
Quand Foucault rappelait qu'enseigner, c'est d'abord conter
Par ces jours estivaux il n'est pas de bonheur plus grand que se garder à l'ombre d'un livre dans lequel s'enfouir pour ne s'en extirper qu'à regret sous la contrainte de quelque tâche prosaïque. Celui-ci, par exemple : « Le Courage de la vérité », cours donné par Michel Foucault.
Il s'agit de pédagogie, comme il convient en ce coin de rue, donc d'accompagnement, de prise par la main du lecteur à la manière de l'esclave pédagogue prenant l'enfant par la main pour le conduire par les traverses du savoir et lui conter l'aventure de la connaissance.
C'est ainsi que Michel Foucault nous prend par la main pour nous raconter. Et nous l'entendons vraiment puisque ses cours au Collège de France, enregistrés, sont ici restitués dans le plus grand respect de leur oralité.
Raconter Pythagore avant de « faire » le théorème
Ce faisant, nous racontant, Michel Foucault nous convainc que tel est, ou devrait être, le fondement de toute pédagogie : conter.
Non pas faire une leçon sur, prenons le cas, le théorème de Pythagore, mais raconter Pythagore, raconter d'abord ce personnage extraordinaire qui, dit-on, participa aux Olympiades à 17 ans et fut champion de pugilat, qui, toujours vêtu d'une blanche tunique laissait voir une cuisse plaquée or… Raconter tout cela pour en venir au théorème.
Et alors , les professeurs de mathématiques-raconteurs le savent mieux que moi, le théorème devient familier avant même d'en avoir fait la démonstration. Michel Foucault, dans ce livre dont on ne s'extirpe qu'à regret nous raconte des mots. Des mots grecs.
« Parrêsia » d'abord, le « dire-vrai », en première approximation mais, bien sûr, beaucoup plus que cela car il ne peut se considérer la parrêsia sans considérer du coup « l'acte par lequel la vérité se manifeste » et qui se dit « alèthurgie », selon Foucault.
De Solon à Socrate
Ne croyez pas cependant qu'il s'agit là d'abstractions joliment décoratives d'un discours abscons, non, car le parrêsiaste en démocratie, celui qui dit vrai sans plus de précautions, celui qui dit ce que personne n'ose dire, celui-là, tout simplement, risque sa peau. Ou, pour le moins, l'ostracisme.
Ce qui donne au pédagogue l'occasion de raconter ce qu'était l'ostracisme il y a vingt-cinq siècles et de nous instruire de l'histoire du vieux Solon qui, observant la montée du jeune Pisistrate vers l'exercice de la tyrannie au détriment de la démocratie, « vient à l'Assemblée comme simple citoyen d'Athènes mais armé d'une cuirasse et d'un bouclier… » car il vient là pour dire vrai. Il est le parrêsiaste . Il sera décrété… fou.
Puis, l'occasion de nous guider à travers le « cycle de la mort de Socrate », de l'Apologie au Criton et au Phédon et de nous dévoiler, convoquant Dumézil à cet effet, le sens de « ces fameuses dernières paroles de Socrate demandant à ses disciples d'offrir, à titre de dette, un coq à Esculapae. »
Le souci de soi… et des autres
Nous contant tout cela, on croit l'entendre, le pédagogue nous introduit dans l'epimeleia, le souci, le souci de soi, bien sûr, mais plus que cela et qui n'a rien à voir avec un quelconque nombrilisme, plutôt « avec le soin de soi et des autres ».
Et rien de mieux alors que d'entendre conter la fin de Socrate qui a passé sa vie à tenter d'apprendre aux hommes à s'occuper d'eux pour mieux s'occuper des autres :
« … dans les dernières lignes du Phédon, il y a ce passage où des disciples de Socrate demandent aussi : que veux-tu que nous fassions pour ton enterrement ? Et il répond en allant prendre lui-même un bain pour que les femmes, après sa mort, ne soient pas obligées de laver son corps. Il prend soin de lui-même et même de son corps… »
Et, peut-on ajouter, ainsi il prend soin des autres.
