16/01/2009 à 17h00

SM : Act Up milite pour du sexe « pervers » mais « safe »

Camille | Mauvais genre

Jusqu’où irai-je pour tenir Rue69 ? C’est une des questions que j’ai pu me poser lorsque j’ai mis mes fesses en danger à la nuit Démonia, nuit fétichiste où les créatures qui y participent nous amènent tout droit dans un monde à mi-chemin entre manga et fantasmes.

Ces personnes de tout âge (jusque 70 ans à vue de nez), de toute orientation sexuelle, de tout genre (inclus trans, travesti, etc.), handicapés en fauteuil ou bien bombes sexuelles de magazines, forment une foule qui rappelle la Gay Pride, avec ses bonnes sœurs en porte-jarretelles.


Couverture de ’Pervers & Safe’, de Wendy Delorme

En plus trash : dans ce monde, on peut se jeter sur vous pour vous lécher les bottes, au sens propre même si elles sont sales. S’y mêlent des gens qui aiment le cuir, des adeptes du fouet et… de tout en fait, mais avec pas mal de voyeurs et d’exhibitionnistes.

On y reconnaît les journalistes en ce qu’ils sont habillés de façon minimaliste, généralement avec juste un pantalon de cuir et un T-shirt noir. L’un d’eux a d’ailleurs raconté sa première nuit fétichiste sur Rue69.

Pour ma part, j’ai rencontré Hélène, Delphine, et Stéphane, d’Act up, qui tenaient un stand au « village fétichiste » pour expliquer comment être « Pervers And Safe » titre d’un petit livre de Wendy Delorme aux éditions Tabou, qu’ils distribuaient gratuitement. Interview collective, réalisée sur place et complétée ensuite par mail.

Que faites-vous dans une soirée comme la nuit Démonia ?

On a distribué des capotes du gel des tracts des petits livres, on a parlé, répondu à des questions classiques concernant la transmission...On a fait de notre mieux. Nous avons rencontré beaucoup de personnes et reçu pas mal d’encouragements.

C’est en fin de soirée que nous avons rencontré le plus de personnes concernées directement par le VIH. Le rôle d’Act Up-Paris dans ce genre de soirée est d’être aussi à l’écoute.

Vous avez l’impression que le milieu fétichiste et SM est plus ou moins informé que d’autres milieux (homo, hétéro...) ?

Le milieu fétichiste et SM est extrêmement varié. Il y a des gens qui se protègent, d’autres qui prennent des risques. Les dominatrices sont souvent des « femmes-à-pédés », certaines ont vu des amis partir... A Londres, la plus grande manifestation fétichiste, le Rubber Ball, est au profit de la lutte contre le sida.

Certains clubs SM se munissent de préservatifs, mais ils restent moins faciles à se procurer que dans le milieu gay qui a l’habitude de faire de la prévention depuis plus de vingt ans. Le milieu gay a été parmi les premiers à se mobiliser parce qu’il était en première ligne dans les années 80.

Aujourd’hui on se rend bien compte que la mobilisation doit être générale, et que le VIH/sida concerne toutes les couches de la population. Les adaptes initiés du fétichismes et du SM sont en général assez bien informés.

Diriez-vous que le milieu fétichiste, souvent adepte de pratiques SM, s’est mobilisé facilement car il était sensibilisé aux sexualités « dangereuses » ? Ou au contraire, comme les relations sans pénétration sexuelle y sont fréquentes, ne s’est pas senti concerné ?

Il y a des pratiques malsaines que nous dénonçons (soumises mises à l’abattage sans préservatifs). La pulsion masochiste et la pulsion sadiques mal contrôlées peut faire des dégâts, pas seulement chez les pratiquants SM.

C’est auprès des novices qu’il faut faire de la prévention. C’est toujours bien de rappeler certaines règles de safe sex malgré tout !

