Pour défendre la pédagogie, Meirieu appelle à la résistance

C'est un manifeste que nous adresse Philippe Mérieu avec son dernier livre, « Pédagogie : le devoir de résister » (ESF éditeur), ou une proclamation si l'on préfère, un acte militant en tout cas, d'un militant de la pédagogie.

Mais ce n'est pas un tract, pas un alignement de slogans, loin de là. Il s'agit plutôt d'une synthèse magistrale (n'ayons pas peur des mots) de tout ce qu'un « honnête » enseignant devrait ne pas ignorer. Une chance, en somme, que ce livre, pour toutes celles et ceux qui entrent dans la carrière et, sans doute aussi, pour bien d'autres. Une chance de pouvoir disposer d'un tel outil grâce auquel il sera plus facile de se forger les siens.

Les pourfendeurs du « pédagogisme » ignorent l'histoire de la discipline

Résister, donc, mais à quoi ? Eh bien, à cette « pensée unique » qui va sans cesse dénonçant le « pédagogisme » cause, selon ses propagandistes, de tous les drames scolaires et particulièrement de la sempiternelle « baisse du niveau » .

Résister en montrant d'abord que ce qui est mis en évidence par les propagandistes dans leurs diatribes, constellées parfois d'insultes dérisoires, n'est autre que leur ignorance de l'histoire, cette histoire de la pédagogie qui est ici signalée, fort opportunément, par la présentation stimulante d'une quarantaine de pédagogues historiques depuis Ibn Khaldun (1332-1406) jusqu'à Ivan Illch (1926-2002).

Résister, aussi, en prenant conscience des limites de ces critiques :

« En réalité, la critique de la pédagogie, camouflée sous les oripeaux de la défense de la culture et de l'ordre scolaire, est un retour à la pensée magique : l'apprentissage s'effectuerait par décret, parce que les adultes le décident et que les enfants, sous leur emprise légitime, n'auraient qu'à se soumettre à leurs injonctions » .

 » Comment construire une autorité qui autorise ? « 

Mais trêve de polémiques, car résister c'est, avant tout, proposer et construire. Ainsi, la pédagogie “ n'est rien d'autre que l'effort pour penser, en même temps, transmission et émancipation” . Tous les débats au sein même de ce mouvement pédagogique dont l'histoire est si longue et se poursuit inéluctablement, “ témoignent d'une même exigence : ne jamais désespérer de quelqu'un, d'un même espoir : ne laisser personne à l'extérieur du cercle de l'humain” .

Alors ça, bien sûr, les républicanistes, les instructeurs, les sauveurs des belles-lettres réservées à quelques-uns en ont une sainte horreur, ces pleurnicheries humanistes, n'est-ce pas, une sainte horreur.

C'est pourtant là un fondement de la démocratie dans laquelle, faut-il le rappeler ? , “ le peuple fait la loi” , impératif qui implique que nul ne soit tenu l'écart de la culture, et qui pose donc l'école démocratique comme nécessité absolue, sachant que cette dernière n'est pas celle qui accorde la même attention à chacun, mais celle qui accorde à chacun l'attention dont il a besoin pour accéder à cette indispensable culture.

Mais c'est alors que nous nous retrouvons à l'orée de ces impasses, ces “ apories” qui, pour ce qui est de l'école, peuvent se dire ainsi : “ Comment enseigner à ceux qui ne veulent pas apprendre ? ‘ J'ajouterai : pour l'instant ! A ceux qui ne veulent pas apprendre pour l'instant !

Ou qui peuvent se dire encore sous la forme de ce que Philippe Meirieu désigne comme le drame éducatif’ : ‘ L'homme doit affirmer son autorité face à l'enfant qu'il accueille afin de susciter sa liberté.’ Ou encore sous cette forme, que je goûte particulièrement : ‘ Comment construire une autorité qui autorise ?

Faire de l'élève un sujet, un impératif démocratique

On le voit, cette interrogation n'est en réalité rien d'autre que l'expression, dans le champ de la pédagogie, de la tension primordiale qui fonde la démocratie elle-même, et qui s'exprime aussi par un questionnement : comment hausser l'individu en citoyen, comment faire pour que chacun prenne sa part à la polis’ de manière quelque peu plus active que le simple dépôt d'un bulletin dans l'urne ?

