
Anne (trois amoureux) : « Le polyamour bouscule les conventions établies »
Anne, étudiante en anthropologie, 25 ans, sept ans de couple avec Thomas, dont cinq en concubinage, trois ans avec Alban, un an et demi avec Louis, témoigne de son entrée dans le polyamour :
« Depuis toute jeune, je n'ai jamais pu admettre être la propriété d'une seule personne, ni qu'une fois une relation amoureuse avec quelqu'un engagée, cela signifie que je doive changer mon ouverture aux autres personnes.
Quand j'ai rencontré Thomas, il avait une amie, j'étais également engagée. Nous avons passé un an et demi à nous voir clandestinement.
Le jour où nous avons emménagé ensemble, il était implicite que nous étions libres d'avoir d'autres relations. J'ai eu quelques “histoires de peau”, que j'ai plutôt mal vécues. J'avais presque décidé de renoncer à avoir ces aventures tant je me sentais mal à l'aise de les révéler à Thomas.
Quand j'ai rencontré Alban, Thomas m'aida à lui avouer, et me déculpabilisa. Ce qui posa les bases explicites de notre relation polyamoureuse. Il m'exprima sa joie de me voir heureuse, et me dit qu'il n'avait pas peur pour nous.
C'est à ce moment que j'ai découvert la “théorie” du polyamour. En le vivant, car il était clair que mon amour pour Alban n'entachait en rien celui si profond pour Thomas, et que même il le renforçait.
Aujourd'hui, je ne doute pas que la notion d'amour exclusif n'est qu'un reliquat des anciennes institutions sociales, étatiques et religieuses et qu'il n'a jamais été dans la nature originelle de l'homme de jurer fidélité à une seule et même personne “jusqu'à ce que la mort les sépare”.
Les déterminismes sociaux auxquels nous sommes irrémédiablement soumis, ainsi que la propagande faisant impunément la promotion d'un style de vie bien défini sont difficilement dépassables. Et actuellement, face à un échec du couple traditionnel, on ne propose rien de plus subversif que des sites de rencontres, des sextoys ou des speed dating…
Le polyamour, voilà qui bouscule toutes les conventions établies ! »
Les réactions lorsque Anne parle de son polyamour sont la plupart du temps des réactions de curiosité, d'intérêt, mais parfois aussi de dédain, ou encore grivoises et lourdes. Les questions les plus courantes concernent :
- La véracité et l'intensité des sentiments. « Ce sont les remarques plus blessantes. »
- La sexualité est-elle collective ou non ? « Je n'ai jamais fait l'amour avec plusieurs de mes amoureux, et ce n'est pas le but du mode de vie polyamoureux, qui se base sur plusieurs relations distinctes, mais j'ai effectivement une relation particulière avec Ninon, qui nous a mené à vivre certaines expériences ponctuelles ensemble ou avec Thomas. »
- Le caractère compliqué de la gestion de la situation et du temps. « Il peut évidemment paraître plus simple de n'avoir qu'une seule personne à aimer et à combler, car cela prend beaucoup de temps…
Mais si l'on est pas trop rigide, si l'on sait faire face aux imprévus sans se vexer, alors aucun problème majeur d'emploi du temps ne vient se poser dans une relation polyamoureuse.
Bien sûr, la communication, le respect, la sincérité et la tolérance, sont de mise, comme le respect du jardin secret des autres. » - Les comparaisons/hiérarchies. « C'est absurde. L'amour ne peut se quantifier, c'est un mythe de croire qu'aimer plusieurs personnes diviserait l'amour. Nous avons un potentiel infini d'amour.
Je ne compare pas, je n'en éprouve pas le besoin… Je me sens bien dans mes couples, les uns n'ont rien à voir avec les autres. Est-ce que des parents font des hiérarchies entre leurs enfants ? »
► A lire aussi : Ni libertin, ni infidèle, le polyamour fait des ravages
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De castorpolitique
Rien | 15H56 | 18/11/2008 |
Bon, oui, et alors ? Si nous sommes « irrémédiablement soumis aux déterminismes sociaux », alors on devrait trouver un fait social, peut-être récent, qui permette de faire du polyamour un comportement déterminé.
Ce fait social n'est-il pas tout simplement le désir constant de choquer et d'affirmer la singularité d'une personnalité, d'un couple, d'un triplet ou d'un quadruplet ?
Chacun a le droit de vivre sa vie. Que les couples ne doivent pas dénigrer les polyamours, je suis tout à fait d'accord. Mais si le polyamour sert à dénigrer les couples en les traitant de ringards, de coincés, de conventionnels, de reliquat, etc, alors le polyamour devient une convention de plus à l'aune de laquelle vous jugez les autres comportements. Si les règles sont modifiés mais restent des règles, où est le « progrès » dans le comportement que vous décrivez ? Pourquoi le « bon » comportement ne devrait-il pas être le comportement homosexuel ? Ou l'abstinence ? Ou pourquoi ne pas changer ? Etre homosexuel pendant 10 ans, adepte du polyamour pendant 15 ans et hétéro pendant 10 ans puis de nouveau homo ?
Il n'y a rien de subversif dans votre façon de décrire le polyamour. Dans cet article, je ne distingue que l'histoire de l'arrosé arroseur.
http : /castorpolitique.wordpress.com
De Emma T
TBBT addict. | 14H03 | 18/11/2008 |
Ca tombe bien, Vatican II a écarté la gourmandise des pêchés capitaux !
