le cantonnant à la couche conjugal.
    Le désir bestiale, la « baise », le « cul », sont souvent assimilés au pénis. Mais cet article démontre bien qu'au niveau sexuel, la seule différence effective entre la gente masculine et féménine se situe dans la forme et le fonctionnement de leurs organes. Le fonctionnement cérébrale, quant à lui, est très similaire.

  • Bobito
    Bobito
    ou tard
    • Posté à 19h44 le 20/02/2009
    • Internaute
      ou tard

    Lesbien raisonnable ?

  • vinz13
    • Posté à 21h48 le 20/02/2009

    Quoi ! des lesbiennes ? ! oussa oussa oussa ? !

    arf faut pas faire des sujets comme ça la rue, ça fait chauffer les hormones.

    Est-ce que si je dit que les lesbiennes sont un des plus grand fantasmes masculins, c'est parce que cela permet de laisser ressortir notre part de féminité à nous les hommes, tout en se voilant complètement la face, je suis très loin de la vérité ?
    Sinon comment expliquer cette attirance pour une sexualité sans phallus, sans (forcément) de pénétration, une sexualité faite de caresses, plus tendre (enfin pas toujours, l'industrie du porno restant l'industrie du porno, c'est à dire glauque la plus part du temps).

    Alors qu'au contraire de l'homosexualité féminine telle que fantasmée par les hommes, la sexualité pratiquée ou souhaitée par les lesbiennes n'est au fond, pas si différente de celle des hétéros.

  • Sensdessusdessous
    Sensdessusdessous
    commerçante
    • Posté à 01h14 le 21/02/2009
    • Internaute
      commerçante

    Les divers commentaires sont trés interessants et démontrent ce que je vois tous les jours ! A savoir, que la sexualité est un vaste programme, aussi vaste et unique qu'il est possible. Je m'explique, je tiens une petite boutique de lingerie sexy et d'articles érotiques. J'ai comme clients aussi bien des lesbiennes qui veulent un gode-ceinture double que des hommes qui veulent un corset ! Entre les deux, je vous laisse imaginer. Y a t'il une norme à trouver ? La pornographie n'est qu'un des multiples aspects de la sexualité. Le porno lesbien n'est lui qu'un aspect de la pornographie. A chacun de trouver son plaisir et celui de s(a)on partenaire !

  • abfaboune
    • Posté à 15h07 le 21/02/2009

    J'ai filé des liens de vidéos sur tube8 que je trouve sympas à des copines, elles m'ont dit « mais ce sont des vidéos pour lesbiennes ! ».

    Jolies filles, jolies images, pas de pénétration avec des objets improbables, des bisous, du broutage de minou, du suçage de langue, encore des bisous : ce sont d'ailleurs les « top rated » sur ce site (gratos, adresse que m'avait d'ailleurs refilé une fille).

    Si les lesbiennes aiment regarder les pornos gays, visiblement bcp d'hétéros apprécient les pornos/érotiques lesbiens, notamment parce qu'ils changent des gonzos tradi et chiants, en filmant (semble-t-il) le plaisir que deux femmes peuvent se donner.

    Top.

  • Rezonor
    Rezonor
    Collectif
    • Posté à 02h43 le 22/02/2009
    • Internaute
      Collectif

    Je cite « Dans la catégorie sado-masochisme lesbien, actrices très féminines et esthétique léchée, les films de Maria Beatty s'imposent comme des classiques du porno lesbien. The Black Glove, The Elegant Spanking, Ladies of The Nights sont des plongées dans … »

    Avant de rédiger ce véritable dépliant publicitaire, vous seriez inspirée d'acheter et de tester les produits cités en référence :

    1) ils sont hors de prix en rapport avec leur durée ;

    2) La qualité du transcodage est médiocre pour « The Black Glove » et « The Elegant Spanking » (flou de flicker perceptible) ;

    3) Le DVD support ne consent à fonctionner ni sur Mac ni sur PC malgré un script intégré ;

    4) C'est tourné par des mecs [ ! ! ! ] dont le style est une démarque du fétichisme soft hétéro : rien de SM donc, ni de lesbien, sauf à considérer que la présence d'une femme… !

