
La revue Cinérotica, victime de la pornophobie ambiante ?
Je devais faire un article sur l'arrivée de la revue Cinérotica, montée par le comédien Christophe Bier. Cette revue devait être une première étape vers un dictionnaire des longs métrages français érotiques et pornos.
La démarche se voulait avant tout culturelle, comme il l'explique :
« Le cinéma érotique et encore plus porno est déconsidéré, alors qu'il occupe une place très importante dans le patrimoine du cinéma français. Un dictionnaire répertoriant tous les films avec des génériques complets, des résumés et des critiques me paraissait donc s'imposer pour une meilleure connaissance de sujet.
On ne peut sérieusement pas dire que quand on a vu un film porno, on les a tous vu. Ou alors, on peut dire la même chose du cinéma comique ou policier. »
Un mélange audacieux de textes et d'images parfois désuètes, parfois vulgaires
La revue, à raison d'une publication mensuelle, devait faire le tour, en vingt-quatre numéros, de l'histoire de ce cinéma. Après des débuts prometteurs, le numéro 4 publié le mois dernier sera finalement le dernier. Parce que le porno n'intéresse personne ? Parce que la revue est mal faite ? Parce que c'est la crise ? Petite enquête…
La revue d'abord, plutôt tendance « pin up », mélange audacieux de mots (intelligents, analytiques, on cite Sartre, on réfléchit, on sent qu'il y a du recul) et d'images parfois délicieusement désuètes, parfois plus basiquement vulgaires.
Au milieu, un fascicule détachable : le « Dictionnaire des longs métrages français érotiques et pornographiques ». Là, aucune image, des noms d'acteurs, des résumés, des explications, on se croirait dans l'Encyclopédia universalis et, sauf à faire une recherche particulière, l'ensemble est peu attractif.
Quand on s'oblige à lire pourtant, on apprend plein de choses, on découvre des visions sociales de la sexualité et de l'évolution des rapports hommes-femmes, les manifestations de la politique dans cet espace particulier, ce que peut être un « cinéma d'auteur pornographique », et plein de choses intéressantes.
Un cours d'histoire à travers des personnages auxquels devaient s'identifier les spectateurs, par exemple sans emploi quand la montée du chômage ont commencé à occuper le devant de la scène.
Ce choix d'un porno culturel, qui revendiquait sa place près des cahiers du cinéma plutôt que dans ce que l'on appelait « l'enfer » d'une bibliothèque, le coin « discret » des kiosques était probablement trop hardi.
« Avec le cellophane, on sous-entend qu'un contenu porno est interchangeable »
Et la crise ? On a déjà pu remarquer qu'elle était au contraire plutôt propice au développement des marchés de l'érotisme, donc ça n'est pas de ce côté-là qu'il faut chercher l'explication de l'arrêt de Cinerotica.
Pour Christophe Bier, c'est clair, tout est fait pour que les revues pornos ne puissent plus être accessibles. Ainsi, les placer sous cellophane n'est pas sans conséquences pour l'achetur :
« Certains voient dans le récent emballage des revues érotiques un progrès. Mais on ne se place jamais du côté du lecteur, dont l'achat ne peut plus être motivé que par la seule observation de la couverture.
En procédant ainsi, on sous-entend qu'un contenu porno est interchangeable, qu'on n'a pas besoin de le feuilleter pour se décider ou non à l'acheter. Au nom de la protection des mineurs, on pénalise le public adulte.
C'est d'ailleurs pour répondre aux kiosquiers que nous avons fini par mettre Cinérotica sous cellophane. C'est parfaitement hypocrite. Je me souviens qu'au début des années 80, on trouvait dans les rayons des hypermarchés des bandes dessinées sadomasos de Jim et de Stanton.
Personne alors ne se souciait de ça. Aujourd'hui, c'est impossible. L“érotisme a quitté les supermarchés depuis longtemps.”
La protection des mineurs, invoquées par les associations conservatrices
Il n'a pas que le cellophane : un autre responsable, c'est l'article 227-24 du code pénal, qui prévoit jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende le fait de “fabriquer, de transporter, de diffuser un message […] pornographique, […] lorsque ce message est susceptible d'être vu ou perçu par un mineur”.
Selon le comédien, “les associations conservatrices s'en servent de plus en plus souvent pour menacer les éditeurs mais aussi les kiosquiers”.
La situation est aggravée par le fait que certains kiosquiers n'ont même pas déballé Cinérotica. Christophe Bier explique :
“Je connais des gens qui ont eu un mal fou à trouver la revue, tout de même tirée à 40 000 exemplaires. Ils faisaient plusieurs kiosques, parfois, quand ils insistaient, le type finissait par sortir un numéro d'un carton, preuve flagrante de leur sabotage.