; -)
De jorge_Atlan
14H18 | 18/11/2008 |
Chacun vois midi a sa porte, et je dois avouer que je me fiche un peu des conventions, des tendances et autres ringardises…
Déjà que vivre un couple c'est pas simple, alors 2 ou 3 trois, bonjour… !
Et en quoi vivre plusieurs couples, permet il de faire face a la crise du couple ?
Je regrette que l'on le sujet ne soit pas un peu plus fouiller, on survole juste une situation qui s'apparente a une « situation échangiste »… qu'en est il réellement de la gestion du temps de ces couples, de la gestion des sentiments des ces différentes personnes de la gestion de l'espace de vie ou de rencontre… ? Je reste sur ma faim…. Peut être a suivre
à jorge_Atlan
De Camille
(auteur)
Mauvais genre | 15H38 | 18/11/2008 |
On me demande des articles de moins de 3000 signes et j'ai fait des coupes franches dans le témoignage d'Anne qui était nettement plus fouillé. Elle m'avait même envoyé des longs textes d'explication sur le polyamour. Je pense que les sites notamment polyamour.be et polyamour.info quand il ouvrira auront des textes là dessus. Si vous m'écrivez personnellement et si vous lisez l'anglais, je peux vous faire passer des articles sur la question.
Si la demande est forte je ferai peut être ultérieurement un article complémentaire sur la question.
De IamSelene
étudiante | 14H58 | 18/11/2008 |
Le couple traditionnel est tellement regardé de haut par certains qu'on croirait que la nouvelle mode est d'être « moderne ».
Désolée, mais vivre une relation « exclusive » n'a rien de vieillot, et ça ne nous limite pas forcément : pour beaucoup, c'est un moyen d'être vraiment heureux. Le polyamour n'est pas le stade suivant, où l'on se serait libéré des conventions, c'est juste une autre façon de concevoir l'amour, qui va certes très bien à Anne, mais que beaucoup n'aimeraient pas vivre. Je ne me vois aucunement entretenir plusieurs relations, même si mon conjoint est d'accord. Un + un, moi ça me va, et que ça fasse de moi une traditionnaliste ou je ne sais quoi, je m'en fiche pas mal. Et le fait qu'un modèle soit véhiculé par la société n'en fait pas quelque chose auquel il faut s'opposer, je trouverais ça bien immature de se glorifier d'un polyamour parce qu'on ne fait pas « comme tout le monde ».
Iamselene.wordpress.com
à IamSelene
De castorpolitique
Rien | 15H57 | 18/11/2008 |
Bien d'accord !
http://castorpolitique.wordpress.com
De Orageon
Rejeton cyclonique | 16H56 | 18/11/2008 |
Ah, du complément à l'article précédent !
Mais ces précisions de Anne ne font que renforcer l'embryon de réflexion que j'avais vu naitre en lisant l'autre article.
Et pour faire bref, ben tout comme castor et Selene. Ça sent le complexe à plein nez, voilà tout ! Mais bon si Anne est heureuse, sache que les autres sont heureux aussi, et ta voie n'est pas « la voie » !
La tolérance, c'est comme le respect, ça marche qu'à double sens ; -)
à Orageon
De Camille
(auteur)
Mauvais genre | 17H28 | 18/11/2008 |
Marrant que vous répondiez tous comme ça à Anne. Je n'ai pas du tout perçu son témoignage comme vous tous. Je le trouvais tout à fait respectueux.
à Orageon
De Guilain
salope éthique | 22H35 | 18/11/2008 |
Bonjour Orageon,
je ne comprends pas non plus où il est, le manque de respect ou de tolérance, dans ce que dis Anne ! Tu peux nous citer ce qui t'y fait penser stp ?
J'ai lu des critiques un peu similaire pour le livre « the ethical slut » que je connais bien (et que je recommande vivement) et je me pose la même question…
Merci : -)
à Guilain
De Orageon
Rejeton cyclonique | 14H07 | 19/11/2008 |
@Camille et Guilain
J'exagère peut être un petit peu, mais certaines phrases telles que :
« Aujourd'hui, je ne doute pas que la notion d'amour exclusif n'est qu'un reliquat des anciennes institutions sociales, étatiques et religieuses […] »
Ou encore, dans l'autre article :
« Chaque couple a ses particularités, crée sa bulle, tout en n'y emprisonnant pas les individus qui y évoluent […] »
Dénotent pour moi un avis plutôt négatif de la monogamie, et même le place comme un concept « dépassé » (une relique).
Mais vous avez raison, cela ne marque pas forcément le manque de tolérance, mais donne presque un air de « donneuse de leçon ». Pi j'ai l'ego sensible, faut dire ! (l'allusion au respect, par contre, était là pour le parallèle avec le traitement de la tolérance, et n'a rien a voir avec le dossier ici. J'aurai du être plus clair.)
Elle dit également :
« qu'il n'a jamais été dans la nature originelle de l'homme de jurer fidélité à une seule et même personne “jusqu'à ce que la mort les sépare.‘[…]’
Ce sur quoi je peux être d'accord, après tout. On vient bien des singes et ces derniers sont souvent organisés en meutes, avec un mâle dominant etc.. rien a voir avec le modèle imposé longtemps par l'église.
