Une école démocratique enseigne que tout pouvoir est révocable

La question est celle-ci : une école démocratique est-elle possible ? Et non pas : qu'est-ce qu'une école démocratique ? interrogation, cette dernière, à laquelle nombre d'ouvrages et d'articles tentent de répondre ni plus ni moins que tous les ans à la même époque. Sachant bien sûr que la première question implique une réponse préalable à la seconde.

Pourquoi alors cette interrogation cette année précisément, alors que le monde semble vaciller au coeur d'une tourmente que nul responsable, nul gouvernement ou institution internationale ne semblent en mesure de maîtriser ?

Une école qui échoue à répandre les lumières n'est pas démocratique

Parce que, depuis Condorcet, pour poser un repère commode, on n'a cessé de penser, de révolution en révolution, que le salut de la Démocratie était tout entier dans l'éducation.

On n'a cessé de penser que seul un peuple éduqué, c'est-à dire un ensemble d'individus chacun suffisamment éduqué, donc instruit (la réciproque n'est pas nécessairement vraie), capable ainsi de porter des jugements selon la raison, était en mesure de se gouverner lui-même à moindre risque.

De sorte que plongés dans ce marasme provoqué par des « représentants du peuple » qui n'ont su ni analyser, ni prévoir, ni réformer de manière à éviter la catastrophe, ne serait-on pas en droit d'attendre l'intervention d'un peuple conscient d'être en dernière instance le dépositaire du pouvoir en démocratie ?

Encore faudrait-il définir ce concept de « peuple » ce qui ne va pas sans difficultés. Nous dirons ici que nous entendons par peuple l'ensemble de la population qui souffre en premier lieu de ce marasme.

En l'absence donc d'intervention de ce peuple malmené, n'est-on pas en droit de penser que l'institution éducative chargée de répandre les lumières a failli ? Et donc que cette école ne peut en aucun cas être qualifiée de démocratique puisque ayant échoué dans sa mission essentielle : répandre les lumières de telle sorte que le peuple soit en capacité de se gouverner lui-même ?

Une école démocratique enseigne que tout pouvoir est révocable

Vient donc alors la question de ce que devrait être une école démocratique, c'est-à-dire une école qui enseigne à chacun la manière d'intervenir, en raison, dans la vie de la cité. Une école qui enseigne que « En général tout pouvoir, de quelque nature qu'il soit, en quelques mains qu'il ait été remis, de quelque manière qu'il ait été conféré, est toujours ennemi des lumières » (Condorcet, cinquième mémoire). Une école donc qui enseigne que tout pouvoir délégué à des représentants est un pouvoir révocable par ceux-là même, le peuple donc, qui l'ont délégué.

Quel serait le mode de vie, l'organisation interne d'une telle école et, plus précisément, ce mode de vie peut-il être démocratique ? Évidemment non.

Évidemment car l'école n'est pas une « société d'égaux ». Elle est un lieu de vie dans lequel des adultes accompagnent et veillent sur des enfants en leur enseignant autant de choses qu'il faut de manière à ce qu'ils grandissent aussi heureusement que possible, c'est-à-dire qu'ils découvrent en eux et grâce aux autres « ce qu'il leur plaît de faire ».

Un tel fonctionnement n'est en aucun cas démocratique puisque les enfants ne sauraient y avoir la décision en dernière instance. Bref, les enfants ne sont pas le peuple.

Tous les enseignants qui tentent de pratiquer une pédagogie plus ou moins « institutionnelle » ou « conseilliste » savent bien qu'il faut se garder de cette perversion qui consiste à « singer » la démocratie adulte, raison pour laquelle j'exprime de très grandes réserves à l'égard des « parlements d'enfants » et autres « conseils municipaux de jeunes ».

En revanche le fonctionnement démocratique des adultes est absolument indispensable car il ne peut y avoir de vie réellement active dans l'école sans travail collectif des adultes, parents compris, sous les yeux des enfants.

