
Séance d'éducation civique improvisée : « la casquette »
« Nous n'allons pas faire ce qui était prévu ce matin.
- Vous faites la grève, m'sieur ? On va pas travailler ? Mais si, eh, attend… Il veut peut-être aller en perm… Faut le virer, m'sieur… Ta mère ! …
- Non, nous allons faire autre chose… »
Un relatif silence s'établit.
« Je ne vais exclure personne. Pourquoi, à votre avis ?
- Y d'mande qu'ça, aller en perm, ça changera rien, y voudra pas sortir…
- Non.
- Pourquoi, alors ?
- Réfléchissez…
- J'sais pas moi ! …
- On va réfléchir ensemble. Qui est le “modérateur” aujourd'hui ? Qui prend note ? »
Eviter le tribunal populaire
Les fonctions de modérateur et de rapporteur ont été instituées dès les premières heures de l'année. Rappel, cependant, primordial : le travail prévu pour aujourd'hui devra être fait, il conviendra donc de s'organiser en conséquence. La séance peut s'ouvrir.
Bien des choses vont être dites : quelle est la règle ? On ne porte pas de casquette en classe. On peut discuter le bien-fondé de cette règle, mais pour l'instant elle est en vigueur, on l'observe.
Comment fait-on pour modifier une règle ? On demande aux délégués au Conseil d'administration de proposer la modification, on leur suggère d'en parler d'abord avec les délégués de parents, des profs, pour voir…
« Et puis c'est normal d'enlever sa casquette, c'est le respect… Non, ça n'a rien à voir, c'est pas la liberté alors, la liberté c'est pas n'importe quoi… »
Et bien d'autres arguments encore. La prise de parole fonctionne, les notes sont prises. Premier résultat à considérer immédiatement : Solo n'est plus à la confluence des regards, il est écarté peu à peu de sa position centrale et il me revient de veiller à ce qu'il n'y retourne point.
Processus de « décentration » qui vaut sans doute son pesant de théorisation mais qui n'a d'autre objectif, pour l'instant, que d'éviter que tout cela ne tourne en « tribunal populaire » ou en « thérapie de groupe » pour laquelle je n'ai ni compétence ni d'ailleurs inclination particulières.
Il s'agit plus simplement d'une séance impromptue, mais moins improvisée qu'il n'y paraît, d'éducation civique « en situation » au cours de laquelle vont être acquises ou consolidées un certain nombre de connaissances.
Rédaction improvisée
En effet, des notes sont prises qui vont être mises en forme par un ou deux élèves « faibles » en français, aidés par un « fort », un assistant ou le professeur lui-même, sachant qu'il s'agit là d'une « structure de remédiation », autrement dit d'un recours toujours disponible, mis en place, également, aux premières heures de l'année.
Mais le temps passe. Surtout, rester maître du temps, préserver les cinq dernières minutes pour le « retour réflexif » : récapituler ce qui vient d'être fait, dire, bien haut, « ce que j'ai appris » et peut-être, « ce que je voudrais bien savoir maintenant » et le rédiger, raconter tout cela pour la prochaine fois.
Un exercice de rédaction, sensément, mais on ne peut plus en situation et du labeur en perspective, comme il convient pour tout texte produit : syntaxe, orthographe, grammaire, lisibilité…
Fort bien, mais que devient Solo dans tout cela ? Précisément, envisageons donc les différentes sorties possibles.
- La plus optimiste d'abord : il aura enlevé sa casquette avant la fin de la séquence.
- Moins optimiste : il ne se découvre pas mais le fait au cours suivant (ce fut le cas).
- Pessimiste : il persiste dans son opposition.
Ce nouvel échec signalerait, une fois de plus, l'incapacité de l'institution à prendre en charge la diversité sociologique de la population dont elle a la charge.
La vie de la classe comme objet d'enseignement
Il y a pire, je le sais bien, je pourrais, comme d'autres, raconter bien pire. Mais il s'agit pour l'instant de poser ceci : les situations les plus délicates auxquelles se trouve confronté tout enseignant présentent le plus souvent une alternative dont les termes sont : discipline ou pédagogie.