Et pourtant, le polyamour qu'elle propose à la place peut générer de la jalousie :
‘Ce sentiment m'agace, mais j'ai bien dû me rendre à l'évidence, la jalousie ne disparaît pas complètement. Elle est rationalisée, mais parfois, une pointe, un pic, nous rappelle à nos angoisses…[…]’
Elle a pourtant opté très jeune pour ce modèle (donc cette jalousie ne doit pas venir d'anciens réflexes d'ex-monogame), et nous affirme que la monogamie n'est pas naturelle pour l'homme.
Le polyamour est-il plus naturel, alors qu'il peut générer de la jalousie ?
Elle ne le prétend pas, remarquez…
Enfin, Françoise de dire dans l'autre article :
”..car les polyamoureux ont mille façons de vivre et changent selon les périodes, ils peuvent même avoir des phases monogames. “
On peut aussi voir par là que la personne ne sait pas vraiment ce qu'elle veut, et qu'elle est‘lunatique dans les mœurs de l'amour’ ? (n'y voir aucun a priori négatif)
Mon avis n'engage que moi, et je suis totalement prêt à le changer.
Simplement par rapport à ce que j'ai lu, j'ai l'impression qu'il y a une certaine part d'envie de ‘rebellion’ contre les ‘anciennes institutions sociales, étatiques et religieuses’ dans le discours, et donc un regard ‘de haut’ envers ce qui est lié à ces institutions croulantes.
Ce qui ne veut pas dire que ce ne sont pas de bonnes raisons. Il y a surement autant de raisons différentes au polyamour que de polyamoureux, mais pour ce cas là, on ne peut s'empêcher de questionner certains aspects du raisonnement… sans bien sûr vouloir remettre en cause les choix de Anne. Tant qu'elle est heureuse (mais parfois un peu jalouse ? : -)
Mais je ne connais pas vraiment le dossier, donc je n'arrête pas mon jugement : -P Il faudrait d'autres témoignages pour mieux apréhender ces relations.
à Orageon
De Camille
(auteur)
Mauvais genre | 15H15 | 19/11/2008 |
Merci pour votre réponse argumentée et claire.
J'ai trouvé que la jalousie qu'elle mentionnait était honnête. L'être humain n'est que rarement totalement cohérent avec lui même, non ? Justement, elle ne dit pas que le polyamour c'est un truc qui est la panacée absolue et qui règle tout. Pas plus d'ailleurs que les couples monogames exclusifs et heureux de l'être ne disaient que c'était facile tous les jours.
Dailleurs des phrases telles que »Chaque couple a ses particularités, crée sa bulle, tout en n'y emprisonnant pas les individus qui y évoluent […] » reflète pour moi ce qu'elle a vécu avant en étant monogame. J'ai coupé un long bout de son témoignage où elle racontait son mal être avant de s'autoriser plusieurs amours, le sentiment d'enfermement, et même l'envie de suicide d'un autre polyamoureux.
De Orageon
Rejeton cyclonique | 16H01 | 19/11/2008 |
Je comprends. La monogamie ne lui allait pas et elle souffrait de subir ce modèle. Maintenant elle s'épanouit avec le « polyamour ».
A la bonne heure, tout le monde est content !
à Orageon
De Guilain
salope éthique | 17H22 | 19/11/2008 |
Bonjour Orageon, j'apprécie votre réponse et je comprends mieux votre premier commentaire : -)
Effectivement, Anne, Françoise et beaucoup de polyamoureux se font une joie de critiquer les mauvais côté de la monogamie : « il y a le risque d'y emprisonner les individus qui y évoluent », relique et conditionnement social, etc.
Je ne le vois pas comme un manque de respect ou de tolérance. Mais à mon avis, c'est une erreur de mettre l'accent sur les mauvais côtés de la monogamie :
- lorsqu'on fait un choix entre 2 chemins, on a tendance à rationaliser son choix a posteriori (trouver de nouveaux arguments pour le chemin choisi et contre l'autre). Cela devrait nous inciter à nuancer nos critiques sur les chemins « non-choisis ».
- tout choix a ses avantages et ses inconvénients. Je connais des monogames heureux et des polyamoureux malheureux.
- ce que j'aimerais simplement, c'est que les gens sachent qu'il existe des alternatives viables à l'amour possessif et exclusif (une autre alternative est d'ailleurs par exemple l'asexualité - Camille, j'espère que vous ferez un article sur ça aussi : -)
- faire découvrir cette idée de polyamour à des monogames en critiquant la monogamie, c'est partir sur des bases défensives
Dernière chose : il n'y a aucune obligation pour un polyamoureux de ne pas être jaloux. Ce sont des choses qui ne se commandent pas. Par contre, je me suis plongé un peu dans l'univers du polyamour, et j'ai découvert que, grâce au soutien et à l'écoute des partenaires, la jalousie est douloureuse mais pas invivable…
Pour plus de témoignages, si vous lisez l'anglais, je vous recommande vivement « the ethical slut ».
à Guilain
De Orageon
Rejeton cyclonique | 14H16 | 20/11/2008 |
Je ne peux que plussoyer.
