28/07/2010 à 10h46

A Fos-sur-Mer, dès 1972 : « Oui, on polluera... un peu »

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89

Après la publication de notre enquête sur les problèmes de santé liés à la pollution à Fos-sur-Mer, l'INA nous a envoyé une sélection de vidéos d'archives, où nous avons déniché de petites merveilles.

D'abord, cet extrait de journal télévisé de 1971, qui raconte que dans « le grand delta [du Rhône] », la France de la planification postgaulliste a décidé de bâtir « le grand port du sud, en concurrence avec Rotterdam et Anvers ». Un brin fasciné par ce qui était à l'époque le plus grand chantier de France, le commentateur résume que c'est un projet :

« Ambitieux et difficile... même si les usines sont moins tristes sous le soleil du Midi ». (Voir la vidéo)

Autre perle, l'émission « 24 heures sur la deux » qui, l'année suivante, se penche plus en profondeur sur les questions de pollution soulevées par ce complexe industriel. La série s'appelle « La France défigurée ». (Voir la vidéo)

A l'époque, la zone est en plein développement, et chacun est déjà conscient, avec la Camargue toute proche, qu'entre industrialisation et préservation de la nature, il va falloir choisir, et que les choix d'implantation auront des conséquences de long terme.

Ecoutons de près les paradoxes des décideurs. Tantôt le port autonome déclare étudier « tous les problèmes de pollution » avant que les usines ne soient construites, tantôt on découvre, par la bouche du maire de Fos :

« EDF nous a informés que les cheminées devaient dépasser impérativement 200 mètres. Et pendant ce temps-là, les militaires de la base d'Istres nous disent que, pour ne pas gêner les zones d'envol, elles ne doivent pas dépasser les 185 mètres. »

« Pour être parfait », le maire affirme que les cheminées d'une centrale électrique « ne sauraient dépasser 175 mètres », avant d'admettre qu'elles vont atteindre 250 mètres de haut...

Crainte d'un « smog » et d'un arrêt de la production

Quelques phrases résonnent d'une drôle de manière aujourd'hui. Ainsi, quand le directeur du port autonome de Marseille déclare :

« Oui, on polluera, un peu. Le problème est quels objectifs on se fixe. Nous avons un potentiel balnéaire à conserver. Si on détruit l'agrément de l'habitat, on perd le potentiel industriel en même temps. »

Un autre responsable industriel précise, à propos du dioxyde de soufre qu'il s'agit d'

« une pollution dont on ne sait pas très bien jusqu'à quel point elle est dommageable. »

A l'époque, était évoquée la crainte d'un « smog », comme à Los Angeles, qui imposerait la réduction de la production. Mais le directeur général de l'usine Solmer, interrogé dans ce reportage, souligne que des milliers d'emplois sont concernés... et invite (gentiment) chacun à prendre ses responsabilités.

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  • grosnaze
    • Posté à 16h45 le 28/07/2010
    • Internaute

    Fos sur mer n'a été que la cerise sur le gâteau déjà bien avance. C'est tout le pourtour de l'etang de Berre qui est pollue. Lavera la Mede, Berre l'etang etc..Depuis1928 première implantation tout a evolue . On lira avec interet ce PDF qui retrace l'industrialisation du pourtour de l'Etang de Berre

    Lien

    En 1957 dejà il fut interdit de pécher et consommer le poison de l'étang. Les pécheurs alors nombreux furent indemnisées. Rien que cet aspect vaut le détour

    Lien

    Depuis un nuage de pollution et une odeur très particulière flotte des que le vent tombe. La zone regroupe quasiment tout les désastres biologique hormis le nucléaire

  • Humain
    • Posté à 19h28 le 28/07/2010
    • Internaute

    La commune de fois sur Mer est « Pavillon bleu »

    Baignez-vous donc les enfants !

    Mais le pavillon bleu n'est pas une garantie de propre vert écolo sans nitrates ou acides dans l'eau ou dans l'air, etc..., ho non !
    C'est la garantie d'effort que fait la commune pour que cela soit moins sale ! ! (grosso modo)

    En fait on nous prend pour des manches !

    On pense que « Pavillon bleu » veut dire eau propre, mais non !
    Pas du tout ! Cela vaut dire « je fais des efforts » pour qu'elle soit moins sale !

    Cela veut dire que l'on « sensibilise »... Point barre !

  • femmedesbois
    femmedesbois
    dans sa forêt
    • Posté à 22h45 le 28/07/2010
    • Internaute
      dans sa forêt

    Il y a un aspect dont on a pas parlé encore, c'est l'impact qu'a pu avoir ce développement industriel sur les populations locales et celles venues de l'extérieur pour travailler dans ces usines.

    Fos-sur-Mer n'était jusque là qu'un petit patelin rural avec des gens qui avaient une vie assez tranquille, nombreux ceux qui avaient un petit cabanon au bord de la mer pour venir l'été pêcher, du moins c'est ce qu'on m'a dit par la suite. C'était plutôt sauvage et tranquille.

