Corey Glass, vétéran d'Irak, déserteur et réfugié au Canada

(Clément de Gaulejac/DR)

(De Montréal) Corey Glass a déserté l'armée américaine pour trouver refuge au Canada, d'où il devait être expulsé le 10 juillet. Si un tribunal a cassé son ordre d'expulsion vingt-quatre heures avant, son cas reste entier.

La voix basse et le physique élancé, Corey Glass ne correspond pas tout à fait au stéréotype du G.I. Joe. Lorsqu'il s'est engagé dans l'armée, en 2002, il a d'ailleurs choisi la Garde nationale –une force de réserve–, afin de faire du « travail humanitaire ». Ses recruteurs lui auraient affirmé qu'il n'irait au combat que si les frontières américaines étaient attaquées.

Pourtant, ce jeune Américain a été envoyé dans le bourbier irakien en 2005, au service du renseignement. « J'aurais dû être à la Nouvelle-Orléans plutôt qu'en Irak », considère-t-il (42 000 gardes nationaux tentaient de réparer les dégâts causés par l'ouragan Katrina, tandis que 80 000 étaient en opérations extérieures, notamment en Irak, selon Wikipédia). Là-bas, il a réalisé que « des personnes innocentes étaient tuées injustement » et a choisi la voie de la désertion lors d'une permission aux Etats-Unis.

Après sept mois de clandestinité, le jeune soldat a finalement franchi la frontière canadienne, pour trouver le soutien de l'organisme Campagne d'appui aux résistant(e)s à la guerre. Outre de pouvoir parler anglais dans la plupart des provinces, il marchait ainsi dans les pas des 50 000 déserteurs de la guerre du Vietnam qui ont trouvé refuge au Canada.

Mais la Commission de l'immigration et du statut de réfugié (CISR) a rejeté sa demande d'asile, estimant que, s'il allait être poursuivi à son retour aux Etats-Unis, il ne serait pas persécuté. Le jeune soldat devait alors quitter le Canada avant le 10 juillet. Il a fait appel de cette décision et lancé un message au Premier ministre, Stephen Harper, pour éviter cette expulsion. (Voir la vidéo en anglais)



« Je ne peux pas croire que ce soit une grosse affaire au Canada »

Une semaine avant l'ultime recours judiciaire de M. Glass, l'armée américaine a révélé qu'elle avait émis une décharge « générale sous des conditions honorables » du service (general under honorable conditions) pour lui en décembre 2006. Ce type de décharge évite les inconvénients d'une « décharge ignominieuse » qui revient à être accusé de traîtrise. Le major Nathan Banks a déclaré à la chaîne ABC :

« Il n'est pas considéré comme un déserteur, il court pour rien. Il est le bienvenu aux Etats-Unis. Je ne peux pas croire que ce soit une grosse affaire au Canada. »

L'ancien soldat demeure toutefois sur la liste des réservistes, ce qui signifie qu'il pourrait être mobilisé de nouveau en Irak. Et il a accueilli la nouvelle avec scepticisme, n'ayant reçu aucun document prouvant ces affirmations. Selon les avis juridiques qu'il a recueilli, il fait toujours face à une peine de prison.

Ces révélations n'ont pas empêché la Cour fédérale de casser l'avis d'expulsion, 24 heures avant, en attendant d'étudier sa demande de révision judiciaire.

S'il est autorisé à rester au Canada en attendant la décision finale des tribunaux –ce qui pourrait prendre plusieurs mois–, son cas reste entier, comme le souligne Lee Zaslofsky, de la Campagne d'appui aux résistant(e)s à la guerre :

« C'est une nouvelle extraordinaire, mais la pression doit continuer sur le ministère de l'Immigration qui doit statuer sur la question. Devoir se rendre au tribunal pour chaque cas est une perte d'argent pour les contribuables et tant de tourments pour les déserteurs. »

En 1969, le Premier ministre Pierre Elliot Trudeau avait décidé d'accorder le statut de résident permanent aux déserteurs du Vietnam, voulant faire du pays « un refuge contre le militarisme ». Mais presque quarante ans plus tard, la situation politique a changé. La question des déserteurs représente une épine dans le pied du gouvernement de Stephen Harper qui s'est aligné à plusieurs reprises sur la politique étrangère des Etats-Unis. Leur accorder l'asile serait un camouflet pour le gouvernement de George W. Bush. Et le gouvernement canadien souligne que les soldats américains sont des engagés volontaires.

« Une guerre illégale, d'agression »

La Campagne d'appui aux résistant(e)s à la guerre ne l'entend pas de cette oreille, répondant que l'armée utilise la politique de « Stop loss » pour prolonger le déploiement d'un soldat au-delà des deux à quatre ans d'engagement volontaire. Corey Glass n'est pas sous le coup de cette politique, mais d'autres réfugiés le sont. Et surtout, « les soldats ne se sont pas portés volontaires pour une guerre illégale, d'agression », affirme Michelle Robidoux, organisatrice de la Campagne d'appui aux résistant(e)s à la guerre (écouter le son) :

Appui de taille, les trois partis d'opposition à la Chambre des communes (l'assemblée nationale) ont adopté une motion de principe autorisant les soldats à demander le statut de résident permanent et réclamant l'arrêt de toute expulsion de soldats américains. Le gouvernement conservateur a rejeté cette motion.

