05/04/2008 à 14h04

Sarkozy, atlantiste ou gaulliste ? Le Canada fait partie de l'équation

Florent Daudens | Journaliste

(De Montréal) La question fait débat sur Rue89 ces derniers jours. Pour y répondre, la relation franco-canadienne mérite d'être prise en compte. D'une part, le Canada -pays atlantiste- a pesé dans la décision du Président d'envoyer des troupes en Afghanistan. De l'autre, Nicolas Sarkozy annonce son intention de réviser la position française envers le Québec - » ni ingérence, ni indifférence » -, formule inventée par Alain Peyrefitte, ministre... gaulliste.


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Un renfort militaire. Si la France déploie 700 soldats en Afghanistan, c'est en partie à cause du Canada. En effet, le pays à la feuille d'érable menaçait de retirer ses troupes dans la province de Kandahar s'il ne recevait pas 1 000 soldats et du matériel militaire en renfort.

Mais malgré les « relations extraordinaires » (dixit Hervé Morin) qu'entretiennent Nicolas Sarkozy et Stephen Harper, les soldats français n'iront pas aider les Canadiens au Sud, comme le demandait Ottawa. Ils déchargeront plutôt les Américains à l'Est, ce qui permettra à Washington d'envoyer des renforts aux Canadiens.

Jeu de Risk afghan, en quelque sorte, dont est conscient Nicolas Sarkozy. « A la suite de la décision de la France, un certain nombre d'alliés soit vont maintenir leur contingent, je pense aux Canadiens, soit vont l'augmenter » , déclarait-il en conférence de presse.

Ces troupes s'intégreront à la Force internationale d'assistance à la sécurité en Afghanistan, commandée par l'Otan -dont le Canada est membre depuis sa fondation-, sous mandat de l'ONU.


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Le Canada « aligné » sur les Etats-Unis. Bien qu'il aurait préféré recevoir directement l'aide de la France dans la province de Kandahar, le Premier ministre canadien, Stephen Harper, a salué la décision française :

 » Les Américains vont nous aider, mais avec un plus grand engagement des Français. C'est un engagement qui respecte nos objectifs, qui est bon pour le Canada, l'Otan et l'Afghanistan. »

Si le Canada demandait des renforts directs de la France, c'est qu'il voulait briser l'image d'une trop grande proximité avec les Américains, comme le remarque l'éditorialiste du Devoir, Bernard Descôteaux :

 » Que le Canada et les États-Unis se retrouvent côte à côte sur le même champ de bataille ne pourra que renforcer la perception d'une trop grande proximité avec le président George W. Bush, que les Canadiens reprochent à leur premier ministre. »

Une perception qui s'explique par la politique étrangère menée par Ottawa, comme le soulignait Frédéric Mérand, professeur en science politique à l'Université de Montréal, lors d'un interview avec Rue89 sur la reconnaissance du Kosovo par le Canada :

 » A l'heure actuelle, on ne peut pas imaginer de position où le Canada ne s'aligne pas sur la politique américaine. » Et d'ajouter : « Ça s'applique surtout au cas afghan qui n'intéresse pas particulièrement l'administration de Stephen Harper. Elle l'intéresse dans la mesure où elle lui donne un accès privilégié à Washington » .

Si le mandat de Georges W. Bush tire à sa fin, son voisin du nord n'est pas mieux assis dans son siège. Minoritaire à la Chambre des communes, le Parti conservateur de Stephen Harper pourrait être renversé par les partis d'opposition.

M. Harper a d'ailleurs rappelé que les troupes canadiennes quitteront l'Afghanistan en 2011, comme le veut une résolution adoptée par la Chambre des communes au mois de mars (Le président français assure, de son côté, que les troupes françaises resteront « aussi longtemps que nécessaire » ).

Le Premier ministre canadien peut quand même envoyer un double message à ses électeurs, alors que le pays a perdu 82 soldats au front afghan : il a obtenu des renforts et les troupes n'y resteront pas éternellement.


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Réviser le « ni-ni » Nicolas Sarkozy s'apprête à intervenir sur une autre question canadienne, soit l'indépendance du Québec.

