15/03/2010 à 14h04

La marque Le Pen a-t-elle remplacé la marque FN ?


Avec un score de 11,5%, le Front national se porte bien. Marine Le Pen est-elle en train de rénover le parti frontiste ? Décryptage.



Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen à l'université d'été du Fn à Evian, en septembre 2008 (Audrey Cerdan/Rue89)

Les résultats du premier tour placent le parti d'extrême droite à son niveau des années 90. Est-ce le prélude d'un tournant historique du FN ? Marine Le Pen va-t-elle s'imposer à la tête du parti ? Comment ? Tour d'horizon en quatre points.

1Les résultats des régionales 2010

Si le Front national ne retrouve pas son lustre de 2004 (14,7% au premier tour des régionales), il parvient à franchir le seuil fatidique des 10% dans 12 régions sur 22 en métropole :

  • 20,9% en Provence-Alpes-Côte d'Azur (Jean-Marie Le Pen)
  • 18,31% en Nord-Pas-de-Calais (Marine Le Pen)
  • 15,89% en Champagne-Ardenne
  • 15,81% en Picardie
  • 14,87% en Lorraine
  • 14,01% en Rhône-Alpes (Bruno Gollnisch)
  • 13,49% en Alsace
  • 13,14% en France-Comté
  • 12,67% en Languedoc-Roussillon
  • 12,04% en Bourgogne
  • 11,79% en Haute-Normandie
  • 11,21% dans le Centre

Politologues et sondologues l'ont souligné : la France est coupée en deux. A l'Ouest, celle qui refuse les idées de Jean-Marie Le Pen ; à l'Est, celle qui accepte celles de Marine Le Pen. Chacun ayant son fief électoral : elle au Nord, lui au Sud.

Ce partage n'a rien de nouveau. Lors de la présidentielle de 2002, comme le rappelle ce document de l'INA, le découpage Est/Ouest est déjà là. (Voir la vidéo)

2

La réussite stratégique de Marine Le Pen

En fidèle adepte d'Antonio Gramsci (la victoire idéologique précède la victoire politique), Marine Le Pen semble avoir réussi à imposer son tempo au FN, pour rompre en douceur avec les excès paternels. En clair :

  • pas de dérapages verbaux dont son père est coutumier ;
  • accentuation des thèmes socio-économiques par rapport aux thèmes sécuritaires ;
  • ouverture à la diversité française (s'ils travaillent et s'intègrent, les immigrés sont les bienvenus) ;
  • halte à la multiplication des chantiers de mosquée (le rempart culturel est le dernier thème radical).

Heureusement pour elle, la crise économique est aussi arrivée au bon moment, redonnant du crédit à un discours creux. Cet effet est particulièrement visible dans le bassin minier du Pas-de-Calais où le FN surclasse l'UMP dans de nombreuses zones.

Là encore, ce tournant a été amorcé dès la campagne présidentielle de 2007. Notre blogueuse Christiane Chombeau le détaillait, en novembre 2007, à travers son livre « Le Pen, fille&père ». (Voir la vidéo de nos archives)

Avec le score de ce dimanche, Marine Le Pen a donc conquis la « légitimité militante » qui lui manquait encore il y a deux ans. Notamment auprès des cadres du parti, même si ce dernier doit encore faire face à de grosses difficultés financières.

3

L'incertitude tactique : être un parti de gouvernement ou pas ?

En positionnant le parti sous un angle rénové, Marine Le Pen va donc se trouver face à un double défi :

  • en interne, elle doit désormais à la fois se débarrasser de son dernier rival (populaire, Bruno Gollnisch fait 14% en région Rhône-Alpes) et de l'ombre tutélaire de son père ;
  • en externe, elle doit envisager la possibilité de transformer sa formation politique en parti de gouvernement.

Une perspective que Christiane Chombeau soulevait déjà en 2007 :

« Elle est sincère lorsqu'elle dit que le FN peut être un parti de gouvernement. [...] Il faudra aussi que la droite accepte de prendre le FN pour allié. »

L'UMP va-t-elle décider de se tourner vers sa dernière réserve de voix possible ? Une partie du débat sera tranché dès cette semaine, à travers de possibles alliances électorales d'après second tour afin de conserver certains exécutifs régionaux, pour que la droite évite la sanction d'un grand chelem de la gauche.