A cet égard, j'ai tout de même été un peu surpris de constater que parmi les très nombreux commentaires à mes deux derniers articles (le coup de la casquette) aucun n'évoque la possibilité de l'action collective des enseignants comme moyen privilégié de prise en charge de telles situations, ce qui signifie sans doute que, en cette huitième rentrée que je ne fais pas, le modèle du professeur seul dans la classe est décidément toujours aussi bien ancré dans les esprits.

Une « école prolétarienne » : qu'est-ce que c'est que ça ?

Cela dit, n'apparaît-il pas alors qu'une école pourrait être qualifiée de démocratique si elle se donnait pour mission non seulement de permettre à chaque élève de découvrir ce qu'il lui « plaît de faire » mais aussi d'enseigner comment et pourquoi il convient de révoquer les représentants du peuple quand ceux-ci ont failli ?

Ce qui nécessite de toute évidence un mode de fonctionnement interne permettant cet enseignement qui ne peut être autre que le fonctionnement démocratique des adultes sous le regard des enfants.

Pour finir et à propos de qualifications, je voudrais m'autoriser à signaler ici une analyse fort intéressante parce que portant sur des aspects très concrets de l'école tels que les notions d'aptitude, d'employabilité, de qualification, de compétence, de savoir-faire… et des dispositions comme la pré-affectation multicritère (PAM) ou encore la valorisation des acquis de l'expérience (VAE) et, en outre, une critique de l'oeuvre de J.-L. Mélenchon comme ministre délégué chargé de l'Enseignement professionnel.

Mais alors je ne peux qu'être intrigué par son titre : « Le travail de l'école : contribution à une critique prolétarienne de l'éducation » (de Philippe Geneste, Acratie, Mars 2009). Diantre ! Mais qu'est-ce donc qu'une critique prolétarienne ? Une école prolétarienne ? Qu'est-ce donc que le prolétariat en ce début de siècle ? On se demande….

13 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de pablico

De pablico

16H23 | 19/09/2009 | Permalien

éduqué, donc instruit (la réciproque n'est pas nécessairement vraie).

l'instruction et l'éducation ne sont que matières premières.

Il faut construire avec ses matières. (c'est livré en vrac ou en kit)

on construit par la logique, le bons sens, apprendre à réfléchir : la contradiction, la remise en question, le recul, le deuxième degré, la vision globale, la structure, et la « déstructure », l'analyse, la thèse, l'anti thèse et la synthèse etc etc, donc à « philosopher ».

apprend -on cela ? (pour le grand nombre)

où ?

quand ?

Portrait de AC-89

De AC-89

17H01 | 19/09/2009 | Permalien

Vous me copierez cent fois :
« le pirate se réfugie dans son repaire après avoir posé un repère près de la cachette de son trésor »

Portrait de Servais-Jean

De Servais-Jean 4591

HS | 17H10 | 19/09/2009 | Permalien

 »…depuis Condorcet, pour poser un repaire commode,… »

N'ayant pas le cœur à réfléchir pour le moment tout en étant fortement intéressé par cet article je profite de cette occasion pour me défiler momentanément en rejoignant mon cher repère .
A plus tard

Portrait de Nestor Romero

à Servais-Jean Portrait de Servais-Jean De Nestor Romero (auteur)

Ancien enseignant | 19H47 | 19/09/2009 | Permalien

Bonsoir Servais-Jean,
Quelle aventure !
Merci et à bientôt.
N.

Portrait de Marcantoines

De Marcantoines

trouveur | 18H28 | 19/09/2009 | Permalien

« (le coup de la casquette) aucun n'évoque la possibilité de l'action collective des enseignants comme moyen privilégié de prise en charge de telles situations ».
La solidarité, l'action collective des enseignants, est indispensable pour résoudre de nombreux problèmes. Mais les enseignants sont fatigués de remplacer l'enseignement par la discipline. Et on les comprend !

