17/03/2010 à 20h03

Trois députés UMP disent leur blues malgré les ordres de Fillon


Le Premier ministre leur demande de se taire, mais ils ne veulent pas être « dans le déni » de « l'échec » des régionales.


Marie-Anne Montchamp, Lionnel Luca et Georges Tron (Reuters, blog de Georges Tron)

« Ce qui n'a pas fonctionné, c'est la sortie de crise » ; « le RSA, c'était le programme de Mme Royal, ce n'était pas celui de Nicolas Sarkozy » ; « l'UMP n'est que le copié-collé de l'action gouvernementale »... Malgré l'injonction de François Fillon, les langues continuent de se délier : trois députés UMP réagissent sur Rue89.

Le Premier ministre l'a pourtant fait savoir mardi devant le comité de la majorité  : les esprits contrariants sont sommés de ne pas se manifester. Même si les suffrages de toute la majorité présidentielle (UMP, Nouveau Centre et alliés, 26,3%) ont été inférieurs à ceux du seul Parti socialiste (29,5%) au premier tour des élections régionales, prière de se taire :

« Nous avons encore beaucoup de sujets à régler, mais nous devons les régler ensemble. Ceux qui choisissent l'entre-deux-tours pour formuler des critiques sur l'action du gouvernement ou leur formation politique, ce ne sont pas des caractères bien trempés. »

« Nicolas est entouré par des autistes ou des béni-oui-oui »

En privé, François Fillon n'en pense cependant pas moins, comme le rapporte Le Canard Enchaîné ce mercredi. Tel cet emportement dès les résultats connus dimanche soir :

« Nicolas est entouré par des autistes ou des béni-oui-oui qui le confortent dans son refus de voir la réalité. On paie plein pot les conneries de Besson. Ce n'est pas faute pourtant d'avoir tiré la sonnette d'alarme. »

Si les ministres respectent la consigne à la lettre (dix-neuf d'entre eux sont d'ailleurs également candidats aux régionales), ce n'est pas le cas de tous les membres de la majorité. Dès lundi, des voix discordantes se sont faites entendre.

Pour Rue89, trois députés UMP continuent d'exprimer leur refus d'être « dans le déni » de « l'échec » de la majorité au premier tour des élections régionales. Dans trois interviews, ils en expliquent les causes et livrent les clés pour y remédier.


Georges Tron (site de Georges Tron)

Georges Tron : « Pas de réserve de voix »

Le député de l'Essonne refuse de mettre la contre-performance de la droite dimanche uniquement sur le dos de l'abstention, blâmant la stratégie d'union des diverses formations dès le premier tour : « Nous sommes à court de réserve de voix. »

Il estime aussi que c'est l'action de l'exécutif durant la « sortie de crise » qui l'a plombé :

« Les Français ont le sentiment d'une forme d'inéquité dans la répartition des efforts et dans la répartition des difficultés et des souffrances. »

L'interview de Georges Tron (texte et son)


Lionnel Luca (Reuters)

Lionnel Luca blâme « l'ouverture systématique à gauche »

« On ne peut pas se contenter de dire que ce n'est pas un échec gouvernemental », assène l'élu des Alpes-Maritimes.

Il se fait aussi l'écho des militants lassés des largesses élyséennes faites à la gauche, et s'en prend à certaines mesures symboliques :

« Le RSA, c'était le programme de Mme Royal, ce n'était pas celui de Nicolas Sarkozy. »

L'interview de Lionnel Luca (texte et son)


Marie-Anne Montchamp (Reuters)

Marie-Anne Montchamp : « La sécurité, ça va, on a compris »

Pour la parlementaire d'origine corrézienne, ancienne secrétaire d'Etat de Jacques Chirac, « quand le parti majoritaire n'est que le copié-collé de l'action gouvernementale », on limite la capacité d'expression politique ».

Elle estime aussi que le gouvernement et le Président ont un peu trop tiré sur la corde de l'insécurité. Une pause dans les réformes ? Pourquoi pas, mais pas dans tous les domaines :

« Dans certaines réformes, oui. Je pense qu'on a beaucoup parlé de sécurité, ça va, on a vu, on a compris. Sur la question sociale, il me semble que ce n'est pas le moment. »

L'interview de Marie-Anne Montchamp (texte et son)

Georges Tron

« Pas de réserve de voix »

Que pensez-vous du recadrage de François Fillon ?