4

La logique : changer le nom du Front national et virer le père

Pour les meilleurs observateurs de l'extrême droite, Marine Le Pen est en train de réussir la mue du FN. Bruno Larebière, rédacteur en chef de l'hebdomadaire Minute, le dit sans ambages dans Le Monde :

« La marque FN est morte, et Marine Le Pen a réussi à transformer la marque Le Pen en marque Marine. C'est pour cela que l'idée d'un changement de nom du parti lui trotte dans la tête. »

Changer le nom du parti ? Un peu comme de nombreux partis communistes ont abandonné leur appellation après l'effondrement du bloc de l'Est. Une perspective envisageable, estime aujourd'hui Christiane Chombeau, mais loin d'être évidente :

« Le FN est complètement attaché au nom de Le Pen. Peut-elle le faire décrocher de cette tradition ? Si le père est encore là, ça va être compliqué. Il faut qu'elle fasse cette opération renouveau au moment du congrès qui, initialement, était prévu avant les élections régionales. Marine Le Pen veut faire de ce congrès un moment symbolique, couplé à la présidentielle.

Le problème est qu'elle n'est pas en situation de bousculer son père après le score obtenu en Paca. C'est donc lui qui donnera le tempo... et il est capable de vouloir faire un dernier tour de piste en 2012. Changer de nom et d'orientation n'a de sens que si le père s'en va. »

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  • Pierrrrre
    Pierrrrre
    Le marché autant que possible, (...)
    • Posté à 14h09 le 15/03/2010
    • Internaute
      Le marché autant que possible, (...)

    ► Et hop là... on nous retartine un petit coup de pub pour le Front National ,

    ...c'est qu'il faut penser au 2ème tour,

    ..histoire que ses électeurs ne l'oublient pas,

    ...qu'il puisse piquer quelques voix à la droite,

    ...et aussi que les électeurs de gauche se mobilisent contre le moulin à vent ressorti pour la circonstance.

  • gensho
    gensho
    étudiant
    • Posté à 14h26 le 15/03/2010
    • Internaute
      étudiant

    Le score du FN est assez inquiétant. 12% à seulement 0,3% d'Europe Ecologie. Le FN se pose comme la 4ème force française et la deuxième de la droite (je prends une conception élargie de la droite) aux élections locales.
    Je crains fortement que Marine LePen arrive à renforcer le FN en étant moins caricaturale que son père. Toutefois l'absence de dérapage peut conduire à un manque de visibilité du FN. Elle peut le renforcer en le transformant en parti de droite extrême, mais cela s'accompagnerait de la perte du soutien d'une partie de l'extrême droite. Le calcul est donc délicat. Néanmoins, globalement le débat démocratique en sortirait renforcé.Et par conséquent, montrer les dangers du FN serait plus facile. Transformer le FN en parti de gouvernement, c'est signer sa fin. J'approuve.

  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 14h57 le 15/03/2010
    • Internaute
      Déchoukeur

    Le plus inquiétant pour le pouvoir et les médias c'est la montée de l'abstentionnisme. Remarquez le silence minéral du Rue89 à ce sujet.
    On ressort l'épouvantail de l'extrème-droite comme après chaque élection ou presque avec force de médiatisation sur le FN.
    Si l'on regarde son score, cependant, il est d'autant moins important que le taux de participation a été faible.
    Mais il faut à tout prix tenter d'insufler « un sursaut républicain » pour tenter de convaincre les abstentionnistes d'aller voter.
    Quant au programme du FN, lisez bien et constatez : cela fait déjà un certain temps qu'il est mis en application.

  • inuit
    • Posté à 15h00 le 15/03/2010

    nouveau nom : chrétiens démocrates ?
    On normalise le discours, centré sur du nationalisme chrétien. On martèle les mots république et démocratie. Quelques (petits) dérapages pour se rappeler au bon souvenirs des xénophobes. Et c'est de nouveau 15 % en 2012...

