« Mon cas d'école » : ironie ou engagement ?

Au retour d'un très, très long séjour en province, privilège de retraité (quelle horreur ce mot ! ), je trouve sur ma table le livre d'une professeure, Peggy Derder, intitulé « Mon cas d'école » et agrémenté des dessins de Philippe Tastet. Dessins qui, on le soupçonne immédiatement, donnent le ton du texte.

Jaquette de "Mon cas d'école" de Peggy Derder (DR).Et on ne se trompe pas puisque dès l'introduction nous sommes avertis que « entre les discours stéréotypés, [il est] difficile de tenir un propos alternatif sur l'école ».

Oser l'ironie

De sorte que, perplexe, on se demande si par exemple ceci : « que faut-il penser d'une éducation barbare qui sacrifie le présent à un avenir incertain ? » (J. J. Rousseau) ou bien cela : « l'école est le lieu où l'on apprend à dire bonjour à l'autre » (Ricardo Petrella) ou encore Joseph Jacotot nous montrant comment « la première vertu du maître est une vertu d'ignorance » (J. Rancière, Multitudes, nov. 2004) tient ou non du discours alternatif ?

Mais, poursuit Peggy, « imaginez si, en plus, on ose l'ironie ». Ce qui pose immédiatement la question de la sorte d'ironie dont il va ici être fait usage. La dernière phrase de l'introduction nous donne cependant un fort indice :

« Parents, profs et élèves : pourquoi ne pas rire d'un système archaïque qui nous punit tous ? »

Nous savons donc maintenant à quoi nous en tenir. Il s'agira, dans les pages qui viennent, d'en rire, il s'agira donc d'une ironie hilarante ou peut-être rigolote ou, qui sait ? rigolarde ou ricanante, mais non, sans doute pas, car si le ricanement peut être ironique, il n'est certainement pas rigolo.

A moins qu'il ne s'agisse de cette ironie kierkegaardienne (pardon) telle que la définit Christian Godin dans son dictionnaire, ouvrage précieux s'il en fut :

« L'ironie est une sorte de désespoir intellectuel caractéristique de l'homme de la sphère esthétique qui compense ainsi l'inanité de son moi en dissolvant le monde. »

Non, certainement pas, Peggy n'a pas du tout l'air d'être une désespérée. Simplement face à « l'absurde érigé en méthode de gestion », elle semble choisir « d'emprunter les chemins de traverse, de faire preuve d'imagination et de subversion » en proclamant : « vive l'école buissonnière ! »

Car il ne peut s'agir non plus de cette ironie socratique qui naît de la prise de conscience que ce que l'on sait, c'est que l'on ne sait pas car, manifestement, Peggy sait des choses de cette école qu'elle regarde de haut sans pour autant que son regard s'en fasse hautain.

Une charge sabre au clair

Et que voit-elle ? Elle nous l'expose avec verve et talent dans une langue pétillante et un style alerte, comme on dit, qui n'évite pas cependant les lourdeurs rabâchées telles que « personnel en saignant », « référenciel bondissant », « pédagos gogos » et l'inusable « la pédagogie est une chose trop sérieuse… », merci monsieur Clemenceau.

Eh bien, elle voit d'abord des… adultes dont elle compose une typologie qui fouaille les âmes, depuis celle du chef d'établissement jusqu'au prof « merdeuf » (mère de famille) en passant par le prof démago, le syndicaliste, le bordélisé (il nous est précisé en quatrième de couverture que l'auteure, elle, n'a pas de problèmes de discipline, elle n'est donc pas bordélisée, était-il besoin de le préciser ? ), le dilettante, le prof médiatique (que Peggy deviendra peut-être un jour) et j'en passe.

Autant de caricatures enlevées et touchant juste, souvent accompagnées de charges plus ou moins féroces (il y a pire dans le genre), de moulinets sabre au clair aussi bien contre la pédagogie différenciée que contre l'apprentissage de « La Marseillaise » ou la lecture de la lettre de Guy Môquet, avant de régler leur compte aux élèves puis aux parents.