Toute l'action de l'enseignant consistera alors à tenter de convertir une situation de « maintien de l'ordre » en situation d'apprentissage par le recours à l'acte qui constitue l'essence même de sa fonction : enseigner.
Ce n'est pas là recourir, selon la vulgate « psy », à la traditionnelle tentative de dialogue face à l'adolescence butée, mais bien plutôt, c'est là disloquer le cadre, voire le ring, de l'affrontement pour lui substituer un cadre éducatif.
Cette volonté de restauration d'une activité pédagogique, seule légitime à l'école, saisit chaque événement de la « vie de la classe » en tant qu'objet ou occasion d'apprentissage.
De Montaigne à Rousseau et bien d'autres depuis, tout cela nous a tellement été expliqué que l'on se demande comment on a pu l'oublier, si vite, au sein même de l'école.
Saisir chaque événement comme une occasion d'apprentissage
Et l'on se demande, en outre, si la formation des enseignants ne néglige pas l'essentiel : convaincre chacun qu'il est enseignant avant tout et en chaque circonstance de la vie quotidienne. Que chaque péripétie de cette vie peut se convertir en situation d'apprentissage.
Enfin, que toute situation, jusqu'à la plus radicalisée et chargée de violence, doit être observée d'abord d'un point de vue éducatif, c'est-à-dire comme possibilité pour l'enseignant de la faire évoluer depuis la confusion jusqu'à la raison. Autant que faire se peut.
Et ce n'est pas facile, évidemment moins facile que de solliciter l'argument d'autorité, le « obéis parce que c'est ainsi ! » Mais alors, s'il n'obéit pas, s'ils n'obéissent pas ?
Tenez par exemple, voyage linguistique en Espagne avec la classe de Solo : nous sommes sur le parvis de la cathédrale de Gérone. Nous avons prévu d'aller contempler cette fameuse et somptueuse tapisserie du XIIe siècle, « La Création du monde ».
Nous nous dirigeons vers l'entrée de l'église quand j'avise un petit groupe demeuré assis sur le muret qui borde la terrasse depuis laquelle, il est vrai, la vue est superbe. Je vais les voir. Les têtes se baissent. Sami, cette fois prend la parole :
« Y'a que des églises dans ce pays, moi je ne rentre que dans les mosquées… »
Et voilà que ça recommence…
► Texte modifié le 7 septembre avec la suppression de l'introduction qui avait été ajoutée sans le consentement de l'auteur. Nos excuses à Nestor Roméro et aux riverains qui auront commenté ce passage.
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De Autist Reading
Plombier/Electricien | 11H35 | 31/08/2009 |
Grâce aux agents de l'Education Nationale, les analphabètes ignares retirent leur casquette avant d'entrer dans une église.
Comme quoi l'instituteur peut très bien remplacer le curé.
Comme disait Diogène : On s'en branle d'une bonne éducation, on veut une solide instruction.
Comme disait Baudelaire : Moi, je les fume, les éducateurs nationaux.
Comme disait Condorcet : On va la leur mètre, avec leurs leçons de savoir-vivre façon Nadine de Rotschild, spécialisées dans le « deux poids, deux mesures ».
Retirez sa casquette à Madoff, apprenez aux élus à ne pas rentrer dans les églises, ce sera déjà un bon début.
à Autist Reading
De Waldeck
Naufragé en Sarkoland | 12H31 | 31/08/2009 |
-« Grâce aux agents de l'Education Nationale, les analphabètes ignares retirent leur casquette avant d'entrer dans une église. »
Non, l'Agent de l'E.N. a dit :
-« On ne porte pas de casquette en classe. »
à Autist Reading
De yoms
pourfendeur | 11H58 | 02/09/2009 |
merci c'est politiquement incorrect à souhait. Marre de la normalisation.