  • Batouri
    • Posté à 15h25 le 15/03/2010

    Avec nos « analystes » politiques, on aura tout entendu. Cette opération de respectabilité que l'auteur de l'article est entrain de mener pour acceptabiliser la fille de son père est comme du fil blanc brodé sur le noir. Pour orbiter Marine contre Bruno et dans le même temps donner une image de respectabilité à celle qui a déjà fait allégence, on essaie de nous vendre le score national du FN aux régionales comme étant l'oeuvre politique de la dernière des Le Pen. Et pour cela, on sort 3 arguments :
    1) La réussite stratégique de Marine ;
    2) Sa volonté de faire du FN, un parti de gouvernement ;
    3) La volonté de changer le nom du parti pour liquider l'héritage idéologique de papa.
    Examinons ces trois points.
    Si effectivement on admet que toute victoire politique est toujours précédée d'une victoire idéologique, force est de constater que tel n'est pas le cas avec le score du FN des régionales. Le débat sur l'identité nationale, tel que décliné par Sarkozy, est un facteur très important pouvant expliquer le vote pour le front. Tout le discours et l'ambiance de haine créés par Sarko a fortement contribué au score frontiste. Qui a dit que le FN était mort ? En réalité, avec l'accession de Sarko au pouvoir, ce sont les idées FN et non la structure politique en elle-même qui est au pouvoir. Donc, le score du FN est conforme à la réalité sociologique. Le FN n'est pas seulement une structure politique. C'est avant tout, un ensemble d'idées, une somme idéologique. Quelle différence fondamentale est possible entre les sommes idéologique UMPFN ?
    Le choix de la fille Le Pen, pour le Nord pas-de-calais, n'est pas fortuit. C'est un bastion traditionnel du FN ; comme l'est aussi le 7è arrondissement de Paris pour Rachida. Donc, aucun bravoure, ni pour elle, ni pour son père. De surcroît, par rapport à B. Gollnisch, elle est tout le temps dans les médias de l'oligarchie.
    Le FN n'est pas un nom. Mais un certain nombre d'idées

  • marousan
    • Posté à 15h32 le 15/03/2010

    Mr Servenay, je vous trouve beaucoup de tempérance avec ce triste parti qui dans le passé nous a souvent choqué tant par ses propos que par son jeux politique.

    Êtes-vous bien certain que Marine LePen ait tant d'influence que cela dans son parti ? J'en doute fortement.

    Quoi qu'il en soit je trouve votre article trop pro-FN à mon goût.

    Vous encensez presque ce parti qui n'a de national que sa triste dénomination et qui constitue un bastion de fascisme pour de nombreux français dont je fais partie.

    Ce n'est pas parceque l'on repeint une maison que ses fondations pourries s'en trouvent améliorées.

    Cdt,

  • Tibokaya
    Tibokaya répond à ecor1
    Jeune flegmaticien mayennais
    • Posté à 16h02 le 15/03/2010
    • Internaute
      Jeune flegmaticien mayennais

    Salut à vous, Camarades !

    La France du FN à plus de 10% :

    Lien

    Socialement,

  • theshadedcucumber
    • Posté à 20h00 le 15/03/2010

    Je ne suis pas certain que ce type de comparaison soit très judicieux. Si on le fait, on aboutit à ça :

    Européennes :
    UMP : 4 799 908
    PS : 2 838 160
    EE : 2 803 759
    Modem : 1 455 841
    FdG : 1 041 911
    FN : 1 091 691
    NPA : 840 833

    Régionales :
    UMP : 5 066 826
    PS : 5 673 918
    EE : 2 372 340
    Modem : 817 608
    FdG : 1 137 153
    FN : 2 223 760
    NPA : 662 199

    En clair, les deux grands vainqueurs de l'élection seraient le PS et le FN (pour le coup, c'est assez juste). Les grands perdants seraient EE et le Modem. L'UMP progresserait en nombre de voix (avec moins de voix, on les avait vu bien résister aux européennes).

    Bref, tout ça pour dire que la comparaison en nombre de voix entre régionales et européennes n'est pas très judicieux....

  • rumpus
    rumpus
    friend/unfriend
    • Posté à 20h32 le 15/03/2010
    • Internaute
      friend/unfriend

    Votre découpage lepéniste est-ouest, c'est aussi un peu celui de l'abstension :

    Alors, Le Pen passe à cause des abstensionnistes ? (T'énerve pas, gelub, rien à voir avec les sionistes)