« Je ne suis pas certain que donner le sentiment qu'aucun message n'est passé de la part de l'électorat et qu'il n'y a rien à en tirer comme leçon de la part du gouvernement soit la meilleur façon de mobiliser l'électorat. » (Ecouter la réponse intégrale)

Audio file

Tron_1.mp3

Quelle est votre analyse des résultats du premier tour des régionales ?

« Ce sont des résultats qui sont évidemment très décevants et ils ne le sont pas simplement parce que l'abstention est forte. (...) Le paquet global de la majorité républicaine est aujourd'hui inférieur à 30% et, dans une élection à deux tours, nous sommes à court de réserve de voix. » (Ecouter la réponse intégrale)

Audio file

Tron_2.mp3

Qu'est-ce qui n'a pas fonctionné dans la politique du gouvernement ?

Le président de la République et le gouvernement ont été très actifs [pendant la crise] et ils en ont été crédités dans l'opinion publique. Ce qui n'a pas fonctionné, c'est la sortie de crise. (...) Les Français ont le sentiment d'une forme d'inéquité dans la répartition des efforts et dans la répartition des difficultés et des souffrances aujourd'hui. » (Ecouter la réponse intégrale)

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Tron_3.mp3

Introduction
Lionnel Luca blâme « l'ouverture systématique vers la gauche »
Marie-Anne Montchamp : « La sécurité, ça va, on a compris »

Lionnel Luca

Contre « l'ouverture systématique à gauche »

Comment interprétez-vous les résultats du premier tour des régionales ?

« Je l'interprète comme un échec pour la majorité. (...) Il a des choses qui gâchent un petit peu le paysage de notre majorité, à savoir l'ouverture systématique vers la gauche ou des réformes qui n'étaient pas spécialement demandées comme la taxe carbone. » (Ecouter la réponse intégrale)

Audio file

Luca_1_0.mp3

Les personnes sont-elles en cause ? 20 ministres sur 39 sont candidats...

« On ne peut pas se contenter de dire que ce n'est pas un échec gouvernemental, que ce serait un échec pour les présidents de région... Ça n'a pas de sens ! Il y avait une forte implication des ministres. (...) Je ne parlerais pas d'échec de l'action gouvernementale, cela veut dire simplement qu'elle n'est pas lisible. » (Ecouter la réponse intégrale)

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Luca_2_1.mp3

Que faut-il faire pour remédier à ce problème de lisibilité ?

« Il ne faut pas s'emmêler les pieds dans le tapis pour faire plaisir à la gauche. Le RSA, c'était le programme de Madame Royal, ce n'était pas celui de Nicolas Sarkozy. (...) Et puis toutes ces nominations à ne plus savoir qu'en faire crédibilisent la gauche et rendent très difficile le combat pour ceux qui soutiennent le Président. » (Ecouter la réponse intégrale)

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Introduction
Georges Tron : « Pas de réserves de voix »
Marie-Anne Montchamp : « La sécurité, ça va, on a compris »

Marie-Anne Montchamp

« La sécurité, ça va, on a compris »

Les mauvais résultats sont-ils imputables au gouvernement ou à l'UMP ?

« Je pense qu'il fallait être extrêmement courageux pour être ministre candidat en 2010, une élection en milieu de mandat, une élection sur fond de crise. (...) Là où on n'est plus léger, c'est sur le plan de la formation politique, qui s'est confondue avec l'exécutif.

Quand le parti politique n'est que le copié-collé de l'action gouvernementale, on limite la capacité d'expression politique. » (Ecouter la réponse intégrale)

Audio file

Montchamp_1.mp3

Comment l'exécutif doit-il réagir à l'issue de ces élections régionales ?

« Ce qui me semble extrêmement important, c'est de ne pas être dans le déni. (...) Le risque, c'est quand on dit aux électeurs que, quoi qu'ils fassent, les choses sont décidées d'avance. Ça me semble juste impossible dans un cadre démocratique ordinaire. (...)