De La mouche du coche
diptère | 12H44 | 31/08/2009 |
;
;
« il a retiré sa casquette le cours d'après. Petite victoire. »
Grande défaite au contraire. Il a à la fois montré qu'il ne vous respectait pas (puisqu'il a gardé la casquette) et qu'il faisait ce qu'il voulait (puisqu'il l'a retiré)
c'est le B-A BA. S'il ne vous respecte pas, il ne vous écoutera pas. A partir de là vous pouvez écrire ce que vous voulez. Vous n'arriverez à rien. Il ne vous entend pas.
Le problème est que vous suivez vos idées et refusez de jouer le jeu demandé : vous faire respecter.
Pensez-vous vraiment comme le disent les commentaires que vous respecter par un enfant est le premier pas vers le fascisme ?
Bon courage quand même.
.
.
à La mouche du coche
De La mouche du coche
diptère | 12H45 | 31/08/2009 |
pardon « vous FAIRE respecter par un enfant »
à La mouche du coche
De Badgud
Athée | 13H29 | 31/08/2009 |
S'il n'a pas retiré sa casquette, c'est qu'il ne voulait pas perdre la face, c'est compréhensible. La victoire c'est qu'il ne recommence pas et ce sans que le prof n'ait eu recours à son pouvoir d'adulte. Et ça c'est un tour de force.
Faire le gros con et exclure un élève sans autre forme de procès, c'est nettement plus facile, mais c'est aussi contre productif, ça n'avance à rien. Et franchement nimporte qui peut le faire, pas la peine d'être un prof pour faire ça, un militaire le ferait tout aussi bien.
à Badgud
De La mouche du coche
diptère | 18H32 | 31/08/2009 |
.
.
Et voilà. Demander à un élève d'enlever sa casquette en classe, c'est être « un gros con », « contre-productif », « militaire ». Ouf, on a frôlé le « facho » ;
« La victoire c'est … que le prof n'ait eu recours à son pouvoir d'adulte. “
Belle mentalité. Si vous ne vous aimez pas vous-même, comment voulez-vous que les élèves vous aiment ?
Tout ceci n'est pas très grave, parce que le prof est le premier a pâtir lui-même de son attitude méprisante envers l'élève. Il est en première ligne. La réaction de l'élève est immédiate, et d'abord contre lui. Ceci est juste.
.
.
à La mouche du coche
De Lictor
informaticien | 00H24 | 01/09/2009 |
Ah, parce qu'en plus, il faudrait que les élèves vous aiment ? Pourquoi pas des bisous et des papouilles pendant qu'on est… Franchement, si on a un problème de sous-dimensionnement de l'égo au point de devoir se faire aimer des élèves, il faut rechercher un autre boulot, de préfèrence où l'on aura pas à avoir de contact avec d'autres êtres humains…
S'aimer soi même, c'est s'aimer suffisament pour ne pas avoir besoin de l'amour ou du respect des autres… Et surtout de l'amour ou du respect de gamins de 14 ans…
La victoire, c'est d'avoir appris des choses aux élèves et de les avoir poussé à se distancier et à réflechir sur eux-mêmes. Le boulot, c'est ça, rien d'autre. Laissez la discipline aux gendarmes et aux parents, il faudrait arrêter de tout mélanger, à force, plus rien ne veut rien dire. Le rôle de l'école, ce n'est pas de conditionner les élèves, ce n'est pas de les discipliner ou de les normaliser !
Le rôle de l'école, ça devrait précisemment être de les déconditionner (du carcan de leur culture, de leur religion, de la vision de leur parent), de les indiscipliner (pour en faire des citoyens libres) et de les dénormaliser (pour en faire des individus)…
à Lictor
De La mouche du coche
diptère | 12H49 | 01/09/2009 |
.
.
» Le rôle de l'école, ça devrait précisemment être de les déconditionner (du carcan de leur culture, de leur religion, de la vision de leur parent), de les indiscipliner (pour en faire des citoyens libres) et de les dénormaliser (pour en faire des individus) »
Si vous concevez nos systèmes informatiques comme ce raisonnement, je comprends maintenant pourquoi ils plantent tout le temps.
