
Le recyclage version bidonvilles de Bombay (1/2)

(De Bombay) Là où devrait se trouver la terre ferme, le pied dérape perpétuellement sur des tas d'ordures. Plastiques en tous genres, métaux, baignoires, bandes magnétiques, jouets cassés, tissus décolorés… Sous une passerelle d'autoroute, cette décharge adjacente au pipeline n'est qu'un petit aperçu des tonnes de déchets qui finissent chaque jour à Dharavi, un des plus gros bidonvilles d'Asie.
Des milliers de tonnes d'ordures chaque jour
En 2008, la ville de Bombay produisait en moyenne 11 209 tonnes de déchets par jour. Des camions de compagnies payées par la municipalité, moyennant des contrats de dizaines de millions de roupies, sont censés les ramasser, les trier puis jeter ce qui ne peut être recyclé dans les décharges. Théoriquement…
Dans la pratique, 40 à 50% des ordures produites par la ville ne sont pas collectées par les camions poubelles. Celles ramassées sont généralement déversées dans les décharges sans plus de tri préalable. C'est ici qu'intervient l'action des chiffonniers, ces travailleurs informels, méprisés, embourbés dans la pauvreté. Sans eux la ville deviendrait pourtant instantanément une gigantesque décharge à ciel ouvert.
Les chiffonniers
La majorité de cette population provient de l'immigration, comme l'explique Vinod Shetty, chef de Acorn India et directeur du « Dharavi Project » :
« Les nouveaux immigrants dans les villes ne trouvent généralement pas de place car l'espace est saturé. Le seul endroit où ils peuvent construire leur maison est à côté des décharges, là où personne ne veut aller. Etant donné qu'ils ont besoin d'argent, ils commencent donc à travailler là. Généralement toute la famille s'y met. »
Traditionnellement les enfants sont plutôt dévolus au ramassage des ordures dans la rue, les hommes au tri dans la décharge et les femmes au tri des ordures dans les ateliers.
Le tri dans la décharge
Sous le soleil implacable de midi, une dizaine d'hommes travaillent dans la décharge en essayant, tant bien que mal, de se protéger de la chaleur. Ici et là, accroupis, ils jettent négligemment dans des sacs les débris qu'ils ramassent en fonction du type d'ordure. Un peu plus loin, d'autres lavent du plastique polycarbonate dans un baril d'eau salée. Le plastique est omniprésent dans les tas de déchets. La plupart des travailleurs sont là depuis longtemps, comme Hota, originaire d'un village du district de Pune, qui atterrit ici il y a près de vingt ans :
« Je travaille ici non-stop de 8 heures du matin à 6 heures du soir. Mon travail consiste à trier les matériaux pour qu'ils puissent être revendus. »
Le but de leur travail consiste à séparer ce qui sera recyclé de ce qui ne peut pas l'être. Ce qui sera collecté suivra la chaîne du recyclage. Le reste sera laissé sur place, peut-être brûlé, jusqu'à ce que l'endroit devienne intenable et que le gouvernement décide que le moment est devenu opportun pour vendre le terrain ou faire construire dessus.
Le but d'un chiffonnier est également de faire un premier tri des déchets en catégories, en fonction de leur qualité, de leur type. Il revendra plus tard la marchandise au poids, après un second triage dans les ateliers : 5 roupies (7 centimes d'euro) le kilogramme de plastique par exemple. Pour une journée de douze heures de travail, un chiffonnier gagne en moyenne 100 roupies (1,40 euro), un salaire de misère pour un travail pourtant nécessaire au bien-être de la flamboyante mégalopole.
A suivre.
Photo : un enfant chiffonnier sur une décharge du bidonville Dharavi à Bombay (Ted K/Acorn India).
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De Azza
Ingénieur en informatique scientifi... | 14H42 | 13/10/2009 |
Si j'ai bien compris, l'argent paye aux companies qui gerent le service public est verse sans controle que le travail soit effectivement fait. Il y a donc a la fois tres certainement corruption et detournement de fonds publics.
Cet argent, paye par les contribuables de Bombay devrait donc normalement etre utilise pour payer des salaires decents aux travailleurs charges du recyclage des dechets.
C'est en voyant cela que l'on realise que les pays d'Afrique ou d'Asie, theoriquement « en retards » prefigurent en realite le monde de demain. Celui ou les juges d'instruction auront disparus, celui ou le droit des affaires aura ete depenalise. Celui ou les services publics auront ete totalement detruits ou pourris de l'interieur.
Le monde de la Mafiafrique decrit par Francois-Xavier Verschave.
à Azza
De Aloïs
Etudiant | 17H50 | 13/10/2009 |
Ca me rappelle le bouquin de Savianno, et le contrôle des décharges par la Mafia italienne…
De christobal0094
citoyen du monde | 14H50 | 13/10/2009 |
Ca s'appele un « dumping site “ ce genre de site est reserve aux pays pauvres, dit sous-developpes, dits emergents ( recement avec les bienfaits de la mondialisation).
