15/12/2008 à 17h30

Vos réactions : manifeste pour un polyamour « tout-friendly »


J'avais trouvé édifiants les commentaires de mon article sur le polyamour et j'avais dit, en commentaire, que j'en ferais une revue. Guilain, riverain et co-responsable du site polyamour.info, s'est proposé de faire le travail à ma place. Voilà le résultat.

Les réactions suscitées par l'article de Camille sur le polyamour permettent de rendre visible les réticences à divers niveaux face à ce type de couple ; et les similarités avec les problématiques homosexuelles. Revue de commentaires et petite analyse...

Le polyamour : faut-il lui donner un nom et une visibilité ? La question est la même que celle des théories queer et l'unanimité est loin d'être acquise.

Cette nécessitée idiote de toujours vouloir tout instituer

_bulle_« déteste cette nouvelle étiquette “polyamoureux”… Quelqu'un l'a dit ici : encore une case… » Guillaume H. renchérit : « classifier montre nos limites ». La Voix de son Maître explicite :

« Je ne suis pas opposé aux faits décrits par le “poly-amour”. Simplement à cette nécessitée idiote de toujours vouloir tout instituer (pour mieux faire passer la pilule à soi et aux autres). La conceptualisation des faits décrits est naze et inutile, pas les faits eux-mêmes. »

Pour autant, Camille témoigne :

« Ce que l'on voyait à la soirée, c'est aussi que certains étouff(ai)ent de ne pas pouvoir nommer, exister, de devenir des parias, des “consommateurs” (comme disent certains commentateurs) parce qu'ils aiment deux ou trois personnes. »

La crainte de corruption sociale des personnes censées être les plus fragiles plane dans les commentaires, plutôt masculins d'ailleurs. Rendre visible le polyamour, est-ce un risque de décadence des jeunes ou des femmes ? Ainsi kaderr s'inquiète :

« Quand un concept nouveau sort à la rue, en d'autres termes, se généralise, il devient phénomène. De là, vient la crainte -non pour les adultes- mais pour les enfants et adolescents qui eux sont fragiles et vulnérables. »

Egide se demande s'il « faut exposer ces modes du vivre ensemble, les soumettre à la transparence médiatique et à la communication, en faire des réseaux sociaux élargis sur cette thématique » :

« N'est-ce pas prendre le risque d'une normalisation assez sévère, n'est-ce-pas faire prendre des risques à nos compagnes, à nos amies, aux femmes en général en les surexposant aux désirs de masse ? »

Ne pas laisser croire à nos enfants que le polyamour est désormais la règle

Rue-bicond s'indigne : « Autant j'estime n'avoir aucun droit de juger les autres, et encore moins sur leurs pratiques amoureuses, autant je m'arroge celui de crier haut et fort : “non, le polyamour n'est pas la règle et personne n'a le droit d'insulter notre intelligence et de laisser croire à nos enfants que c'est désormais le cas.(…) Si votre article arrive à rassurer des Xiachob [un riverain qui témoigne du soulagement qu'a été pour lui cet article, ndlr] sur leurs choix de vie, grand bien vous fasse à tous, mais essayez de ne pas le faire en déboussolant encore plus des jeunes qui ne seraient pas (encore), comme vous.”

Avec la même construction que le fut en son temps l'expression “gay-friendly”, on peut constater que, pour le moment, l'environnement est encore très “poly-unfriendly”... Sur Rue89, les commentaires pouvaient être méprisants ou dégradants sans être directement insultants, à l'image d'une espèce de sous-sexualité qui serait tolérée mais qui prouverait un dérèglement de la personne.

La Voix de son Maître dit ainsi qu'il ne condamne pas ce qu'il qualifie de “vision utilitariste de l'autre”. Lohiel pense aux années 70 et trouve que les polyamoureux devraient réaliser leurs errements car à l'époque cela a juste conduit à “s'enferrer dans des conversations ultra-théoriques mi-libertines mi-fielleuses sur leur ‘expérience’… juste avant que les assiettes ne se mettent à voler et que tout le monde ne retourne sagement se marier ou s'unioner librement, avec son chacun ou sa chacune préférée.” De même pour temptfate qui trouve que “c'est bien alambiqué pour des relations à relent de polygamie et d'immaturité sociale.”