    Saint-Mître, où j'ai habité de 71 à 81, était un gros bourg rural à 8 kms de Fos, dans les collines au dessus de l'étang de Berre. Il y avait, parait-il (je ne m'en souviens pas) encore pas mal de paysans, éleveurs de moutons ou vignerons. La vie de ce village a été bouleversé complétement par l'arrivée de centaines de nouveaux habitants venus d'ailleurs et les lotissements ont poussé comme des champignons tout autour. Mes parents s'étaient installé là (je suis originaire d'Auvergne) pour être prés du Port Autonome de Fos car mon père travaillait dans la marine marchande. Sinon, les nouveaux habitants venaient beaucoup de Lorraine ou l'on avait fermé des hauts-fourneaux et les ouvriers et techniciens étaient venus à Fos et autour pour travailler, s'ils étaient resté en Lorraine, ils se seraient retrouvé au chômage.
    Si certains se sont bien adapté à leur nouvelle vie (grâce surtout au climat), d'autres on eu du mal car les mentalités ne sont pas vraiment les mêmes....
    Pour ma part, mes parents ont préféré retourner en Auvergne au début des années 80.

    Tous ces gens installés là étaient souvent techniciens ou cadres et je ne suis pas certaine que l'incorporation au village s'est faite si facilement, avec les provençaux, ce n'est pas toujours évident d'autant plus qu'il y avait des différences de classe sociale entre les « nouveaux » et les « anciens » du village...

  • Ylmith
    • Posté à 10h26 le 29/07/2010

    Et oui René Dumont, ses mots n'ont pas pris une ride et semblent plus d'actualité que jamais. A force de toujours reculer devant les vrais problèmes nos hommes politiques se retrouveront, et nous avec, au bord de l'abîme. Généralement dans ces situations de crise la démocratie en prend un grand coup, les opposants, « ceux qui ouvrent leur gueule » sont muselés dans le meilleur des cas...En plus d'une catastrophe ecologico-sociétale on risque de voir disparaître les principes, aujourd'hui même si ténus, de la démocratie. Un véritable désastre dont nos gros « pépères »
    actuels ne porteront jamais la responsabilité et pourtant...

  • nilslof
    nilslof répond à femmedesbois
    Evanescent
    • Posté à 11h25 le 29/07/2010
    • Internaute
      Evanescent

    Bonjour,

    Je réagis suite au commentaire de femmedesbois (que je salue en passant)

    Son commentaire me touche.
    Je la rejoins quant à l'impact du développement sur les populations locales et extérieures, et sur l'aspect économique que cette industrialisation apporte.

    Je trouve ce sujet bien plus complexe qu'il n'y parait. Il y a effectivement l'aspect pollution qui est non négligeable mais qui n'était visiblement pas mesurable, quantifiable, des décennies auparavant lorsque la décision a été prise de construire un tel port.

    Cet article, ce retour en arrière, ravive des tiraillements que j'avais réussi à enterrer avec le temps mais qui, finalement, n'étaient pas enterrés bien profond...

    J'ai participé il y a quelques années à la construction d'un grand port hors de nos frontières. Nous avons débarqué sur une plage dans un endroit magnifique et sauvage comportant quelques cabanons de pêcheurs. Une expropriation dans des conteneurs rouillés sur la plage d'à coté, une montagne explosée devenue carrière, un port construit et toutes les infrastructures gravitant autour (rail, autoroute) plus tard, le site est totalement défiguré, l'environnement et la vie des locaux chamboulés. La vie économique de la région également.

    Pendant la construction, il ne se passait pas une semaine sans qu'un villageois me donne un CV pour embaucher qui un frère, qui un cousin, qui un ami sur le chantier. La zone continue son essor et j'ai un pincement certain lorsque je vois les photos du site et les plans des aménagements futurs.

    Auparavant, la région était « pauvre », peu développée, peu peuplée, peu de tourisme. Principales activités : la pêche et la culture de plants illicites ainsi que le passage de clandestins...

    Je ne sais si le site deviendra un clone de Fos, pour l'instant, les entreprises installées sont dites « peu polluantes » (principalement logistiques), non axées sur la production/export d'énergies. Pour l'instant... La lecture du titre de cet article laisse songeur...

    C'est extrêmement complexe. Si on prend la décision de ne pas construire, la construction se fait ailleurs, s'externalise, et nos emplois sont perdus (le port sont je parle a déjà donné lieu à la délocalisation d'activités françaises dans le pays où il a été construit), au détriment de notre économie déjà peu favorable à l'emploi.

    Exploiter à quel prix ?

    C'est vraiment complexe. La notion d'environnement est à prendre en compte, certes, mais c'est un sacré cas de conscience.
    En tous les cas, je ne vois pas de solution miracle à proposer. Je veux bien crier, sensibiliser, dire que ce n'est pas bien de polluer, mais non, aucune alernative à proposer. Fermer les usines ? Pondre des normes encore plus drastiques ? Plus de contrôles ? Dénoncer, d'informer, c'est trés simple, mais c'est un pas effectué, le plus difficile reste à faire.

    Bien cordialement.

  • bigorno
    bigorno
    citoyenne
    • Posté à 11h40 le 29/07/2010
    • Internaute
      citoyenne

    Une autre phrase résonne d'une drôle de manière aujourd'hui...celle du directeur du PNR Camargue quand il signale la construction d'une usine d'incinération pour régler le pb de la décharge d'Entressen !