Les pédagogues ont beaucoup débattu de tout cela, beaucoup expérimenté et beaucoup construit également, car ce dont il s'agit, au fond, selon Philippe Meirieu, c'est ‘ d'instituer l'élève en sujet’ , comme il s'agit, me semble-t-il, en démocratie, d'instituer l'individu en sujet c'est-à-dire en citoyen.

Ce qui conduit évidemment l'auteur à définir ‘ l'élève sujet’ (chapitre 9) et à ‘ ouvrir des possibles’ (chapitre 10) afin de ‘ rebâtir l'école’ (chapitre 11) dans tous les sens du terme. Car comment mettre en oeuvre une pédagogie vivante, active, dans des bâtiments en forme de caserne ou de couvent ?

Comment faire ? Comment faire pour ‘ résister aujourd'hui et demain’ ? Philippe Meirieu explicite, en conclusion, ‘ dix renversements nécessaires pour construire une école démocratique’ . Autant de propositions dont on peut discuter, certes, encore faut-il en prendre connaissance et y réfléchir pour pouvoir résister au quotidien.

Pédagogie, le devoir de résister de Philippe Meirieu - éd. ESF, coll. Pégagogies - 127p., 9,90€.

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Portrait de skalpa

De skalpa

actif et militant ? | 20H18 | 02/11/2007 | Permalien

Merci pour cet article.
Un livre à mettre entre toutes les mains éducatives, plutôt que la lettre aux éducateurs du grand petit homme…
skalpa
http://kprodukt.blogspot.com

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De

22H07 | 02/11/2007 | Permalien

Qu'est-ce que la pédagogie ? C'est l'art de se faire comprendre. Conclusion : comment enseigner sans être pédagogue ?
Etre pédagogue, c'est rendre le savoir accessible. C'est diffuser auprès du plus grand nombre un savoir qui, jadis, n'était réservé qu'à une élite qui se transmettait par l'hérédité.
Veut-on aujourd'hui que ce savoir ne soit à nouveau que l'apanage d'une élite ?

Thomas GREDAT

Portrait de Courageux anonyme

De

22H20 | 02/11/2007 | Permalien

C'est toujours un regal de lire P Meirieu ; qu « il soit encore si actif donne de l'espoir .

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De

00H19 | 03/11/2007 | Permalien

Mouaif
Votre présentation des « républicanistes » est aussi caricaturale que certains de leurs propos sur le « pédagogisme ».
Pourtant il y a du vrai des deux côtés à mon avis. La dénonciation d'une vision IIIe République de l'école est légitime, tout comme est légitime celle d'un « apprentissage » où les connaissances sont « construites avec la classe », etc.
Cf. la dernière émission Répliques de Finkielkraut, même si ce n'est pas ma tasse de thé et même s'il n'a pas invité de contradicteur en l'occurrence, les arguments des intervenants ne sont pas tous coupés du réel.

Un prof du secondaire.

Portrait de Courageux anonyme

De

10H57 | 03/11/2007 | Permalien

bonjour
je suis tombé par hasard sur cette émission de Finkielkraut à la radio.
Il n'y avait en effet pas de débat, juste une exposition de visions à peu près semblables de ce que devrait être l'école et l'enseignement : les enseignants doivent être des transmetteurs avant tout, évidemment pédagogues mais pas beaucoup, car là ils ne seraient plus de bons enseignants…

La question reste donc posée, et cette émission de radio n'a même pas songé à y réponbdre, forcément, pour ces « républicains » la question ne se pose pas : comment faire pour « transmettre » à ceux qui ne sont pas prêts à prendre ce qu'on leur donne ?
Ceux qui tentent d'y répondre, comme ils peuvent, et parfois mal, sont, selon moi, les fameux pédagogues.

D'ailleurs, on n'est jamais totalement prêt à intégrer une connaissance dans sa globalité. Il y a forcément des choses dont la signification reste obscure au début. C'est plus tard que les agencements se font et que la lumière se fait de plus en plus. Une connaissance n'est jamais définitive et close, elle peut toujours être améliorée, nuancée, contextualisée, expérimentée, etc.
Je crois que ce qui me gêne le plus chez les gens comme Finkielkraut c'est cette idée du « savoir » essentialisé, comme quelque chose de défini et qu'il faut « passer » aux futurs « élus », une sorte de hiérarchisation sociale et morale (les bons profs, ceux qui savent plein de choses, les bons élèves, les bons citoyens, et donc les mauvais, etc.) qui fonctionne sur l'exclusion.