Une morale ambiante “sex-negative”

Comme elles étaient censurées sur rue89, j'ai repris un florilège d'insultes que cet article a suscitées sur le site d'extrême droite fdesouche (et on notera la similitude avec celles qui peuvent affecter les homosexuels, notamment sur l'aspect “ils peuvent faire leurs trucs immoraux chez eux, mais qu'ils ne viennent pas parader avec des chars dans les rues” ) :

“envie de lobotomiser et de couper des langues à certains allumés”, “qu'est-ce qu'il y a comme névrosés dans nos sociétés modernes”, “A la limite j'ai beaucoup plus de respect pour les couples partouzeurs qu'on appelle ‘échangistes’, conscients de leur pulsions un peu glauques et qui vont expier tout ça dans un club privé de la capitale, loin des regards”, “si leur polymerde était si bénéfique et rendait si heureux, on ne verrait pas ces deux connasses passer la moitié de leur vie adulte dans les cabinets des psys”, “prochaine étape, zoophilie mon amour ? ”, “Je reste interloqué devant l'absence de contenu des paroles débitées par les deux polyconnes”…

Ceci dit, je pense qu'il sera moins dur pour les polyamoureux de trouver un nombre significatif de personnes “poly-friendly” (sympathisants, sans être forcément polyamoureux) que ça na l'a été pour les homosexuels de trouver leur base “gay-friendly” (encore insuffisante pour compenser l'environnement “gay-unfriendly”). En effet, pour beaucoup de polyamoureux, la relation et les sentiments sont très importants et nécessaires pour faire du sexe... Ils s'attirent donc, à mon avis, moins de réactions négatives. Les libertins se heurtent, quant à eux, aux condamnations et aux insultes basées sur la morale ambiante “sex-negative” (le sexe sans sentiment serait dégradant et preuve d'immaturité, surtout pour la femme ; le sexe rendrait les gens destructeurs, surtout pour les hommes…). Il serait triste que les polyamoureux tirent les premiers…

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  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 17h45 le 15/12/2008
    • Internaute
      Prisonnier dans le village (...)

    Moi , je vais me declarer « global friendly » pour tous ceux qu » on besoin de friendly et on pourra enfin passer à aut » chose...

    -Oui mais moi, je suis enculeur de mouches et gnia personne qui veut etre mon ami . OUIN !
    -Mais , si , venez à moi les enculeurs de mouches , le global Friendly est aussi « fuck Fly Friendly “ ...

  • IamSelene
    • Posté à 18h11 le 15/12/2008

    Assimiler la cause « polyamoureuse » à la cause gay est un bel amalgame foireux. Parce qu'en fait, ceux qui trouvent la conceptualisation du polyamour ridicule sont forcément des hétéros monogames ? On se fout que les gens soient friendly ou pas avec telle ou telle sexualité, elle existe, point final. De là à en faire une mode, ou pire, une grande cause, c'est n'importe quoi. Comme je l'ai déjà dit, je me fiche de la sexualité des autres, ils font ce qu'ils veulent, si ça leur plaît, et tant qu'ils me laissent tranquille (se faire traiter d'hétéro coincée et conservatrice juste parce qu'on est pas d'accord, beau point godwin tout de meme). La construction de l'article : partie 1 « les méchants », partie 2 « ah quand même des gens cools et friendly » me consterne particulièrement.
    Dernière chose : si les polyamoureux veulent qu'on le ne les prennent pas pour des gens simplement ayant des lubies, qu'ils évitent de créer un phénomène autour de leur sexualité. Ca ne fait que renforcer l'impression que tout ça n'est qu'une mode, et pas une sexualité à part entière.

  • Orageon
    Orageon
    Rejeton cyclonique
    • Posté à 09h40 le 16/12/2008
    • Internaute
      Rejeton cyclonique

    C'est intéressant d'aller chercher les réactions sur un site d« extreme droite » pour ce genre de sujet... Les propos ne sont pas étonnants.

    Comme le poly-amour est encore peu connu du grand public, ce dernier s'en méfie, c'est toujours pareil. Mais avec le temps et un peu de boulot ça peut changer, comme pour les homosexuels qui sont de mieux en mieux acceptés.
    Certes on n'est pas arrivé mais en même temps on peut pas demander à tout le monde de bouleverser les repères que lui ont inculqués ses parents, cette chère éducation nationale, et son environnement, et ce du jour au lendemain. C'est un travail de fond, de « réforme de moeurs » en quelque sorte.
    Du coup, on peut comprendre que certaines personnes conservatrices, qui ne jurent que par le sacro-saint modèle monogame judéo-chrétien « jusqu'à ce que la mort... », se méfient de ces évolutions de moeurs. Et comme est mauvais tout ce qui ne suit pas le modèle, alors émerge la crainte de voire d'autres pratiques « hors modèle » réclamer à leur tour leur juste attention et tolérance. Et ces gens vont donc se mettre a craindre que l'on glisse ainsi vers l'acceptation demain de pratiques qui paraissent encore ignobles aujourd'hui (zoophilie, etc ou pire).
    Mais ils se basent sur des limites qui sont celles de la morale judéo-chrétienne. Aujourd'hui, les limites seraient plutôt celles des droits de l'homme.

    Par contre, je ne sais pas si on peut comparer l'incompréhension/rejet du polyamour à celle/celui de l'homosexualité. Il faudrait avoir une idée des éventuelles discriminations a l'encontre des polyamoureux, voir si des polyamoureux sont victimes d'agressions physique pour cette raison, etc... le parallèle ne me parait a priori pas évident du tout.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 18h19 le 16/12/2008
    • Internaute
      Now future & karpe diem

    Faut pas s'inquiéter des propos des nazis, ils sont tellement fiers d'être Français que afin d'être sur de la pureté du sang de leurs enfants, ils ne se reproduisent qu'avec leur famille...