Jean-Pierre Raffarin en à dévoilé quelques bribes la semaine dernière : le Président dira quelque chose de « très important » lors de sa présence au sommet de la francophonie à Québec, en octobre prochain.

Cela portera vraisemblablement sur la position française envers le Québec.

 » Le Président est contre le ni-ni. Il veut s'impliquer. Il veut participer. Il faut à la fois ne pas intervenir dans la complexité de la relation, mais en même temps, il faut vraiment aider cet ensemble québécois et canadien à participer, avec nous, à la gestion du monde. »

Qu'est-ce que le ni-ni ? Ni ingérence, ni indifférence. Une formule inventée en 1977 pour décrire la position française envers l'indépendance du Québec. On la doit à Alain Peyrefitte, ministre sous Valéry Giscard d'Estaing, mais aussi sous... de Gaulle.

Dix ans plus tôt, le général marquait l'histoire du Québec en lançant du balcon de l'hôtel de ville de Montréal le fameux « Vive le Québec libre ! “ .

André Pratte, éditorialiste au quotidien La Presse, voit dans cette nouvelle position sarkozyste un ajustement de la politique étrangère française :

” M. Sarkozy a entrepris d'ajuster la politique étrangère française dans le sens des intérêts de la France plutôt que dans celui des effets de toge. Il l'a fait lors de ses récentes visites à Washington et à Londres, nul doute qu'il fera de même ici. On peut s'attendre à ce qu'il souligne à quel point le Canada et la France ont été et continuent d'être l'un pour l'autre des alliés indispensables. »

Le résident de l'Elysée compte aussi dans son entourage une figure de proue du fédéralisme canadien, le financier Paul Desmarais. Il lui a d'ailleurs remis la grand'croix de la Légion d'honneur en février dernier. Une relation que ne manque pas de noter Louise Beaudoin, ancien ministre péquiste :

 » Je l'ai rencontré à quelques reprises (...) Il ne nous a pas caché, à chacune de ces occasions, son amitié pour la famille Desmarais et le fait qu'il partageait leur vision de l'histoire et de l'avenir du Québec. »

Précisions que le gouvernement de Stephen Harper tente de redéfinir la relation Québec-Ottawa. En 2006, Il a fait voter une motion reconnaissant le Québec comme une nation « au sein d'un Canada uni » . Un geste essentiellement symbolique, mais sensible pour une province qui s'interroge sur son appartenance depuis plus de 40 ans.

Certes, l'Afghanistan et le Québec ne sont pas directement liés. Mais peut-on voir dans les deux positions de Nicolas Sarkozy une politique cohérente envers le bloc nord-américain ?

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  • FabiendeMénilmontant
    FabiendeMénilmontant
    journaleux - blogueur
    • Posté à 15h11 le 05/04/2008
    • Internaute
      journaleux - blogueur

    On n'a pas déjà ici :
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    eu un élément de réponse ?

    Si on ajoute ceci :
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    je pense que la réponse est claire…

    Fabien
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    • François Doutriaux
      • Posté à 16h04 le 05/04/2008

      ah Sarkozy et Desmarais...

      Tant de transparence, d'absence de collusion entre politiques et grands industriels, d'indépendance à la tête de l'étât...

      La France de la rupture est en marche !

      • FabiendeMénilmontant
        FabiendeMénilmontant répond à François Doutriaux
        journaleux - blogueur
        • Posté à 18h16 le 05/04/2008
        • Internaute
          journaleux - blogueur

        @ François,

        tu as, ce me semble, oublié Albert Frère, lui aussi dédoré de la Grand-Croix, ce qui n'est pas banal pour un non président de la République (entre 60 et 70 personnes, présidents inclus, en comptant Gustave Eiffel…) et qui figure à l'issue de ceci :
        Lien
        c'est la rupture avec la banlieue de Neuilly !

        Fabien
        Lien

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 15h50 le 05/04/2008
    • Internaute
      Prisonnier dans le village (...)