Puis ce sera l'occasion pour le conteur de nous entraîner à travers le Lachès et l'Alcibiade pour nous montrer que, comparant ces deux dialogues :
« … on a là le point de départ de deux grandes lignes d'évolution de la réflexion et de la pratique de la philosophie : la philosophie comme étant ce qui en inclinant les hommes à s'occuper d'eux-mêmes, les conduit jusqu'à cette réalité métaphysique qui est celle de l'âme, et la philosophie comme étant une épreuve de vie, une épreuve de l'existence et l'élaboration d'une certaine forme et modalité de vie. »
A ce point, on pense bien sûr à Pierre Hadot et sa « Philosophie comme manière de vivre » (Albin Michel, 2002), cet autre conteur-philosophe que Michel Foucault présenta au Collège de France en 1982 afin qu'il y raconte ce que c'est que cette manière de vivre philosophique car, dit Foucault « le mode de vie apparaît comme le corrélatif essentiel, fondamental de la pratique du dire-vrai ».
Militantisme révolutionnaire et « conformité d'existence »
Le 22 février 1984, notre pédagogue termine sa leçon par ces mots : « La prochaine fois, promis, on parle des cyniques. » Car on attend avec impatience qu'il nous raconte les cyniques, ces parrêsiastes par excellence.
Mais il y a plus, il y a dans ces mots, dans ces interpellations pour ainsi dire affectueuses qui scandent le « cours », une manière d'établissement d'une connivence entre le professeur et chacun(e) de ses auditeurs, l'établissement d'une proximité plus qu'intellectuelle, vivante, ce à quoi tout enseignant songe s'il à le souci… de ses élèves.
Voici les cyniques donc, non seulement Diogène et Cratès mais le cynisme chrétien car « il y a eu un cynisme chrétien, un cynisme anti-institutionnnel, un cynisme que je dirais anti-éclésiastique », mais aussi le cynisme dans et autour des mouvements révolutionnaires de sorte que la question serait celle-ci : comment est-il possible de militer dans un parti révolutionnaire vivant par ailleurs en une certaine « conformité d'existence » c'est-à-dire bien « bourgeoisement » ?
Ou bien, la vie « scandaleuse » du cynisme comme dénonciation permanente du scandale d'une « vérité inacceptable » est-elle la seule attitude véritablement révolutionnaire ? Allez savoir…
Mais je ne peux conclure ce survol d'un texte dense de tant de vie sans rappeler, comme le fait Frédéric Gros en postface, que le cours de l'année 1984 est le dernier de Michel Foucault. Il meurt en juin de cette même année. Les derniers mots de sa dernière « leçon » auront été : « Il est trop tard. Alors, merci. »
► Le Courage de la vérité cours donné par Michel Foucault au Collège de France en 1984 - éd. Gallimard-Seuil - coll. Hautes Etudes) - 368p. - 27€.
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De Autist Reading
Plombier/Electricien | 18H56 | 16/08/2009 |
la vie « scandaleuse » du cynisme comme dénonciation permanente du scandale d'une « vérité inacceptable » est-elle la seule attitude véritablement révolutionnaire ?
Oui.
Mais mieux vaut prendre son épée et son bouclier…
De Sexus Empiricus
19H16 | 16/08/2009 |
À propos de parrhèsia, que Paul Veyne - qui s'y connaît - traduit souvent par « franc-parler », vous faites bien de relever que Foucault « conte », ou raconte : c'est l'histoire même, et le cours que vous lisez est précisément celui de la chaire « Histoire des systèmes de pensée » - et ce style ne doit évidemment rien à de la « pédagogie ».
Mieux vaut laisser Foucault dire ce qu'est un cours au Collège de France.