    Ha c'est sur, les enfants vont se trouver bizarre. Ton papa aime deux mamans, donc il n'est pas normal et toi non plus.
    Par contre, ton copain qui a une maman mais que papa est parti avant ta naissance, ou ton autre copain qui habite soit chez maman avec son autre papa soit chez papa avec son autre maman, eux ils sont normaux...
    Enfin pas depuis si longtemps que ça...
    Et je parle même pas du gamin qui a deux papas.

    C'est vrai, mieux vaut une famille normal avec seulement papa et maman, et tant pis si papa tape sur maman qui tape sur le mioche qui tape sur le chien...

    Enfin pour en revenir au polyamour, pourquoi on a inventé ce mot ? N'est-ce pas purement et simplement de la polygamie, sans le coté officiel du mariage ?
    (la minute culture : avoir plusieurs femmes est de la polygynie, avoir plusieurs hommes de la polyandrie)

    Et si on a des relations sexuelles régulières, sans pour autant vivre ensemble en permanence, avec des personnes qui sont très proches, relation que l'on pourrait appeler profonde amitié ou amour fraternel, peut-on qualifier cela de polyamour ?

    Enfin peut importe les mots, seul importe les actes : être fidèle à ses amis et baiser tout ce qu'on peut.

  • Guilain
    Guilain répond à Orageon
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 22h55 le 16/12/2008

    La question des limites sur lesquelles on se base m'intéresse (morale judéo-chrétienne, droits de l'homme...). C'est pour cela que j'aime la philosophie morale, avec par exemple les livres de Ruwen Ogien et son concept « d'éthique minimale »...

    Je suis d'accord avec vous, je pense que les polyamoureux sont moins rejetés/méprisés que les homosexuels. J'en vois plusieurs raisons :

    • Les homosexuels ont fait leur « coming-out » il y a longtemps. Depuis, les mentalités ont évolués et les fameuses limites sur lesquelles on se base en occident sont de moins en moins celles de la morale judéo-chrétienne
    • Les polyamoureux sont moins exposés à la critique des personnes « sex-negative »
    • A mon avis, comme beaucoup d'hommes construisent leur identité sur leur genre (avec tendance macho), ils ont d'autant plus de mal à supporter l'homosexualité masculine

    J'en oublie surement... Ceci dit, je suis un homme, et il me parait clair que les femmes qui ne cachent pas leur polyamour subissent beaucoup plus la pression sociale et les réactions de rejet ou de mépris.

  • Guilain
    Guilain répond à IamSelene
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 23h08 le 16/12/2008

    Bonjour,

    je ne dis pas que les gens « poly-unfriendly » sont les mêmes que les gens « gay-unfriendly ». Je dis que certaines problématiques sont proches :

    • remise en question de la pertinence de donner un nom
    • accusation de démantèlement de la société (corruption de la jeunesse, de la famille...)
    • insultes
    • condamnations morales (lié à une vision « sex-negative ») sous couvert de « si c'est chez eux et que personne ne le voit, alors ça passe encore... »

    Comme il n'est souvent pas possible de cacher complètement le fait qu'on soit polyamoureux (et d'ailleurs, c'est pénible de devoir le cacher, pourquoi le ferait-on ? ), il me semble qu'il est important qu'une large base de la population soit « poly-friendly » pour compenser les attaques des « poly-unfriendly ».

    Cette dernière phrase est valable en remplaçant poly par gay.

    Lorsque j'ai commencé la synthèse, je n'avais pas du tout cette similarité en tête. L'idée est venue grâce au travail de classification que j'ai fait...

  • Jack Sullivan
    Jack Sullivan
    en boule
    • Posté à 16h19 le 17/12/2008
    • Internaute
      en boule

     » En effet, pour beaucoup de polyamoureux, la relation et les sentiments sont très importants et nécessaires pour faire du sexe… Ils s'attirent donc, à mon avis, moins de réactions négatives. »

    Oh, je n'en mettrais pas ma main au feu. Tout ceux qui s'écartent du couple monogame hétérosexuel ont vite fait de s'attirer des remarques fielleuses et/ou intolérantes de ceux qui s'y épanouissent et qui ne parviennent pas à concevoir une autre forme de bonheur que la leur. Un exemple vécu : je vis avec un homme depuis quelques temps, moi qu'on a connue virevoltant d'une aventure à l'autre (quand je n'étais pas carrément polyamoureuse sans le savoir). Du coup la femme d'un ami m'assène avec un grand sourire « Tu es la preuve vivante qu'on peut changer », comme si, pécheresse forcément repentie, je ne pouvais qu'abonder dans son sens, et avouer que mon passé amoureux n'a été qu'une erreur, le symptôme d'une jeunesse instable (et puis quoi encore ? ).
    Je suis loin de dire que toute personne vivant dans un schéma « classique » est aussi normative.... mais avouez que ça fait froid dans le dos.