19/02/2010 à 11h27

Facebook et Twitter partout, mais que la Net campagne est fade...

Hervé Pargue | Pargatruk.fr


une capture d’écran de la page facebook de Valérie Pécresse (DR)

A chaque élection depuis maintenant près de dix ans, on proclame l’avènement du média Internet dans la campagne. En ce début d’année 2010, il y a fort à parier que les commentateurs nous expliquent qu’il s’agit de la première élection « 2.0 ». La présence en masse des candidats sur les deux principaux médias sociaux a toutes les chances d’accréditer cette formule pour experts et journalistes en mal de formule.

A contrario du médiatiquement correct qui se féliciterait de voir nos hommes politiques débarquer sur Facebook et Twitter sans dépasser ce simple constat, une étude publiée sur Pargatruk.fr s’est attaché à analyser les stratégies de présence des candidats PS et UMP. Les résultats de ce travail mené du 11 au 14 février sont peu glorieux.

Présence sur Twitter

Sur les 44 candidats étudiés, 29 sont présents sur Twitter soit les deux tiers. C’est le premier enseignement de cette étude : après les sites et les blogs, les candidats ont ajouté Twitter à leur panoplie de campagne. L’effet d’entrainement aidant, il est d’ailleurs fort à parier que d’ici la fin de la campagne, d’autres candidats débarqueront également sur Twitter.

Stratégie de « followers / followés »

La plupart des candidats ayant ouvert leur compte sur Twitter à l’occasion de la campagne, les chiffres de followers ne sont pas encore significatifs. L’étude par pudeur a choisi de ne pas les recenser. Côté stratégie de suivi (personnes suivies) notons que dans leur majorité les candidats ne suivent que très peu de monde voir personne. Outre que le fait qu’une telle posture soit maladroite, elle trahit leur posture : les candidats sont là pour relayer leur agenda de campagne pas pour écouter. Une telle posture a peu de chance de donner beaucoup de résultat en recrutement de followers.

Présence sur Facebook

Sur les 44 candidats étudiés, 43 sont présents sur Facebook, soit une écrasante majorité. 24 candidats sont présents par l’intermédiaire d’une « fan page ». Douze sont présents par l’intermédiaire d’un profil perso, neuf par l’intermédiaire d’un groupe. A noter : certains d’entre eux cumulent les dispositifs (profil perso, fan page, groupe)

Palmarès des candidats comptant le plus de soutien sur Facebook (tous dispositifs confondus) :

  • Ségolène Royal (PS Poitou-Charentes) avec une « fan page » comptabilisant près de 10 000 supporters. Notons tout de même que cette fan page n’est pas dédiée aux régionales, c’est le dispositif permanent de l’élue.
  • Caroline Cayeux (UMP Picardie) avec 3 800 amis
  • Valérie Pecresse (UMP Ile-de-France) avec 3600 supporters

Les candidats sont donc présents en nombre sur les deux principaux médias, ok mais pour y faire quoi ? Pas grand chose de neuf, malheureusement.

Des copier-coller en pagailles

Sur Facebook comme sur Twitter, la majorité se contente de copier coller liens vers leur site, communiqué de presse, interviews dans la presse et agendas de campagne.

Sur Facebook, les prises de paroles sur la forme comme sur le fond sont profondément ennuyeuses, sans style (ou style télex). Bref, rien qui ne corresponde au style d’échanges que l’on peut y voir habituellement.

Seul phénomène intéressant sur Facebook, la manière dont parfois, les sympathisants se saisissent du Wall d’un candidat pour prendre la parole et commenter la campagne, contribuant par là même à l’animer.

La bonne vieille logique « top > down »

A quelques très rares exceptions (ponctuelles) aucun candidat n’engage le dialogue avec les internautes sur ses pages Facebook ou Twitter. Les propos personnels sont l’exception et les réponses aux commentaires des internautes tout aussi rares.

Sur Twitter les RT sont très rares et les reply tout autant. Les profils ne suivent d’ailleurs en moyenne qu’un nombre très faible de personnes, preuve s’il en était besoin qu’ils ne sont pas là pour dialoguer ou même juste écouter mais avant tout pour « pousser » leurs infos.

En résumé, les candidats se contentent de relayer sur Facebook et Twitter les infos de campagne dans une bonne vieille logique « top > down » sans se soucier d’engager aucun dialogue avec leurs supporters et followers.

Du vieux avec du neuf

Malgré la nouveauté de ces outils (mais en fait, c’est peut être à cause) les candidats en arrivent à faire du vieux avec du neuf.

En fait, les candidats ne sont présents que parce qu’en cette année 2010, la dictature du médiatiquement correct contraint chacun à être présent sur les médias sociaux. Mais la démarche s’arrête là : y être. Pour faire comme les autres.

Aucun d’entre-eux ne semble avoir pris la peine d’élaborer une stratégie précise d’utilisation des plateformes (à part l’équipe de Vauzelle qui a positionné Facebook sur la com’ grand publique et l’usage de Twitter sur les relations presse...) .

Alors, dira-t-on, cette élection 2010 aura été la première à voir les candidats investir massivement les médias sociaux. Ils essuient les plâtres et ne peuvent que progresser. Moui, peut être. Quoique à bien y regarder... Le web existe en France depuis une bonne grosse douzaine d’années (1997).