A mon avis, pour finir, et je crois que c'est une des bases de la pédagogie (et de la communication, si on veut que la communication soit la plus efficace possible), il faut tenir compte de l'autre pour le faire évoluer (d'opinion, de comportement, de connaissances, etc.). Or les « républicains » tels Finkielkraut s'occupent surtout de leur savoir, qu'ils affichent ostensiblement, sans trop se préoccuper de qui ils ont en face. Et ce n'est pas comme ça que les gens d'en face vont changer.

Georges,
prof en Lp, mauvais pédagogue mais admiratif devant les profs qui, quotidiennement, cherchent et cherchent encore à trouver des solutions pour que tous leurs élèves évoluent vers du mieux.

Portrait de Courageux anonyme

De

12H32 | 03/11/2007 | Permalien

Entièrement d'accord. Finkielkraut me fait l'effet de quelqu'un d'imbu de son savoir et de son intelligence. Y aurait-il pour lui ceux que l'école peut aider et ceux pour qui elle ne peut rien ?
Durant ma formation de formateur pour adultes, j'ai entendu parler du triangle pédagogique de Jean Houssaye. Il comprend trois côtés : le savoir, l'apprenant (mot horrible, que je déteste) et, disons, l'enseignant. Comme il s'agit d'un triangle, toute action éducative ne peut s'effectuer dans l'oubli d'un des côtés !
Si on arrêtait de présenter aux gosses le Savoir comme une vache sacrée, et si on était à l'écoute de ce désir d'apprendre qui fait partie de la nature humaine, on aurait déjà moins de problèmes. Vous dites ? Mettre l'élève au centre du savoir, ça n'a pas marché ? Ben non, puisqu'on ne sait pas lui faire comprendre qu'il y a sa place !

Thomas GREDAT

Portrait de Courageux anonyme

De

17H07 | 03/11/2007 | Permalien

(je suis le prof du secondaire du début)
A mon avis votre lecture à tous les deux du discours de Finkielkraut sur l'éducation est réductrice. Dans tous les cas, et c'est aussi ce que fait la prof de français invitée à cette émission, apparemment, il y a bien sûr un effort pour transmettre quelque chose, faire réfléchir l'élève, l'amener à bon port, etc. Peut-on imaginer un prof qui ne tienne aucun compte du public qu'il a en face ? Quelle que soit la façon dont il construit son cours, il ne faut pas schématiser à outrance la position des profs « républicains ».
A mon avis, de bonnes idées sont à piocher des deux côtés, et il faut se garder de toute position dogmatique en la matière, ne serait-ce que parce qu'il y a des élèves, voire des classes - et je ne parle pas d'origine ni forcément de milieu - avec lesquels telle démarche fonctionne et telle autre pas.

Portrait de Courageux anonyme

De

18H55 | 03/11/2007 | Permalien

En effet, il me semble que c'est cela la pédagogie, trouver et metttre en oeuvre la démarche, l'outil, qui conviendra à ces élèves-là, dans ce contexte-là.
De sorte qu'il est curieux que l'on persiste à raisonner, en France en termes de classe, de professeur seul dans sa classe, que l'on ne veuille pas entendre parler de groupes de niveau-matière éphémères (qui fonctionnent le temps nécessaire à une acquisition donnée,les élèves regagnant ensuite leur groupe de référence),de projets qui nécessitent le travail collectif des enseignants ? d'objectif(s). Car quel est le but de tout cela ? Boucler le programme ? Le professeur boucle sans doute son programme, mais ses élèves ? La réussite des élèves ? Mais qu'est-ce donc que réussir ? Qui peut répondre ? La réponse à cette question est pourtant primordiale car elle oriente, de fait, toute politique éducative. Alors ?
Nestor romero

Portrait de Courageux anonyme

De

13H52 | 03/11/2007 | Permalien

Pour être encore plus convaincant et efficace dans sa démarche, P. Meirieu devrait reconnaître et dénoncer lui-même les excès réels du pédagogisme dévoyé.

