Les étudiants français partent au Québec apprendre… l'anglais

(De Montréal) Un reportage de Radio-Canada révélait, la semaine dernière, que de plus en plus de Français étudient au Québec en anglais. Le hic ? Ils bénéficient de l’accord entre le Québec et la France sur les frais de scolarité, accord censé » consolider le fait français au Québec » . Depuis, les réactions se multiplient.
Chaque année, 6 400 étudiants français s’assoient sur les bancs des universités québécoises, tandis qu’un millier de Québécois visitent les facs françaises. Proportionnellement à la population estudiantine, cela représente trois étudiants français sur 1 000 contre quatre étudiants québécois sur 1 000, selon le consulat de France à Québec. Le tout dans le cadre d’un accord sur les frais de scolarité, signé en 1978, qui permet aux étudiants des deux pays de payer le même prix que ceux du pays d’accueil.
Pour un étudiant français, une année d’université au Québec coûte donc environ 1 100 euros. Plus cher qu’en France, certes, mais sans commune mesure avec les Etats-Unis ou les autres provinces canadiennes. Ce qui devient financièrement intéressant pour ceux qui veulent étudier en anglais. » Pour un Français, le Québec est actuellement l’endroit au monde le moins cher pour étudier en anglais » , précise le reportage de Radio-Canada.
En effet, l’Etat québécois finance une plus grande partie de l’enseignement. En d’autres termes, un étudiant français au Québec bénéficie des impôts des contribuables québécois ; tout comme un Québécois en France.
» Est-ce que cette entente doit être revue et corrigée ? »
Et ils sont près d’un millier à avoir choisi une université anglophone, soit 15% des étudiants français au Québec. La majorité d’entre eux étudient à l’université McGill, à Montréal.
Un chiffre qui fait tiquer le ministre de l’Education, Michèle Courchesne, puisqu’il équivaut au nombre de Québécois partant étudier en France. » Est-ce que cette entente doit être revue et corrigée ? Très certainement » , a-t-elle affirmée à la télévision publique.
D’autant plus que les étudiants d’autres pays, mais aussi d’autres provinces canadiennes, doivent payer des frais majorés, peu importe la langue d’enseignement. A titre d’exemple, un étudiant étranger devra débourser l’équivalent de près de 7 000 euros pour une année de baccalauréat (l’équivalent de la licence française) pour rejoindre l’université du Québec, à Montréal.
Mais la controverse dépasse une simple question de gros sous. Elle se fait aussi identitaire, dans une province qui constitue une minorité linguistique en Amérique du Nord.
» C’est renoncer à ma propre identité »
Réagissant sur le blogue du Parti Québécois -le principal parti indépendantiste-, une internaute remet en question l’intégration des étudiants français inscrits dans les établissements anglophones.
» Lorsque je paie pour que d’autres s’intégrent à la communauté anglophone, je renonce à ma propre identité et ça, je ne le veux pas. Cela doit être respecté par ceux qui viennent se joindre à nous. »
A l’opposé, on peut y lire les propos de Lyza. Immigrée russe, elle a appris le français au Québec et étudié en anglais à l’université. Pour elle, Shakespeare ne menace pas Molière : » Je me considère chanceuse de vivre dans un endroit ou on a le privilège d’apprendre dans les deux langues. »
Un autre ajoute que :
» Peu importe notre opinion sur la langue d’enseignement, il faut respecter le fait que les Université McGill, Concordia ou Bishop -les trois universités anglophones du Québec- demeurent des institutions du Québec. »
D’autres optent pour des propos peu flatteurs à l’égard des étudiants français, certains considèrent que le Québec n’est pas assez » ouvert sur le monde » . Bref, le sujet fait débat.
» Ils n’y risquent pas d’y perdre le français »
Du côté de l’université McGill, le vice-principal aux affaires publiques, estime
que les Français inscrits dans son établissement développeront des
liens privilégiés avec le Québec. Michael Goldbloom précise qu’ils ne sont pas les seuls francophones à choisir son établissement.
Le consul général de France à Québec, François Alabrune, a lui aussi ajouté quelques éléments de » la relation privilégiée entre la France et le Québec » dans le débat :
» Les étudiants français qui s’inscrivent dans ces universités n’y vont pas pour apprendre l’anglais, puisqu’ils doivent déjà le maîtriser avant d’y entrer. Ils le font parce que ce sont des universités réputées. Il n’y risquent pas de perdre l’usage du français. »
Dans sa mise au point envoyée aux médias québécois, le Consul précise au passage que les étudiants français sont » plus enclins que les autres étudiants étrangers à suivre leur formation à l’extérieur de Montréal et Québec » . Et d’ajouter :
» Ils sont jeunes, diplômés, francophones et déjà intégrés à la société québécoise, certains demeurent après leurs études au Québec, auquel ils apportent leur force de travail. »
» Pas sûr que le Québec se fasse arnaquer »
Bryan Breguet, qui tient le blogue » De gauche à droite » , fait écho à ces propos :
» Alors oui, il y a peut-être plus de français qui viennent que de Québécois qui s’en vont, mais la subvention française est largement plus grande aussi, donc en bout de ligne, pas sûr que le Québec se fasse arnaquer. En plus, pour une fois que le Québec attire du monde de pays autres qu’en développement, on ne va pas s’en plaindre non ? Après tout, certains de ces étudiants français bilingues vont peut-être rester ici. »
Pour l’éditorialiste Michel Vastel, cette entente devrait être élargie aux autres pays francophones, pour justement inciter plus de francophones à vivre au Québec :
» On veut favoriser l’immigration francophone ou pas ? Si, en quatre ou six ans d’études ici, on n’est pas capable de convaincre un francophone de l’étranger de rester ici, on a un sérieux problème… »
Un avis que les universités pourraient ne pas partager, alors qu’elles dénoncent un sous-financement chronique depuis plusieurs années. Le vice-recteur de l’université McGill conclut d’ailleurs sa lettre sur ces mots :
» Il est plus difficile d’expliquer pourquoi les universités québécoises ne sont pas autorisées à exiger les tarifs du marché aux étudiants internationaux qui en ont les moyens. »
Difficile à expliquer, en effet, puisque ce débat soulève des questions d’éducation, de langue, d’identité et d’immigration.