Et j'irai voir un peu de quoi cet « Ethical Slut » retourne, mais seulement lorsque j'aurai terminé le roman de science-fiction que je lis actuellement (et ses suites) parce que, faut pas déconner, il y a des priorités dans la vie : -)
De VinceTheCat
Psychoélectricien | 20H24 | 18/11/2008 |
Alors là, je ne pouvais pas ne pas laisser mon grain de sel ! ; )
Je suis un peu étonné du nombre de réactions assez peu sympathisante du témoignage de Anne (Attention hein, j'ai pas dit que vous étiez pas sympathiques ! ) que je salue au passage comme… ben ché pas moi, une sœur ?
A 32 ans, je n'arrive toujours pas à épouser (ha, ha) une vie de couple « normale ». Non qu'une telle vie me rebute car au contraire un couple stable, fidèle et épanoui m'a, régulièrement, fait beaucoup envie…
Seulement voila : la fidélité et la jalousie comme ressenties par la majorité sont deux notions et émotions qui m'ont toujours été complètement étrangères. Voire, et malheureusement assez souvent, qui m'ont semblé limiter les couples de mon entourage et non les servir.
Il semblerai donc que je sois polyamoureux ! J'en suis d'ailleurs très content et je tiens à apporter quelques petits témoignages :
Pour le coté « j'ai pas choisi », il se trouve que je suis « polyamoureux » depuis le CM2, période de mon premier ET double amour.
Pour le côté « rien n'est impossible », j'ai quand même connu quelques périodes, quelques histoires « monogames ». Mais c'était pas les plus belles périodes de ma vie… ; (
Pour le côté « on se refait pas », j'ai beau vouloir
me « ranger », je n'y arrive juste pas. Jusqu'à récemment où j'ai vécu trois belles histoires simultanées, très belles et fortes et qui m'ont émues de tolérance.
Pour le côté « ça n'arrive pas qu'aux autres », je tiens à dire à toutes fins utiles que je suis affublé de parents tout ce qu'il y a de plus amoureux depuis maintenant plus de 30 ans. - Et pour la petite histoire, chacun m'a dit avoir été fidèle mais penser que l'autre avait bien dû, une fois ou deux… j'ai pas creusé ; ) -
Pour le côté « on dérange », c'est vrai que j'ai mis du temps à trouver des amis qui sinon sont comme moi (c'est rare ! ) du moins me comprennent (c'est pas courant…) ou m'acceptent. Par contre, même si je ne compte plus le nombre de discussions que j'ai eu à ce sujet avec des personnes, hommes ou femmes, que le sujet touchait, amusait ou intéressait… il est impressionnant de constater à quel point la critique ouverte, sincère et un peu argumentée du concept « couple » peut soulever des offenses parfois un peu surréalistes…
Voilà, au cas où ça fasse avancer la discussion qui me semble un peu…
Merci pour l'article, et vivement le site !
De wallman
citoyen lambda | 23H26 | 18/11/2008 |
Ouf, un article qui contre balance un petit peu les précédents.
N'ayant pas une très grande expérience dans la vie amoureuse et la vie tout court ( deux histoires d'à peine moins d'un an chacune avec deux filles diamétralement opposées à 20 ans ), j'avoue avoir été considérablement sensible à cette manière de voir l'amour et de vivre l'amour sans pour autant connaitre ce concept de « polyamoureux », qui soit dit en passant de me plait pas des masses ( je parle du mot ).
Désormais j'ai tendance à considérer l'amour comme une dévotion à une même et unique personne en ce qui concerne la relation amoureuse et affective. Sans pour autant de pas aimer d'autres personnes. Etant donné que je pense pouvoir aimer plusieurs personnes à la fois sans ressentir le besoin de faire l'amour avec elles ( filles comme garçons ) je me sens quelque peu « libéré » de ce sentiment qui m'animait il ya de ca un an. Je voulais une personne « fixe » à aimer et une « liberté » sexuelle, ce qui diffère, il est vrai, quelque peu du polyamour. Je pensais qu'il serait préférable de pouvoir s'échapper sexuellement de temps à autre sans que cela ne pose de problème. J'en suis désormais un peu moins convaincu tout simplement parce que ma deuxième relation m'a tellement comblé sexuellement que je n'en ressentais même plus le désir.
Et puis en ce qui concerne l'amour, le grand amour, celui dans lequel on se livre à corps perdu, j'ai du mal à m'imaginer pourvoir me livrer totalement avec plusieurs personnes à la fois, ne serait ce que deux. C'est parfois tellement éprouvant. Et dans ce cas là, je vois mal comment je pourrais parler d'amour sincère et franc si je ne suis pas totalement disponible et entièrement présent pour une personne que « j'aime ».
Mon idéal d'amour se passe à trois. Je ne crois pas aux duos, je ne crois qu'aux trios. Pour moi il y a l'homme, la femme ( ou la femme, l'homme, c'est selon ) et la vie. La vie que l'on atteint par fusion ( ou par procréation également ). A travers l'amour on atteint la vie fusionnelle, celle qui nous fait sentir vraiment vivant, celle qui nous comble à l'extrême. Je parle évidemment de la vie orgasmique, celle que l'on atteint à deux et qui nous fait nous sentir ailleurs, pendant quelques secondes totalement existant, au centre même de l'existence. Et pour tout cela prenne sens, pour que ce moment soit vraiment puissant de plénitude je pense qu'une vie en couple extrêmement soudé et indispensable. Donc la question serait de savoir si le polyamour permet ( ou n'empêche pas ) l'osmose à deux. Est ce que ce moment de fusion si intense peut être aussi intense quand on vie pleinement à deux que quand on vie à deux plus 3 ou 4 ?
