Canada : demi-échec électoral pour le conservateur Harper

Portraits électoraux (Clément de Gaulejac/DR).

En donnant un deuxième mandat consécutif au conservateur Stephen Harper lors des élections législatives de mardi, les Canadiens ont élu un partisan de la non-intervention de l'Etat, dépeint comme le leader de la droite morale et proche des groupes pétroliers par ses détracteurs.

Nombre de sièges par parti


► Parti conservateur : 143 (124 en 2006)
► Parti libéral : 76 (103 en 2006)
► Bloc québécois : 50 (51 en 2006)
► Nouveau parti démocratique : 37 (29 en 2006)
► Indépendants : 2 (1 en 2006)

Le Parti conservateur de Stephen Harper a récolté 143 sièges, soit 37,6 % des suffrages. Il améliore de 19 voix son score de 2006, mais n'obtient pas la majorité da la chambre des Communes d'Ottawa, fixée à 155 sièges. Le Canada se dote ainsi de son troisième gouvernement minoritaire de suite.

C'était pourtant l'objectif du Premier ministre, lorsque, début septembre, il a demandé à la gouverneure générale du Canada (représentante de la reine d'Angleterre et chef d'état) de dissoudre le Parlement, après deux ans et demi de mandature. Ses opposants lui ont d'ailleurs reproché d'ignorer la loi qu'il avait fait voter, imposant des élections à dates fixes. Selon cette dernière, le scrutin aurait dû avoir lieu en 2009.

« Le parlement est devenu dysfonctionnel », expliquait le chef des conservateurs, qui, minoritaires, avaient besoin de l'appui des partis d'opposition pour légiférer.

Un Premier ministre très libéral et très conservateur

Stephen Harper a donc raté son coup. Mais qu'importe. Pour cet économiste adepte de l'école de Calgary (ultralibérale, pendant canadien de l'école de Chicago), le fait que les conservateurs aient amélioré leur score leur donne un « mandat renforcé ».

Bien qu'originaire de la métropole économique Toronto, Stephen Harper, 49 ans, a en effet choisi de mener ses études et sa carrière politique en Alberta, province de l'Ouest, terre historiquement conservatrice.

Ce père de deux enfants estime, entre autres, que l'Etat providence canadien coûte trop cher. Pour lui, c'est en continuant de baisser les impôts, surtout auprès de la classe moyenne, qu'Ottawa peut aider ses citoyens.

Ainsi, les annonces contenues dans le programme électoral des conservateurs, présenté à moins d'une semaine du scrutin, coûtent trois milliards de dollars canadiens, soit dix fois moins que celui de leurs adversaires libéraux.

Il applique aussi ce principe d'allégement fiscal aux petites, moyennes et grandes entreprises. Ce qui a souvent provoqué la colère de l'opposition aux communes. Le chef du Nouveau parti démocratique (NPD, à gauche), Jack Layton, l'a notamment accusé d'avoir concédé des abattements de 50 milliards de dollars canadiens aux compagnies pétrolières, qui exploitent le pétrole d'Alberta. Cette province possèderait les secondes réserves d'hydrocarbures au monde.

Politique d'aide aux familles, peines de prison dès 14 ans, ambiguïté sur l'avortement et la peine de mort : Stephen Harper affiche une ligne morale marquée.

Fervent défenseur de la « souveraineté canadienne dans l'Arctique », il a considérablement augmenté les budgets militaires, afin notamment d'équiper les forces armées nationales de brises glaces devant rivaliser avec les marines russes et américaines.

Le Québec fait de la résistance

Après plus d'un mois de campagne, le Parti conservateur voit toutefois la majorité lui échapper de 12 sièges. Les raisons de ce résultat ?

La province du Québec fait partie de la réponse. Le Bloc québécois, parti souverainiste, est le seul parti qui ne fasse campagne que dans une seule province, le Québec. Il y a récolté 50 sièges, suivi du Parti libéral avec 13 députés, 10 pour les conservateurs et un pour le Nouveau parti démocratique.