Depuis toutes ces années les sites de candidats auraient pu/dû s’améliorer. Quand on voit la piètre qualité de la cuvée 2010, on est en droit d’être sceptique. Bref, cette élection régionale aura été l’année (zéro) des candidats sur Twitter et Facebook.

Sur les sites programmes et bilans plutôt absents

Sur les 44 candidats étudiés à ce jour, seul 18 d’entre-eux proposent à leurs visiteurs une rubrique dédiée au programme du candidat, soit moins de la moitié. A moins d’un mois du 1er tour de scrutin, n’est-il pas surprenant que la totalité des programmes des candidats ne soient toujours pas disponible sur leurs sites ? !

Vis à vis d’un internaute en quête d’infos, quelle crédibilité risque d’avoir un site de campagne qui à moins de 28 jours du scrutin n’est toujours pas en mesure de présenter les propositions du candidat pour la prochaine mandature ?

Sur les 22 candidats sortant étudiés, 17 proposent une rubrique bilan au moment de l’étude. Il s’en trouve donc cinq d’entre-eux (près d’un quart tout de même) pour ne pas juger utile de proposer une rubrique dédiée à leur bilan sur leur site de campagne.

Bref, si un électeur souhaite se renseigner sur le bilan du candidat sortant, il ne devra pas compter sur le site de campagne pour lui répondre ! Une telle conception de la communication politique sur le web me laisse plus que sceptique...

Aller plus loin
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  • Lictor
    Lictor
    informaticien
    • Posté à 11h49 le 19/02/2010
    • Internaute 68450
      informaticien

    Tout à fait, je trouve l’article très réducteur ! Elle ne présente que des politiques qui ont un usage purement publicitaire du net, voire qui le méprisent (cf. le site de Royal et ses déclarations).

    Pourtant, il y a de vrais exemples d’utilisation positive du net. Par exemple, on pourra se référer au cas de Patrick Bloche et d’autres députés pendant la bataille de l’Hadopi ! Certains utilisaient Twitter pour relayer les débats en quasi-temps réel. D’autres gardaient un contact serré avec les internautes pour remonter des arguments et des angles d’attaque dans le débat. Un peu comme le traité européen, la bataille contre l’Hadopi aura été un grand moment de démocratie numérique - étrangement à l’opposé de la finalité de cette loi...
    C’est à mon avis un cas nettement plus intéressant sur les liens politiques et numériques que la promotion de campagne via Facebook...

  • Piedo
    Piedo répond à papy55
    Assis
    • Posté à 12h07 le 19/02/2010
    • Internaute 43246
      Assis

    La campagne des primaires puis des présidentielles d’Obama a été très puissante en ligne, sur les réseaux sociaux notamment. Il doit, à l’évidence, une grande partie de sa victoire à l’utilisation qui a été faite de ces nouveaux médias.

    C’est très loin d’être anodin.

    Mais bon, la principale différence avec nos politiques à nous, c’est que l’équipe d’Obama a su se positionner sur ces médias et ne s’est pas contentée de les considérer comme un tuyau supplémentaire. Ils ont formulé une véritable stratégie web, ce qui est loin d’être le cas en France.

  • ErwannR
    ErwannR
    Consultant
    • Posté à 12h40 le 19/02/2010
    • Internaute 83421
      Consultant

    Rien qu’en école d’ingénieur pour des élections d’équipe dirigeante d’associations, on a des sites internet avec programme de la campagne, et idées des candidats. On a bien sur aussi un groupe ou une page facebook, animé comme un compte (bien plus qu’un simple agenda).

    Alors si une douzaine d’étudiant bénévole peuvent faire ça, et le faire bien, pourquoi des professionnels de la com n’en sont pas capable ?

    Une telle incompétence me laisse pantois.

  • Hervé Pargue
    Hervé Pargue
    Auteur(e) de l'article Pargatruk.fr
    • Posté à 13h14 le 19/02/2010
    • Internaute 105884
      Pargatruk.fr

    auteur de cette étude je tenais à rappeler le périmètre de celle-ci. je n’ai pas entrepris une étude exhaustive : en tant que individu, il ne m’était physiquement pas possible de passer tous les sites de tous les candidats en revue. j’ai donc choisi de traiter que les candidats PS et UMP et que les têtes de listes dans les 22 régions métropolitaine.
    c’est surement insuffisant, partiel, arbitraire, comme vous voudrez ; -) mais c’est mon choix.

    Par ailleurs, cette étude a été réalisé entre le 11 et le 14 février à J - 30 donc (enfin, J - 28 puisque le mois de février n’en compte pas plus !) Cette étude est donc une photographie à un moment donnée (le départ de la dernière ligne droite de la campagne).
    Depuis, les sites ont pu évolué, le nombre de followers et de supporters sur les réseaux sociaux également (j’espère pour eux !)
    Certains candidats ont finis par publier leur programme (il était temps, non , !)
    Bref, j’invite toutes celles et ceux intéressé par le sujet à replacer cette étude dans son contexte et avec le partis pris méthodo qui a été le mien
    CF le billet sur le sujet sur mon blog : Lien