C'est la question qui m'anime. Et pour être honnête je pencherais plus pour une réponse négative. Mais je le répète, je n'ai que 20 ans, deux relations amoureuses derrière moi, qui n'ont cependant rien à envier à d'autres, et des idées dans la tête qui ne demandent qu'à être confirmer ou infirmer. Et puis, ne faut-il pas faire des quelques sacrifices pour mieux apprécier ce que l'on a vraiment par la suite ?
Je laisse à la vie le privilège de me répondre.
Un amoureux de la vie.
De Gaor
03H06 | 19/11/2008 |
Ce concept de polyamour serait recevable s'il n'était pas aussi Île aux Enfantesque. Anne aime plusieurs hommes, mais ceux-ci aiment-ils Anne comme elle les aime ? Les pulsions humaines sont ici mises au ban. Tous les hommes d'Anne sont d'égaux philosophes soustraits du poids des conventions sociales et ancestrales. Mieux, aucun d'eux ne réclame de descendance susceptible de faire s'effondrer le bel édifice.
Ce sont des amants, point-barre. Faut pas croire, on aime nos amants et nos maîtresses, qui tolèrent souvent beaucoup de choses par amour. Idem pour les « officiels ».
Peu de gens sont faits pour l'amour exclusif et éternel, mais si on s'y efforce depuis des millénaires, c'est qu'il y a des raisons, un max de raisons.
Il faudrait les témoignages des messieurs pour mettre celui de la demoiselle en perspective et comprendre vraiment quels liens tissent cette toile idylliques loin des affres du réel amoureux.
Et surtout, on en reparle à 50 ans. Parce qu'à 25…
à Gaor
De Camille
(auteur)
Mauvais genre | 10H35 | 19/11/2008 |
Et bien lisez l'article sur le polyamour avec le témoignage de françoise Simpère (mariée depuis 35 ans et polyamoureuse).
On ne s'y efforce pas partout de vivre de façon exclusive et éternelle, on s'y efforce d'autant moins que l'espérance de vie augmente. Ces dernières années, le divorce des plus de 80 ans est apparu… des femmes qui n'en pouvaient plus souvent d'avoir servi de boniches toute leur vie…
Bref, qu'il y ait des max de raisons pour vivre à deux sans aller voir ailleurs, elles sont détaillées dans l'article sur les gens fidèles, exclusifs et heureux. Qu'elles soient nécessairement les meilleures raisons du monde parce qu'elles ont été entérinées par l'église… bof…. je ne sais pas ; j'ai tendance à croire que chacun peut avoir « sa » vérité.
à Gaor
De jorge_Atlan
20H29 | 20/11/2008 |
Pourquoi ile aux enfantesques ? Et qu'entends tu par ce terme ?
Et comment sais tu que l'autre t'aime a la hauteur de ton propre amour ? Comment savoir que tu aimes l'autre comme elle ou lui t'aime.
Avec quels outils ou quelles preuves ?
On est là dans un domaine humain avec ces phantasmes, ces aprioris, ces certitudes mal placées, et il n'y a rien de plus facile que de prendre son slip pour une tasse a café.
Le nombre de gens qui ce sont trouvés confronté du jour au lendemain au désir de séparation de l'autre, et ce sans jamais en avoir perçu la moindre manifestation… On t il vu ou n'ont il pas voulu voir ?
Contrairement a toi, et sans prosélytisme aucun, je sais que l'on peut se retrouver dans une situation d'aimer 2 personnes. Je te parle de « vrai amour » et pas de batifolage camouflé en sentiment…
La nature humaine a ceci de plaisant c'est qu'elle ne se laisse pas enfermer dans une bouteille et que sa diversité ne cesse de m'étonner et de me surprendre…
l'important est le respect de soi, de l'autre, et la tentative d'être au plus clair avec soir même et avec les autres.
l'important n'est il pas d'essayer d'être heureux ?
De egide
Littéral | 18H01 | 19/11/2008 |
Pour une sentimentalité complexe.
La fuite de la forme close caractérise l'un des aspects essentiels de la nouvelle esthétique du début du XXe siècle.
La révolution architecturale entraine l'interpénétration espace extérieur espace intérieur.
La forme superstructurale des bâtiments influe « rythmiquement » sur le paysage lui-même et l'introduit comme élément prégnant de l'espace privé mis au jour.
Plus le complexe spatial s'affranchit, moins la place de la personne s'y définit aisément.
Plus la socialisation en réseau ouvert et instable trouve enfin son expression.
L'architecture gaudienne * est la métaphore même de la complexité du monde social et de la nature.
L'art moderne en repoussant toutes les limites formelles, en s'attachant à élargir à la présentation d'abstractions qui rendent sous forme d'images singulières et nouvelles l'univers sensible à la pensée auquel les personnes se trouvent confrontées.
L'expression de formes non amarrées à des représentations figées emmène le regardeur détaché de lui-même (non-narcissique) à l'intérieur des nouvelles œuvres d'art qui reflète la part invisible mais bien réelle du monde (Kandinsky).
L'espace sonore commence d'intervenir comme fait social majeur et la musique s'ouvrent aux variations perpétuelles des émotions (Schoenberg).