Plusieurs sujets ont marqué la campagne à l'échelle provinciale. La culture, tout d'abord. Le gouvernement mené par Stephen Harper a supprimé 46 millions de dollars de subventions dans ce secteur. De quoi susciter l'ire du milieu culturel québécois, qui a notamment lancé une campagne sur Internet dénonçant ces mesures.



Pour la seule région majoritairement francophone de l'Amérique du Nord, la politique culturelle est un enjeu majeur. Le Parti conservateur avait d'ailleurs marqué des points en reconnaissant la spécificité de la nation québécoise « au sein d'un Canada uni » au Parlement, coupant l'herbe sous le pied du Bloc québécois.

Mais Gilles Duceppe, chef du Bloc, s'est justement servi de cet argument pour dénoncer un manque de cohérence entre la reconnaissance de la nation québécoise, et les coupes dans les programmes culturels.

Autre écueil rencontré par le Parti conservateur : sa volonté de renforcer les peines pour les jeunes contrevenants, mesure fort impopulaire dans la Belle Province.

Le chef du Bloc québécois a d'ailleurs estimé qu'une telle loi revenait à envoyer les jeunes à l'université du crime et à offrir de la « jeune chair » pour les délinquants sexuels emprisonnés.

Si bien que le Bloc a adopté le message suivant : « Le 14 octobre, vous allez trouver le Québec sur votre chemin », annonce ainsi la publicité du parti politique. (Voir la vidéo)



A noter au passage : l'élection de Justin Trudeau, le fils de l'ancien Premier ministre du pays et figure marquante de la politique canadienne, sous les couleurs du Parti libéral.

L'Ontario s'inquiète pour ses industries
Le système politique canadien


Comment se fait-il qu'un parti avec 1,38 million de vote (le Bloc québécois) hérite de 50 sièges et qu'un autre avec un peu moins d'un million (le Parti vert) n'en ait aucun ?

La réponse se trouve dans la nature du système électoral, de tradition britannique : il s'agit d'un scrutin uninominal à un tour.

Les électeurs votent pour un candidat dans une circonscription donnée. Le nombre de vote au niveau national ne se traduit donc pas forcément en sièges.

La province voisine, l'Ontario, est un poids lourd politique au niveau fédéral avec 106 circonscriptions, soit le tiers de la Chambre.

Et les conservateurs y ont fait des gains importants, remportant 10 sièges supplémentaires, pour un total de 51. Le Nouveau parti démocratique a aussi effectué une percée, avec cinq sièges de plus (sur 17). Le tout au détriment du Parti libéral dirigé par Stéphane Dion, perdant de ces élections avec 27 députés en moins.

Dans la province, l'économie a tenu le haut du pavé de la campagne électorale. Le secteur industriel y est important (surtout pour la construction automobile), tout comme les échanges commerciaux avec les Etats-Unis. C'est donc avec une certaine appréhension que les citoyens regardent les tourments de l'économie américaine.

Le chef du NPD a présenté ses promesses aux électeurs de cette province, allant d'une renégociation de l'Accord de libre-échange nord américain (Alena) à des investissements gouvernementaux jusqu'à concurrence de 8,2 milliards de dollars pour reconvertir les travailleurs licenciés.

Stephen Harper lui a opposé une politique de laisser-faire économique, avec des baisses d'impôts au coeur de ses arguments. Il promettait aussi plusieurs programmes d'investissement dans les secteurs économiques touchés, qui se chiffraient à des centaines de millions de dollars.

D'autres provinces ont aussi connu des changements de garde, notamment Terre-Neuve-et-Labrador. Certaines sont sensibles au message des conservateurs, entre autres dans l'Ouest, et ont presque revêtues intégralement la couleur des conservateurs. Leur campagne a parfois fait fi d'affiches électorales dans certains comtés.

