Sarkozy décore Desmarais, son riche et discret ami canadien

(De Montréal) La Légion d'honneur compte un nouveau grand'croix, sa plus haute distinction : Nicolas Sarkozy a décoré vendredi le Canadien Paul Desmarais. Selon les chiffres de 2000, seules 61 personnes possèdent cette médaille. Méconnu des Français, c'est pourtant » en partie grâce à Desmarais » que Nicolas Sarkozy est aujourd'hui à l'Elysée, de l'aveu même du Président.
L'homme d'affaires de 81 ans incarne le rêve américain, version canadienne : après avoir racheté une compagnie d'autobus en faillite pour un dollar à 24 ans, il a bâti un empire industriel et financier pour devenir la cinquième fortune du pays.
Une » ascension prodigieuse » , selon les termes du président de la République, pour celui qui s'est aujourd'hui retiré des affaires après avoir passé les rênes de Power Corporation, sa société, à ses deux fils.
C'est aussi l'homme qui s'était dit, en parlant de Nicolas Sarkozy : » c'est quelqu'un qui serait bien pour la France » , comme le rapporte le quotidien La Presse. Le principal intéressé a évoqué ce soutien lors de la cérémonie de vendredi :
» Si je suis aujourd'hui président, je le dois en partie aux conseils, à l'amitié et à la fidélité de Paul Desmarais. »
Les deux hommes se connaissent depuis 1995. A l'époque, Sarkozy était au fond du trou, écarté de la Chiraquie après l'échec de la candidature d'Edouard Balladur aux présidentielles.
» Un homme m'a invité au Québec dans sa famille. Nous marchions de longues heures en forêt, et il me disait : il faut que tu t'accroches, tu vas y arriver, il faut que nous bâtissions une stratégie pour toi. »
Il a depuis séjourné plusieurs fois au domaine de Sagard, 75 km2 au coeur du Québec, propriété de la famille Desmarais. Le terrain, qui compte 32 lacs, doit son nom à un missionnaire français du XVIIème. Desmarais comptait aussi parmi les invités de la soirée au Fouquet's sur les Champs-Elysées au soir de l'élection du président, le 6 mai 2007.
Au Canada, les Desmarais ont soutenu plusieurs premiers ministres : Pierre Elliott Trudeau, Brian Mulroney, puis Jean Chrétien (dont la fille, France, est mariée avec le cadet, André Desmarais) et Paul Martin. Ce dernier a d'ailleurs été vice-président de Power Corporation avant de se lancer en politique.
La famille ne s'en cache pas, elle défend l'unité canadienne et s'oppose au mouvement souverainiste du Québec. L'actuel Premier ministre, Stephen Harper, n'entretient pas de liens avec eux.
La famille Desmarais au coeur de la fusion GDF-Suez
Mais la famille s'intéresse de plus en plus à l'Hexagone. Avec son partenaire de toujours, Albert Frère, elle se retrouvera au coeur de la fusion -en attente- de GDF et Suez.
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Les Desmarais et Frère possèdent 9,5% du capital de Suez et 13,2% des droits de vote, par l'intermédiaire du Groupe Bruxelles Lambert (GBL), ce qui en fait son principal actionnaire.
GBL s'intègre dans une lignée de holdings contrôlés par les deux familles : Parjointco constitue la clé de voûte de leurs investissements, qui chapeaute lui-même un nom plus connu dans les milieux financiers, Pargesa.
Dans la nouvelle entité GDF-Suez, la participation de GBL pourrait augmenter, comme Albert Frère le laissait entendre dans une interview à L'Expansion. Le duo canado-belge a les moyens de ses ambitions, après avoir regarni les coffres au mois de mai avec le rachat, par Bertelsmann des parts que GBL détenait dans le groupe de médias allemand. Montant de la transaction : 4,5 milliards d'euros, dont 2,4 milliards de plus-values.
La fusion apportera un autre fruit à GBL : le département environnement de Suez (gestion de l'eau, traitement des déchets…). Albert frère et son partenaire canadiens comptent parmi les grands gagnants de l'opération.