Les corps ne servent plus de modèle naturel, académique. Le déclin des genres de représentation efface la permanence et la limitation des imagos corporelles. Le modèle devient artiste dont la matière est sa chair même, sa nudité, ses mouvements ses postures qui peuvent se décliner en dansant, en posant, en performant.
La passivité du minoritaire qui contraignait jusqu'àlors toutes ses attitudes et banalisait sa présence perd de sa pertinence pour les individus qui s'en affranchissent autant qu'ils le peuvent. Un processus social d'émancipation a commencé qui ne s'arrêtera plus.
L'espace privé n'est plus un monde en soi, il se réduit de plus en plus à l'intime de l'individu. La famille se réduit. Les réseaux s'imposent.
Des femmes sortent de l'espace féminin étriquée dans lequel, on les avait contraintes. Elles découvrent la variété infinie des rapports à l'altérité, à l'étranger, à l'univers.
Mais ces femmes ambiguës, qui vont de leur cocon qui subsiste de l'espace privé et parcourent l'espace extérieur où elles s'étourdissent de leur récente et si particulière lucidité.
Nouvelles créatures au genre ambivalent trop charnelles, publiques enfin sans déchoir au rang d'objet sexuel qu'on achète, elles peuvent être, ces femmes aimées, médiatrices des intimités essentielles, des savoirs et des intuitions créatives.
Mais peut-être sauront-t-elles, savent-elles déjà assumer simultanément les deux rôles ? Alors les catégories de genre ne vaudront plus très cher.
L'ambiguïté de la femme qui sait le monde maintenant, femelle enfin libérée et maitresse d'elle-même, transforme l'amour dont elle est encore l'objet mais ne s'y livre que comme une complice, y introduit ses désirs et sa volonté de sujet libre qui n'abandonne pas sa liberté. Elle ne se donne plus. Elle s'adonne simplement et complètement.
La conjugalité demeure, non plus comme l'indépassable destin des personnes mais comme un mode de vie familiale qui n'est plus exclusif d'une vie sociale individuelle et variée.
La vie conjugale n'implique pas forcément l'effacement partielle de la femme dans le couple, qui serait son retour à un statut de mineur, ni ne la subordonne à un principe supérieur que serait la responsabilité d'entretenir le cocon privé pour l'éducation des enfants.
Enfin la conjugalité peut prendre des formes où l'exclusivité de la relation n'est plus un principe intangible ni une caractéristique essentielle d'union des personnes.
La complexité de notre monde parait souvent comme une agitation dont nous voudrions nous protéger dans un espace privé sanctuarisé mais étriqué. Aucune femme émancipée, éduquée et responsable n'accepte plus cet enfermement. Le principe de son autonomie de sujet exclut qu'elle se retire des possibles de la sociabilité.
L'épanouissement de sa personnalité s'exprime autant que pour les hommes dans une activité dans la sphère publique et sa voix compte tout autant dans la cité.
Dans la société post-moderne, la notre, l'être-au-monde des personnes reste problématique toute la vie. L'évolution du monde est perceptible à l'échelle de la vie humaine. Nous sommes dans le mouvement au milieu des vortex. Le savoir que nous accumulons produit sans cesse des nouveaux questionnements.
Nous nous refaisons sans cesse. Et nous avons souvent besoin des autres pour nous retrouver, pour nous évaluer, pour évoluer, pour savoir encore.
Les femmes ne s'épargnent pas les turbulences des relations qu'impliquent les rapports avec l'altérité. Cependant, la société est encline à perpétuer la domination du masculin, à spectulariser la virilité même si des figures féminines participent aussi à ces représentations de la maitrise et de l'adresse dans la confrontation et la compétition.
Il n'en reste pas moins qu'elles sont toujours victimes potentielles des violences et d'agressivité en raison de leur genre.
Habituées de tous temps à se protéger, dans le temps de leur autonomie qui les font se livrer à toute les richesses des rencontres assumées, restent-t-elles discrètes afin de protéger leur liberté et leur aisance de mouvement. Elles gardent ouverts les accès au monde, à tout du monde.
Aussi leurs paroles sont nécessaires. Elles ne devraient plus avoir à tisser autour du silence, leurs visions du monde et des êtres.
Peuvent-elles se livrer vraiment sans se mettre en danger ?
Afin de les connaitre telle qu'elles sont devenues, il reste que nous changions. A vrai dire, avons-nous le choix ? Je crois que non.
* Gaudi architecte catalan du début du XXéme siècle.
De Chantilly
polyamoureuse | 18H53 | 19/11/2008 |
Merci pour ce témoignage sincère et touchant, « Anne'.
Et merci, “Camille”, de traiter ce sujet ici. Je vois ça comme une option entre autres de vivre des relations amoureuses. Cette option me semble pourtant encore peu connue en France. Certains la vivent sans savoir qu'il y a un mot pour cela et des valeurs qui vont avec (Anne les cite d'ailleurs : “la communication, le respect, la sincérité et la tolérance”).
Moi, ça m'a aidé de savoir que le mot et le concept du polyamour existent, tout comme des gens qui le vivent.
De Nébuleuse
Ras les Antennes | 10H07 | 20/11/2008 |
Je crois que le schéma être la femme ou l'homme d'une seule femme ou d'un seul homme est dépassé.
Beaucoup ont des relations en double, si ce n'est en triple, ce genre de relations occultes.
Cependant, je pense qu'un véritable amour est exclusif, et multiplier les relations dans le même temps, c'est que chacune d'elle est insatisfaisante.