Je me trompe aujourd’hui en disant que, en France, le sida stagne, mais les IST (infections sexuellement transmissibles, aussi appelées improprement MST), et notamment la syphilis, gagnent du terrain ? (Si je me trompe, merci de me corriger sans fessée.)

Dire que le sida « stagne » mérite pire que le fouet. [Aïe, mes fesses ! , NDC]. Le sida des femmes augmente, elles ont plus de risques d’être infectée par la maladie, elle représentent presque 50% des contaminations. Le sida de ceux qui ne se font pas dépister augmente... 40% de séropositifs qui s’ignorent, c’est énorme. Il faut encourager le dépistage.

Arrêtons de croire que parce qu’il y des médicaments, on est sorti d’affaire. Il y a encore 1 700 personnes au moins qui décèdent chaque année du sida. Et prendre un traitement au quotidien est une contrainte, il y a des effets secondaires plus ou moins importants selon les personnes. On bascule dans une autre vie, c’est inévitable.

Le milieu fétichiste SM est-il similaire aux autres en cela ou ses pratiques spécifiques induisent d’autres choses spécifiques ?

Considérant que, dans certains couples, le ou la soumis(e) doit en permanence laisser ses orifices à la disposition de son ou sa dominant(e), la pénétration n’est pas exclue du tout des pratiques de domination.

Une cravache, un martinet, un fouet peuvent être insérés pour rappeler sa condition au soumis. Il est préférable ne pas utiliser le même accessoire pour différent(e)s soumis(e)s, ou désinfecter toujours

Par exemple, il est risqué de cravacher une soumise à sang, puis de pénétrer un soumis analement avec cette même cravache. Il faut faire attention à tout ce qui tourne autour des godes, autour des pratiques impliquant le sang (ne pas fouetter deux masos avec la même badine, etc.).

Et, il est absolument nécessaire de contrôler la pulsion sadique et masochiste ! Le SM, c’est le respect de l’autre.

Avez-vous l’impression que les pratiques fétichistes et SM se démocratisent en France et si oui avec quelles conséquences positives ou négatives en matière de « safe and pervers » ?

C’est un peu comme il y a trente ans quand les homos sortaient la tête. Il faudrait dire « popularise » plus que « démocratise ». Comme pour les homosexuels, une non-stigmatisation des pratiques permettrait une meilleure information et plus de précautions.

Le fait est que c’est à peine légal maintenant : qui se souvient que deux Anglais, les Panners ont fait deux ans de prison pour des relations SM consenties, et que la Cour européenne a entériné cette condamnation ?

A lire aussi :
Ma première nuit fétichiste, à la découverte du monde BDSM
Les soirées fétichistes sont-elles réservées aux riches ?

► Le site d’Act up
► Le site de la Nuit Démonia

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  • Tita
    Tita
    oiseau
    • Posté à 17h49 le 16/01/2009
    • Internaute 7659
      oiseau

    Humm.

    Donc il y a une part de risque inhérente à toute activité sexuelle (indépendamment du type de relation, homo, hétéro, échangiste, SM, et autre) à laquelle s’ajoute une part de risque relative au type d’activité (dans le cas du SM, le contact de sang possible entre individus, etc...).

    Après la lecture de l’article, les réponses paraissent évidentes ; mais je m’interroge sur le fait qu’avant la lecture, la conscience de ces évidences était suffisante pour réellement changer les comportements ou limiter les prises de risque. Votre article est donc pour le moins « d’utilité publique » surtout avec une popularisation du SM.

    Ce que j’aurais appris aussi, c’est que le sida progresse chez les femmes, et surtout, que 40% des séropositifs s’ignorent. C’est plus que énorme... C’est dangereux car ce sont des individus qui ne pensent pas forcément à se protéger ou plutôt à protéger leur partenaire.... même habituel... même leur compagnon et compagne. A écouter quelques confidences (ou inquiétudes tardives) de certain(e)s de mes ami(e)s, surtout des femmes, un étonnement me surpris : celui de la facilité avec laquelle l’acte charnel était fait sans préservatif sous prétexte de sentiment, de confiance ou même de surprise. Si j’associe cette facilité aux 40% des séropositifs qui s’ignorent, j’en déduis un sérieux problème de santé publique et une sorte d’amnésie de la population (se pensant) bien-portante vis-à-vis de ce problème.