    Excusez moi du peu. Si effectivement Post Apocalyptic Cow Girl… sort du lot : c'est d'ailleurs une réalisation de Maria Beatty, lea lecteur-trice mérite que toutes nuances et précautions soit prises pour lui éviter des déconvenues, y compris financières.

    À moins qu'au motif de causer sexe on doive passer par la case banque… assez de sexploitation du conso>mateur-trice !

    Je tiens à votre disposition les produits testés.

    Salut.

  • hoshiko
    hoshiko répond à ysengrimus
    • Posté à 11h52 le 23/02/2009

    « L'érotisme féminin est plus mental et intérieur, moins empirique et expressioniste. »
    Même en tant que femme, je ne dirais pas ça : 1. c'est sexiste (mâle = taureau en rut, femelle = madone) 2. vous êtes un homme, que savez-vous réellement de l'érotisme féminin ? Ce que vos compagnes vous en ont raconté ? Croyez-vous qu'elles vous aient dit toute la vérité et rien que la vérité ? 3. Perso, mon érotisme en tant que femme n'est pas que mental et intérieur, voire parfois pas du tout (les psys disent même que les fantasmes des femmes auraient tendance à être bien plus hard que ceux des hommes)

  • vinz13
    vinz13 répond à hoshiko
    • Posté à 15h05 le 23/02/2009

    Vous avez remarqué que les scènes lesbiennes des films hétéros précédaient l'arrivée du gros kiki en terrain conquis ?

    Bien moi je pense que c'est juste pour faire bonne figure. On est en plein dans le « voilage de face ». On revient à une valorisation bête et méchante de la virilité uniquement par peur de devoir assumer un certain nombre de contradiction. On transforme une forme de désir potentiellement subversive en une exaltation du mâle (capable de satisfaire plusieurs femmes à la fois), hyper conventionnelle et même réac. Ca rassure les hommes vis à vis de leur sexualité, vue l'énorme pression normative que la société nous impose. On exalte le mâle pour cacher la femelle.

    Tous ça parce que, si dans les discours au moins, la sexualité féminine ose enfin se dévoiler dans toute sa complexité, et se libère, la vision de la sexualité masculine reste toujours aussi étroite (d'autant plus étroite d'ailleurs que le membre est large). Et inhibitrice.

    La preuve, j'en fait rire encore certain quand je dit que les « préliminaires » ne sont pas pour moi une formalité destinée à lubrifier le minou de copine, mais font partis intégrante de l'acte sexuel, et me procurent autant de plaisirs de le coït. Alors j'ai peut -être des amis très bête. Mais n'empêche que pour moi, la seule chose qu'à changé la révolution sexuelle en ce qui concerne les hommes, c'est qu'ils osent enfin parler de leurs « pannes ». Un peu léger, voire angoissant.

    Au final, la sexualité des hommes s'en trouve dévalorisée, au moment ou celle des femmes sort enfin de l'ornière où elle croupissaient depuis des siècles. (Encore que, faire croire au femmes qu'un phallus artificiel soit un accessoire absolument indispensable à leur libido ne rend pas précisément hommage à leurs imagination en la matière). Bref un homme c'est simple, un pipe, une levrette, et s'il éjacule c'est qu'il est content c'est bien le chien, remue la queue pour voir ! L'homme et sa sexualité résumé à sa bite. Et ne surtout pas sortir de là sous peine de passer pour une tafiole en puissance.

    Or la vérité, c'est que cela ne satisfait ni nos sens, ni notre besoin de tendresse, ni notre esprit créatif. Entendons nous bien, je ne conseille à personne d'aligner ses pratique sur mon discours (une chose à éviter de manière générale), j'aligne mon discours sur mes pratique réelles et celles de ceux de mes amis qui en parlent avec sincérité.
    Faire l'amour ce n'est pas très compliqué, ça le devient à force de pression sociale, d'interdit et d'inhibition.

    Voilà, en 2009 toujours la misère sexuelle.

    PS : En dehors de ça, je parle bien du fantasme hétéros que sont les lesbiennes, et pas uniquement les scènes lesbiennes dans les pornos.