.
..
à La mouche du coche
De Badgud
Athée | 13H45 | 01/09/2009 |
La comparaison entre l'élaboration de systèmes informatiques et l'enseignement est plutôt douteuse quand même. Normalement les élèves sortant du système scolaire ne devraient pas être programmés comme des robots.
à Badgud
De Lictor
informaticien | 16H51 | 01/09/2009 |
De toute façon, l'informatique n'a pas grand chose à voir avec la programmation… Si on aime l'ordre et l'organisation, il vaut mieux aller travailler à la chaine que faire de l'informatique…
à La mouche du coche
De baxbrin
Enseignant en IdF | 22H38 | 01/09/2009 |
Devoir philosophique pour vous : être « la mouche du coche » est-il une garantie de pertinence ?
Vous avez un enseignant qui vous montre à quel point c'est dur de déconditionner des jeunes des aberrations de notre société de merde, et qui le fait de façon intelligente et respectueuse des « enfants » (pardon, il faut dire consommateurs, maintenant).
Mais vous critiquez, stérilement.
Soit vous travaillez avec des jeunes et votre intransigeance est à minima inquiétante.
Soit vous feriez mieux de vous taire au lieu de vilipender les gens qui se mettent en quatre (et se remettent en cause continuellement, eux) alors que personne, ou presque, ne les soutient car c'est à la mode de tirer sur l'ambulance qui a de plus en plus de mal à transporter l'école.
Du reste, qui a le plus intérêt à avoir une population de décérébrés consommateurs ? Les industriels ou les profs ?
Et si vous dites que mes phrases sont trop longues vous aurez raison ; -)))).
à La mouche du coche
De Lictor
informaticien | 00H17 | 01/09/2009 |
Ah bon, le boulot des enseignants consiste à se faire respecter maintenant ? Ou alors à « jouer un jeu » de pouvoir avec les élèves. Moi, naïvement, je croyais que leur boulot s'était d'enseigner, pas de faire de la compétition avec les élèves…
Le respect, c'est un concept bling-bling, c'est partagé par les racailles de banlieue et les Présidents verticalement contrariés. Dans la vraie vie, 99% des gens ne te respectent pas, et tu ne respecte pas 99% des gens en retour. Le degré neutre de la politesse, ce n'est pas le respect, c'est l'ignorance…
Le respecter, c'est un truc d'adolescent qui a besoin de l'assentiment des autres pour exister. Un enseignant est un adulte, il n'a pas besoin de respect pour exister, juste d'un minimum d'attention… Si l'élève est plus réceptif au cours en ayant sauvé la face, grand bien lui face…
à La mouche du coche
De yoms
pourfendeur | 12H00 | 02/09/2009 |
Rien à voir avec le respect à mon sens, être incapable de souplesse se révèle pédagogiquement inefficace et conduit au rapports de force et à l'affrontement.
Discuter avec les élèves et établir ensemble une certaine compréhension de ce qui est important pour la vie en collectivité voilà qui est mieux…
à yoms
De La mouche du coche
diptère | 07H19 | 04/09/2009 |
.
.
@ Yoms,
oui mais pour « discuter avec les élèves » il faut être audibles à leurs yeux. Donc ils faut que vous existiez comme quelqu'un d'écoutable pour eux. Donc il faut D'ABORD qu'ils vous respectent, tout simplement pour qu'ils vous écoutent. Sinon vous parlez dans le vide. C'est le mécanisme du fonctionnement d'un rapport entre humains. Vous n'avez pas le choix.
.
.
De caro
délinquante avérée | 12H50 | 31/08/2009 |
eh bien, je n'ai qu'un mot : bravo ; -)
peut être parce que, moi aussi, je privilégie la pédagogie sur la discipline bête et méchante, en un mot : l'obéissance.
Notre cher gouvernement veut faire des armées de français obéissants, d'installer la peur du gendarme, des lois liberticides qu'il émet.
