16/07/2011 à 17h40

Pierret empêché d'être candidat à la primaire par « le clan Aubry » ?

Mathieu Deslandes | Journaliste Rue89

L’ex-ministre n’a pu déposer à temps les parrainages nécessaires, et se plaint des pressions de dernière minute sur ses soutiens.


Christian Pierret (Wikimedia Commons/CC)

Ce samedi matin, Christian Pierret inaugurait le nouvel office du tourisme de sa ville de Saint-Dié-des-Vosges, au bord de la Meurthe. Un peu de calme avant de provoquer de probables remous en bord de Seine.

L’ancien ministre de l’industrie de Lionel Jospin s’apprête en effet à saisir la Haute Autorité garante du bon déroulement de la primaire socialiste. Il le fera « lundi », annonce-t-il à Rue89. Il affirme qu’il a tenté de prévenir par téléphone Jean-Pierre Mignard, un des trois membres de cette instance, sans y parvenir.

Christian Pierret avait annoncé, le 25 septembre, sa volonté d’être candidat. Recalé faute de parrainages suffisants, il s’estime victime d’une « inégalité de traitement » :

  • le PS a accepté la candidature du président du PRG, Jean-Michel Baylet, sans le moindre parrainage. (« Je ne suis pas soumis aux règles qui s’appliquent aux candidats issus du parti, qu’il s’agisse des parrainages ou du calendrier », a expliqué au Monde le sénateur de Tarn-et-Garonne) ;
  • le PS aurait, selon Christian Pierret, « tout fait pour empêcher [sa] propre candidature ».

Pressions dans le Nord, le Doubs et l’Ardèche

La clôture du dépôt des candidatures était fixée au 13 juillet à minuit. Pour l’élu lorrain, tout s’est joué en deux heures.

Ce soir-là, le compte y est enfin. Après des jours entiers de démarchage téléphonique, Christian Pierret est parvenu à faire promettre à 16 maires de villes de plus de 10 000 habitants de lui apporter leur parrainage.

Qui parraine ?

Les candidats avaient le choix entre 4 formules pour se faire parrainer :

  • 17 parlementaires socialistes ;
  • 16 membres du Conseil national (le parlement du parti) ;
  • 100 conseillers régionaux ou généraux, issus d’au moins 10 départements et 4 régions ;
  • 16 maires socialistes de villes de plus de 10 000 habitants, issus d’au moins 4 régions.

La concurrence a été rude avec Manuel Valls, l’autre candidat qui démarchait ce collège d’élus.

La veille encore, le nombre de signatures était incertain et Pierret a demandé à son directeur de cabinet de prévenir Christophe Borgel, le secrétaire national du PS chargé de la vie des fédérations et des élections, qu’il était toujours dans la course mais qu’il enverrait sa liste au tout dernier moment.

« On se souviendra de ton vote... »

A 22 heures, Christian Pierret s’apprête à donner le coup d’envoi du feu d’artifice dans sa commune.

A ses côtés, dans le local de la section socialiste, quatre personnes : des collaborateurs et des militants qui guettent l’envoi des derniers parrainages.

Soudain le fax où ils sont censés arriver rend l’âme.

La petite équipe file à la mairie. Il faut rappeler les maires retardataires, leur communiquer le nouveau numéro de fax, puis scanner leurs parrainages avant de les envoyer à Paris. Il n’en manque plus que trois.

Sauf que ces trois maires-là, élus pour « l’un en Ardèche, l’autre dans le Nord, le troisième dans le Doubs », se montrent soudain beaucoup moins enthousiastes que dans la journée.

Selon un des témoins présents ce soir-là, un de ces élus explique :

« Je viens d’en discuter avec un responsable fédéral, ça ne va pas être possible. On ne peut pas se mettre mal avec Martine Aubry. »

Un autre parle de menaces voilées de « Solférino » [le siège du PS] : « On se souviendra de ton vote... »

« Est-ce qu’on se laisse spolier par le clan Aubry ? »

A cet instant, « on est face à notre destin », raconte un militant socialiste : « Est-ce qu’on se laisse spolier par le clan Aubry ? » Christian Pierret décide de se présenter malgré tout. Il s’estime seul capable de « continuer à porter les idées que défendait Dominique Strauss-Kahn ».

A 23h57, une liste de treize noms est envoyée sur la boîte mail d’Harlem Désir, le premier secrétaire par intérim du parti. Le Lorrain explique qu’il a rencontré des difficultés matérielles et qu’il fera connaître ses trois autres parrains par la suite. Trop tard : les règles sont les règles, il est disqualifié. Une décision qu’il trouve injuste :

« Des proches de certains candidats ont expliqué à plusieurs maires qu’il n’était pas bon de multiplier les candidatures. Sans doute se voient-ils déjà élus au premier tour ?