« Vous savez qu'en France, depuis 1968, depuis la grande crise de l'Université, plus personne, au fond, ne sait à qui il s'adresse quand il enseigne, ne sait ce qu'il doit enseigner, ne sait pourquoi il enseigne. C'est vrai, je crois, de tous les professeurs en France. Or il se trouve qu'il y a une très curieuse institution qui est le Collège de France, à laquelle j'appartiens depuis deux, trois ans. C'est une institution qui laisse à chaque professeur une liberté, une quantité de liberté absolument extraordinaire. Cette liberté est accompagnée d'une seule obligation : faire douze conférences par an à un public qu'on ne connaît pas, auquel on n'est lié par aucune obligation, et auquel on raconte ce qu'on a à raconter uniquement parce qu'on en a envie, ou parce qu'on en a besoin, ou parce qu'il le faut. C'est une espèce d'obligation un peu abstraite. »
Ce texte-là ne date pas de 1984 mais - déjà - de 1972 (entretien avec S. Hasumi repris dans Gallimard, Dits et écrits, n° 119).
à Sexus Empiricus
De Nestor Romero
(auteur)
Ancien enseignant | 20H56 | 16/08/2009 |
Bonsoir,
En effet, il est fort possible que ce style, le conter ou le raconter, ne doive rien à de la « pédagogie ». En revanche la pédagogie, sans guillemets, doit beaucoup à ce style, me semble-t-il.
De General Subverciòn
kouign aman délocalisé | 19H25 | 16/08/2009 |
Mouais Bof..J'avais bien rigolé avec l'histoire d'Archimède dans sa baignoire mais ça ne m'a jamais rendu fort en matière de problème de robinets….mais bon,Foucault même avec son côté pédagogue gonflant,c'est plus compréhensible et moins indigeste que du Darcos dans le texte…
De Béatrice1
| 22H19 | 16/08/2009 |
Un gros reproche : Socrate est cité, mais sa méthode est oubliée, on fait même le contraire de ce qu'il pratiquait. Car avec « l'enseignant-conteur » on est toujours dans le même système de l'adulte qui cause devant des gamins censés boire ses paroles, ce qui est la véritable PLAIE de notre système éducatif depuis toujours. Si l'enseignant est un bon « conteur » ils s'ennuieront moins, mais ils n'apprendront pas plus, car ils seront toujours considérés comme de simples entonnoirs.
à Béatrice1
De leo s
noyaudecondensationdanslanébuleused... | 22H41 | 16/08/2009 |
« Ils seront considéres comme de simples entonnoirs… »
Vous voulez dire
comme de simples récipients
sans doute …
cette métaphore foire
à leo s
De Béatrice1
| 23H01 | 16/08/2009 |
Oui, je voulais dire comme de simples récipients. L'entonnoir, c'est plutôt le conte, ici.
à Béatrice1
De Pas–glop
pas glop du tout | 16H45 | 17/08/2009 |
ah bon…
à Béatrice1
De marc44
23H19 | 16/08/2009 |
Lisez donc Marcel Gauchet sur l'éducation.
On considère les élèves comme des récipients. Quelle est l'alternative ? Leur faire redécouvrir tout par eux-même, de manière authentique, spontanée, naturelle et profonde ?
Il nous FAUT enseigner avec un caractère narratif, SANS transiger sur le niveau (concepts, vocabulaire, évaluation…). L'entrain qui en résulte constitue une forte valeur par rapport à l'autodidacte qui apprend avec son livre. Un prof qui ne narre pas = autant bosser chez soi avec un bon livre.
Maintenant, je ne dis pas que toute la leçon doit être conte. C'est aussi et surtout l'élève qui doit travailler, pas juste venir au spectacle…
à marc44
De Béatrice1
| 14H12 | 17/08/2009 |
« Leur faire redécouvrir tout par eux-même, de manière authentique, spontanée, naturelle et profonde ? »
Oui. C'est exactement ce que faisait Socrate. Et ce sont les méthodes employées dans les autres pays développés, avec des résultats bien meilleurs que chez nous. Dans la classe française, c'est le « Maître » qui parle devant des élèves qui se taisent. C'est un immense défaut, c'est totalement anti-pédagogique.