Portrait de Courageux anonyme

De

14H32 | 03/11/2007 | Permalien

Qui sont ?

Thomas GREDAT

Portrait de Courageux anonyme

De

10H33 | 04/11/2007 | Permalien

Prétendre que « le Savoir est présenté aux élèves comme une vache sacrée » est un mensonge et une absurdité ! Seuls des gens qui n'ont plus en face d'eux de vrais élèves (des gens qui se sont installés douillettement dans la posture dénuée de risque de « cherheurs en pédagogie ») peuvent se laisser aller à une pareille et aussi malhonnête déformation de la réalité. Car, sur le terrain, tous les enseignants de France et de nNvarre savent bien ( point n'est besoin pour cela de s'être infligé la très indigeste prose de Meirieu) que la b.a.ba du métier , c'est de mettre les connaissances « à la portée » des élèves, et que pour cela il faut pas mal d'imagination pédagogique. Cette pédagogie qui se fait tous les jours sur le terrain n'a pas besoin d'être « défendue » : elle existe. En revanche, casser les pieds constamment aux enseignants avec ce principe oraculaire et dictatorial selon lequel « l'élève qui ne découvre pas tout par lui-même est un élève que le professeur prend pour un entonnoir dans lequel il déverse son savoir et donc s'ennuie en classe », autrement dit interdire aux enseignants de faire appel à toutes les facettes de leur inspiration pédagogique y compris , quand ils le jugent nécessaire, un cours plus directif, affirmer que la transmission des connaissances est une violence faite aux élèves, c'est non seulement absurde, mais carrément de l'abus de pouvoir.
Alors que ceux qui - en général ils n'ont plus vu un élève réel depuis longemps ! - se complaisent à imiter la Mouche du Coche de notre bon la Fontaine (vous savez, cette Mouche qui s'agite beaucoup autour des six chevaux, qui les assomme de cris et de conseils pendant qu'eux tirent effectivement le Coche), que ces gens-là ne viennent pas se poser en victimes d'une mythique « pensée unique anti-pédago » contre laquelle il faudrait « résister ». Ils sont tout simplement victimes d'un agacement qui va croissant de la part des enseignants de terrain. Que les pédagogues de comptoir, les théoriciens autoproclamés et les donneurs de conseils en tous genres fichent donc une bonne fois la paix aux « vrais » professeurs !

Portrait de Courageux anonyme

De

18H08 | 04/11/2007 | Permalien

Ayant été maître auxiliaire dans l'enseignement public secondaire, j'ai suffisamment côtoyé les enseignants pour avoir l'audace de leur cracher dessus. Ce ne sont pas eux que je critique, mais l'institution scolaire. J'ai encore des élèves en cours particuliers, auxquels j'enseigne le français et/ou le latin. Si certains ont la chance de bénéficier de cours exceptionnels dispensés par des professeurs formidables, la façon dont je vois qu'on enseigne le français à d'autres m'autorise à formuler ces propos que vous jugez « malhonnêtes », ce qui ne regarde que vous.
Je termine actuellement mon mémoire pour devenir formateur pour adultes, et je m'ennuie, car tant que je ne l'ai pas terminé, je ne peux pas encore travailler, et les stagiaires me manquent. Je souhaite pouvoir continuer à donner des cours particuliers, car cette façon d'enseigner me permet d'être libre de ma pédagogie. Je mets avant tout l'accent sur la pédagogie, et je me moque de vos critiques.
Cordialement,