  • PhiPoePsy
    PhiPoePsy répond à k-i
    Etudiant-Chercheur
    • Posté à 18h06 le 16/01/2009
    • Expert 41171
      Etudiant-Chercheur

    Respect vient de « re-spectare » et signifie « regarder en arrière ».
    Il paraît pourtant évident que dans un rapport SM, chacun « regarde en arrière » (ce qui est aussi à entendre temporellement : regarde ce qu’il a fait, ce qui s’est passé)... Les regards sont fondamentaux dans le SM, ç’en est la base du pulsionnel, base relayée ensuite par les paroles... qui renforcent le respect, au fond.

    Cela dit, je préfère la douceur. ;)

  • désabusée
    • Posté à 18h13 le 16/01/2009
    • Internaute 37604

    « Une cravache, un martinet, un fouet peuvent être insérés pour rappeler sa condition au soumis. Il est préférable ne pas utiliser le même accessoire pour différent(e)s soumis(e)s, ou désinfecter toujours »

    c’est même carrément recommandé de ne pas utiliser les mêmes « jouets » dans les soirées, si les participants n’emmènent pas leur matériel et doivent jouer avec ceux mis à disposition, il faut utiliser pour toute pénétration quelle qu’elle soit, un préservatif ! on ne joue pas avec les vie des gens ni avec la sienne ! ! !

    Logiquement dans ces soirées publiques, dans les donjons ou soirées privées d’ailleurs aussi, il devrait être mis à disposition assez de matériel pour ne pas avoir à prendre de risques, mais ce n’est, hélas, pas toujours le cas. En soirée privée, si car chaque couple emporte avec lui ses jouets et ne sont utilisés que sur la ou le soumise « propriétaire ».

    Idem pour tout attouchements, pénétration ou cunnilingus ou analingus, utiliser des préservatifs ou carré de latex ! jouer safe est la garantie de jeux réussis et le plaisir ne s’arrête pas parce qu’on va utiliser des protections.

    Ceci dit, excellent article, le SM est encore une sexualité à part, en parler permet aux novices d’y entrer avec plus de sécurité. Prévention et sécurité, on ne le redira jamais trop.

    @ K-I

    oui, je maintiens que le SM SSC (Safe, Sane and Consensual) c’est d’abord le respect de l’autre ! sinon ce n’est plus du SM, mais de l’abus ! ça n’empêchera pas un (ou une) Dom d’abuser en édictant ses règles, mais de prévenir permettra à ces mêmes Doms de respecter l’autre et surtout aux novices de savoir que telles ou telles choses n’est pas respectueux de sa personne, des manipulateurs et des pervers sadiques ayant un compte à régler avec l’autre sexe, voire le même sexe, il y en a légion.

  • BDSM ou ABUS
    BDSM ou ABUS
    administrateur de forum
    • Posté à 20h32 le 16/01/2009
    • Internaute 66264
      administrateur de forum

    La prévention du SIDA et autres IST est un combat qui me concerne, et que j’ai voulu faire passer au travers de mes écrits, que ce soit sur mon blog, ou sur le forum que j’ai créé il y a trois ans, consacré aux Abus dans le BDSM.

    On se rend compte, lorsque l’on fréquente les sites de rencontres et tchats spécialisés SM, qu’il y a beaucoup à faire. Ca commence avec la sacro-sainte règle (arfffff) qui veut qu’un(e) soumis(e) doit être disponible pour son maitre ou toute autre personne le représentant. Ben voyons... Et si celui ci décide que ça doit se faire à cru, pas le droit de broncher ? Faut quand même pas pousser mémé dans les orties (et ce, même si elle est maso ! rire). L’échange, le prêt sont des pratiques à haut risques, il ne faut pas se le cacher.

