
Dépistage de la délinquance : la « Harrypotterisation » de la pensée
Que de monde ! Au point que les organisateurs du colloque » Pas de 0 de conduite pour les enfants de 3 ans » ont dû renoncer à l'amphi prévu au profit de la vaste salle de l'espace Charenton, dans laquelle a pu se loger le millier de personnes venu débattre de la question posée : » Enfants turbulents : l'enfer est-il pavé de bonnes préventions ? »
Insurrection ?
Voici juste un an, le premier colloque avait réuni quelque 300 personnes, de sorte que l'on est en droit de se demander si cette » inflation » ne serait pas le signe d'un début d'insurrection contre l'inacceptable. Peut-être bien.
Car, de quoi s'agit-il, au fond, à travers les quatre tables rondes réunies sur les thèmes suivants :
-Quelle recherche pour la prévention psychologique chez les enfants ? -Enfant en souffrance demande assistance. -Société, éducation et soins face aux appels des enfants en difficulté. -Prévention et soins : vers une palette des possibles.
Il s'agit de s'insurger, en effet, contre tout ce qui peut ressembler au dépistage des » troubles de conduite » , bien sûr, mais, nous allons le voir, de bien plus encore.
Fin 2005, donc, l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) produit une expertise préconisant le dépistage des » troubles de conduite » chez l'enfant dès le plus jeune âge. Immédiatement se crée le collectif » Pasde0deconduite » , constitué de scientifiques de haut vol, qui lance un appel dénonçant » l'approche déterministe » de l'Inserm » suivant un implacable principe de linéarité » (nous reviendrons à cette linéarité).
L'appel, qui recueille très vite 200000 signatures, contraint le gouvernement à renoncer à inscrire le dépistage d'enfants turbulents, dès 36 mois, dans la loi du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance et conduit l'Inserm à annoncer, en novembre 2006, de nouvelles méthodes pour ses expertises en santé psychique et prévention.
Harrypotterisation de la pensée
Pour autant, un an après, l'inquiétude demeure sachant :
-que la publication en février 2007 d'une nouvelle expertise de l'Inserm sur les troubles de l'apprentissage est loin de correspondre aux engagements pris, que des » évaluations » de » comportement » sont pratiquées dans des écoles jusqu'en maternelle,
-que l'instrumentalisation de la recherche s'est à nouveau manifestée avec la mise en avant par des responsables politiques d'approches exclusivement neuro-biologiques des difficultés en lecture,
-que la promotion de thèses favorables à l'origine biologique des comportements humains s'est exprimée à propos de la pédophilie,
-que, enfin, la loi sur la prévention de la délinquance stigmatise toujours plus les enfants et les familles en difficulté psychologique ou sociale et remet en question le secret professionnel, outil essentiel dans la santé et l'action sociale.
De sorte que ce qui a été dénoncé tout au long de ce colloque passionnant, c'est la pensée magique, simplificatrice, la » harrypotterisation » de la pensée (Pierre Delion, chef de service de pédopsychiatrie, CHRU Lille) qui aboutit à cette tentation du dépistage des » troubles de conduite » quand il faudrait en revenir à la pensée complexe, c'est-à-dire, à penser les articulations (E. Morin).
Le sujet surgit de la discontinuité
Catherine Vidal (neurobiologiste, directrice de recherche à l'institut Pasteur) dénonce, quant à elle, la conception » localisationiste » (la morale localisée dans le cerveau) en y opposant la plasticité du cerveau (le cerveau n'est jamais le même), laquelle plasticité infirme, du coup, toute » biologisation » , c'est-à-dire tout déterminisme absolu.
Bertrand Jordan (généticien et biologiste moléculaire, Marseille-Nice Génopole), s'il admet l'influence génétique dans les maladies organiques, considère cette influence sur les comportements comme très faible et en outre difficile à déterminer. Il s'élève contre l'idée même de » gène de l'intelligence » et de » gène de l'autisme » .
Bernard Stiegler (philosophe, directeur du département du développement culturel, centre Pompidou) expose sa thèse sur la » captation de l'attention » devenue, non seulement un » business majeur » mais un psycho-pouvoir. Ainsi l'environnement familial, scolaire, social est-il » court-circuité » par l'intrusion de la télévision, sans compter l'intervention massive de toutes sortes de médicaments qui se présentent alors comme des artifices.