Une autre fois, le client a vu le vendeur partir en réserve pour lui ramener un numéro, parce qu'il considérait que Cinérotica n'avait rien à faire dans ses rayons. D'autres kiosquiers nous ont reproché le titre, trop explicite et même la couleur rose, trop incitative, je suppose ! ”
“Il y a des violeurs qui ont lu la Bible ? Faut-il interdire la Bible ? ”
La conclusion de Christophe, c'est qu'on continue “à considérer la pornographie comme quelque chose de dégradant, de mal, de condamnable, de nuisible, voire de criminogène” :
“Pour faire bonne mesure, on commence à défendre une bonne pornographie, mais c'est pour mieux rejeter l'autre, la mauvaise.
La pornographie serait responsable de viols alors que parmi les violeurs, il y a des gens qui ont lu la Bible… Faudrait-il donc en priorité interdire la Bible ?
On nous accable toujours avec les réseaux de pédocriminalité, les actrices qui sont exploitées par des mafias sordides, contraintes à tourner des pornos ignobles : tout cela existe mais relève de la criminalité, pas du cinéma, que sa vocation soit commerciale ou artistique. Toute une littérature pornophobe se développe aujourrd'hui.”
Pornophobie qui empêche même d'y réfléchir ou de tenter de réaliser un dictionnaire des films.
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De Azza
Ingénieur en informatique scientifi... | 17H10 | 17/02/2009 |
Moi, je trouve que la societe se pornographise de plus en plus. Mais plus avec une pornographie du pognon que de la transgression. Tant que ca fait du fric, c'est ok.
Sur le point de la protection des enfants, j'ai quand meme encore aujourd'hui beaucoup de mal a avaler cette pencarte presentant une couverture de magazine echangiste (avec une magnifique photo panoramique et extremement detaillee d'une super mega partie dans un club de la cote mediterraneenne) placee sur le trottoir, devant l'arret de bus, avec deux Nounous discutant devant sans s'apercevoir que les minots dans les poussettes avaient l'affiche devant le nez. Je me souviens en avoir parle au marchand de jouneaux qui ma affirme la main sur le coeur qu'il n'y pouvait rien, la pancarte ayant ete placee sur le trottoir par la societe d'affichage ! Desole, mais ma tolerance s'arrete la.
De Donniedarko
(Cadres) | 17H20 | 17/02/2009 |
j'ai voulu acheter dernièrement les films de Jean-Marie Pallardy au Virgin Mégastore. Impossible, même pas référencés. J'ai contacté l'éditeur Le Chat qui Fume qui m'a répondu que de plus en plus de titres érotiques étaient directement refusés par les centrales d'achat où alors que les magasins augmentaient les prix outrageusement pour faire fuir les acheteurs. Vive la diversité culturelle !
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 17H45 | 17/02/2009 |
Une hypothèse plus simple : il n'est plus possible de vendre une nouvelle revue originale et intelligente dans le circuit de distribution des marchands de journaux , parce qu » on ne s » attend plus a en trouver dans cet univers au milieu de toutes ces conneries .
De PhiPoePsy
Etudiant à Strasbourg | 18H26 | 17/02/2009 |
C'est un retour évident de l'Ordre moral, mais en plus hypocrite. L'enfant devient le territoire sacro-saint à ne pas toucher sans cesse renforcé par les fantasmes d'innocence et de pureté (fantasmes largement partagé par les pédophiles, soit dit en passant).
Il est grand temps de relire Pierre Louys et son « Manuel de civilité pour les petites filles » (http://alain.claverie.free.fr/textes/mancivil.html) en particulier !
Concrètement, l'Ordre moral refuse avant tout la théorisation de la pornographie et sa conceptualisation intelligente, pour une raison très simple : les pornophobes se retrouvent très vite à court d'arguments sur les côtés « rétrogrades » ou « dangereux »… Du coup, les enfant leurs servent de boucliers anti-porn'art !
Par ailleurs, il s'agit de distinguer le porno promu par le système capitaliste comme retour éternellement figé des mêmes mythes, ayant pour but d'enfermer les gens dans des pulsions cadrées et consuméristes (l'Ordre moral en est le bras armé) de la pornographie comme principal foyer artistique et intellectuel car mettant en scène la confrontation de divers mythes, rites, fantômes, fantasmes touchants à ce que sont jouissance, désir et orgasme…
De deecurl
| 23H28 | 17/02/2009 |
il faut avouer que monsieur n'a plus vraiment besoin de s'acheter un magazine « de charme » (j'adore le terme) si madame lit un mag féminin : il y a des femmes à poil à toutes les pages.
pourquoi n'aurait-on pas, logiquement, quelques hommes dénudés en couv » des magazines féminins, plutôt que des sylphides retouchées vaguement agaçantes ?
