Les enfants ne sont pas de la chair à patron
Ce sont donc 11200 postes supprimés en 2008 (voir à ce sujet Des moyens, des moyens! Et après?) et puis, en cette rentrée, voici le rapport du HCE qui pourrait s’intituler "c’est la faute à la maternelle" et dont nous parlerons dans une prochaine tribune. Pour autant, tout cela ne devrait pas occulter ce qui demeure le projet le plus inquiétant de ce gouvernement et qui vient d’être confirmé par le ministre: la limitation du droit de grève dans l’institution éducative.
Le « service minimum » est une atteinte à la démocratie.
Car penser, ne serait-ce que penser à limiter le droit de grève des enseignants, comme si l’Education Nationale était une quelconque entreprise, revient à assimiler ces enseignants à des producteurs. Ce qu’ils ne sont pas. Ce qu’ils ne sauraient être, sans que, du même coup, leurs élèves soient convertis en produits.
Dans l’entreprise elle-même, la limitation du droit de grève, car c’est bien de cela qu’il s’agit sous l’euphémique "service minimum », est une atteinte à la démocratie car elle tend à interdire l’intervention efficace du producteur, c’est-à-dire du citoyen (à moins que l’on considère que le producteur cesse d’être citoyen quand il franchit les portes de l’entreprise), dans la vie de la cité au moment, précisément, où il se sent menacé dans son existence.
L’argument éculé selon lequel les élections périodiques permettent l’expression des citoyens ne peut masquer le fait qu’elles ne permettent pas cette expression au moment où il serait le plus utile qu’elle soit entendue. L’existence même du droit de grève (droit reconnu fort tardivement puisqu’il n’est inscrit dans le préambule de la Constitution que le 27 octobre 1946 et périodiquement contesté par le pouvoir politique et économique toujours au nom de la fameuse liberté du travail) souligne, s’il était nécessaire, l’insuffisance du suffrage universel comme unique mode d’expression des citoyens-producteurs dans une société démocratique.
Dans l’institution éducative la limitation du droit de grève est, en outre, une mise en cause de la conscience professionnelle et de l’esprit de responsabilité des enseignants mais, plus gravement, elle constitue une atteinte au droit des enfants à vivre leur enfance dans la meilleure des écoles possible. Car ce droit, en effet, ne peut être garanti efficacement que par la vigilance des enseignants et, donc, par leur intervention, grève comprise s’ils le jugent nécessaire. Rien n’est moins sûr, il est vrai, que la grève traditionnelle soit toujours le moyen d’action le plus efficace mais, en tout état de cause, ce sont eux, les enseignants qui ont à en décider.
Il est un autre argument tout aussi éculé que le précédent selon lequel les grévistes, transporteurs ou enseignants, prennent la population, transportés et parents, "en otage". Argument qui met tout simplement en évidence la tension pour ne pas dire la contradiction inhérente à toute législation concernant la grève. Celle-ci, en effet, est une épreuve de force entre un pouvoir, économique ou/et politique et ceux qui, à un moment donné, considèrent ce pouvoir comme injuste à leur égard.
L’idéal du capitalisme: intégrer le syndicalisme
La légalisation du droit de grève et donc sa réglementation tendent à effacer ce caractère d’épreuve de force et à poser la grève comme "ultime recours", l’intégrant ainsi au processus démocratique du dialogue social. Mais alors le dialogue social s’instaure comme perpétuation du système qui le produit et le nécessite.
C’est ainsi que la production idéologique du capitalisme, dont il semble bien que le néo-libéralisme actuel ne soit qu’un moment historique, est parvenue à construire et à inculquer l’idée selon laquelle sa propre structure constitue le stade ultime de l’évolution sociale et marque ainsi la fin de l’histoire.
L’idéal du capitalisme a toujours été, après une brève période archaïque d’opposition frontale à l’existence d’organisations ouvrières, d’intégrer l’action de celles-ci au fonctionnement dominant, plus encore de se fortifier de cette intégration. En France, plus qu’ailleurs pourtant, la résistance à cette intégration du syndicalisme au capitalisme à été et demeure importante. C’est que le syndicalisme français dès son origine ne se donne pas seulement pour objectif la défense des salariés mais, avant tout, la transformation sociale, ce en quoi il se donne comme révolutionnaire.
L’ambiguïté constitutive du syndicalisme
La fameuse Charte d’Amiens (Congrès de la CGT, 8-16 octobre 1906) ne dit pas autre chose et il me semble que l’on a tort de la présenter, le plus souvent, comme une déclaration d’indépendance "politique". Son principal rédacteur, Emile Pouget, le Père peinard, était tout sauf "apolitique". Si elle est bien un texte de défiance à l’égard des partis qui souhaitent contrôler le syndicat, son principal objectif consiste à affirmer la mission de transformation sociale dont le but ultime est l’abolition du salariat ce qui n’est rien d’autre évidemment qu’un objectif on ne peut plus politique.