Je conçois qu’on élimine les candidats fantaisistes. Mais je ne peux pas me ranger dans cette catégorie. J’ai été ministre, député pendant 25 ans, j’ai fondé des sociétés... A Epinay, j’étais à côté de Mitterrand, et c’est grâce à ma motion qu’il a pu s’imposer. »

Il ne tient pas rigueur aux maires qui se sont défaussés. « Ils ont pu avoir peur de perdre des subventions pour leur commune, craindre de ne pas être investi aux prochaines élections s’ils sont parlementaires. Je comprends. Mais j’exige, de la part du parti, l’égalité de traitement. »

« Je ne suis pas un sous-marin de François Hollande ! »

Le débit est mécanique et quelque chose sonne faux dans l’attitude de l’ancien ministre. Il prononce les mots de quelqu’un qui a la volonté de se battre mais sans l’énergie et la détermination qui devraient les accompagner.

Ne saisit-il pas la Haute Autorité simplement pour tenter de déstabiliser Martine Aubry – puisque c’est son entourage qui est ici visé – avant de rallier l’équipe de François Hollande, le seul des six candidats engagés dans la primaire qui trouve grâce à ses yeux ?

« Je ne suis pas un sous-marin de François Hollande ! Pour sortir notre société du chômage, les Français ont besoin de gens qui parlent sérieusement de problèmes sérieux. J’ai des idées et des propositions, je veux les faire entendre. C’est tout. »

L’équipe de campagne de la maire de Lille réfute quant à elle toute intervention par la voix de son porte-parole, le député ardéchois Olivier Dussopt :

« L’entourage de Martine Aubry n’a exercé aucune pression. Nous avons déposé 597 parrainages, nous avions atteint les objectifs dans chacun des quatre collèges, nous n’avions aucun intérêt à empêcher qui que ce soit d’être candidat. »

Et à titre personnel, Olivier Dussopt se dit « un peu surpris » par la mention de pressions sur un maire ardéchois : « Je suis le seul maire PS de plus de 10 000 habitants dans le département. Et j’ai évidemment donné mon parrainage à Martine Aubry. »

Mis à jour le 16/07/11 à 18h50 : ajout de la deuxième citation d’Olivier Dussopt.

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  • Bellamy
    • Posté à 18h50 le 16/07/2011
    • Internaute 13381

    « Sauf que ces trois maires-là, élus pour “ l’un en Ardèche, l’autre dans le Nord, le troisième dans le Doubs ”, se montrent soudain beaucoup moins enthousiastes que dans la journée. »

    Euh, juste comme ça, ne pourrait-il pas donner le nom de ces élus, le but serait de les contacter et de leur demander si ce qu’il dit est exacte ou non ? Car accuser, sans preuves, de quelconques pressions, le fait passer pour un fou conspirationniste, encore un.

    Par ailleurs, l’intérêt pour le clan Aubry d’empêcher sa candidature est faible. D’aucune manière un candidat pourra l’emporter au premier tour, alors un candidat ne pouvant espérer guère mieux que 1 ou 2% ne menace personne si ce n’est Valls et Montebourg qui se partageront les miettes.

    Par conséquent, pour les pressions, c’est plus par là qu’il devrait se tourner, c’est eux, qui ont tout intérêt à limiter les petits candidats.

  • Mathieu Deslandes
    Mathieu Deslandes répond à Bellamy
    Auteur(e) de l'article Journaliste Rue89
    • Posté à 19h15 le 16/07/2011
      rédacteur
    • Journaliste 141178
      Journaliste

    Oui, on aimerait bien les connaître. Pierret ne veut pas donner leurs noms. « Pas de délation », dit-il.

  • Boutauvent
    Boutauvent
    Testeur de temps libre
    • Posté à 21h00 le 16/07/2011
    • Internaute 45018
      Testeur de temps libre

    Ah, ce bon parti « socialiste » dans lequel la signature des « notables » revêt plus d’importance que celle des militants...
    Et ce sont ces braves gens là qui se donnent pour mission de défendre les valeurs fondamentales de la république, dont l’expression démocratique.
    Mais bon ; quand on s’en est fait le complice pendant plusieurs décennies, comme Christian Pierret, on ne vient pas pleurnicher le jour où le vent tourne...

  • malpoli
    malpoli
    Homme de paille
    • Posté à 23h44 le 16/07/2011
    • Internaute 37834
      Homme de paille

    Quoi Pierre Perret se présente ? Effectivement 2012 va vraiment être bas de gamme.

  • vivi
    • Posté à 08h53 le 17/07/2011
    • Internaute 33813

    Le système des parrainages, que ce soit pour la primaire du PS ou pour l’élection présidentielle, est une atteinte à la démocratie.

    Certes il a un intérêt pratique, et permet d’éviter les candidatures farfelues, mais il empêche, selon moi, de réellement pouvoir dire que le président de la république est élu au suffrage universel direct.

  • jabier
    jabier
    consultant dans les Landes
    • Posté à 09h31 le 17/07/2011
    • Internaute 31087
      consultant dans les Landes

    Ha ! il va nous manquer. C’est sur !
    Mais un autre guignol va lui sauver la mise. Jean Michel Baylet l’héritier d’une longue tradition de clientélisme de terroir dans le Tarn et Garonne. Fils de Jean et d’Evelyne eux même héritiers de leur oncle Jean-Baptiste Chaumeil député maire de Valence d’Agen jusqu’en 1910. Cette famille, à elle seule représente le radicalisme petit bourgeois territaro-industriel, elle possède le titre de la presse régionale quasi monopole « La Dépêche du Midi »