François Ansermet (chef de service de psychiatrie d'enfants et d'adolescents, hôpitaux universitaires de Genève), dernier intervenant de la table ronde, revient sur cette » continuité » qui fonde le déterminisme absolu, continuité linéaire entre cause et effet qu'il réfute en évoquant, à son tour, la » plasticité neuronale » , autrement dit le fait que toute expérience laisse une trace qui introduit un interstice et provoque de la discontinuité, de sorte qu'on n'utilise jamais le même cerveau, comme une rivière ne coule jamais deux fois sous le même pont.
Il proclame ainsi, non sans humour, que » l'on est biologiquement déterminé pour ne pas être biologiquement déterminé » , ce qui signifie, très sérieusement, qu'il y a un espace pour la liberté, qu'on est » biologiquement déterminé pour être libre » . Ce qui peut se dire aussi : » Le sujet surgit de la discontinuité, de sorte qu'il n'est pas de prédiction possible. » Inutile, me semble-t-il, d'insister ici sur les implications de cette » théorie de la discontinuité » en matière d'éducation : tous les possibles sont ouverts à tous les enfants pour peu que les courts-circuits de toutes sortes ne viennent les fermer prématurément.
Adieu à la poésie de l'école buissonnière
On pourrait d'ailleurs se demander à cet égard comment les déterministes au plus haut point peuvent, en même temps, comme c'est souvent le cas, se faire les propagandistes de l'idéologie du » mérite » . Car, comment ne pas voir qu'il n'y a aucun mérite à être ce que nous sommes puisque, absolument déterminés, nous ne sommes pour rien dans ce que nous sommes ? Me semble-t-il.
Il n'est évidemment pas possible de rendre compte ici des trois autres tables rondes et de leur introduction par des animateurs eux aussi savants. On pourra en prendre connaissance dans l'ouvrage qui ne manquera pas d'être publié et en visitant le site Pasde0deconduite.
Soulignons enfin que cette rencontre qui se donnait pour objectif d'être » une nouvelle contribution, face aux tentations toujours actives d'approches prédictives et normatives, pour promouvoir ensemble des pratiques prévenantes de la prévention et des soins, pour les enfants en souffrance » , a, sans nul doute, atteint son but.
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De Servais-Jean 4591
HS | 01H24 | 13/11/2007 |
Sans aucun doute cette rencontre a atteint son but,celui de faire se rencontrer des gens qui ont des idées différentes et qui ne seront jamais d'accord.
Depuis l'affaire de l'enfant-loup et même bien avant on sait que l'être humain est indéterminé.
Bien sûr notre président pense qu'il y a un gène de la délinquence,mais est-ce une raison pour lui emboiter le pas ?
Avec de telles idées nous sommes en train de faire un saut de deux cents ans en arrière,le même saut que la justice est contrainte de faire sous l'impulsion de Sarkozy avec la prise en compte exagérée et scandaleuse des victimes.
De
02H08 | 13/11/2007 |
À vouloir absolument séparer le fonctionnement du cerveau de sa chimie, vous pratiquez vous-même la pensée magique de l'âme séparée du corps.
C'est pas que je sois en désaccord avec vous, bien au contraire, mais au final vous semblez faire ce que vous dénoncez instrumentaliser des recherches pour affirmer l'exact opposé.
Pourquoi prétendre la discontinuité, il me semble qu'ici le problème vient plus de l'impossibilité de mesurer toutes les causes que de prétendre qu'elles n'auraient pas d'effets.
Votre discours semble bien moins rationnel que celui d'Harry Potter, où le héros est bien moins prédéterminé qu'on voudrait bien le croire.