La vie est assez compliquée, ne nous la compliquons pas davantage… et pensons aux enfants nés de ces couples ! Où peuvent être leurs repères ? On peut faire des tests de paternité pour savoir qui est le véritable père, mais un enfant a besoin d'équilibre. C'est aussi une des bases du bon fonctionnement de notre société.
à Nébuleuse
De Camille
(auteur)
Mauvais genre | 11H08 | 20/11/2008 |
Cependant, je pense qu'un véritable amour est exclusif, et multiplier les relations dans le même temps, c'est que chacune d'elle est insatisfaisante.
C'est ce que l'on dit souvent aux polyamoureux. Ils disent que chaque relation est satisfaisante et différente. Je pense qu'il faut accepter ce qu'ils disent et ressentent comme étant vrai pour eux même si ça ne le serait pas pour vous.
Par ailleurs, en général, polyamoureux ou pas, les couples savent avec qui ils font leurs enfants et les enfants dits les « bâtards », ça ne date pas d'hier ni du polyamour, loin de là !
à Camille
De Nébuleuse
Ras les Antennes | 20H39 | 24/11/2008 |
Mais tout à fait Camille, chacun est libre, la seule condition est que tous soient bien d'accord…
et les études sur les couples démontrent qu'il n'y en a jamais un qui domine, et prend les décisions, mais c'est à tour de rôle.
Je ne veux pas me faire l'avocat du Diable, mais bien sûr que nous ne pouvons trouver un être humain comme parfait sur tous les plans, alors butiner à droite à gauche pour atteindre un « semblant » de perfection, me semble un peu être une façon de mettre un voile sur la réalité de l'insatisfaction.
Pourquoi des femmes et des hommes quittent-ils soudain leurs compagnons ou compagnes, alors qu'ils n'avaient rien à leur reprocher pour aller vers quelqu'un d'autre qui parfois laisse songeur (pas du tout le même style).
Je pense surtout et d'abord à l'équilibre des enfants, et à celui du monde de demain, avec ses mêmes enfants : nous sommes suffisamment en galère à l'heure actuelle.
Désolée de mon côté « collé monté », que j'assume parfaitement ! ! !
à Nébuleuse
De Camille
(auteur)
Mauvais genre | 22H55 | 24/11/2008 |
Comme vous dîtes, vous êtes dans l'affirmation d'un point de vue, c'est donc votre vision de voir les choses que je respecte en tant que telle. Je peux entendre les autres visions et je les crois également.
Pour ce qui concerne les enfants, il me semble que la problématique est quasi-indépendante du schéma amoureux : il est des couples exclusifs qui sont adorables avec leurs enfants mais il en est aussi qui se tapent dessus, ou qui sont tellement fusionnels qu'ils ne s'occupent pas des enfants (j'en ai connus), il est des couples libertins ou polyamoureux qui sont très attentifs à leur marmaille, ou plus éloignés, il est des couples disons plus classiques (majoritairement monogame avec très ponctuellement une aventure extra-conjugale) où ça peut très bien ou très mal se passer, il est des couples en tout genre et je crois que le modèle familial c'est encore largement autre chose que le modèle de couple.
Je connais même des couples « classiques » où ça se passe très mal entre eux (notamment parce qu'une fois devenues mères certaines femmes cessent complètement de vouloir une sexualité -ou certains hommes de les désirer d'ailleurs) mais qui, pour autant, arrivent à s'entendre au mieux pour les enfants.
à Nébuleuse
De egide
Littéral | 21H36 | 20/11/2008 |
La complexité de la personne ne rend pas les relations occultes.
Ce qui entraine la discrétion extrême, c'est l'extrémisme péjoratif de l'image publique d'une femme vraiment émancipée.
En révélant sa pluralité relationnelle, elle subit sinon les ragots des gens « honnêtes » mais aussi les agressions à caractère sexuel des hommes désenchantés de l'amour et du sexe.
Les hommes dominent de fait, et presque sans partage, l'espace public.
La visibilité des femmes y est moindre et leur autonomie quasi-nulle, leur parole méprisée.
L'amour exclusif, c'est l'exclusion certaine de la femme de l'espace public pour la cantonner à l'espace privé familial.
A moins qu'elle ne serve la cause économique du ménage, le plus souvent secondairement.
L'amour exclusif, c'est l'amour du même sublimé par la différence sexuelle, soi c'est aussi l'autre avec le phallus, qu'on peut brandir un peu aussi à l'instar d'une pom-pom girl privative.
L'amour exclusif, c'est l'horizon étroit des copines qui se . disent « tout » ? C'est au mieux l'advenue dans le cocon essentialiste féminin. La différence désabusée qui sait le douloureux secret de l'auto-dérision.
La seule récompense c'est l'affirmation de la certitude de son genre, un féminisme un peu court, inconfortable certes mais intercalé tellement dans le paradigme de la responsabilité.
De Luc Dussart
Consultant en tabagisme | 11H38 | 20/11/2008 |
Cette relation à plusieurs devient moins facile quand on élève les enfants : ceux-ci une fois grands, on peut reprendre les relations multiples. Et l'on découvre la richesse de la situation, vraiment épanouissante. Cela me semble une voie pour combattre l'individualisme et la solitude de la vie moderne.
Très beaux articles, bravo à Camille !