Ceci ne veut absolument pas dire qu'on va « transiger sur le niveau », au contraire ! Evidemment, c'est plus difficile et il faut donner davantage de sa personne - mais c'est autrement plus gratifiant pour tout le monde.
J'ai vu des cours d'histoire à l'étranger où les élèves devaient LIRE chez eux la partie du chapitre allant être étudiée en classe avant le cours - contrôle de 5 mn uniquement factuel pour vérifier que ça a été fait - puis le cours consistait en un dialogue construit entre le prof et les élèves et entre les élèves entre eux pour la COMPREHENSION des événements. Avec récapitulatif très clair à la fin. Nos élèves ont des livres qui coûtent fort cher et dont ils ne se servent pratiquement jamais : pourquoi le prof se contente-t-il de leur « raconter » ce qu'il y a dedans, tandis que les gamins grattent en silence la parole magique ?
Je suis professeur d'anglais : personne n'a jamais appris une langue étrangère en se contentant d'ECOUTER le professeur - et c'est bien la raison pour laquelle le niveau d'anglais en Terminale, après SEPT ANS d'études, est aussi MINABLE.
Je suis d'autant plus choquée par cet article que c'est un professeur de langue (espagnol) qui l'a écrit.
Les chiffres de l'OCDE sur les taux d'illettrisme, de sortie de l'école sans aucun diplôme, etc… nous classent à un niveau ignominieux : c'est à cause du « professeur-conteur », comme il est joliment appelé ici…
EDIT : Il y a méprise sur le sens du mot « cours » en français - ce que faisait Foucault au Collège de France ce n'étaient pas des « cours » (c'est un usage abusif du mot) mais bien plutôt des conférences.
à Béatrice1
De LienRag
14H23 | 17/08/2009 |
J'ai eu un professeur d'histoire-géo en classe de cinquième qui nous faisait pratiquer ainsi ; je trouvais la méthode géniale et j'adorais ça, et en regardant mes cahiers plusieurs années après je me suis rendu compte que nous avions un niveau largement en avance, en particulier au niveau de la prise de notes. Mais quand j'en parlais à ma soeur, qui l'avait eu en 1ere S, elle en avait un trés mauvais souvenir en raison de la surcharge de travail que cela représentait…
à LienRag
De Béatrice1
| 14H47 | 17/08/2009 |
C'est une mauvaise conception du « travail » que de considérer cette méthode comme une « surcharge », car votre soeur oubliait les heures qu'elle aurait passé à mémoriser mot à mot les cours des autres, qu'elle aurait notés à toute vitesse sans même avoir le temps de les comprendre.
à Béatrice1
De Pas–glop
pas glop du tout | 16H47 | 17/08/2009 |
ministresse de l'education, voila une fonction que vous meritez !
à Béatrice1
De spartak-millau
(comité libertaire lyophilisé) | 18H00 | 17/08/2009 |
C'est la misère socio-constructiviste que béatrice1 étale, avec la masse de certitudes des illuminé(e)s.
Ces formes pédagogiques émancipatrices (grand livre, Le Maître ignorant de Rancière est le modèle) sont évidemment l'absolu scintillant à atteindre.
Mais en l'état, elles sont forcément dévoyées en méthodes de management aliénantes au sein de la bureaucratie Education Nationale. Car cela y conduit à manipuler les enfants, à leur faire croire qu'ils apprennent par eux-mêmes ce qui est en fait le contenu de programmes. Ces techniques de manipulation sont exactement les mêmes que celles utilisées par le management, la communication politique : faire passer pour une découverte personnelle, un phénomène horizontal, ce qui n'est qu'un processus vertical, pur extrait des rapports de pouvoir à l'oeuvre dans le corps social.