Au-delà de ces arguments, la Campagne d'appui aux résistant(e)s à la guerre considère que le gouvernement persiste à défendre la guerre en Irak par idéologie, constituant « le dernier bastion des politiques de George Bush », alors que le Canada a refusé d'y envoyer ses soldats (écouter le son) :



80% plus de déserteurs depuis le début de la guerre

Et Corey Glass n'est pas le seul déserteur : près de 4 700 soldats ont choisi la même voie pour la seule année 2007 –environ 1% de l'armée de terre. Ce chiffre représente une hausse, contestée, de 80% depuis le début de la guerre en Irak. Bien qu'il soit impossible de chiffrer leur nombre exact –étant clandestins–, ils seraient 150 au Canada, selon les estimations de la Campagne d'appui aux résistant(e)s à la guerre.

Si la peine de mort a peu de chance d'être appliquée et la Cour martiale saisie, ils risquent toutefois cinq ans de prison et une « destitution ignominieuse ». Frappés d'anathème, les anciens soldats perdent alors le droit à l'éducation nationale, aux prêts hypothécaires fédéraux et aux emplois dans la fonction publique (sans compter une discrimination dans le privé).

Une semaine plus tôt, la Cour fédérale a ordonné à la CISR de revoir le dossier d'un second déserteur, Joshua Key, dont elle avait rejeté la demande. Dans son jugement, le tribunal statue qu'une « opération militaire qui abaisse, agresse et humilie systématiquement les combattants ou les non-combattants peut conduire à une demande de réfugié ».

Derrière Corey Glass et Joshua Key, huit anciens soldats attendent que la CISR procède à leur « examen des risques avant renvoi », tandis que 47 demandes de statut de réfugié ont été déposées.

Et de l'autre côté de la frontière, l'histoire pourrait se répéter avec les élections présidentielles de novembre, alors que Barack Obama s'est opposé à la guerre en Irak –bien qu'il n'ait pas pris position au sujet des désertions. Presque trente ans plus tôt, le président démocrate Jimmy Carter avait accordé une amnistie aux déserteurs du Vietnam, qui leur permettait d'avoir une décharge « peu honorable ». Mais la plupart de ceux qui étaient au Canada ont choisi d'y rester, comme le souhaitent ceux qui y sont aujourd'hui.

Illustration : Clément de Gaulejac

5 commentaires sélectionnés

Portrait de Béatrice1

De Béatrice1

| 14H20 | 10/07/2008 | Permalien

Il n'y a aucun rapport entre les déserteurs du Vietnam - qui étaient des CONSCRITS - et ceux de l'Irak qui sont tous des ENGAGES VOLONTAIRES.

C'est bien gentil de changer d'avis, mais il faut quand même être capable d'assumer : quand on s'engage dans l'armée, il faut s'attendre à ce qu'un jour ou l'autre l'armée vous demande de faire ce pour quoi vous vous êtes engagé - aller vous battre. Ce n'est pas le Club Med, si on ne veut pas aller se battre on ne s'engage pas. Aucune armée du monde ne permet à ses soldats de donner leur avis sur la guerre dans laquelle leur pays les envoie, et dans tous les pays du monde une désertion en pleine guerre est considérée comme un acte très grave.

Le jugement qu'on peut (et qu'on doit) porter sur la guerre en Irak n'a rien à voir.

Le Canada, pays allié des Etats-Unis, ne peut faire autre chose que de renvoyer ces déserteurs chez eux, où ils ne risquent pas le peloton d'exécution mais juste de répondre de leurs actes.

La traduction « destitution ignominieuse » est abusive. Il y a deux façons de sortir de l'armée : « honorable discharge » et « dishonorable discharge ». « Dishonorable » est le contraire d'« honorable », c'est beaucoup moins fort qu'« ignominieux ». On ne va pas demander à l'armée dont ils ont déserté de leur tisser des lauriers, quand même.

Portrait de Hatamoto

De Hatamoto

15H24 | 10/07/2008 | Permalien

En fait vous dites que quelqu'un qui s'engage volontairement dans l'armée, n'a plus que le choix d'obéir ?
Vous êtes au courant que celà va à l'encontre du droit international et du DEVOIR de conscience qui incombe a chaque militaire (et chaque citoyen).
En effet, un militaire se doit de désobéïr à un ordre illégal. C'est son devoir. Si le droit international devait être appliqué, les états unis, ainsi que chaque soldat américain engagé en Irak devraient être traduit devant un tribunal international pour crimes de guerre.
Tous ne sont pas coupables de crimes de guerre, mais en tous cas les déserteurs eux c'est sur ne le sont pas : ils ont refusé de collaborer à une entreprise illégale.

En fait, ce devoir de conscience à été utilisé pour le procès de Nuremberg : les artisans des crimes Nazis se réfugiaent derrière leur hiérarchie, et à juste titre, on leur reprochait de n'avoir pas désobéït à ces ordres illégaux.
C'est utilisé à nouveau dans les tribunaux internationaux en ex Yougoslavie.
Pourquoi pas pour l'intervention américaine ?