Portrait de asozial

De asozial

aus Berlin | 19H00 | 19/09/2009 | Permalien

Prolétaire (acception marxiste) : Travailleur appartenant à la classe sociale ne possédant pas les moyens de production et qui doit pour vivre vendre sa force de travail pour laquelle il perçoit un salaire et par laquelle il crée de la plus-value.

c'est à dire toujours en 2009 la majorité de la population, même si la propagande de la révolution conservatrice des 25 dernières années affecte de croire qu'il n'y a plus de classes et donc plus de lutte des classes dans notre bel occident capitaliste.

je peux comprendre que l'on trouve maladroit de titrer un livre avec un vocabulaire marxiste peu audible après des années de lavage de cerveau, mais de là à se demander ce qu'est le prolétariat aujourd'hui, cher Nestor, c'est un peu hurler avec les loups, et c'est en contradiction avec le reste de l'article.

c'est une simple règle orwellienne : pour supprimer un problème, supprimons les mots pour le dire et le concevoir. comment alors évoquer la crise continuelle du capitalisme si on ne peut plus parler de prolétariat ?

Portrait de admirateur

De admirateur

20H48 | 19/09/2009 | Permalien

Condorcet parlait d'instruction, l'éducation, pour le fondateur de la laîcité n'avait guère de place dans l'école de la république (voir « Cinq Mémoires sur l'instruction publique »)

Portrait de funkystefffff

De funkystefffff

Citoyen Grolandais du côté de ma mè... | 23H49 | 19/09/2009 | Permalien

Amis collégiens et lycéens, je ne sais pas dans quelle mesure on peut qualifier le lycée expérimental de Saint-Nazaire (44600) de démocratique, mais au moins, c'est ce qui s'en rapproche le plus !
http://pagesperso-orange.fr/lycee.experimental/

Portrait de Autist Reading

De Autist Reading

Plombier/Electricien | 19H42 | 20/09/2009 | Permalien

ANTIQ.ROM.
Citoyen de la dernière classe, exempt d'impôts et qui n'était considéré comme utile que par les enfants qu'il engendrait.

37,5 annuités d'enseignement sans avoir ouvert le petit larousse à l'article « prolétaire », çà explique comment l'EN en est arrivé là.

Mes camarades internautes vous ont déjà donné l'acception marxiste du termes, et rappelé que éducation est un vocable issu de la Doctrine Sociale de l'Eglise.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Doctrine_sociale_de_l%27Eglise

Sinon, bel hommage à Francisco FERRER, assassiné par les curés en 1909 pour avoir instruit la classe prolétaire.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Francisco_Ferrer

Portrait de admirateur

De admirateur

18H48 | 21/09/2009 | Permalien

Rendons à condorcet ce qui appartient à condorcet et laissons l'auteur de cet article à ses falsifications :
« Le but de l'instruction n'est pas de faire admirer aux hommes une législation toute faite, mais de les rendre capable de l'apprécier et de la corriger ».
L'instruction pas l'éducation, condorcet s'opposait notamment à Rabaut Saint Étienne pour qui : « l'éducation nationale consiste donc à s'emparer de l'homme dès le berceau, et même avant sa naissance ; car l'enfant qui n'est pas né, appartient déjà à la patrie. Elle s'empare de tout l'homme sans le quitter jamais, en sorte que l'éducation nationale n'est pas une institution pour l'enfant, mais pour la vie tout entière » ce qui est le projet de l'école fasciste de Mussolini et corporatiste de Carcopino

Portrait de Autist Reading

à admirateur Portrait de admirateur De Autist Reading

Plombier/Electricien | 21H00 | 21/09/2009 | Permalien

Joli !

Pour le coup c'est moi qui suis admirateur !

Portrait de SuperAlAmAs

De SuperAlAmAs

homo sapiens sapiens qui sait qu'il... | 09H46 | 22/09/2009 | Permalien

Laîcité et démocratie : des mots pratiques…

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