Thomas GREDAT

Portrait de Courageux anonyme

De

22H50 | 04/11/2007 | Permalien

Moi, ce que je constate, c'est qu - pour être clair - les professeurs qui s'obligent à enseigner en « séquences didactiques »,afin d » être parfaitement dans la ligne recommandée par les Mouches du Coche que j'évoquais ci-dessus, n'apprennent pour ainsi dire rien à leurs élèves, et que les collégiens qui ont subi deux ou trois ans de « séquences », par exemple en français, non seulement ne savent rien, mais encore ont pris le français en aversion.
Je me réjouis que vous soyez passionné, visiblement, par l'enseignement. C'est cela l'essentiel. Mais de grâce, cessez de penser à travers des slogans appris des « pédagogistes » (comme ce stupide « Savoir présenté aux gosses comme une vache sacrée », pensez par vous-même, raisonnablement ! Défaites-vous aussi de cette autre foutaise qu'est le « triangle pédagogique » de Houssaye ( encore un qui croit avoir inventé le fil à couper le beurre ! ), parce que cette théorie parfaitement vaseuse du « triangle » vous fait énoncer une autre insondable stupidité, à savoir que des enseignants en oublieraient un des côtés, « l'élève ». D'abord, cela n'arrive jamais, car l'enseignant a toujours un effet de retour qui lui permet d'ajuster son action, et d'autre part, l'image même du « triangle » est absurde - elle me rappelle cette autre foutaise qu'est « La constante macabre » d'Antibi -, car comment voulez-vous que, si l'enseignant est un des côtés du triangle et si le savoir est le second, l'eneeignant ne s'aperçoive pas qu'il manque un côté et que le triangle est resté ouvert ? Tout est comme ça chez les « pédagogistes » : on se laisse prendre à leurs théories qui n'ont que l'apparence de tenir debout, car en réalité elles ne sont que du vent.
Pourquoi précisez-vous que, comme vous dites, vous « mettez l'accent sur la pédagogie » ? A partir du moment où vous êtes passionné par votre métier et que vous avez assez d'intellgence et d'imagination pour trouver par vous-même les façons efficaces de transmettre à vos élèves les connaissances qui leur sont nécessaires,vous êtes ipso facto « pédagogue ». Autrement dit, cherchez seulement à être un bon professeur et vous serez un bon pédagogue, alors que si vous cherchez à être un « pédagogue », vous oublierez d'être professeur et vous moulinerez dans le vide ! Car il n'existe pas d'état de « pédagogue », sauf pour quelques Mouches du Coche » !
Enfin, concernant le livre de Meirieu, j'ajoute que l'objectif réel de Meirieu est de transformer l'enfant par l'école afin de le formater en vue de la société idéale telle que Meirieu a décrété, sans discussion, qu'elle devait être, ce qui est exactement la définition de l'« idéologie ».

Portrait de Nestor Romero

De Nestor Romero (auteur)

Ancien enseignant | 00H53 | 05/11/2007 | Permalien

Voilà, tout y est : les « vrais » enseignants, les « de terrain » (trente cinq ans en zones plus difficiles les unes que les autres : je peux prendre la parole, M'sieur ? ) et les faux, les mauvais, ceux « qui n'apprennent pour ainsi dire rien à leurs élèves », qui passent leur temps à étudier les livres de cette quarantaine de pédagogues cités par Meirieu et de bien d'autres encore car, que voulez-vous, ils ne sont pas « passionnés » ceux-là, ils n'ont pas assez « d'intelligence » ni « d'imagination » pour « trouver par eux-mêmes les façons efficaces de transmettre aux élèves… », ils ne sont pas géniaux, ils sont modestes, de sorte qu'ils tentent par tous les moyens de savoir ce qui s'est fait avant eux, ce qui se fait ailleurs aussi, ce qui se dit de l'éducation ici ou là, chez Jean Houssaye par exemple (s'agissant de philosophie, d'autorité et d'éducation), qu'ils ne méprisent pas, eux, sans jamais l'avoir lu.

Car, en effet, tout y est, disais-je, le mépris surtout, le mépris de l'autre, la qualification souvent insultante, ce procédé détestable (quand on n'a pas d'arguments on qualifie le contradicteur) qui rapelle de si mauvais souvenirs.

Tout, jusqu'à l'absurde, à moins que ce ne soit la pure aberration, cette « définition »

infantile de l'idéologie, aberrante, en effet.

Et puis le gros mensonge, qui ne manque jamais et qui consiste à laisser croire que tout le mal vient des pédagogues, de l'influence détestable qu'ils exerceraient sur les enseignants, alors que, ce qui est vrai, c'est qu'ils n'ont qu'une très faible influence.

Ce qui est vrai c'est que l'immense majorité des enseignants continue à pratiquer cette (je n'ose dire) « pédagogie » du professeur seul dans sa classe, cette « pédagogie » du « je parle, tu écoutes », c'est-à-dire précisément cette « pédagogie » préconisée par les pourfendeurs de la…pédagogie.