Tout ça pour dire, qu'un soldat qui déserte pour refuser d'appliquer des ordres illégaux respecte complètement le droit international et le règlement de l'armée, qui nécessairement inclu ce devoir de réserve.

Vous allez dire : qu'il aille se faire juger si il est innocent il n'aura rien.
Mais le problème c'est que ceux qui vont le juger, sont les mêmes qui ont donné les ordres illégaux.
En conséquence sa demande est toute a fait légitime, et contrairement à vos insinuations honteuses, parfaitement honorable.

Ces hommes font honneur à l'armée.

Portrait de Keldan

De Keldan

Polytoxicomane à temps partiel | 17H04 | 10/07/2008 | Permalien

Vu que personne n'a osé la faire, je me dois d'honorer le grand Boris :

Monsieur le Président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps
Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir
Monsieur le Président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens
C'est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
Je m'en vais déserter

Depuis que je suis né
J'ai vu mourir mon père
J'ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants
Ma mère a tant souffert
Elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers
Quand j'étais prisonnier
On m'a volé ma femme
On m'a volé mon âme
Et tout mon cher passé
Demain de bon matin
Je fermerai ma porte
Au nez des années mortes
J'irai sur les chemins

Je mendierai ma vie
Sur les routes de France
De Bretagne en Provence
Et je dirai aux gens :
Refusez d'obéir
Refusez de la faire
N'allez pas à la guerre
Refusez de partir
S'il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le Président
Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
Que je tiendrai une arme
Et que je sais tirer

Portrait de caro

De caro

délinquante avérée | 17H19 | 10/07/2008 | Permalien

Béatrice1, avant que vous continuiez à faire la morale, je vous engage à lire cet article sur les conditions des recherches de volontaires pour l'armée :

http://www.rue89.com/2008/02/18/a-cause-de-lirak-larmee-us-offre-des-bon…

Vous comprendrez peut être que parfois des « malgré eux » peuvent signer !

Portrait de MarcTibo

De MarcTibo

"Change Can Happen", Explorateur, O... | 23H59 | 10/07/2008 | Permalien

Que cette référence vous enerve peut se comprendre et il aurait été plus facile de l'accepter si vous vous en étiez tenu là. Mais si c'est pour répéter l'erreur que vous pointez du doigt - c'est à dire un amalgame - alors vous offrez le flanc aux critiques. Surtout que notre auteur Canadien n'a pas tout à fait tort lorsqu'il compare les motivations ayant poussé les soldats des années 60~70 à déserter avec celles des 4700 soldats d'aujourd'hui. La garde nationale US, issue des milices Américaines de la guerre d'indépendance a toujours eu un role de défense, même si elle a également endossé un role de secours lors de catastrophes naturelles par exemple.
Combien même les NGs sont un corps de l'armée sous la direction du DOD (Dept of Defense), leur role n'est pas de participer à une guerre extérieure - en 1942, c'est l'attaque Japonaise sur Pearl Harbour qui avait déclanché leur appel et leur engagement dans la guerre.
La guerre en Irak a été votée pour faire face à une menace intérieure. D'ou l'utilisation de la NGs en Irak. Cela a été une manière de détourner la loi.
Je suis citoyen US, et pour vous dire, bien qu'étant profondément « anti-militaire », j'ai songé à un moment m'engager dans les NGs. Pourquoi ? Par devoir civique. C'est simplement le premier corps - de volontaires - répondant à des situations d'extrèmes urgences, comme Katarina. Ils peuvent également etre déployé à l'étranger pour aider les populations locales. Ils apprennent à sauver des vies et à prévenir tout chaos que ce type de situation favorise. Je ne dis pas qu'ils y réussissent à chaque fois, mais le role est plutot noble. Ils ne sont pas préparés au demeurant au role d'agresseur. Vous ne vous engagez pas chez les Marines par exemple, ou dans l'US Navy, même si votre « contrat » vous autorise à un transfert de service, mais c'est un acte volontaire.
Donc oui, ces NGs qui désertent peuvent estimer avoir été forcés de faire la guerre, contre leur gré, surtout si, comme c'est le cas, ils jugent avec raison que cette guerre est illégale.
Quant a la guerre du Vietnam, les militaires qui y participaient avant 1970 (date de l'arrivée des premiers draftés) étaient volontaires, certains ont déserté …
Maintenant, vous semblez oublier que pour beaucoup, l'armée représente un espoir de sortir d'une misere sociale, et qu'une grosse partie des engagés n'ont ni l'éducation ni l'aide pour les aider de concevoir ce que représente un conflit. C'était déjà le cas en 1970 ici, à Oakland. Tenez, demandez à vos amis de l'époque combien ont fait la démarche de se déplacer à Oakland pour convaincre les Noirs de bruler leurs livrets ? Ah oui, ils allaient à Berkeley, une ville, une université à l'époque essentiellement blanche.
Quand vous les traitez « d'irresponsables », vous manquez beaucoup de compassion.

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