Une école inégalitaire, est-ce vraiment involontaire?

Un des leitmotive du discours réactionnaire sur l'école est constitué par la longue plainte de certains (je dis bien certains) universitaires effarés par l'ignorance de ces cohortes qui déferlent : mais que font donc les professeurs de lycée ? clament-ils.

Lesquels professeurs (certains, bien sûr) se demandent ce que fichent leurs collègues de collège dont quelques-uns ne manquent pas de vitupérer les enseignants du primaire qui leur envoient des élèves ne sachant même pas lire . Le rapport du HCE (Haut Conseil de l'Education), emporté par le tempo, découvre pour sa part que tout se joue à la maternelle .

Le prochain rapport, j'en prends le pari, nous montrera qu'en vérité tout le mal vient des parents. Il sera ensuite difficile d'aller au-delà.

D'ailleurs, n'est-ce pas ce que suggère déjà ce rapport quand il constate que ... les enfants qui bénéficient à la maison d'un environnement favorable aux premiers apprentissages réussissent nettement mieux que les autres. La scolarité préélémentaire ne compense pas ces disparités sociales' ? Ce qui, on l'avouera, n'est pas une découverte. On peut ajouter, sans risque d'erreur, que l'ensemble de la scolarité ne compense pas » ces disparités sociales, si l'on tient pour négligeables, statistiquement s'entend, les quelques heureux qui parviennent à se faufiler dans le fameux et si étroit ascenseur social .

De sorte que nous serions livrés au désespoir si l'on ne percevait pas que la clef permettant de déverrouiller le lourd portail de la réussite pour tous à laquelle aspirent les rédacteurs du rapport, se trouve dans leur constatation elle-même : puisque les enfants qui bénéficient d'un environnement favorable... réussissent nettement mieux » , faisons en sorte que l'environnement de tous les enfants devienne favorable. Ce qui ne se fait pas en un jour, bien sûr, mais on peut toujours commencer.

Je plaisante... et je pose inlassablement ces deux questions auxquelles, comme disait Boris Vian, personne ne répond : si tous les élèves réussissaient, qui assumerait les tâches innombrables et plus rébarbatives les unes que les autres qui sont le fardeau à vie de la multitude de celles et ceux qui actuellement ne réussissent pas . Qui ?

Deuxième question : la fonction de cette école, de l'école d'une société profondément inégalitaire, n'est-elle pas, de fait, de ne pas permettre la réussite de tous ? Sinon qui assumerait les tâches inéluctables ? J'attends... mais personne ne répond.

Car, n'est-ce pas, cela nous entraînerait bien loin, trop loin. Cela nous conduirait à questionner la notion même de réussite et puis celles de mérite, de compétition et de reproduction sociale et puis peut-être, qui sait ? celle de l'égale ou inégale répartition de l'intelligence (on peut voir sur ce sujet Rancière et le Maître ignorant ), sinon celle d'intelligence tout court.

J'attends... le prochain rapport qui nous dira, comme les précédents, l'impuissance de l'école à assurer la réussite de tous » ou qui nous dira que l'école a bien changé, ce qui est faux, car l'école n'a pas fondamentalement changé. Ce qui a changé, c'est sa fréquentation.

J'attends le prochain rapport qui nous dira qu'il faudrait moins d'élèves par classe, des enseignants mieux formés, des enfants qui se lèvent quand le professeur entre, qui chantent la Marseillaise (pendant ce temps on se tient tranquille et on oublie la ségrégation sociale), qui écoutent la lettre de Guy Môquet en retenant leurs larmes (pendant ce temps on ne pense pas à révolutionner le monde), à qui le professeur dit vous ...

Et je poserai mes deux questions... et j'attendrai.


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Deborah
13H59 21/09/2007

l’école ce n’est pas une question d’intelligence (quoique l’intelligence aussi ça se travaille) mais une question d’aptitudes. Malheureusemennt, notre système scolaire ne connaît que deux concepts : réussite/échec.

Quand on se mettra à développer prioritairement les aptitudes des enfants - et ils en ont tous - on changera vraiment quelque chose d’important et surtout les élèves auront bien plus de chances de « réussir ».
Pour le reste, dans les années 70 il y avait encore un « Plan » . Et, curieusement, l’école fabriquait les pourcentages voulus par ce plan dans les différents domaines d’activité ! (Cf « La société contre l’Enfant » - Stock ed.)

Mais pour se mettre à développer les aptitudes„ encore faudrait-il que les enseignants s’y intéressent et y soient poussés. Ce n’est pas le premier consul qui va les y encourager.

 
PonG | rationaliste fondamentaliste à Paris
22H56 21/09/2007

Intéressant. Un référence de l’étude c’est possible ?

 
Infovite | Plébéien.
17H07 21/09/2007

Quel tableau noir !
Et vous, M.Romero, vous avez réussi à le rendre très… clair.
En effet, on réalise grâce à votre intelligible analyse que l’école d’une société complètement inégalitaire réussit parfaitement sa mission de pérenniser… l’inégalité !
Pour le reste, j’attendrai volontiers avec vous, sur le banc des idéalistes, que « quelqu’un »(de bien ?) daigne enfin répondre à vos questions.
Qui ?
Certainement un… autodidacte !

http://www.webzinemaker.com/info-espress/

 
poussineau
19H03 25/09/2007

Une école inégalitaire,est-ce vraiment le but rechercher? les gros légumes n’ont pas envie de reproduire des petits légumes.Ils disposent de notions et de pati-moine pour aider les jeunes pousses.L’école coûte cher à la coll ectivité et comme on préfert se voir que voir les autres la sel ecion est perturbée pâr les acquits hors scol aire.Donc dans le futur l’école sera une salle d’examens déguisées en bon samaritain mettant pschologiquement les élèves à l’aise.Une dizaine d’années à les occuper et le monde du travail s’occupera de la suite