Ce qui est vrai, c'est que l'immense majorité des enseignants n'éprouve nul besoin d'ouvrir un livre traitant d'éducation tant est ancrée dans l'esprit de chacun cette idée funeste, exprimée une fois de plus ci-dessus, selon laquelle il suffirait, pour bien transmettre, de passion, d'imagination…etc. Quel besoin d'apprendre alors, puisqu'il suffit… ?

Ce qui est vrai, enfin, c'est que la cause essentielle de la situation dans laquelle se trouve l'institution éducative réside dans cette pratique obstinée du « professeur seul dans sa classe » et du « je parle, tu écoutes ».

Et la question qui se pose est la suivante : comment se fait-il que tant d'enseignants persistent dans cette attitude dont ils éprouvent (particulièrement dans les « zones ») quotidiennement, dans leur chair, la nocivité ?

A votre avis ?

Bien cordialement.

N.

Portrait de Courageux anonyme

à Nestor Romero Portrait de Nestor Romero De

01H07 | 05/11/2007 | Permalien

Si j'osais une réponse, je dirais : parce que c'est, le plus souvent, ce que l'on a connu de l'enseignement depuis, au moins, les hussards noirs. Dans notre inconscient collectif, malgré nous, le maître est celui qui sait. Tout enseignant, volontairement ou non, a intégré ce schéma.
Apprend-on à écouter ? C'est aussi ça, la pédagogie.

Thomas GREDAT

Portrait de Courageux anonyme

De

10H01 | 05/11/2007 | Permalien

Pour répondre à ces deux messieurs, qui me paraissent - qu'ils m'excusent - se repaître de balivernes et brasser du vent, je rappellerai que ce que les parents attendent des enseignants, c'est d'une part qu'ils possèdent parfaitement leur discipline, et d'autre part qu'ils aient l'art de la transmettre aux élèves (j'ai bien dit « l'art », car la pédagogie n'est pas une science). Donc ce n'est pas du tout « dans notre inconscient collectif, ni “malgré nous” que le “maître est celui qui sait”, mais que cela a été voulu ainsi par la nation, qui a besoin que les connaissances soient transmises de génération en génération. Mais vous avez toute l'ardeur du néophyte en “pédagogisme”, Thomas Gredat, et vous ne vous rendez pas compte que vous débitez des sornettes avec le plus grand sérieux. De même, comment pouvez-vous affirmer que les enseignants “n'écoutent pas leurs élèves” ? C'est ridicule, car ils ne font que cela à longueur de cours. Simplement, c'est sur le sujet du cours, et pas en l'air, pour le plaisir de bavarder. Alors je vous le dis très cordialement, ne vous barbouillez pas l'esprit avec la littérature indigente et indigeste des “pédagogistes”, que vous croyez être des maîtres à penser. Ils vous emmèneront dans des impasses.

Portrait de Courageux anonyme

De

11H56 | 05/11/2007 | Permalien

Ne vous excusez pas, c'est plutôt à moi de vous excuser.
Merci pour mon « ardeur néophyte », qui est donc intacte après huit ans de carrière !
Comment pouvez-vous affirmer que j'affirme que les enseignants n'écoutent pas leurs élèves ? La bonne volonté ne suffit pas toujours, mon expérience me l'a enseigné. Ce que je dis, c'est qu'écouter, cela s'apprend.
« Ne vous barbouillez pas l'esprit avec la littérature indigente et indigeste des “pédagogistes” que vous croyez des maîtres à penser ». Le jeu de mots est habile. Pour le reste : qu'en savez-vous ? Savez-vous ce que je lis ? Et si même j'ai lu ces « pédagogistes », et s'ils sont mes « maîtres à penser » ? Votre acharnement à croire qu'on ne peut pas penser différemment de vous sans que ce soit sous influence prouve votre difficulté à accepter l'opinion d'autrui. Quand je vous disais qu'écouter s'apprend !
Vous m'avez conseillé de penser par moi-même. Ce conseil, je vais le suivre. Et pour commencer, je ne tiens aucun compte de vos remarques. Avouez que c'est un pas vers l'autonomie !