Toujours est-il que le gouvernement se retrouve de nouveau minoritaire. Combien de temps pourra-t-il tenir ?

Florent Daudens, Clément de Gaulejac et Clément Sabourin

Illustration : « Portraits électoraux (de gauche à droite) : Stephen Harper, Stéphane Dion, Gilles Duceppe et Jack Layton » (Clément de Gaulejac/DR).

15 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Keldan

De Keldan

Polytoxicomane à temps partiel | 17H06 | 16/10/2008 | Permalien

Utile l'encart, ça m'a permit de découvrir que si j'étais Canadien, je ferais comme en France, je boycotterai les élections législatives.
Je me demande comment les gens osent encore parler de démocratie lorsque 5% des votes ne représentent pas 5% des élus.

Portrait de vincicom

à Keldan Portrait de Keldan De vincicom

Responsable "informatique" dans une... | 17H19 | 16/10/2008 | Permalien

« Je me demande comment les gens osent encore parler de démocratie lorsque 5% des votes ne représentent pas 5% des élus. »

Bah ce sont malheureusement ceux qui votent toujours pour les même partis ( UMP, UDF/Modem, PS ) qui encourage ce système anti-démocratique, et qui souvent viennent s'en plaindre après.

Portrait de Lavrenti

à Keldan Portrait de Keldan De Lavrenti

10H46 | 17/10/2008 | Permalien

Je ne comprend pas comment vous pouvez soutenir cette dictature des 5%.

La démocratie, c'est quand 1 élu represente 0.000000025% du corps electoral - dans le cas de la france en tout cas.

Portrait de pierrejcallard

De pierrejcallard

www.nouvellesociete.org | 20H49 | 16/10/2008 | Permalien

Il faut une autre mode de suffrage au Canada, commençant -mais ne s'arretant pas - au scrutin a deux tour

http://nouvellesociete.wordpress.com/democratie-contractuelle/

http://les7duquebec.wordpress.com/2008/10/06/une-democratie-en-faillite/

Pierre JC Allard

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De Gaystraight

Avocat | 21H20 | 16/10/2008 | Permalien

Pour une fois, petit message perso : grosses bises du cousin franco-canadien de Paris à son cousin franco-canadien Clément de Montréal et bravo pour cette excellente synthèse des élections fédérales canadiennes : -) !

Portrait de Infovite

De Infovite

Plébéien. | 21H20 | 16/10/2008 | Permalien

Le Québec a de la gueule !
Félicitations aux cousins.
http://info-espress.over-blog.com/

Portrait de Alex Engwete

De Alex Engwete

Consultant | 21H27 | 16/10/2008 | Permalien

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Portrait de egide

De egide

Littéral | 21H54 | 16/10/2008 | Permalien

A propos des enjeux de ce scrutin qui voit la victoire étriqué de Harper et de son parti, le poin de vue femes québéquoise opposé aux thèmes conservatoire et réactionaires de la campagne de Harper concernant le statut de femmes dans la société canadiene :
http://www.sisyphe.org/spip.php ? article3099

Voir aussi la très belle initiative québéquoise des opposant au programmes d'Harper au Quebec
http://unissonsnosvoix.ca/ (merci à Ella Pierre journaliste canadienne pour avoir diffuser cette initiative sur twitter)

Ce n'est pas une utopie de penser qu'un mouvement des citoyens de différents pays soucieux de démocratie relayent et amplifient leurs paroles pour peser sur le choix des représentant dans un monde où la globalisation rend les interactions des politiques nationales produisent des conséquence en dehors même de la région lors d'un renouvellement de sa gouvernance.

