Quand Bernard Tapie expliquait le financement de la politique
C’était il y a longtemps, à l’époque des téléphones à cadran, des francs et des ordinateurs gros comme des frigos, à l’époque où aucune loi n’encadrait le financement de la politique.
En 1986, juste avant les législatives, ce reportage signé Olivier Lerner est diffusé le 27 février dans le JT de 20 heures d’Antenne 2. Sujet : le financement de la campagne électorale.
Le reporter propose d’offrir 150 000 francs à un parti politique, en liquide. « Oui, aucun problème », répond son interlocuteur, non identifié. (Voir la vidéo)
Pour mémoire, à l’époque, aucune règle n’encadre cette pratique. D’où quelques moments croquignolets, comme cette confidence de Claude Fitoussi, conseil en communication :
« Quand vous financez des politiques, le retour vous l’avez quand ils sont élus. Il y a des gens qui financent tous les partis politiques : des gens financent à la fois le Parti socialiste et le RPR. Et comme ça, ils mettent leurs billes des deux côtés.
- Qui par exemple ?
- Je peux pas vous donner de noms. »
Tapie : j’ai jamais donné
Second moment phare : l’intervention très calibrée de Bernard Tapie, jeune étoile montante des affaires qui tente de répondre à la question : « D’où vient l’argent qui va financer la campagne des législatives ? » Réponse :
« Ça, moi je sais pas. Faut leur demander... ce que je sais, c’est que j’ai jamais donné. On m’en a rarement demandé d’ailleurs... peut-être parce qu’ils savent que je donnerais pas.
- On vous a sollicité ?
- Bien sûr. Pas au niveau d’un parti, mais au niveau d’un individuel.
- On peut savoir qui ?
- Non... euh, bien sûr que non. »
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Roboticien utopiste
Roboticien utopiste
Allez, quelque précisions pour ceux que ça intéresse. Les loi de financement des partis politiques limitent à 7500 € le montant d’un don d’une personne à un parti. Présenté comme ça, c’est pas idiot (d’avoir une limite, à mon humble avis elle reste exagérément haute). Mais rien n’empêche de donner à plein de partis. Saviez vous qu’en France, on a plus d’une centaine de petits partis de droite ? Pas mal de personnalités politique ont leur petit parti perso, qui peut recevoir 7500 de Bettencourt, pour leurs campagnes électorales perso. Rien en France n’interdit de cumuler les adhésions à plusieurs partis. Seuls les règlements internes aux partis peuvent l’interdire (le PS l’interdit par exemple)
J’aimerais quand même mettre en avant quelques gros trous béants dans le financement des partis politique que j’ai pu constater en voyant se monter de l’intérieur le parti pirate.
Primo, à quoi sert l’argent ? Si vous voulez vous présenter à une élection, vous devez imprimer vos propres bulletins. Pour être assurés d’être présents dans tous les bureaux de vote, vous devez en imprimer deux fois le nombre d’inscrits. Les préfectures et les mairies peuvent être arrangeantes si on a pas le nombre suffisant, mais rien dans la loi ne les oblige à l’être. Vous pouvez également fournir des éléments de propagande (ça s’appelle vraiment comme ça) que les services préfectoraux enverront à tous les inscrits. C’est facultatif, l’impression est à vos frais mais la préfecture prend l’envoi en charge. Ca revient à combien ? Faites le calcul. il y a plus de 40 millions d’inscrits. 80 millions de bulletins qui, bon an, mal an, reviendront difficilement à moins de 2 centimes le bulletin (avec un imprimeur très sympa et sans compter l’acheminement vers les préfectures) soit au bas mot 1.6 millions d’euros pour le minimum. Avec ça, vous n’avez ni affiches, ni « propagande »
Alors oui mais l’état peut rembourser ces frais. Ce n’est vrai que pour les partis faisant au moins 5% de voix (contre 0.7% en Allemagne). Autrement dit, un petit parti naissant devra trouver ces fonds monstrueux tout seul avant d’espérer que l’Etat l’aide.
Comme il est rare d’avoir des donateurs à 7500 euros sans être un parti bien à droite, nombreux petits partis pataugent et tentent de faire payer à leurs membres de grosses cotisations, souvent sans succès.
Le remboursement des frais de campagne devrait avoir un seuil de voix bien plus bas. C’est dans ce genre de détails que l’on noie ou que l’on supporte la démocratie.
Après, je proposerais bien un système à la Japonaise mais on va me dire que c’est complètement impossible (alors qu’ils utilisent ce système régulièrement) : chacun écrit lui même sur une feuille blanche le nom du candidat ou de la liste pour lequel il vote. On économise ainsi du papier et on rend le ticket d’entrée beaucoup moins cher ! Ceci dit, ça commence à venir : il devient possible d’imprimer chez soi son bulletin de vote (solution que le parti pirate a déjà utilisé) mais ça demande une certaine motivation de la part des votants.




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