Ca existe en presque pire au Cambodge, Bresil, Afrique, partout !
notre jolie planete bleue produits environ, 5 millions de tonnes de dechets appele Home Waste ou Solid Waste, chaque jour.
les UK depensent 4,5 milliards de leur livres sterling par an ( 5 milliards d'euros) pour collecter et enfouir principalement, leur ordures menageres.
en france en Allemagne on incinere.
le CO2 produit par les dechets representent plus de 3 % des emissions sans parler du methane.
J'espere un jour pouvoir vous annoncer que quelque chose se passe, quelque part en Asie, et qu'avec mes amis nous traitons le probleme.
merci.
De Thibaud
15H15 | 13/10/2009 |
À Manille, aux Philippines, le tri est une économie vitale. On naît, on grandit sur ce sol un peu meuble, qui parfois s'écroule. On y construit sa maison. L'approche de la décharge habitée de Payatas, au nord de la ville, dure quelques heures : peu à peu le réseau urbain se délite, des entrepôts poussent partout, l'odeur couvre des hectares : on approche.
Des élèves de l'école française de Manille avaient fait une enquête de terrain sur la question, ainsi que sur la prostitution des enfants : le dossier complet est encore disponible ici, il est toujours d'actualité, on n'a jamais vraiment eu de retours, sauf de la part des 6 élèves qu'on accompagnait sur place, qui ont grandi :
http://www.thibaudsaintin.net/spip.php ? article20
Dans tous les quartiers, des « rivières, des drains, des égouts habités. Ceux qui y habitent vivent du tri des ordures. Quelques “homeowners” du “village” (les quartiers privés et gardés) savent que les gosses qui passent tous les jours chercher leurs ordures vont en tirer quelques pesos chez les revendeurs (qui remplissent des maisons près de l'aéroport). Aussi, ils les leur vendent. Et les gosses achètent, parce que l'opération est encore un tout petit peu rentable. Et parfois le “homeowner” les fait travailler toute la journée, pour une vingtaine de pesos et un peu de riz mouillé à quelque sauce reconstituée.
Un type passe dans une belle voiture sur la Doña Soledad. On ramasse 3 jeunes hommes qui égaieront une soirée entre gens qui ont réussi. On leur donne une cinquantaine de pesos à se partager, on leur fait croire surtout qu'ils ont eu de la chance de pouvoir être de la partie. Ils y croient un peu, mais l'un d'eux pleure, il a mis la main dans un pétrin, il a perdu ses dents, etc.
Ici à Bangkok, on sait tous que les les chiffonniers qui sillonnent les rues se chargeront de trier nos poubelles. Alors on ne trie pas, simplement ont mets ses bouteilles dans des sacs à part. On sait qu'ils attireront la convoitise.
Sur une plage touristique, en 2006, on rencontre une femme arménienne qui travaille avec les habitants des décharges. Elle sait qu'il est inutile d'essayer de les en sortir, mais qu'il peut servir à quelque chose de leur apprendre à anticiper ce qui va rapporter plus, et s'organiser pour. Le plastique, un jour, se revendra cher.
D'autres, comme la fondation “Kilus” à Pasig City, l'une des villes composant Metro Manila, savent faire des sacs et des cache-pots qui se vendent au Japon. Le quartier entier a changé.
D'autres se battent comme Shay Cullen de PREDA, tapez ces mot dans Youtube, ça suffira…
De Geekien
en promenade dans la linuxie | 22H11 | 13/10/2009 |
Quelques choses à ajouter
- les déchets recyclables (comprendre digérables) le sont d'abord par des humains, des animaux, puis enfin par des hommes [bouses=> briques à feu]
- Dans les rues, on croise énormément d'anciens et de femmes, avec sur leur dos, leur vélo, leur âne … une masse de détritus, et qui collectent, de manière sélective, les déchets non recyclés (métier/famille)
- la plupart des familles / clans sont non seulement des immigrants internes, mais surtout sont des basses castes ou des intouchables
- tout se mélange : la zone industrielle de l'est mêle allègrement high tech (pétrochimie, campus reliance …) et bidonvilles (de l'autre côté de la route et du train de banlieue, juste avant des cités de bobos blindées), et les résidus collectés peuvent aller du classique européen (papier) aux boues de pétrole
- en final quand même, à la mousson, les fossés et les évacuations sont tellement pleins de m…. que ça déborde partout. Ainsi tout le monde en profite ou en meure, jusqu'à l'année suivante
De beuhrète
parent désenfanté par l'irresponsab... | 16H05 | 14/10/2009 |
Le sixième de la population mondiale est si pauvre que ses émissions ne sont absolument pas significatives. Tout en étant le groupe dont la croissance est apparemment la plus élevée. Les ménages en Inde qui gagnent moins de 3000 roupies par mois (43 € - 66 CHF) consomment par tête un cinquième de l'électricité et un septième du carburant utilisés par un ménage ayant un revenu de 30 000 roupies ou plus. Ceux qui dorment dans la rue ne consomment presque rien. Ceux qui vivent en fouillant les ordures (une part importante des citadins déshérités) ont le plus souvent un solde négatif d'émission de gaz à effet de serre.
http://life-in-the-dead.over-blog.com/article-taxe-carbone-37481311.html