    Les jeux de godes, d’aiguilles, de fouet sont potentiellement contaminant, si les jouets sont partagés avec d’autres personnes. Pour les godes, il existe les préservatifs qui doivent être utilisés sans exception. Pour les aiguilles, il y a toute une procédure sanitaire à suivre, en utilisant bien entendu du matériel A USAGE UNIQUE, qui sera jeté de façon appropriée après la séance. Le principal problème, pour lequel je n’ai à ce jour, aucune réponse satisfaisante, c’est tout ce qui est matériel en cuir. Très difficile a désinfecter, sans altérer le matériau, il est plus que recommandé de ne pas partager ces ustensiles.

    Une nouvelle mode se développe qui n’est pas pour me rassurer. C’est celle du risque dit « assumé », surtout avec des pratiques telles que gang-bang, bukkake et autres jeux du même type. Les annonces de recherche existent, on en voit sur de grands tchats de rencontres SM connus. Souvent, ce sont les hommes qui recherchent pour leurs soumises (sont-elles seulement consultées avant ? On se le demande...)

    Alors oui, je trouve l’action d’Act-Up tout à fait intéressante, il est grand temps de dire les choses, et de faire de la prévention spécifique.

  • starsss
    starsss répond à starsss
    • Posté à 20h43 le 16/01/2009
    • Internaute 24513

    Un message unique et succinct, que nous tenons aujourd’hui pour acquis – « ce n’est pas le sexe qui rend malade, mais bien la maladie » – a remis en question une décennie de « moralité mal placée déguisée sous forme de conseils médicaux ».

    Avec ce premier documentaire, le réalisateur Daryl Wein nous présente un portrait fascinant de Richard Berkowitz, membre tombé dans l’oubli d’une coalition invraisemblable constituée pour promouvoir la sexualité sans risques. aujourd’hui presque abandonné de tous et vivant dans le dénuement, Berkowitz raconte sa vie extraordinaire et comment, issu de la classe ouvrière libérale, il est devenu prostitué de premier ordre.

    Tandis qu’une peste mortelle décime, divise et stigmatise la population gaie de new york, Berkowitz écrit, en collaboration avec l’activiste et musicien renommé michael Callen, How to Have Sex in an Epidemic : One Approach, devenu une véritable bible en matière d’éducation sexuelle et de sexualité sans risques.

    Cependant, parce qu’il préconisait des stratégies et des comportements plus radicaux que la maladie elle-même, certains ont décrété que Berkowitz se détestait lui-même et avait une attitude négative envers le sexe. Étude divertissante et instructive sur la fierté, les préjugés et la promiscuité, Sex Positive rend hommage au courage et à la ténacité de ce pionnier du sécurisexe.

  • Hlebon
    Hlebon
    étudiant en droit
    • Posté à 23h12 le 16/01/2009
    • Internaute 42634
      étudiant en droit

    Le fait est que c’est à peine légal maintenant : qui se souvient que deux Anglais, les Panners ont fait deux ans de prison pour des relations SM consenties, et que la Cour européenne a entériné cette condamnation ?

    Oulah ! ! !

    Attention ! ! ! !

    entailles, cousage du vagin, centaines de litres de bieres qui ressortaient par tout les orifices....

    La CEDH a validé le sado masochisme et l’a autorisé ! !

    Affaire : K.A. et D.D. c/Belgique

    Et cela alors même que les actions étaient interdites par les clubs SM ! ! !

    Pour la petite histoire ils ont tout de même étaient condamnés car lorsque la femme criait « pitié » la pratique devait cesser par accords des parties.
    Néanmoins les hommes ont continué à la torturer après son « pitié »