Sur l'école, la pédagogie, le progressisme, l'émancipation :
http://spartak-millau.over-blog.com/article-34992909.html
à marc44
De spartak-millau
(comité libertaire lyophilisé) | 18H18 | 17/08/2009 |
Et il ne faut JAMAIS lire Marcel Gauchet.
à Béatrice1
De Compte supprimé le 26 aout 2
nourritures terrestres | 02H26 | 17/08/2009 |
J'ai une solution : ressusciter Socrate (qui ne dispensait pas son enseignement, ou la mémoire me manque, à des « gamins » - pour reprendre votre mot - pas forcément désireux d'apprendre quoi que ce soit).
à Compte supprimé le 26 aout 2
De Crainquebille
Lecteur | 11H47 | 17/08/2009 |
Oui, la mémoire vous manque.
à Crainquebille
De Servais-Jean
4591
HS | 12H44 | 17/08/2009 |
Ou bien les « gamins » d'aujourd'hui sont beaucoup plus jeunes que les « gamins » de l'époque de Socrate.
à Servais-Jean
De Béatrice1
| 14H09 | 17/08/2009 |
« Gamin » est un terme plutôt affectueux qui pour une (presque) vieille dame comme moi désigne les gens qui ont au-dessous de 25 ans, à peu près. C'est une alternative à « jeunes » qui m'insupporte.
à Servais-Jean
De Crainquebille
Lecteur | 14H21 | 17/08/2009 |
Certains interlocuteurs de Socrate ont 10-12 ans.
à Crainquebille
De Compte supprimé le 26 aout 2
nourritures terrestres | 14H37 | 17/08/2009 |
Je vois que vous m'avez mal comprise, il est vrai que j'ai manqué de clarté, j'essaie donc d » expliquer mon opinion (qui, comme toute opinion, n'est pas par nature une vérité) :
D'après le mythe, ou la métaphore, comme on préfère, que Platon nous a légué, Socrate s'adressait essentiellement à des personnes vers lesquelles il allait dans des espaces - rues, marchés… - ouverts, donc à des espaces permettant leur départ si elles le souhaitaient.
Les élèves d'aujourd'hui n'ont - pour des raisons multiples - pas cette possibilité, symboliquement parlant (physiquement, finalement, un tel départ est, ponctuellement en tout cas, beaucoup plus simple).
à Compte supprimé le 26 aout 2
De Béatrice1
| 14H44 | 17/08/2009 |
« pas forcément désireux d'apprendre quoi que ce soit) »
C'est la dure réalité, mais on doit faire avec. Nous devons créer l'envie d'apprendre chez des « gamins pas forcément désireux d'apprendre quoi que ce soit » : c'est un métier. En réalité, très rares sont ceux qui refusent d'apprendre quoi que ce soit : la plupart préfèrent jouer le jeu plutôt que de s'ennuyer à mourir. C'est sûr que si on tente de leur imposer le très français « Taisez-vous et écoutez-moi », ça ne marche pas du tout !
à Béatrice1
De Compte supprimé le 26 aout 2
nourritures terrestres | 19H09 | 17/08/2009 |
C'est sûr que si on tente de leur imposer le très français « Taisez-vous et écoutez-moi », ça ne marche pas du tout !
De telles manières d'enseigner n'existent plus guère en France (dans d'autres contrées, en revanche, si), à supposer qu » elles soient encore pratiquées, et tant mieux.
Quelle nécessité de donner de l'audience à ce mythe - allègrien, lui - de la pratique quasiment constante du cours magistral ?