De
05H14 | 13/11/2007 |
ce type de pratique de soit-disant dépistage de la délinquence avait permit à la directrice de l'école primaire de mes frères d'écarter les enfants différents (hyperactifs, étrangers, handicapés) et d'en placer le plus grand nombre en foyer, séparés de leurs familles pour des motifs inventés de toutes pièces
au final, c'est à cette directrice que l'on aurait dû faire un dépistage puisqu'elle est désormais dans ce que l'on appelle pudiquement une « maison de repos » afin qu'elle ne fasse plus de mal ni à elle-même ni aux autres
j'imagine donc bien tous les dérapages auxquels cette idée sarkozienne peut mener, ce serait une sorte de xénophobie dès la petite enfance
De Jonas2
Les mouches ne me trouveront pas as... | 07H18 | 13/11/2007 |
En piste pour l'épreuve du triple saut…en arrière. Heureusement que la résistance s'organise.
De
12H11 | 13/11/2007 |
Et on en revient à la bonne vieille idée de la bonne et de la mauvaise graine ! Pas étonnant, avec un Président qui veut faire la société du XXIème siècle avec les préjugés du XIXème !
Plus sérieusement, j'étais moi-même un enfant turbulent, qui exprimait à sa manière une angoisse dûe à des causes extérieures. Si je suis le raisonnement de l'Inserm, j'étais donc prédisposé à devenir un délinquant. N'ayant pas été détecté, j'ai suivi une mauvaise voie : des études de Lettres qui m'ont conduit jusqu'à la Maîtrise, après un passage en classe préparatoire. Et si tout va bien, je serai bientôt diplômé en Sciences humaines et pourrai exercer le métier de formateur. C'est dire si j'ai mal tourné !
Franchement, c'est inquiétant. D'autant que la volonté semble être là.
Nous sommes biologiquement déterminés à être libres. Et légalement, nous le sommes pour combien de temps encore ?
Thomas GREDAT
De JMHC
22H02 | 13/11/2007 |
sur l'encyclopédie de l'Agora, qui se flatte d'être recommandée par Le Monde, l'article WILDE conduit à un article BELGE mais inexistant dont le titre est éloquent. Visiblement pour son auteur, l'homosexualité est génétique.
Cette pensée a son origine chez les new believers. Sarkozy et les sectes baptistes ont-elles parties liées dans cette question ? Delinquance, déviance, Christ-roi et génétisme, néocréationisme peut-être aussi. On a les arguments qu'on peut pour refouler et matraquer l'autre. Mais dans quelle société aloons nous faire vivre nos enfants, ma bonne dame !
De JMHC
22H03 | 13/11/2007 |
sur l'encyclopédie de l'Agora, qui se flatte d'être recommandée par Le Monde, l'article WILDE conduit à un article BELGE mais inexistant dont le titre est éloquent. Visiblement pour son auteur, l'homosexualité est génétique.
Cette pensée a son origine chez les new believers. Sarkozy et les sectes baptistes ont-elles parties liées dans cette question ? Delinquance, déviance, Christ-roi et génétisme, néocréationisme peut-être aussi. On a les arguments qu'on peut pour refouler et matraquer l'autre. Mais dans quelle société aloons nous faire vivre nos enfants, ma bonne dame !
De JMHC
22H04 | 13/11/2007 |
sur l'encyclopédie de l'Agora, qui se flatte d'être recommandée par Le Monde, l'article WILDE conduit à un article BELGE mais inexistant dont le titre est éloquent. Visiblement pour son auteur, l'homosexualité est génétique.
Cette pensée a son origine chez les new believers. Sarkozy et les sectes baptistes ont-elles parties liées dans cette question ? Delinquance, déviance, Christ-roi et génétisme, néocréationisme peut-être aussi. On a les arguments qu'on peut pour refouler et matraquer l'autre. Mais dans quelle société aloons nous faire vivre nos enfants, ma bonne dame !
De
00H52 | 20/11/2007 |
et si le sarkozisme était une forme extra-ordinaire de délinquance ,ayant pour éffet(entre autres..) la déliquescence de la POLITIQUE ? deux exemples : la ou se trouve la racaille sortons les gousses d ail ! le karcher ,outil d éducation pour mater les mauvais garcons…non mais ! ! ! ! ,et puis aussi : et, si t es pas content je t attend a la récré ! (prédiction ,car dans ce cas vaut mieux pas avoir affaire a juju*^^*$* ! en tout cas il semble exister une GENE certaine dans la profession de journaliste officiel …aujourd hui est-ce le second effet du sarcozysme débridé ?