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Je suis assez d’accord avec comptecourant et avec certains commentateurs de l’article. Les Français venant à McGill ne risquent pas de perdre leur français; au contraire ils vont rendre le quartier de McGill plus francophone ;) . De plus n’oublions pas que McGill est très bien classée dans les classements internationaux (12 ième dans le classement du Times http://tomroud.com/2007/11/10/classement-du-times/ ), donc cela me paraît au contraire être un très bon argument pour attirer des francophones à Montreal.
Etant donné que les Québécois parlent à la fois français et anglais, le Québec semble être un excellent compromis pour devenir bilingue. Sachant que comme ça a été dit dans les commentaires précédents, des étudiants français augmenteront la part de francophones dans les étudiants au Québec. Une sorte de nouvelle dynamique francophone, qui bénéficie à toutes les universités.
Je conçois bien que les Québécois se sentent dupés, parcequ’on n’a pas vraiment de retour semblable à leur proposer (juste du français, sauf dans les universités qui enseignent dans une autre langue). Du coup, c’est un peu normal qu’ils soient moins nombreux à venir en France; mais regrettable. Il faudrait sûrement aider un peu plus les étudiants étrangers pour rendre les universités françaises plus attractives.
A mon avis, il faut encore plus pousser les accords étudiants entre Québec et France, pour que les échanges puissent être plus nombreux. Un telle dynamique ne peut être que bénéfique, non ?
Non, McGill n’est pas une université privée, contrairement à une idée répandue. Elle applique bel et bien les accords d’échanges franco-québecquois. C’est pourquoi de très nombreux lycéens français ayant passé leur bac dans un lycée français aux Etats-Unis, devenus au fil des années plus ou moins bilingues, et désireux de poursuivre leurs études supérieures en Amérique du Nord, posent leur candidature à McGill (ou à Concordia, ou à l’uni de Montréal…). Ainsi, leurs parents français n’ont pas à payer les frais astronomiques annuels d’une université US lambda.
Mais il y a d’autres motivations que celle de l’argent, pour qui veut étudier à McGill (au Québec en général). Notamment des raison culturelles. Nos enfants à nous sont binationaux, bilingues, et étudient dans un lycée public américain. Donc ils n’ont-n’auront pas le bac. Donc ils ne peuvent prétendre intégrer aucune université française, aucune classe prépa, encore moins une « grande école » en France. Nous espérons les convaincre de s’inscrire à McGill, université anglophone (la langue de leurs études secondaires) située dans une ville largement francophone. Ainsi, ils continueront de pratiquer les deux langues. « Gagnant-gagnant », comme disait un internaute plus haut.
Maintenant, entreront-ils à McGill sous le quota « Français » ou « Américains », c’est autre chose, on ne sait pas encore.
Dans le cadre d’un échange universitaire avec mon université de Rennes où j’étais alors en licence d’anglais, je suis arrivée à Montréal en 1993 pour y faire ma maîtrise à l’université Concordia ( anglophone, puisque j’étudiais l’anglais ). Je ne suis jamais repartie. J’ai décroché deux ans plus tard un diplôme de deuxième cycle en traduction et travaille depuis plus de dix ans pour une chaîne de télévision québécoise. J’ai épousé un Québécois ( anglophone, ce qui m’a valu quelques remarques fort désobligeantes de la part de certains Québécois « pure laine » ) et suis devenue canadienne. Je travaille, je vis, je paie mes impôts, je recycle, je vais à des manifestation contre la guerre, j’achète des fromages québécois et du vin français, j’envoie mon fils à l’école - et il me ramène des circulaires signées de la directrice avec d’énormes fautes dedans ( mes amis québécois s’en plaignent autant que moi )… je sacre… Au bout de 16 hivers, je me sens désormais autant québécoise que française.
En tant que traductrice, je contribue chaque jour, avec mes collègues Québécois, à l’amélioration de la langue française au Québec. Ici, les anglicismes sont si présents que bien des Québécois ne se rendent même pas compte qu’ils en font. En France, les anglicismes sont des emprunts directs, car nous n’avons pas acquis le réflexe d’adaptation. ( le mot « courriel » est une invention québécoise et il est parfait ! ) Au Québec, la langue anglaise se faufile sournoisement dans le vocabulaire, mais aussi dans la structure même des phrases. Ici, on ne dit pas « en promotion », mais « en spécial », par exemple ( « on special » en anglais ). Les jeunes disent : « Le band était sur l’stage pis le drummer était derrière la bass ». « J’ai assumé que » ( I assumed that ) pour « j’en ai conclu que… » « Fie-toi sur moi » « Y faut que je change le bumper pis les wipers sur mon char »… J’aurais bien d’autres exemples… Le Québec est un pays formidable, avec une richesse culturelle extraordinaire et, malheureusement, un peuple qui manque terriblement de confiance en lui… au point, parfois, de devenir fermé et, dans les cas les plus extrêmes, raciste et xénophobe. Pour tout comprendre du Québec, il faut regarder les épisodes de la série Pure Laine. Tout est là.
En ce qui me concerne, que je reste au Québec ou que je reparte vivre en France, maudite franco-québécoise à jamais je serai !