Pour ma part, je ne peux qu'approuver la proclamation qui clôt la diatribe : « Elève, lève-toi… » si ce n'est qu'il me semble, par les temps qui courent, que la meilleure façon pour un élève de se lever c'est de… rester assis.

Enfin une charge, sur un ton un tout petit moins « enlevé », contre la méritocratie et l'égalité des chances, déclinaisons, dit-elle, du triptyque républicain ce qui demanderait à être mis en évidence car, me semble-t-il, c'est moins la « disparition de ces valeurs » (mérite, égalité des chances) qu'il convient de déplorer que leur questionnement en tant que masques idéologiques permettant de justifier une structure sociale que Peggy dénonce à bon droit.

Mais alors que faire, comme disait l'autre, que faire quand on est professeur ? Subir ? Arrondir le dos en attendant les vacances ? Se préserver dans un cynisme vulgaire, c'est-à-dire méprisant ou, donc, comme le préconise Peggy, « faire preuve d'imagination et de subversion [en faisant] l'école buissonnière » ?

Quant à moi, je sais qu'il existe une autre démarche possible : l'Engagement. Oui, avec une majuscule, l'engagement dans le monde qui, pour un enseignant, est celui de la pédagogie, c'est-à-dire du mode de vie dans l'école et qui n'exclut nullement d'autres engagements possibles mais leur donne sens, car, me semble-t-il, l'engagement dans la vie de l'école pour contribuer à changer le monde de l'école est un engagement dans le monde qui contribue à changer le monde ce qui n'exclut ni l'ironie (enfin ça dépend laquelle) ni l'humour.

Et ce n'est pas triste.

► Mon cas d'école - de Peggy Derder - Dessins de Philippe Tastet - Flammarion - 167 p., 12€.

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Portrait de nord.mand

De nord.mand

Prof Seine Maritime | 17H54 | 21/10/2009 | Permalien

A propos du "référentiel bondissant", cette expression TRES souvent utilisée pour dénigrer les pédagogues, elle n'est qu'une rumeur, un bobard, un tuyau percé

Lire ceci:

http://education.blog.lemonde.fr/2008/03/31/le-referentiel-bondissant%E2...

www.profencampagne.com

Portrait de lancetre

à nord.mand Portrait de nord.mand De lancetre

21H01 | 21/10/2009 | Permalien

J'ai lu l'article, écrit par un pédagogol enragé, puisqu'ancien journaliste du Monde de l'Education, ce torchon anti-profs que je n'ai plus jamais acheté depuis qu'il avait publié un article sur les "vrais revenus des profs" prétendant, il y a 15 ou 20 ans, que les enseignants du secondaire pouvaient gagner...40 000 francs par mois ! Depuis, je le tiens dans la même estime que "Minute".

Point de "référentiel bondissant" en effet, mais la "téléocinèse", la "praxéologie", un "référentiel exocentré"...toput cela sous la plume d'individus DETACHES, comme il se doit à l'INRP.

Détachés, c'est à dire qu'ils continuent à percevoir un salaire d'enseignant, mais ne voient plus jamais d'élèves...Ce qui les autorise à délirer !

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à lancetre Portrait de lancetre De framboise92

Je refleurirai un jour ! | 21H12 | 21/10/2009 | Permalien

coucou Lancêtre, je vois que tu traînes toujours sur ce genre d'articles. Moi aussi. J'avoue que j'en ai marre. Tiens, y a une grève le 24 novembre. Fait ch.er ! Je suis du genre à m'insurger, c'est plus fort que mon porte-monnaie.
Bonne nuit !

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à nord.mand Portrait de nord.mand De spartak-millau

(comité libertaire lyophilisé) | 21H49 | 22/10/2009 | Permalien

Et l'inappétant scolaire, (= un cancre) ?
Et la trame de variance (=liste d'activités) ?
Et les images séquentielles (= les illustrations de l'histoire) ?
Vous allez me dire que c'est pipeau, aussi ?
Alors remballez votre constructivisme raisonneur.

http://spartak-millau.over-blog.com/pages/Lechec_scolaire_pilier_du_socl...

Portrait de Tokani

De Tokani

Oldmole | 23H02 | 21/10/2009 | Permalien

"Le diplôme est en général l'ennemi de la culture " Valery

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