Il faut se préparer à aborder les questions que les Français se posent. Il va y avoir la question des retraites, la question des finances sociales... Ces questions ne sont pas des questions subsidiaires. (...) Il faut que nous soyons capable de maintenir notre système social. » (Ecouter la réponse intégrale)

Audio file

Montchamp_2.mp3

Faut-il bientôt faire « une pause » dans les réformes, comme annoncé ?

« Dans certaines réformes, oui. Je pense qu'on a beaucoup parlé de sécurité, ça va, on a vu, on a compris. Sur la question sociale, il me semble que ce n'est pas le moment. » (Ecouter la réponse intégrale)

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Montchamp_3.mp3

Introduction
Georges Tron : « Pas de réserves de voix »
Lionnel Luca blâme « l'ouverture systématique vers la gauche »

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  • Xavier Denamur
    Xavier Denamur
    Restaurateur
    • Posté à 20h12 le 17/03/2010
    • Internaute
      Restaurateur

    No comment.
    à olivier p De Xavier Denamur

    Restaurateur | 18H13 | 12/09/2009 |

    Je vous rejoins sur beaucoup de choses, permettez-moi de vous rapporter une petite anecdote.
    Pas plus tard qu'hier, sur le chemin de la fête de l'Humanité, un ami me disait qu'il espérait plus dans l'implosion de la droite gouvernementale qu'à l'avènement d'une opposition rassemblée et crédible. Je lui ai opposé l'argumentation de votre dernier paragraphe à laquelle j'ai rajouté que l'émergence d'un leader indispensable pour mener ce changement radical dans la manière de gouverner la France se ferait naturellement avec le temps.
    Les idées doivent précéder les véhicules qui vont les relayer et le leader qui pourrait les incarner. Le PS devrait adopter une telle démarche pour fédérer autour de lui une vaste opposition à la politique gouvernementale désastreuse pour l'avenir de notre pays et de l'Europe.

  • favola
    • Posté à 20h19 le 17/03/2010

    Faut arrêter..... Les politiques de gauche participant au gouvernement UMpiste ont tous fait allégeance à Sarkosy et n'ont absolument pas fait une politique de gauche ! ! Ils ont appliqué à la lettre les idées de droite....
    Le gouvernement Sarkosyste est le plus à droite que nous ayons eu depuis Pétain ! ! ! !
    Massacre des acquis sociaux, démantèlement des services publiques, des classes sociales éreintées (on n'a quasi plus de classe moyenne.... descendue d'un cran... côté pauvres...), copinage (Sanofis, Epad etc....), distribution de l'argent public aux banquiers, des postes de flics sup par millier, main mise sur les médias à la Berlusconi etc, etc.....

    Donc, arrêtez de nous baratiner avec « C'est la faute à l'ouverture à gauche », c'est faux ! ! !
    La baffe aux régionales est dûe au fait que le peuple français ne retrouve absolument pas dans la politique de Sarkosy ses valeurs de base (droits de l'homme, acquis sociaux, politique bling bling, vulgarité, incompétence des ministres etc, etc....)....
    Et à un moment, ben ça suffit ! ! !

    Et ce moment est arrivé ! ! !
    Mais mieux vaut un bon aller-retour dans la gueule qu'une lame de guillotine ! ! ! !

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 20h19 le 17/03/2010
    • Internaute
      non connue

    « Les Français ont le sentiment d'une forme d'inéquité dans la répartition des efforts et dans la répartition des difficultés et des souffrances. »

    Le « sentiment », je l'ai tous les jours à table, au fond de l'assiette. Curieux comme un sentiment peu paraitre réel...

  • Airinys
    • Posté à 20h38 le 17/03/2010
    • Internaute

    Bravo pour le courage d'oser s'exprimer librement.
    On sait à quel point c'est pas évident à l'UMP.

    En même temps un parti qui ne sait pas discuter en interne et dont les fissures sont obligées de s'étaler au grand jour, n'a pas tellement d'avenir. C'est un socialiste sevré de guerre intestine qui parle.

  • muji
    • Posté à 01h02 le 18/03/2010

    MERCI BESSON !

  • CORTÉ
    • Posté à 11h59 le 18/03/2010
    • Internaute

    Les gens ont écouté les conseils de Sarkozy, ils ont voté socialiste.

    Il faisait le malin en se proclamant « directeur des ressources humaines du PS »