De Karl Rytmann
Critique | 16H30 | 20/11/2008 |
Intéressant cette problématique du polyamour, je fais moi même « sympathisant » de la cause plus que militants et ai actuellement une expérience pratique de la chose.
Je suis par contre déçu par la manière dont Camille le traite, heureusement, un petit commentaire et nous devenons tous « journaliste » ! De la part du journaliste, manque total d'investigation, il nous propose de prendre pour argent comptant ce que les gens disent, ils détiennent tous leur vérité ! C'est symptomatique de l'idéologie post-moderne de notre modernité capitaliste mondialisée et libérale, chacun serait maitre de son destin (« prends toi en mains », « si tu veux être subversif, tu le peux » (fausse subversion))et de son sens, les choix seraient clairement conscient pour les individus (et cela apparait en filigrane, sans être bien clair, dans le texte de Anne) Or à mon avis, il faut une démarche critique d'analyse de la chose, Marx, et une féministe radical Delphy parle de l'amour comme « voile de sentimentalité », par amour, on légitime nombre de domination (amour de la patrie, soumission de l'épouse par amour…). A prendre les choses pour le sens qu'elles ont pour les individus, on tombe dans un relativisme radicale (« le voile islamique c'est bien parce-que moderne » par exemple) qui participe de l'occultation de structure mais aussi et surtout, qui permette la récupération de tentative de subversion (tout à fait légitime, je les soutiens) par la marchandisation capitaliste (marchandisation de la culture gay avec Le marais, véritable « quartier supermarché d'identité »). il y'a des chances que faute de critique, le « polyamour » que nous devrions « repenser » en terme de définition (éviter le type, totu est de l'amour, le sexe etc, on inclut tout dedans, c'est le meilleur moyen de manquer la subversion tombe dans ce genre de dérive de consumérisme,l'identité/ pratique alternative comme consommation capitaliste d'identité, le polyamour comme consommation de corps sans prise en compte de la subjectivité d'autrui (marchandisation d'autrui) car, Camille oubli de le dire, d'après ce que je sais de ce qui s'est dit à la réunion du 15, tout est loin d'être aussi idyllique et il y'a beaucoup de polyamour un peu « suspect » (comme toutes choses simplement)… Attention à ne pas être trop séduit par cet objet bien qu'il ait énormément de « bons arguments ». ce n'est qu'une esquisse, si j'ai le temps je proposerai une critique constructive (critique ne vaut pas dire démolition loin de là) une prochaine fois.
On ne peut penser l'émancipation/subversion sans la critique des structures étatique, idéologique ou économiques, Camille a le mérite d'y relier sa pensée de la chose je trouve
à Karl Rytmann
De Guilain
salope éthique | 18H01 | 20/11/2008 |
Bonjour Karl,
j'aimerais en savoir plus sur :
- « tout est loin d'être aussi idyllique »
- le « polyamour un peu suspect »
D'autre part, essayez de publier votre « critique constructive » dans les commentaires (qui ferment au début de la semaine prochaine), ça me permettra d'en tenir compte dans la synthèse des commentaires que je souhaite faire…
à Karl Rytmann
De egide
Littéral | 23H37 | 20/11/2008 |
Etrange détournement de la citation de Karl Marx qui a été de tous les philosophes le plus sentimental :
La bourgeoisie a déchiré le voile de sentimentalité qui recouvrait les relations de famille et les a réduites à n'être que de simples rapports d'argent.
Extrait du Manifeste du parti communiste Marx & Engels
C'est l'argent corrupteur de la famille et de l'amour, ce voile de sentimentalité, que Marx dénonce comme le moyen de l'idéologie bourgeoise pour asservir la société au primat de l'économie.
Marx qualifie la sentimentalité comme une des qualités positives de l'individualité relationnaliste.
L'intersubjectivité est essentielle pour Marx qui fonde la primauté de la relation sociale.
Karl Marx comme tout érudit du XIXème siècle adhère au différentialisme sexuel qui détermine une nature biologique et psychologique spécifique à l'homme et à la femme.
Les gonades qui produisent les gamètes et sécrètent les hormones sexuelles qualifient le sexe des humains.
L'homme a des testicules et la femme des ovaires.
L'homme est dynamique, débordant d'énergie, ouvert au monde, intelligent. La femme est faible, peureuse, maladive, instinctive, fuit le monde et ne sait pas penser rationnellement.
Comme « sociologue », il admet naturellement l'hétérosexualité androcentré. La domination masculine est le fruit de la lutte des espèces pour leur perpétuation.
On sait maintenant que ce n'est pas aussi simple. L'identité de genre est une construction culturelle comme l'est d'ailleurs en partie le sexe biologique comme un produit de la pensée, de l'état des connaissances et des habitus sociaux à une époque donnée.
Le polyamour comme toute les histoires d'amour finit mal, c'est bien connu.
Le « Groupe de Bloomsbury », des intellectuel(le)s et des artistes dont Virginia Woolf faisait partie, était violemment critiqué par les conservateurs et les réactionnaires britanniques à cause des mœurs dépravés de ses membres qui se livraient à « l'amour libre », la promiscuité sexuelle, l'homosexualité et la bisexualité. Ces horreurs comportementales et décadentes, destructrices de la famille ne peuvent que compromettre l'éducation des enfants, évident mon cher Watson.
Déjà le polyamour n'avait pas bonne presse.