Rendre des jeunes critiques, qui réfléchissent, c'est tout l'art d'un bon pédagogue. Il faut beaucoup de présence d'esprit pour utiliser une situation, être capable de déroger soi-même aux sacro-saintes règles de l'enseignant sur son estrade à dispenser son « savoir » devant une classe où aucune tête (sous une casquette) ne doit dépasser.
C'est une situation beaucoup plus inconfortable, mais tellement plus riche dans les rapports humains !
Je serais de la tendance « moins optimiste », solo, qui ne veut pas perdre la face, enlèvera sa casquette au cours suivant et ce sera une victoire pour l'enseignant qui aura réussi son exercice de pédagogie.
à caro
De caro
délinquante avérée | 12H59 | 31/08/2009 |
déjà un naze ?
c'est l'avant garde à la claque nazeure multi-compte ? ; -))
à caro
De mick69
10H27 | 01/09/2009 |
« je privilégie la pédagogie sur la discipline bête et méchante, en un mot : l'obéissance. Notre cher gouvernement veut faire des armées de français obéissants »
Je crois qu'il n'y a aucun rapport direct entre l'obéissance à l'école/collège et l'obéissance à l'âge adulte. C'est peut-être même le contraire. Historiquement, tous les révolutionnaires et grands hommes de gauche ont été élevés par l'éducation stricte d'avant 1960, voire même souvent par les jésuites.
Par exemple, pour pouvoir lire à 17 ans les 1000 pages du Capital (livre 1), il vaut mieux avoir eu une solide éducation stricte, plutôt que de glandouiller avec sa casquette
De Jana
bretonne en Normandie | 13H24 | 31/08/2009 |
@ Nestor Romero
Merci pour le second volet…
petit clin d'oeil…
« confronté tout enseignant présentent le plus souvent une alternative dont les termes sont : discipline ou pédagogie. »
De Marcantoines
trouveur | 13H31 | 31/08/2009 |
Pédagogie ou discipline.
Tout d'abord, il ne faut pas chercher à culpabiliser un enseignant qui a des problèmes de discipline.
Il ne va pas passer la moitié du cours pour discuter du réglement intérieur.
Solo rentre en classe avec sa casquette. L'enseignant, tout en continuant normalement son cours, prend la casquette et la met dans la corbeille à papier.
à Marcantoines
De papy55
prof. en province | 15H49 | 31/08/2009 |
« L'enseignant,………prend la casquette »…… la mèche est allumée !
»………. la met dans la corbeille à papier. »…c'est l'explosion !
Sans doute la solution de quelqu'un qui n'enseigne pas !
à papy55
De Marcantoines
trouveur | 16H53 | 31/08/2009 |
ça a marché pendant des années. Rq, au début, il n'y avait pas de casquette. LEP : lycée enseignement professionnel. Pas un mot dans la classe. Une casquette, une fois par an. Terminé, valable pendant un an.
Normalement, ça devrait péter, mais cela dépend de la réputation du prof. Ma femme est toute menue, mais elle avait la réputation d'avoir de l'empathie pour ses élèves.
à Marcantoines
De Lictor
informaticien | 00H29 | 01/09/2009 |
Et part ça, tous les élèves ont-ils eu leurs bacs ? Sont-ils tous devenus des citoyens responsables ? Ce sont-ils épanouis dans leurs métiers ?
Parce que, rappelons le, c'est pour ça qu'on paye un enseignant, pas pour dresser des élèves à ne pas mettre leur casquette ou à fermer leur gueule (super utile pour la future carrière)… Cette partie là, les militaires le font de toute façon bien mieux et plus effifacement que les enseignants, ce sont des vrais pros de l'usage du couvre-chef…
De Vincent Mespoulet
Enseignant | 13H47 | 31/08/2009 |
Cher Nestor,
Comme je le pressentais, tu utilises les très bonnes recettes de la pédagogie institutionnelle que j'utilise aussi fréquemment en éducation civique : ).