    Masters of war

    Vous qui n'avez jamais fait
    Que construire pour démolir
    Vous jouez avec le monde
    Comme si c'était votre petit jouet
    Vous nous procurez des armes
    Et puis disparaissez de notre vue
    Pour vous éloigner et vous cacher
    Quand les balles sifflent

    Comme Judas autrefois
    Vous mentez et trompez
    Vous voulez nous faire croire
    Qu'une guerre mondiale peut se gagner
    Mais je vois à travers vos yeux
    Et je vois à travers vos cerveaux
    Comme je vois à travers les eaux
    Qui s'écoulent dans nos égouts

    Vous tendez la gâchette
    Pour que les autres tirent
    Puis vous vous retirez et regardez
    Alors que le nombre de morts empire
    Vous vous cachez dans vos demeures
    Alors que le sang des jeunes
    S'écoule de leur corps
    Et se fond à la boue

    ous avez jeté la plus terrible peur
    Qui puisse exister
    Celle de mettre des enfants
    Au monde
    Parce que vous menacez mon enfant
    Qui n'est pas encore né et n'a pas encore de nom
    Vous ne méritez pas le sang
    Qui coule dans vos veines

    En sais-je assez
    Pour prendre ainsi la parole
    Vous pouvez dire que je suis jeune
    Vous pouvez dire que je manque d'expérience
    Il y a cependant une chose dont je suis sûr
    Bien que je sois plus jeune que vous
    C'est que même Jésus ne voudra
    Jamais pardonner ce que vous faîtes

    Permettez-moi de vous poser une question
    Votre argent sera-t-il suffisant
    Pour acheter votre pardon
    Le pensez-vous réellement
    Je crois que vous constaterez
    Quand l'heure de votre mort sonnera
    Que tout le fric que vous avez amassé
    Ne pourra jamais racheter votre âme

    Et j'espère que vous mourrez
    Et que votre mort sera proche
    Je suivrai votre cercueil
    Dans la pâleur du jour
    Et je serai là, quand on vous abaissera
    Sur votre lit de mort
    Et resterai auprès de votre tombe
    Jusqu'à ce que je sois sûr que vous n'êtes plus de ce monde.

  • manu13
    • Posté à 16h29 le 05/04/2008
    • Internaute

    Vive le Québec sarkozyste !
    (non, c'est pour rire).

    Lien

  • C. Creseveur
    C. Creseveur
    D'actualité, de dessin surtout
    • Posté à 17h19 le 05/04/2008
    • Internaute
      D'actualité, de dessin surtout

    A Berlin Sarkozy dit : « nous devons nous inspirer de votre réussite ».
    A Londres, Sarkozy dit : « nous devons nous inspirer de votre réussite ».
    A Ottawa, Sarkozy dira : « nous devons nous inspirer de votre réussite ».

    Sarkozy est gaulliste avec les gaullistes ;
    Sarkozy doit faire une retraite avec les catholiques ;
    Sarkozy a des origines juives avec les juifs ;
    Sarkozy garantit de sauver les emplois des futurs chômeurs de Gandrange ;
    Etc.

    Sarkozy est juste Sarkozy. Un politique qui a bien compris qu'il fallait promettre aux gens ce qu'ils avaient envie d'entendre.

  • NuklearCocroach
    • Posté à 17h30 le 05/04/2008

    ben quoi ? les français aussi ils ont le droit d'aller se fourvoyer avec les ricains en Afghanistan pour défendre les champs de pavots du frangin de Karzaï et le pipe-line d'Aramco(compagnie pétrolière U.S à laquelle émargeait...Karzaï himself).Et vu que de toute façon ils recommenceront bientôt à négocier avec les Talibans et que la population,ils s'en tapent...quand y'a une odeur de grosse galette,les cafards grouillent.

  • Caius
    • Posté à 19h12 le 05/04/2008

    Intéressant de voir qu'au Canada, ou en tous cas au Québec aussi, on trouve qu'être trop proche de l'oncle Sam, c'est parfois gênant. Que les conservateurs y sont en mauvaise posture. Que ce pays, qui a payé un lourd tribut en Afghanistan, a fixé par voie parlementaire une date au plus tard pour le retrait des troupes.

    Bref, que le Canada est, sur ces trois points au moins, plus sympathique que la France de Nicolas 1er.