Thomas GREDAT

Portrait de Nestor Romero

De Nestor Romero (auteur)

Ancien enseignant | 11H13 | 05/11/2007 | Permalien

Tout, disais-je,voici la suite : des considérations (balivernes et brasser du vent) en guise d'argumentation, et le savoir absolu de ce « qu'attendent les parents des enseignants, tous les parents, nest-ce pas ? C'est une caractéristique des “instructeurs” que de parler au nom des enseignants… de terrain, bien sûr, et des parents,de tous les parents, car ils savent eux, ils sont les seuls à savoir puisqu'ils ne cessent de le proclamer, c'est pourquoi il n'enseignent pas, ils assenent…
D'accord avec l'art, pourquoi pas ? Mais d'où vient cet art à ceux qui le possèdent ? Cela ne s'apprend-il pas l'art ? Est-ce purement inné l'art ? Mais mieux vaut sans doute ne pas trop se poser de questions comme ne cessent de le faire les pédagogues depuis des siècles, ce n'est pas confortable les questions. Mieux vaut prendre de haut tout interlocuteur, le traiter de “néophyte”, lui dire qu'il “débite des sornettes”, que ce qu'il dit est “ridicule”, etc.
Ah, j'oubliais, j'oubliais la nation (sans majuscule, bizarre…)“qui a besoin…”, car les instructeurs aiment à se réclamer de la Nation et ils savent, de science sûre, ce dont la “nation a besoin”.
Ils en savent des choses…

Portrait de Courageux anonyme

De

11H27 | 05/11/2007 | Permalien

Meirieu a suffisamment longtemps été proche du pouvoir en place pour que ses « idées » soient appliquées, notamment à travers les IUFM que l'on peut pratiquement considérer comme « son bébé ».
Au vu du résultat (catastrophique s'il en est), on peut dire qu'elles ont fait preuve de leur nocivité.
Cet individu qui ne doit son succès qu'à son talent de manœuvrier devrait être réduit au silence, son dernier « appel à la résistance » ayant plus que toute autre chose le caractère de l'hôpital qui se moque de la charité.
Passons sur le mépris de Meirieu envers les professeurs, sa conception totalitaire du rôle de l'école, son absolue nullité au plan universitaire : c'est en fait un aigri qui par l'intrigue a pris sa revanche contre tous ceux qu'il n'est pas parvenu à égaler en savoir ou en talent.

Portrait de Nestor Romero

De Nestor Romero (auteur)

Ancien enseignant | 12H39 | 05/11/2007 | Permalien

L'un des procédés les plus détestables employés par les instructeurs : l'attaque ad hominem. Point final pour ce qui me concerne. N.

Portrait de Courageux anonyme

à Nestor Romero Portrait de Nestor Romero De

20H15 | 05/11/2007 | Permalien

La paille et la poutre, ça rappelle quelque chose à votre inconscient ?

Portrait de Courageux anonyme

De

12H47 | 05/11/2007 | Permalien

Thomas Gredat, vous avez écrit : « Dans notre inconscient collectif, malgré nous, le maître est celui qui sait. Tout enseignant, volontairement ou non, a intégré ce schéma. » Ce n'est pas « dans notre inconscient collectif », mais dans notre « conscient ciollectif ». Ce n'est pas « malgré nous », ni « involontairement », mais volontairement , et c'est très bien comme ça. vous préférez peut-être un « maître qui ne sache rien » ? Vous avez l'air de regretter que le maître soit « celui qui sait »,et je trouve ce regret assez bizarre, pour ne pas dire stupide.
Vous vous défendez d'être imbibé des pensées « , mais cette méfiance devant le maître (parfaitement mythique d'ailleurs) qui “enfournerait les connaissances dans la tête des élèves comme dans un entonnoir” et ainsi les aliène à eux-mêmes vous vient directement de l'imagination de Meirieu. Vous qui me paraissez être un gars bien et soucieux de bien faire son travail, vous n'avez pas pu inventer une telle ânerie.
démériolisez-vous la tête, vous serez un meilleur professeur.

Portrait de Courageux anonyme

De

17H46 | 05/11/2007 | Permalien

S'il vous plaît, maître qui savez, apprenez-moi à être un meilleur professeur ! Et dites-moi comment vous savez que c'est ainsi qu'on fait !