Je te suis donc à 100% sauf sur un point où j'ai bien l'impression que tu mystifies tes élèves. C'est lorsque tu écris :
« Comment fait-on pour modifier une règle ? On demande aux délégués au Conseil d'administration de proposer la modification, on leur suggère d'en parler d'abord avec les délégués de parents, des profs, pour voir… »
Car là tu leur… mens : ) Ce n'est pas ainsi que ça se passe dans les écoles. Il n'y a pas de démocratie scolaire qui prenne en compte la parole des élèves sérieusement, de façon décisionnelle. Et c'est tout le paradoxe d'élaborer un apprentissage de ce que certains appellent la citoyenneté (terme bien galvaudé, vu le nombre de ses mésusages, tout devenant « citoyen »…) dans un lieu fondamentalement dictatorial où règne le libre-arbitre. Ce qui explique que je comprends très bien les actes de révolte des pubertaires, et les défis qu'ils portent à une institution qui ne les respectent pas. Car quand les élèves s'aperçoivent que les règles sont bidons, qu'ils ne peuvent pas les changer même après un processus démocratique, alors là on leur apprend de fait à ne plus adhérer à des valeurs démocratiques. C'est pour cela qu'il convient sans doute d'instituer une école démocratique et de ranger dans les tiroirs de l'école à la Jules Ferry l'école républicaine, assimilationniste que profs et élèves subissent au quotidien…
Bonne rentrée !
Amitiés,
Vincent
à Vincent Mespoulet
De Autist Reading
Plombier/Electricien | 14H09 | 31/08/2009 |
Un enseignant conscient de la mystification de l'école-lieu-d'apprentissage-de-la-citoyenneté !
Miracle !
Et dans le monde des grands, la citoyenneté n'est-elle pas tout autant une mystification ?
à Autist Reading
De Vincent Mespoulet
Enseignant | 21H42 | 31/08/2009 |
disons que pour les grands c'est trop tard, ils n'apprendront plus à se révolter, ils sont résignés les grands… ils sont dans les passions tristes les grands… ils sont déjà foutus les grands : )
à Vincent Mespoulet
De Autist Reading
Plombier/Electricien | 00H46 | 01/09/2009 |
Tu me plais bien.
J'espère que tu vas rester dans la Rue.
(Elle est farcie d'enseignants qui croient que le but du jeu, c'est d'apprendre aux petits à faire comme les grands.)
T'amèneras des poèmes et du Mont d'or, pour les (vieux) croûtons, y'a qu'à se baisser pour les ramasser, dans la Rue…- ; )
à Autist Reading
De Vincent Mespoulet
Enseignant | 21H30 | 01/09/2009 |
C'est gentil à toi. J'aime bien les plombiers, y'en a pas assez, surtout des plombiers comme toi : ). Je revendique le métier d'enseignant comme un métier d'artisan. les poèmes, je les fais ramasser par mes élèves, ils choisissent celui qu'ils veulent et ils les disent : elle est là la vraie révolte, dans la poésie, pas dans la casquette. Et mes élèves l'ont bien compris. Ils n'ont pas besoin de casquettes pour se révolter, je leur ai fait découvrir une casquette bien plus efficace, la poésie, que j'utilise surabondamment (et pourtant je suis prof d'histégé corporation sclérosée qui manque singulièrement de poètes aujourd'hui). Alors je te fais deux petits cadeaux :
d'abord, un poème, celui choisi par Djamel qui ne sait que peu lire et qui ne sait pas écrire. Regarde ce qu'il a choisi, et parole, je n'ai joué aucun rôle dans son choix. J'ai été scotché par son intelligence de choix, car je puis te dire qu'il en bave à l'école avec tous les pisse-froids de profs qui le méprisent :
http://horslesmurs.ning.com/profiles/blog/show ? id=1302569%3ABlogPost%3A4…
Et il le dit très bien son texte, écoute-le !
et ce qu'il aimait Djamel quand je l'avais comme élève, c'était la tekto :
Trouvez plus de vidéos comme celle-ci sur L'Ecole Hors les Murs - School Beyond The Walls
Car ce qui est vraiment le stade ultime de l'enseignement c'est quand ce sont les élèves qui sont les profs, et ils sont de très bons pédagogues (là c'était pour enseigner la tecktonik à d'autres gamins européens…)
Trouvez plus de vidéos comme celle-ci sur L'Ecole Hors les Murs - School Beyond The Walls
Enfin, dernier cadeau : ce texte que j'avais écrit au moment de la très belle révolte des banlieues, après une séance d'éducation civique en classe de 4ème :
Paroles d'enfants sur la révolte :
http://horslesmurs.ning.com/profiles/blogs/1302569 : BlogPost : 5501
Enjoy !
