10/03/2011 à 17h39

Montée du FN : les amis de DSK font feu sur les primaires

Julien Martin | Ex-Rue89

Les strauss-kahniens n’hésitent plus à remettre en cause le processus choisi par le PS, après le sondage favorable à Marine Le Pen.


Pierre Moscovici, François Patriat, Jean-Marie Le Guen, Gérard Collomb... Leur point commun ? Ils sont tous partisans de Dominique Strauss-Kahn et, depuis la publication du sondage donnant Marine Le Pen en tête du premier tour en 2012, donnent de la voix pour critiquer, voire remettre en cause, le processus des primaires au Parti socialiste.

Le mode de désignation choisi par le PS peut-il exploser en vol, torpillé par la menace du Front national ? La question était taboue il y a quelques semaines encore. Les socialistes venaient tout juste de s’entendre sur le calendrier. Projet en avril. Dépôt des candidatures au plus tard le 13 juillet. Deux tours les 9 et 16 octobre, deux dimanches, dans des lieux publics. Joli symbole politique et républicain.

Les primaires « ouvertes et populaires » allaient permettre au peuple de gauche de reprendre son destin en main en choisissant son candidat. Cette démarche sans précédent allait enclencher une dynamique qui ne s’arrêterait que dans la cour de l’Elysée au printemps 2012.

L’enthousiasme qui a accompagné ce rêve de rénovation civique n’est plus aussi vif depuis que le sondage Harris Interactive a placé Marine Le Pen en tête du premier tour, faisant resurgir la peur du traumatisme du 21 avril 2002. Une enquête qui profite aux strauss-kahniens, en montrant que le directeur général du FMI serait le seul rempart de gauche face à Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen.

Martine Aubry ? A égalité avec le chef de l’Etat au premier tour, elle n’aurait aucune assurance de passer au second. François Hollande ? Balayé. Ségolène Royal ? Même pas testée.

« On ouvre la boîte de Pandore »

Ce n’est certes qu’un sondage, réalisé à quatorze mois des deux tours et dans des conditions sujettes à caution (avec incitation financière attribuée aux sondés). Mais il n’en fallait pas plus pour que des partisans de DSK joignent leurs voix à celles de Michel Vauzelle.

Depuis février, en solitaire, le président socialiste de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur trouve « déplacée » l’idée de primaires au temps de la percée de Le Pen fille. « Il va y avoir des recours, des contestations. On ouvre la boîte de Pandore », s’alarme l’ancien ministre dans Le JDD. Ça ferait mauvais genre et cuisine politicienne de la pire espèce face à un FN déjà en ordre de bataille derrière sa chef.

Crainte d’un vieux mitterrandiste dépassé par la modernité des mœurs de Solférino ? Coup de chaud d’un élu marseillais qui ne connaît que trop la force du Front national depuis vingt-cinq ans dans sa région ? Quoi qu’il en soit, Michel Vauzelle n’est plus seul.

Les strauss-kahniens l’accompagnent volontiers ; eux qui n’ont jamais porté dans leur cœur ces primaires, tant à cause d’un calendrier trop contraignant pour un dirigeant du FMI censé être en poste jusque 2012, qu’en raison d’une procédure qu’ils ne jugent pas à la hauteur de l’envergure de leur candidat.

« Oublions ces primaires dangereuses »

Même si leur mentor négociait en sous-main un pacte de non-concurrence avec Martine Aubry et Laurent Fabius, ils étaient contraints d’afficher publiquement leur confiance dans ce mode de désignation déjà acté. Sandrine Mazetier, députée strauss-kahnienne, y trouvait même plus d’avantages qu’aux primaires internes de 2006, où seuls les militants pouvaient voter et qui avaient vu DSK largement échouer :

« On préfère de vraies primaires. Au moins, on est sûr de ne pas avoir les fédérations contre nous, comme en 2006, où ce n’était qu’un jeu d’appareil. Dominique Strauss-Kahn n’avait à l’époque qu’une boutique d’amateurs derrière lui. »

Comme si l’équipe de professionnels aguerris qui l’entourent aujourd’hui ne sondaient pas les potentats locaux... C’est d’ailleurs de l’un d’eux que vient ce jeudi la plus forte remise en cause des primaires. Soutien de longue date de Dominique Strauss-Kahn, le président de la région Bourgogne, François Patriat, tonne dans un communiqué :

« Oublions ces primaires dangereuses. [...] Imaginons un instant qu’au lieu du million de votants espéré, on ne recueille que quelques milliers de votants en plus des militants socialistes ? Ce serait dès le départ un lourd handicap pour le candidat désigné, handicap que ses adversaires ne manqueraient pas de lui rappeler tout au long de la campagne. [...]

L’énergie consacrée à l’organisation de ce barnum faussement démocratique sera considérable. Une fois de plus, les Français auront le sentiment que le PS s’occupe de lui-même avant de s’occuper d’eux. [...] Et aujourd’hui, les socialistes ont un candidat qui s’impose comme le plus solide pour gagner l’élection présidentielle et faire barrage à Marine Le Pen : DSK. »

« Lorsque Dominique Strauss-Kahn viendra... »

Mercredi soir, un cadre du PS se faisait aussi entendre sur le site de Public Sénat. Pierre Moscovici souhaite « analyser la pertinence des primaires dans le contexte des mois à venir ». Un autre strauss-kahnien.