En réalité, très rares sont ceux qui refusent d'apprendre quoi que ce soit : la plupart [des élèves] préfèrent jouer le jeu plutôt que de s'ennuyer à mourir. Je ne sais pas si vous avez enseigné ni, si oui, où, mais ce que vous dites est faux, ne serait-ce que parce qu'occultant une troisième possibilité de la part des élèves : ne pas jouer le jeu (quel jeu, d'ailleurs ? ), et ne pas s'ennuyer à mourir. Ils peuvent par exemple rêver (j'ai personnellement passé des heures à cela dans des cours dits d'économie dispensés par une ignare qui nous soutenait sans rire et en histoire-géographie, elle cumulait les mandats, que le Soleil tournait autour de la Terre avant de nous demander, un peu perturbée par notre étonnement d'élèves de seconde, de vérifier qui avait raison : voilà qui était hautement pédagogique, mais cela l'aurait été plus encore si elle nous avait expliqué, comme un professeur de mathématiques de ma connaissance, comment procéder. Celui-ci, pour lequel j'ai le plus grand respect, correspond à première vue à vos vœux, mais comme il avait un nombre relativement conséquent de connaissances à tenter de transmettre, il ne faisait pas découvrir les théorèmes aux élèves uniquement par eux-mêmes) , envoyer des sms (en veillant à n'être pas être surpris par l'enseignant, ce qui pimente l'affaire, ou en veillant à être surpris, ce qui la pimente plus encore) , et bien d'autres choses que je vous laisse imaginer ;
à Compte supprimé le 26 aout 2
De Béatrice1
| 23H36 | 17/08/2009 |
« De telles manières d'enseigner n'existent plus guère en France »
Vous plaisantez, je suppose…
« Je ne sais pas si vous avez enseigné ni, si oui, où »
J'enseigne depuis 40 ans, dont 20 ans de ZEP - je suis agrégée d'anglais. Je maintiens que le prof français répète « taisez-vous » à longueur de temps. Le « bon » cours en France est un cours magistral, au grand ahurissement des profs étrangers qui viennent parfois faire des stages (ou des échanges) chez nous. Le sujet de ce fil, avec son « idéal » de « professeur-conteur » en est l'exemple type.
Apprendre doit être ludique, si c'est un pensum ça ne marche pas. Au mieux, les gamins bien dressés resteront silencieux, mais c'est rare - en général, c'est le bordel.
à Béatrice1
De Compte supprimé le 26 aout 2
nourritures terrestres | 10H03 | 18/08/2009 |
Béatrice1, 15h44En réalité, très rares sont ceux qui refusent d'apprendre quoi que ce soit : la plupart préfèrent jouer le jeu plutôt que de s'ennuyer à mourir.
Béatrice1, 00h36 Apprendre doit être ludique, si c'est un pensum ça ne marche pas. Au mieux, les gamins bien dressés resteront silencieux, mais c'est rare - en général, c'est le bordel.
N'y aurait-il pas quelque contradiction dans vos propos ?
Et ne croyez vous pas qu'entre le tout ludique - qui a le don de susciter le mépris de bien des élèves qui soupçonnent vaguement qu'on se fiche un peu d'eux et qui n'ont pas forcément tort - et le cours magistral intégral dont je maintiens qu'il n'est plus une pratique courante il existe encore d'autres manières d'enseigner ?
à Compte supprimé le 26 aout 2
De Béatrice1
| 15H15 | 18/08/2009 |
En France on a une conviction quasi unanime : comme disait Zazie, il faut « faire chier les mômes ». Que ce soit à l'école ou bien dans les diverses activités sportives ou musicales, qu'est-ce qu'on se prend au sérieux ! Comme il est suspect qu'un gamin prenne du plaisir à ce qu'il fait ! Il faut toujours que les adultes fassent en sorte que surtout il ne s'amuse pas ! Exemple : les conservatoires de musique où on leur fait subir le pensum de deux ans de solfège avant de toucher le moindre instrument - des fois qu'ils pourraient se marrer en faisant de la musique ! C'est exactement comme si on leur apprenait à nager hors de l'eau (ce qui d'ailleurs a été une pratique longtemps répandue en France). Autre exemple, parmi beaucoup beaucoup d'autres : la très pompeuse Ecole du Ski Français, où quand on inscrit ses enfants pendant une semaine pour qu'ils s'éclatent un peu sur les pentes, on jurerait qu'on veut les préparer aux JO !