à Vincent Mespoulet
De caro
délinquante avérée | 22H13 | 01/09/2009 |
j'aime beaucoup votre manière « d'enseigner » en permettant aux jeunes de sortir ce qu'il y a de meilleur en eux.
Bonne continuation
J'ai un cadeau aussi. Dans une de ces formations appelées « garage », où des jeunes doivent reprendre gout à l'apprentissage, alors qu'ils n'ont rien fait à l'école, un groupe a décidé d'écrire des textes pour un slam de fin de formation, coïncidant avec la journée des femmes.
Voici le texte d'une de ce que certains appelleraient « ratée »
Le problème est que l'homme devient rage
Notre monde est en cage
L'ennui c'est que la femme subit trop
Elle subit tout
On ne la blesse plus avec des mots mais
Avec des coups
Mais où est ce grand discours de France
« Liberté, égalité, fraternité »
Il y a tant de mots, de rêves qui gardent le silence
Et nous, hommes et femmes, nous n'avons plus
La force de nous aimer
Trop de méfiance, de souffrance
Qui s'expriment en violence.
à caro
De Vincent Mespoulet
Enseignant | 23H00 | 01/09/2009 |
Merci pour le cadeau Caro : ), les esprits émancipés se rencontrent car j'utilise aussi le slam. mais comme je ne suis pas très bon dans ce secteur, j'ai fait appel à un copain slammer qui a fait un atelier d'écriture slam avec mes élèves pour le printemps des poètes 2009. Pour le printemps des poètes 2008, on avait aussi fait contribuer petits et grands dans un café poésie. Notre concept de l'école hors les murs est en effet de décentrer l'école dans des lieux non scolaires.
Pour le printemps des poètes 2008 tu verras dans le lien ci-dessous les contributions du café-poésie dans tous les styles, dans toutes les langues :
http://horslesmurs.ning.com/profiles/blog/show ? id=1302569%3ABlogPost%3A5…
avec ici en incrustation la démo de beat-box, du benjamin, le petit Arthur :
Trouvez plus de vidéos comme celle-ci sur L'Ecole Hors les Murs - School Beyond The Walls
Pour le slam de mon pote Tristan :
Trouvez plus de vidéos comme celle-ci sur L'Ecole Hors les Murs - School Beyond The Walls
Je te conseille aussi ses autres slams, beaucoup plus politiques, notamment le léniniste « Que faire ? »
Pour le printemps des poètes 2009 :
http://horslesmurs.ning.com/group/printempsdespotes2009
et pour le Printemps des poètes 2010 en préparation où l'on célébrera la poésie des femmes :
http://horslesmurs.ning.com/group/printempsdespotes2010
Si ça te branche, rejoins nous : ) c'est gratos !
PS : en fait beaucoup d'enseignants font comme moi, mais les gens ne le savent pas car les profs ne montrent pas ce qui se passe à l'école ou autour de l'école. Comme nous sommes sur ce réseau des centaines de profs et d'élèves et de parents de plus de 80 pays, de la France à la Lituanie, des Etats-Unis au Népal en passant par la Chine et le Burkina Faso, et que l'on maîtrise bien le web 2.0, on donne à voir ce qu'on fait. Pas par narcissisme (si, un peu quand même ! : -D ), juste pour ne plus entendre tous les réacs nous dire que c'était mieux avant ou que les élèves sont des illettrés qui régressent… C'est le regard de la société sur les enfants/ados qui régresse, pas eux : )