Ce faisant, cette Charte met en évidence l’ambiguïté constitutive de ce syndicalisme quand elle affirme sa "double tâche", la défense des intérêts immédiats des travailleurs d’une part, et l’abolition du salariat d’autre part. Le syndicalisme français (mais aussi, à des degrés divers, européen) à toujours été tiraillé entre "réforme et "révolution".
Historiquement, la satisfaction de certaines "revendications immédiates" par la négociation et progressivement par l’intégration des syndicats à la gestion des organismes sociaux et plus largement au fonctionnement économique, politique et social, a estompé ou renvoyé dans la sphère de l’utopie l’objectif de transformation radicale de la société fondateur du syndicalisme.
Sans doute est-il heureux que bien des améliorations de la condition des salariés aient été obtenues par la négociation ce qui toutefois ne devrait pas conduire à ignorer que les grandes "victoires ouvrières", de 36 à 68 ont toujours été obtenues par la mobilisation des salariés sur les lieux mêmes de leur travail, le plus souvent contre l’avis des appareils syndicaux.
De sorte qu’il n’est sans doute pas aventureux de penser que la préoccupation de transformation sociale ait toujours été à l’oeuvre, soit encore à l’oeuvre dans "l’inconscient collectif" et que la conscience de l’injustice affleure par instants avec une telle impétuosité qu’elle met à mal, au moins pour un temps, la capacité d’intégration du système de domination qui s’en voit ainsi contesté dans ses fondements mêmes.
Et c’est alors que le progrès social prend son essor et que la société dans son ensemble s’en trouve "transformée". Mais alors, s’affermit évidemment la tentation de ce néo-conservatisme de légiférer jusqu’à annihiler toute parcelle d’autonomie, toute possibilité de contestation du système par la population salariée. C’est bien cela le conservatisme: conserver et affermir sans cesse le système existant fondé sur une inégalité sociale présentée comme inéluctable malgré la sollicitude dont témoigne la "volonté de négociation" des catégories sociales dominantes.
Voir son enfant comme une personne
L’objectif de ce conservatisme est atteint lorsque ce sont les salariés eux-mêmes qui s’élèvent contre la gêne occasionnée par une grève, ces salariés qui, "otages" d’une quelconque "délocalisation" menaçant de les priver d’emploi en appelleront, ce qui est bien humain, à la solidarité de tous.
Et c’est ainsi que les manchettes ont pu se faire grasses pour proclamer que 70% des Français sont favorables au service minimum à l’école primaire ce qui signifie en réalité qu’il faut bien que leurs enfants soient "gardés" pour qu’ils puissent, eux, aller travailler, ce qui ne vaut pas sans doute approbation du système dans ses fondements.
Il est maintenant fort possible qu’après ce "ballon d’essai" en forme bien ronde d’interventions ministérielles et présidentielles contradictoires au début de l’été, l’on renonce provisoirement à la réglementation de la grève dans l’Education nationale, mais nul doute que l’intention demeure. Il n’est pour s’en convaincre que de faire un tour sur le site de l’OCDE et de lire les ouvrages de Nico Hirt et de Christian Laval, entre autres, sur la question du rapport éducation-entreprise.
La fin ultime du néo-conservatisme libéral en matière d’éducation est de bâtir une école répondant aux impératifs économiques et aux besoins des entreprises. C’est-à-dire de transformer l’école issue des Lumières, l’école grâce à laquelle, par l’éducation de tous les citoyens, l’injustice doit être constamment combattue, de transformer cette école en un vaste centre d’apprentissage dont la mission première sera de produire du "capital humain".
C’est à cette entreprise de déshumanisation de l’enfance que des parents participent quand ils se rallient au "service minimum". Ils se rallient à l’idéologie qui voit leur enfant, non comme une personne au sens kantien (la personne ne peut jamais être vue comme moyen mais toujours comme fin en soi), mais comme un outil, comme, enfin, de la chair à patron.
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La longueur de cet article, en fait il y en a deux, le rend à peu prés illisible.
C’est dommage.
Illisible car trop long ???
Etes-vous sûr que le problème vienne de l’article ?
L’école issue des lumières, je ne vois qu’une éclipse totale!
Va t-on payer la franchise médicale sur les dragées Fuca que ce gouvernement nous fait avaler depuis plus de 100 jours?