Thomas GREDAT

Portrait de Courageux anonyme

De

20H17 | 05/11/2007 | Permalien

Commencez par apprendre à lire. Il vous a dit : « démériolisez-vous la tête, vous serez un meilleur professeur », faite-le et cela suffira pour la première leçon.
La seconde aura lieu dans quelques années.

Portrait de Courageux anonyme

De

20H32 | 05/11/2007 | Permalien

Ce n'est pas à vous que j'ai posé la question. Vous travaillez dans l'enseignement ? La formation ? Ce n'est pas vous qui parliez de la paille et de la poutre ? En ce qui vous concerne, vous avez eu raison !

T. G.

Portrait de Courageux anonyme

De

20H20 | 05/11/2007 | Permalien

Visiblement, vous ne savez pas lire, il vous l'a dit : « démériolisez-vous la tête, vous serez un meilleur professeur ». Facile, non ?
Pas besoin d'autre leçon.

Portrait de Courageux anonyme

De

12H50 | 05/11/2007 | Permalien

Vous vous défendez, Thomas Gredat, d'être imbibé des pensées « profondes » et creuses des « pédagogistes », mais cette méfiance, etc.

Portrait de Courageux anonyme

De

15H18 | 06/11/2007 | Permalien

Qu'est-ce qu'un bon professeur, Thomas Gredat ?
Eh bien, c'est quelqu'un :
1) qui s'efforce de s'exprimer en toute occasion dans la langue la plus claire, la plus simple et la plus accessible possible - c'est normal , puisque c'est un homme de communication -, donc déjà, c'est quelqu'un qui ne ressemble pas à Meirieu ;
2) qui s'est pris de passion pour une ou deux matières qu'il a étudiées à fond et qu'il domine parfaitement ; à l'école primaire, ce sont les bases de beaucoup de matières qu'il faut dominer, donc il faut être véritablement passionné par la connaissance ; en effet, sa mission sera de transmettre ses propres connaissances aux élèves en les adaptant à leur âge et en suivant les programmes ;
3) qui trouve exaltant de transmettre aux jeunes générations ce qu'il a lui-même reçu, parce qu'il n'y a rien de plus beau que de voir les enfants se passionner à leur tour pour la connaissance ; le professeur doit donc avoir la « passion d'expliquer », et la patience de réexpliquer sans cesse ; c'est d'ailleurs cela le critère absolu pour le choix de ce métier ;
4) qui se garde bien de se faire le camarade des élèves et de rechercher une quelconque popularité auprès d'eux, parce qu'il a lu La Bruyère, qui déclare dans les Caractères que « l'enfant cherche par nature le point faible de son éducateur » ; par conséquent, le professeur doit être quelqu'un qui sait marquer fermement les limites quand il le faut, qui sait que les enfants ne sont pas des adultes, et qui doit savoir se faire respecter ;

Voilà ! Ce n'est pas plus compliqué que cela ! Et c'est déjà tout un programme.
Après, c'est à vous de le mettre en oeuvre selon votre personnalité, d'organiser votre travail selon votre conscience et votre inspiration. Comme pour tous les métiers, c'est avec l'expérience qu'on domine de mieux en mieux celui-ci. Il y aura encore quelques « trucs » à apprendre, du genre « ne jamais élever la voix », « ne jamais crier » ( évidemment),« ne pas hésiter à punir tout de suite si une consigne de discipline n'est pas respectée » (histoire d'être crédible), « ne pas crier à la cantonnade de se taire à un groupe qui chahute, car ce sera sans effet, mais en sortir un élève au vu de tous et le sanctionner », etc.

J'ajoute que si les quelques points ci-dessus vous paraissent « trop simples », si vous trouvez qu'il n'y a pas assez de théorie, de bla-bla pompeux à prétention « scientifique », de d'interrogations à n'en plus finir sur le sexe des anges, de coupage de cheveux en quatre, de mots à rallonge, de remise en cause perpétuelle de tout et son contraire pendant que le compte en banque, douillettement alimenté, ne cesse ne s'épaissir, alors on ne peut rien pour vous : faites-vous plutôt « chercheur en pédagogie » !

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