Portrait de ysengrimus

De ysengrimus

22H14 | 16/10/2008 | Permalien

Ne jamais oublier cette statistique : 80% des canadiens vivent dans une ville d'un demi-million d'habitants ou plus. Trois grandes villes utiles (Toronto, Montréal, Vancouver) vous fournissent le tiers ferme de la population. Là ou les ricains ont des campagnes peuplées de culs terreux qui lisent la Bible et votent pour Bush, nous avons de la taiga et de la toundra vides. Le petit mal conservateur s'explique comme cela. Toujours difficile d'enconner des caribous, des loup-cerviers et des castors…
Paul Laurendeau

Portrait de huck

De huck

Riendutoutiste | 04H24 | 17/10/2008 | Permalien

« Pour la seule région majoritairement francophone de l'Amérique du Nord, la politique culturelle est un enjeu majeur. Le Parti conservateur avait d'ailleurs marqué des points en reconnaissant la spécificité de la nation québécoise “ au sein d'un Canada uni ” au Parlement, coupant l'herbe sous le pied du Bloc québécois. »

En fait ce n'est pas tout à fait vrai, car les québecois souhaitent que cette spécificité soit inscrite dans la constitution, mais Harper fait la sourde oreille.

Harper a fait beaucoup d'effort pour rafler les sièges qui lui manquait en tentant de séduire le Québec. Même si dans la vieille capitale il avait pas mal de partisans, surtout apres avoir saupoudré le 400ème de subventions, ce fut tout de même une sévère défaite dans la province.

Portrait de marie 75

à huck Portrait de huck De marie 75 3563

09H05 | 17/10/2008 | Permalien

Sommet Canada-UE (le temps suisse)
(…)
Au-delà de ce programme officiel, leurs hôtes canadiens attendent beaucoup du sommet Canada-Union européenne, qui se tiendra ce vendredi après-midi à Québec. Le Canada et l'UE entameront des pourparlers visant à créer un accord de libre-échange entre les deux continents. Le discours de Nicolas Sarkozy à l'Assemblée nationale du Québec aujourd'hui est aussi très attendu. En avril, le chef de l'Elysée avait laissé entendre qu'il pourrait modifier la position de la France sur la question de l'indépendance du Québec, faisant fulminer plusieurs ténors souverainistes.

Cette fois encore, Nicolas Sarkozy agace les Québécois, car il écourte son voyage. Il ne passera que vingt-quatre heures à Québec, avant de s'envoler samedi pour Camp David afin d'y rencontrer George Bush. Le quotidien montréalais Le Devoir a d'ailleurs ironisé : « Sarkozy préfère Bush à la francophonie. »

L'absence du président français aux cérémonies de clôture du sommet de la Francophonie est une première. « J'ai de la misère avec Sarkozy. Le gars est énergique, mais tout cela manque de cohérence », a déclaré le maire de Québec, Régis Labeaume, à la chaîne Télé-Québec. Si, pour blaguer, le maire de la capitale québécoise a regretté l'absence de Carla Bruni, ses propos assez durs à l'égard de Nicolas Sarkozy illustrent bien l'agacement des habitants de la Belle Province envers le président français

Portrait de Québec

De Québec

Technicien | 06H32 | 17/10/2008 | Permalien

Pour ceux qui sont curieux de comprendre notre survivance à nous Québécois en terre d'Amérique du nord, je vous invite à regarder ces vidéos de M. René-Marcel Sauvé.

Bon visionnement.

http://www.vigile.net/Geopolitique-et-avenir-du-Quebec

Portrait de mimivn

De mimivn

etudiante | 10H00 | 17/10/2008 | Permalien

abc

Portrait de ysengrimus

à mimivn Portrait de mimivn De ysengrimus

12H19 | 17/10/2008 | Permalien

A nything
B ut the
C onservatives

[N'importe quoi, sauf les Conservateurs]

Slogan cru et efficace qui contribua à aider Terre Neuve à complètement expurger la vermine conservatrice de son superbe territoire. Bravo les Newfies !

Paul Laurendeau

Portrait de julien.ente

De julien.ente

16H51 | 19/10/2008 | Permalien

Je ne comprend pas pourquoi n'apparait nulle part l'idée d'une coalition entre libéraux, néo-démocrates et bloquistes face aux (très) conservateurs minoritaires !

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