Dans d'autres pays, plus « civilisés » que le nôtre, les enfants commencent à apprendre la musique en JOUANT (notez le verbe) d'un instrument, en n'apprenent le soifège qu'au fur et à mesure de leurs besoins - car le solfège n'est qu'un outil, ce n'est pas une fin en soi (pas de clé d'ut pour les flûtistes ni les pianistes qui ne s'en serviront jamais…)
Même choise à l'école. Parlez d'apprentissage ludique, et on vous répondra avec le plus grand mépris que c'est « se ficher » des enfants qui ne sont pas dupes ! Voilà le postulat français : pour apprendre il faut en baver, sinon ce n'est pas sérieux !
Et bien non. Je maintiens qu'on n'apprend jamais si bien que de manière ludique, et que d'ailleurs l'immense majorité des enfants ne demandent qu'à apprendre pour peu qu'on ne les assomme pas d'ennui. L'apprentissage ludique n'est PAS synonyme d'absence de rigueur, AU CONTRAIRE : il en faut beaucoup plus que pour un cours magistral (n'importe qui peut ânonner n'importe quoi devant n'importe qui).
Il n'y a donc strictement aucune contradiction dans les deux phrases que vous avez relevées : toutes deux affirment que l'ennui est l'ennemi de tout apprentissage.
Libre à vous de nier que le cours magistral soit encore largement pratiqué dans nos établissements - le déni est aussi une grande spécialité française ! Il se trouve que j'ai la chance d'enseigner une langue étrangère, domaine où on s'est aperçus il y a de ça maintenant une bonne quarantaine d'années que la participation active des élèves était indispensable à l'apprentissage, et où on a imaginé très tôt des techniques ludiques - justement - pour s'en assurer. Et bien les professeurs d'anglais qui pratiquent une pédagogie active se heurtent de plein fouet au fait que quand leurs élèves entrent dans la classe, ils leur disent « parlez », alors que dans toutes les autres disciplines on leur dit « taisez-vous »… Pas évident pour les élèves de s'y retrouver. De même, cette pédagogie fait qu'on n'assène pas la grammaire comme une fin en soi (comme le solfège), mais comme un outil nécessaire à la communication, qu'on distille au fur et à mesure des besoins. C'est honteux, vous ne trouvez pas ? Pourtant les résultats sont là : les méthodes « traditionnelles » donnent des élèves qui au bout de sept ans d'étude de la langue ont un niveau déplorable, alors que les méthodes actives donnent des gamins qui s'expriment avec aisance et plaisir en très peu de temps.
Mais bon, nions, nions…
à Béatrice1
De Compte supprimé le 26 aout 2
nourritures terrestres | 19H42 | 18/08/2009 |
Dernière édition de ma part inspirée par vos propos car vous ne faites que caricaturer.
Par exemple ici : Même choise à l'école. Parlez d'apprentissage ludique, et on vous répondra avec le plus grand mépris que c'est « se ficher » des enfants qui ne sont pas dupes ! Voilà le postulat français : pour apprendre il faut en baver, sinon ce n'est pas sérieux !
On peut acquérir des connaissances sans avoir l'impression de jouer ni sans avoir celle d'en en baver. C'est même ainsi qu'on en acquiert.
NB : Et bien les professeurs d'anglais qui pratiquent une pédagogie active se heurtent de plein fouet au fait que quand leurs élèves entrent dans la classe, ils leur disent « parlez », alors que dans toutes les autres disciplines on leur dit « taisez-vous »… Dans l'enseignement du français on n'ordonne ni « parlez » ni « taisez-vous ». Je crois savoir que c'est le cas également dans les cours d'espagnol, d'allemand, d'italien, de russe, pour ne prendre que quelques exemples, pendant que ces langues restent encore enseignées.
Et dans l'enseignement des matières scientifiques, ignoreriez-vous le rôle de l'évaluation des « capacités expérimentales ? » lors du baccalauréat ? Et les TPE de votre ami Claude Allègre, qu'en pensez-vous ?