La famille Desmarais étant plutôt discrète, Frère s'est prononcé pour deux sur la place publique, en faveur de la fusion Suez-GDF. Un avis que ne partageait pas Nicolas Sarkozy avant son élection, essentiellement pour des raisons politiques.
Autour de la table du Fouquet's
D'accord ou pas, Albert Frère et Paul Desmarais étaient sur la liste des convives au Fouquet's, le soir du 6 mai. Desmarais aurait ramassé l'addition, évoque Paul Wells, de Maclean's. Faut-il voir l'explication du changement de cap de Nicolas Sarkozy dans le dossier GDF-Suez dans ces relations ? Le journaliste canadien reste prudent :
» Impossible de faire un lien direct entre le penchant démontré de Desmarais pour Sarkozy et n'importe quelle politique du Président. Le carnet d'adresse de Sarkozy est simplement trop épais pour ça. »
Quant au carnet d'adresses des Desmarais, il n'a rien à envier à celui du Président. La Presse donnait plusieurs noms connus parmi les invités de la cérémonie de remise de la grand'croix, vendredi : Bernard Arnault, Martin Bouygues, Serge Dassault. Les deux fils Desmarais, André et Paul Jr participaient aussi à la cérémonie privée organisée au grand salon de l'Elysée, aux côtés du Premier ministre du Québec, Jean Charest - » en voyage privé » -, sans oublier Albert Frère.
De quoi illustrer les nombreux liens qu'ont tissés les Desmarais avec le capital français. L'Express dressait récemment le portrait de l'un des deux fils Desmarais, Paul Jr, coiffé du titre : » Comment il a conquis Paris » .
On y apprend que l'héritier fréquente les Peugeot, Rothschild, Dassault, Wendel, mais aussi Philippe Labro, Christine Ockrent, Maurice Druon et autres. Les relations d'affaires sont nombreuses au sein des dirigeants du CAC 40, comme l'atteste la présence du président de Suez, Gérard Mestrallet au conseil d'administration de Pargesa.
Des actions dans Total, Lafarge, Pernod-Ricard…
Le groupe GBL, dont Frère et Desmarais possèdent 50,1% des droits de vote, détient également 3,9% de Total, ce qui vaut un siège au conseil d'administration à Paul Jr.
Celui qui s'occupe des affaires de la famille en Europe peut y croiser le président de BNP Paribas, Michel Pébereau, qui siège aussi sur celui de Pargesa. La banque détient 14,6% des actions de Pargesa et 21,3% des droits de vote.
Les deux familles sont aussi majoritaires dans la minière française Imerys par une participation croisée entre Pargesa et GBL. A cela s'ajoute une participation de 17,3% dans l'entreprise de matériaux de construction Lafarge, 6,2% dans Pernod Ricard et 3% dans Iberdrola, producteur espagnol d'énergie éolienne.
Du côté canadien, la société Power Corporation gère 250 milliards d'euros d'actifs et détient plusieurs compagnies d'assurances. Elle vient d'avaler Putnam Investments Trust, une société de gestion de placements américaine qui gère 160 milliards d'actifs. Le holding détient aussi Gesca, un groupe de médias qui imprime neuf quotidiens au Québec, dont La Presse.
Et pour qui doute encore de l'intérêt de la famille Desmarais pour la France, Paul Jr a aussi créé les fonds de capital-investissement Sagard I et II, baptisés du nom de leur domaine familial. Le portefeuille, vieux de quatre ans, représente 1,6 milliard d'euros, et investit principalement dans l'Hexagone. La France pourrait donc voir plus souvent l'ours polaire, symbole du fonds. Le site Internet donne d'ailleurs le ton :
» On lui reconnaît une grande habilité à la chasse et un vrai talent dans l'éducation de sa descendance. »
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De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 16H41 | 17/02/2008 |
A titre personnel, j'ai toujours trouvé les médailles un peu ridicules. Cela dit, je respecte ceux qui y accordent une quelconque importance, en particulier ceux qui les ont méritées au nom de valeurs qui ne sont pas forcément les miennes mais qu'on peut reconnaître. Je me dis aujourd'hui que ceux-là doivent tirer une drôle de tête.