De Dave Feng
www.auxforgesdevulcain.fr | 08H50 | 18/02/2009 |
Je désirais simplement dire que l'échec de ce genre de tentatives, et on pourrait dire la même chose d'autres revues sur des cinémas de genre, est plus l'effet de la petitesse de leur public cible (ce qui est dommage) que de leur thème qui déclencherait des cabales.
De Tyrian
Informaticien | 10H30 | 18/02/2009 |
La nudité se trouve partout effectivement, mais ce n'est pas de la pornographie. La société est plutôt en train de se moraliser, avec la part d'hypocrisie que vous notez. Tant que la nudité est commerciale, publicitaire, sur un sujet non-érotique, cela passe bien (et encore, votre réaction démontre que cela agace). Si elle comporte un soupçons érotisme, bouh c'est sale, c'est mal. On passe du blanc au noir pour ce qui est pratiquement la même chose.
Ce manichéisme dans la perception de la nudité montre bien que la société se moralise. Or du fait de cette moralisation, de cette pression, le porno va effectivement devenir plus trash, le sexe plus crade car sa pratique plus répréhensible, autant y aller à fond. Il va se conformer au manichéisme ambiant. Ce n'est pas pour rien que les sociétés les plus moralisatrices qui soient (USA, Allemagne …) sont également les plus productrices de porno. Il faut bien relâcher la pression.
De Tigerbill
retraité en CDI en charente-maritim... | 10H48 | 18/02/2009 |
« j'aime le cul , mais je suis aussi père de famille nombreuse. »
Je ne comprends pas le « mais »…….
« donc » aurait été plus approprié, non ? ?
De ChristofBier
Directeur Cinérotica | 02H06 | 19/02/2009 |
« Le savoir n'a pas de prix….. »
… Mais quand on aime, on ne compte pas !
En effet, l'aventure ne fait que commencer. Le magazine Cinérotica est bien mort. En revanche, « le dictionnaire des longs métrages érotiques et pornographiques français en 16 et 35 mm » (désolé, c'est son titre, je n'ai pas trouvé plus court ! ) verra le jour pour janvier 2010, une fois terminé la rédaction de ses dernières fiches. Les lecteurs de Cinérotica ont déjà une idée de ce travail, puisqu'ils ont pris connaissance du début du dictionnaire, de A bout de sexe (un porno de 1975) à Chaleurs d'été (petit film sexy de 1958), soit déjà 262 films répertoriés et commentés. Il me reste à vous faire découvrir tout le reste, de Chaleurs intimes, porno de 1976 à Zob, zob, zob réalisé un an plus tard. Au total, ce dictionnaire recensera plus de 1800 titres, parmi lesquels se trouveront aussi des classiques bien connus comme L'Âge d'or de Luis Bunuel, Et dieu créa la femme de Roger Vadim et Je t'aime moi non plus de Gainsbourg. Je considère que tous ces titres cités appartiennent à la même histoire, celle de la représentation de la sexualité et/ou du plaisir dans le cinéma français. Au total, cela représentera 6 millions de signes, avec de nombreuses révélations, la totalité des hardcores, des films dits sexy puis érotiques, résumés et analysés, assortis de génériques complets, de notes, de témoignages, des dates de sorties avec les salles d'exclusivité. De nombreux pseudonymes seront révélés, des avis de la commission de censure seront retranscrits. Contrairement à sa mise en page dans Cinérotica, le dictionnaire sera illustré, y compris avec des photos explicites bien sûr.
Désolé Puresonic, ce dictionnaire ne prendra pas la forme d'un site mais d'un livre qu'il vous faudra acheter, si vous le souhaiter. L'éditeur ? Vaste question… Devant le « monstre » que représente ce pavé, plusieurs qu'on pouvait croire intéressés se dégonflent. Il est fort probable qu'il voit le jour sous le signe de l'indépendance, une auto-édition luxueuse qui permettra d'être insoumise à tout diktat moral ou commercial (le plus stupide considérant qu'on puisse parler de cinéma porno sans montrer d'images explicites ! ). Si cette voie marginale se confirme, ce dictionnaire évitera évidemment tous les circuits « classiques » de diffusion (Cinérotica a d'ailleurs compris la leçon des kiosques, et Numerosix a probablement raison de dire qu'il était impossible de vendre une revue originale et intelligente – merci pour les compliments ! – en kiosques). Il sera imprimé à 1000 (1500 maxi) exemplaires, vendu par des libraires choisis qui se font un devoir de soutenir aussi des projets particuliers et indépendants et évidemment sur le Net, via un site qui proposera rapidement une souscription. Je travaille actuellement sur les devis d'imprimeurs, je ne peux donc pas en dire davantage. J'invite tous ceux qui ont soif de savoir (comme Puresonic) mais sont prêts à débourser pour que ce savoir se propage (comme Puresonic et johnGalt ? ) de me communiquer leurs coordonnées postales et mail. Ils seront prévenus des avancées du projet et de la mise en ligne de la souscription.