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/economie/20070830.OBS2674/la_c…
Au secours on est dans la M…., on ne sait pas comment en sortir, on cherche des idées partout…rien ne va plus, notre leader Minimo ne fait plus illusion, tout s’écroule.
Allons directement à la fin de ce monument d’arrogance et de cuistrerie:
« C’est à cette entreprise de déshumanisation de l’enfance que des parents participent quand ils se rallient au ‘service minimum’. Ils se rallient à l’idéologie qui voit leur enfant, non comme une personne au sens kantien (la personne ne peut jamais être vue comme moyen mais toujours comme fin en soi), mais comme un outil, comme, enfin, de la chair à patron. »
Donc, si les parents tiennent à ce que les professeurs soient à l’école pour faire classe à leurs enfants au lieu de faire grève, ce sont les parents qui ont tort. Ce sont eux qui « déshumanisent » leurs enfants. En revanche, les professeurs grévistes, qui volent aux enfants les précieuses heures où ils devraient leur apprendre à lire, les « humanisent », eux. En s’assurant de leur ignorance, je suppose.
La beauté, c’est la laideur. La loi, c’est le crime. La paix, c’est la guerre. Le savoir, c’est l’ignorance.
Il suffit de lire la prose délirante de Nestor Romero, ancien professeur, pour comprendre pourquoi les parents font la queue à la porte de l’école privée, qu’ils soient riches ou pauvres, catholiques, musulmans ou agnostiques.
Elle aide aussi à comprendre pourquoi l’Education nationale fabrique à tour de bras des générations d’ignorants.
Nestor Romero, en déniant explicitement le droit des parents à être juges, in fine, de l’éducation de leurs enfants, défend tout simplement une théorie fasciste.
Seuls les régimes totalitaires les plus extrêmes ont accompli ce rêve de retirer l’enfant à ses parents pour les confier intégralement à l’Etat, afin qu’il puisse, enfin, les modeler à sa guise.
Habituellement, le gauchisme des professeurs demeure plus voilé que cela. Il est utile que de tels propos s’expriment en toute liberté, afin que les citoyens comprennent quelle terrifiante idéologie gouverne en réalité l’Education nationale française.
D’abord, un constat s’impose, aucune arrogance, ni cuistrerie ne vient dénaturer l’amour sincère que porte indéniablement cet « ancien » enseignant à l’école.
Le soucis clairement exprimé d’empêcher l’instrumentalisation de l’enfant par une société mercantile replace d’emblée l’apprenant au centre du système éducatif dans une perspective humaniste.
Ensuite, sa prose qualifiée de délirante(juger de la folie est d’actualité) lui vaut une attaque « politique » de belle ampleur.
En effet, des générations d’ignorants seraient directement issues du gauchisme actif ou voilé de leurs professeurs.
Pauvres enfants de France qui maintenant adultes ne peuvent pas savoir s’ils sont instruits ou pas car n’ayant,malheureusement,jamais eu d’informations sur l’appartenance politique de leurs enseignants.
Enfin, apprendre que l’éducation nationale est « gouvernée » par une terrifiante idéologie est rassurant car on imaginait certainement à tort qu’il n’y avait pas de pilotes à bord.
Plus sérieusement, il faudra bien commencer par « réformer » le système éducatif dans son ensemble pour parvenir à une véritable « révolution » de la didactique au service des enfants, de nos enfants !
Feriez-vous référence à votre propre incapacité à comprendre un texte correctement lorsque vous parlez de « générations d’ignorants »?
Il ne s’agit pas de « retirer l’enfant à ses parents » mais simplement d’empêcher que les professeurs n’aient plus le droit de refuser l’inacceptable. Car c’est ça que le droit de grève garantit: pouvoir refuser de travailler dans des conditions inacceptables.
Oui je suis une prof gauchiste, de cette gauche qui croit fermement que l’on doit partager l’essentiel équitablement, et que l’éducation fait partie des choses essentielles.
Voilà ma « terrifiante idéologie »…heureusement que je ne gouverne pas l’éducation nationale, n’est-ce pas?!
« Seuls les régimes totalitaires les plus extrêmes ont accompli ce rêve de retirer l’enfant à ses parents pour les confier intégralement à l’Etat, afin qu’il puisse, enfin, les modeler à sa guise. »
Donc les enseignants en grève sont à la fois « l’Etat » et contre l’Etat (puisque c’est bien contre des décisions de celui-ci que s’oppose la grève)?
Vos raccourcis finissent par être incohérents et si vous redoutez la puissance de l’Etat, je vois mal pourquoi vous refusez le droit de grève contre celui-ci.
Ah Marchenoir!Andropause ou masochisme ?