Cela fait tout de même plusieurs fois qu'on observe, parmi ceux qui décrochent le pompon, des personnes que je m'honore de ne pas fréquenter. La Légion d'honneur semble bien partie pour devenir une distinction de pacotille. Très bling-bling, justement, même si la « décadence » n'a pas attendu Sarkozy. (A ce sujet, je me rappelle qu'on a fait exactement les mêmes reproches à Mitterrand).
Dans le cas qui nous occupe, il est exact que la première question qui vient à l'esprit est de savoir ce qu'a bien pu faire ce Desmarais-là qui ait rendu service à la France.
« C'est très bien de refuser la Légion d'honneur, encore aurait-il fallu ne pas la mériter ». Je ne sais plus qui est l'auteur de cette forte maxime. Elle me paraît plus que jamais d'actualité.
De jissé
Ingé retraité | 18H25 | 17/02/2008 |
« La légion d'honneur, je la porte. Ca impressionne les cons ».
Louis Jouvet
De marie 75
20H44 | 17/02/2008 |
Quelques brefs passages d'une oeuvre de Victor Hugo…
Mensonge et manipulation… « Cet homme ment comme les autres respirent. Il annonce une intention honnête, prenez garde ; il affirme, méfiez-vous ; il vous fait un serment, tremblez ! Machiavel a fait des petits. (Il) en est un. Annoncer une énormité dont le monde se récrie, la désavouer avec indignation, jurer ses grands dieux, se déclarer honnête homme, puis au moment où l'on se rassure et où l'on rit de l'énormité en question, l'exécuter. »
Réussite et ouverture… « (Il) a réussi. Il a pour lui désormais l'argent, l'agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort, et tous ces hommes qui passent si facilement d'un bord à l'autre quand il n'y a à enjamber que la honte. »
Pouvoir et copinage… « Comment ! On a des besoins, on n'a pas d'argent, on est prince, le hasard vous met le pouvoir dans les mains, on en use, on autorise des loteries, on fait exposer des lingots d'or (…), la poche de tout le monde s'ouvre, on en tire ce qu'on peut, on en donne à ses amis, à des compagnons dévoués auxquels on doit de la reconnaissance, et comme il arrive un moment où l'indiscrétion publique se mêle de la chose, où cette infâme liberté de la presse veut percer le mystère et où la justice s'imagine que cela la regarde il faudrait quitter l'Elysée, sortir du pouvoir et aller stupidement s'asseoir entre deux gendarmes. Allons donc ! Est-ce qu'il ne serait pas plus simple de s'asseoir sur le trône de l'empereur ? »
Civilisation… « Cet homme pèse sur l'époque entière, il défigure (ce) siècle, et il y aura peut-être dans ce siècle, deux ou trois années sur lesquelles, à je ne sais quelle trace ignoble, on reconnaîtra qu'(il) s'est assis là. »
Puissance et religion… « Dieu marchait et allait devant lui. (Lui), panache en tête, s'est mis en travers de sa route et a dit à Dieu : Tu n'iras pas plus loin ! Dieu s'est arrêté ».
La presse… « Ses paroles étant naturellement obscènes, défense aux journaux d'y faire la moindre allusion (…) Tout le décret de la presse peut se résumer en une ligne : je permets que tu parles mais j'exige que tu te taises. »
Sondages et décadence… « L'homme une fois déshabillé du succès, le piédestal ôté, la poussière tombée, le clinquant et l'oripeau et le grand sabre détachés, le pauvre petit squelette mis à nu et grelottant, peut-on s'imaginer rien de plus chétif et de plus piteux ? »
Prophétie… « Ce peuple est bon et honnête. Il comprendra. Oui, paysan, ils sont deux, le grand et le petit, l'illustre et l'infâme, Napoléon et Naboléon ! »
Victor Hugo a connu Nicolas Sarkozy ? Non, il ne s'agit là que de quelques phrases piquées de son oeuvre « Napoléon Le Petit ». On s'y croirait…