à Compte supprimé le 26 aout 2
De Béatrice1
| 22H02 | 18/08/2009 |
« vous ne faites que caricaturer »
Vous trouvez ? Et ce qui suit, ce n'est pas de la caricature, sans doute ? Ou même carrément du foutage de gueule ?
« votre ami Claude Allègre »
J'adore ! On m'a accusée de beaucoup de choses ici, mais jamais encore d'être l'amie de Claude Allègre… Quand on est à bout d'arguments, on peut toujours déguiser son interlocuteur en épouvantail, c'est plus facile.
J'ai beaucoup apprécié aussi la pique contre l'anglais, qui « reste encore enseigné »… Tiens ! C'est peut-être parce que l'enseignement de l'anglais doit se faire officiellement de manière ludique depuis si longtemps (environ 40 ans), que les élèves choisissent d'apprendre cette langue, plutôt que celles qu'on leur enseigne encore comme on enseignait autrefois le latin - langue morte et non langue vivante. (Par exemple : l'allemand, « langue difficile », « langue de l'élite », « ah non, on ne peut pas inscrire tel élève en allemand, il n'est pas assez “bon en grammaire” “, ‘apprends tes déclinaisons’…). Parce que finalement, vous avez l'air d'oublier que ce sont encore eux et leur famille qui choisissent, non ? Comme disait Brecht, parfois il faudrait pouvoir ‘changer de peuple’.
Quand je signale qu'en cours d'anglais on dit aux élèves entrant dans la salle ‘parlez’ alors que dans les autres disciplines on leur dit ‘taisez-vous’, il ne faut pas forcément prendre les mots au pied de la lettre (encore qu'on beugle régulièrement ‘taisez-vous’ aux gamins dans un tas de salles de cours) : je n'ai jamais prononcé la parole magique ‘speak’, quand la salle se remplit. C'est autrement qu'on s'y prend pour qu'ils parlent, et effectivement, ils parlent. Mais il faut commencer par passer plusieurs semaines en début d'année à les mettre en confiance, à les persuader que personne ne se moquera d'eux s'ils se trompent, que de toutes façons ils se tromperont, parce que l'erreur fait partie intégrante de l'apprentissage, que c'est même grâce à l'erreur qu'on apprend, etc., etc… tellement ils ont été formatés par la peur de la ‘faute’ (rabaissée quasiment au rang de ‘péché’), et dressés à se taire et à boire la parole sacrée du Maître…
Je vous assure que lorsqu'on sort un tout petit peu des frontières franco-françaises, on constate tout de suite que dans certains autres pays ça ne se passe pas du tout comme chez nous, et ceci avec des résultats incomparablement supérieurs aux nôtres. Chez nous, on trouve à la pelle des profs qui préfèrent penser comme vous que ce sont ‘les élèves qui ne veulent rien apprendre’ : l'échec scolaire, c'est de leur faute à eux, pas de la nôtre - en aucun cas l'idée de se remettre en cause ne saurait effleurer les professionnels de la profession.
En ce qui concerne les TPE, j'ai deux souvenirs très précis : les grèves et mouvements de protestation lors de leur mise en place, puis les grèves et mouvements de protestation (des mêmes) lors de leur suppression. Ach, la France, gross malheur !
à Compte supprimé le 26 aout 2
De Crainquebille
Lecteur | 12H08 | 20/08/2009 |
Non, je vous ai bien comprise, à moins que le sens de « qui ne dispensait pas son enseignement, ou la mémoire me manque, à des gamins » ne soit pas celui qui s'y trouve de manière évidente. Donc, oui, vous manquez de clarté.
De bloozmarch
22H28 | 16/08/2009 |
Et que penser de ceux qui, comme apparemment un certain nombre de nos gouvernants actuels, s'arrêtent aux titres des ouvrages, et ce manifestement sans les lire, comme le « Surveiller et punir » de Foucault par exemple. La réponse est évidemment dans la formulation.