25/11/2008 à 11h05

Les mouches, reines du « polyamour » pour mieux assurer leur reproduction


L'article publié sur Rue69 sur le « polyamour » (« Ni libertin ni infidèle, le polyamour fait des ravages ») a été à l'origine d »un petit buzz, ainsi que me l'ont rapporté les organisateurs du site polyamour.info, très sollicités par les médias en tout genre depuis une semaine.

Pourtant, m'explique Damien Jayat, qui tient le blog Infusion de sciences sur Rue89, le polyamour relève d'une théorie darwiniste traditionnelle, néo-darwiniste même, puisqu'elle mêle évolutionnisme et génétique.

Notre vulgarisateur scientifique de choc m'explique :

« Les mouches copulent à droite à gauche pour éviter de former des bébés incapables de se reproduire. D'un point de vue scientifique, les chercheurs concluent que les femelles ont tendance à s'accoupler avec plusieurs mâles, si ces derniers sont porteurs de gènes qui réduisent la fertilité. »

Une étude récente sur les mouches montre qu'en fait, les femelles sont à la recherche du bon X. Dans le détail, la séquence est en trois temps :

  • Les chromosomes X de certains mâles portent des gênes qui réduisent leur fertilité et celles des femelles à naître
  • Comme le problème est porté par le chromosome X, que les mâles ont en un seul exemplaire, les femelles « cherchent » un max de chromosomes X différents pour trouver le meilleur.
  • Finalement, les mouches les plus « pluripartenaires » se reproduisent plus et mieux, engendrant des mouches qui auront les mêmes comportements sexuels.

Et Damien de conclure avec un poil de provocation :

« En gros, les nanas baisent avec plein de mecs quand le fait de coucher avec un seul devient trop dangereux pour les bébés. De là, on peut imaginer toutes les extrapolations... »

Dans cette démonstration, je vois bien le côté « poly », mais pour ce qui est de l'« amour » ? Ah, Damien, nous étions d'accord là où y'a du gêne, y'a plus de plaisir !

L'Humanité, un pluriel d'êtres singuliers de Damien Jayat - éd. Les deux encres (Cholet) - 23€.

A lire aussi : Ni libertin ni infidèle, le polyamour fait des ravages

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  • compte supprimé 24
    • Posté à 11h09 le 25/11/2008

    Je suis bien d'accord avec les mouches : le plus dur, c'est de trouver un bon X.

  • Jack Sullivan
    Jack Sullivan
    en boule
    • Posté à 11h39 le 25/11/2008
    • Internaute
      en boule

    Des histoires comme celle-ci pullulent (comme des mouches ? ) en biologie, toutes plus ou moins calquées sur la théorie du « gène égoïste » (désigne un gène qui tend à favoriser sa propre propagation dans une population, ou a contrario un gène qui tend à pénaliser les individus qui le perdent). Sauf que bien sûr ni le gène, ni l'individu qui le portent n'ont aucune conscience de quoi que ce soit, et donc aucune intention de se multiplier. Pour faciliter la compréhension Damien Jayat formule les choses de manière certes correcte, mais déterministe.

  • Damien Jayat
    Damien Jayat répond à Jack Sullivan
    Médiateur scientifique
    • Posté à 12h22 le 25/11/2008
    • Internaute
      Médiateur scientifique

    Ben tiens, je vais me gêner ! ; o)

    C'est vrai que l'interprétation de ces observations est donnée (par les chercheurs eux-mêmes) dans le cadre de la théorie de Hamilton, Dawkins et les autres sur les gènes « égoïstes ». Théorie discutable et discutée, mais qui explique pas mal de choses. En attendant mieux... ou pas...

  • Panama
    • Posté à 20h31 le 25/11/2008

    C'est très compliqué pour moi, cette histoire de mouches.

    D'une part, je ne vois pas pourquoi il faut une explication néo-darwinienne pour expliquer que les mouches qui ont plus de partenaires se reproduisent davantage — surtout si l'on tient compte du faible recours à la contraception chez les mouches (il semble même établi qu'elles ignorent tout de l'anneau contraceptif, ce qui est tout de même un comble à l'époque des nanotechnologies).

    Ensuite, le résumé fait par l'excellent Damien Jayet me semble moyennement néo-darwinien, car on a vraiment l'impression que ces mouches sont super finaudes (enfin, les femelles). Je pense que c'est plutôt un point en faveur de l'Intelligent Design…

    Et tout ça, pour expliquer, au fond, une conduite visant à éviter la stérilité héréditaire !

    Cela dit, comme il se trouve toujours des savants pour prendre au sérieux des blagues comme celle proposée ici par l'auguste Camille, je signale que des sociologues américains appliquent très sérieusement au comportement de la femme (américaine, bien sûr) la théorie darwinienne. Ces dames multiplieraient bel et bien les partenaires pour accroître leur chance de tomber enfin sur un bon reproducteur.

    Si l'on en croit Kay Hymowitz, journaliste et essayiste (tendance conservatrice laïque), cela ne va pas sans poser de graves problèmes existentiels aux mâles américains qui, du coup, ont tendance à se consacrer aux jeux vidéos (parce que là, au moins, ils ont l'impression de maîtriser quelque chose). Elle explique cela dans un article intitulé « L'amour au temps du darwinisme » :
    Lien

    Mais pour le coup, comme dirait Camille, je vois bien le côté « amour », mais ce n'est pas très « poli »…

  • hoshiko
    hoshiko répond à Panama
    • Posté à 17h47 le 02/12/2008

    « Ensuite, le résumé fait par l'excellent Damien Jayet me semble moyennement néo-darwinien, car on a vraiment l'impression que ces mouches sont super finaudes (enfin, les femelles). Je pense que c'est plutôt un point en faveur de l'Intelligent Design… »
    Effectivement, mais il est difficile d'expliquer le comportement d'êtres vivants sans utiliser des tournures de phrases qui laissent entendre que ces êtres vivants sont conscients de ce qu'ils font. C'est d'ailleurs un biais humain que de voir de la volonté dans des choses qui n'en ont pas (genre : « les embouteillages, c'est que pour m'embêter »).
    Le problème est qu'il faut 1. se placer du côté du gène 2. voir que les comportements (comme les gènes) ne sont pas « pensés » (« si je fais ceci, le résultat sera cela »), mais sélectionnés : une mouche polyandre aura, mettons, 1000 filles qui seront plus fertiles (elles auront chacune 1000 filles) que les 1000 filles d'une mouche plus farouche, qui n'en auront que 500 chacune. Au fil des générations (et c'est court chez les mouches ! ), le nombre de mouches polyandres doublera par rapport aux mouches « timides » et le comportement associé suivra la même évolution.
    L'Intelligent Design part d'un postulat, vrai ou faux, que l'Homme, ou même simplement le monde, est trop bien fait (ça se discute ! ) ou trop complexe pour être le fruit du hasard. Et pour avoir l'air sérieux, ses défenseurs utilisent Darwin. Sauf que si on se passe du postulat de départ (la volonté d'un Etre Supérieur de créer l'Homme, cette merveille ! ), on a Darwin et ça marche quand même parfaitement.