Les proches de l’homme de Washington qui jouent encore le jeu le font mezzo voce. « Nous devons privilégier un moment de mobilisation et non de division des socialistes », plaide Jean-Marie Le Guen, que l’on a connu plus percutant. Quant au sénateur-maire de Lyon, Gérard Collomb, il rêve d’une élection sans véritable adversaire :

« Je suis sûr que Martine Aubry se ralliera finalement à sa candidature. François Hollande a toujours eu en considération les intérêts du parti. A un moment donné, lorsque Dominique Strauss-Kahn viendra, il y aura un accord entre les deux, je ne me fais pas de souci. Et Je ne pense pas que Ségolène Royal aille aux élections primaires. »

« Il n’y a pas de leader naturel au PS »

Il est en revanche un partisan de DSK qui est totalement opposé à l’abandon des primaires. Ce n’est autre qu’Olivier Ferrand, le président du think tank de gauche Terra Nova et principal penseur de ces primaires :

« Le problème n’est pas pas les primaires, c’est la photo donnée par le sondage du Parisien : il n’y a pas de leader naturel au PS. La solution est d’établir une procédure pour en désigner un. Les primaires citoyennes donneront au candidat choisi un formidable élan électoral : ce n’est pas la même chose d’être désigné par un, deux ou trois millions d’électeurs que par 100 000 militants.

Qu’est-ce qu’ils proposent en échange ? Le fumée blanche du bureau national, que l’on n’a plus vu depuis 1974 ? Des primaires internes, qui n’ont pas marché en 2006 ? Ils confondent le problème et la solution. »

Le débat est en tout cas lancé, même si la première secrétaire refuse d’y entrer. Martine Aubry ne veut pas donner l’impression que les primaires qu’elle a fait adopter peuvent être annihilées par la menace frontiste. « Il n’y a aucun élément factuel aujourd’hui qui nous permettrait de dire qu’on doit annuler la primaire », dixit son lieutenant François Lamy...

En attendant de régler ses problèmes internes, la direction du PS lance des appels pressants aux autres forces de gauche pour un « rassemblement dès le premier tour de l’élection présidentielle ».

(Avec Webstern socialiste)

Photo : Dominique Strauss-Kahn en conférence de presse au G20 à Paris, le 19 février 2011 (Charles Platiau/Reuters).

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  • Abdelkrim
    Abdelkrim répond à Pierreadrien06
    Homme libre
    • Posté à 18h26 le 10/03/2011
    • Internaute 97820
      Homme libre

    Il n’y a pas le feu chez les Socialistes. Il faut juste qu’ils désignent rapidement celui (ou celle) qui les représentera. Foin des primaires, ouvertes à n’importe qui. Il existe un parlement du PS, c’est à lui de désigner le candidat. Point barre.

  • Le_mouton_noir
    Le_mouton_noir répond à Iv
    www.delaservitudemoderne.org
    • Posté à 19h43 le 10/03/2011
    • Internaute 119868
      www.delaservitudemoderne.org

    Le candidat du ps ne doit pas représenter le choix de la majorité des français mais celui des membres de son parti. Mais je suis persuadé que la démocratie par sondage conviendrait très bien à ceux qui nous gouvernent.

    Pour avoir une chance de gagner, à mon avis, les partis de gauche devraient s’unir et proposer une véritable alternative à dsk/sharko. Si ce front commun n’est pas réalisé, tous ceux qui n’auront pas voulu y souscrire porteront la responsabilité de l’échec de la gauche et de la monté du fn.
    Et dsk, en ne se désistant pas au profit d’un homme politique qui à le même programme économique que lui, à savoir sarkozi, fait en fin de compte lui aussi le jeu du fn. Car si dsk représente le ps aux élections présidentielles, le fn deviendra le seul parti éligible vers lequel pourront se tourner les contestataires. Et ça c’est l’assurance d’engranger les voix pour les années à venir.

  • Garde-Chiourme
    Garde-Chiourme
    Etudiant
    • Posté à 20h04 le 10/03/2011
    • Internaute 136535
      Etudiant

    Marre ; j’en ai marre qu’on accuse le débat d’être illisible pour les Français. Ce qui est anormal, ce qui est inquiétant, ce sont des partis organisés comme des milices ; où la lutte de pouvoir se passe en coulisses dans des conditions épouvantables ; des partis homogènes. C’est là que se situe la « cuisine politicienne » ; c’est lorsque tout le monde dans un parti pense de la même manière que c’est suspect : ça veut dire que les gens ne pensent pas tout court.
    Ca ne veut pas forcément dire que la primaire est nécessaire ; mais qu’on ne dise plus sans cesse dans les médias que le PS n’est pas crédible parce qu’il discute. Il y a eu des jeux d’égo : ça n’a jamais empêché le RPR d’arriver au pouvoir ; si le PS s’écroulait (et s’écroule peut-être encore), c’est parce qu’il était immobile et sans débat. Ne confondons plus les débats qui y sont (soyons grés à Aubry de ce changement) et l’illisibilité.

  • supertoto
    supertoto
    post-doc expatrié
    • Posté à 20h13 le 10/03/2011
    • Internaute 100724
      post-doc expatrié

    C’est tout de même incroyable qu’il suffise d’un sondage pour remettre en cause tout le processus de désignation de candidat du PS !

    Je ne vois vraiment pas en quoi le système de primaires est un danger : on vote pour un candidat, après qu’ils aient débatu entre eux. Et quand bien même, en quoi DSK est-il le plus légitime ? Parceque les sondages le disent aujourd’hui ? Ahhhh, ils sont beaux les idéaux !

    Certainement sa stature internationale joue en sa faveur, mais quand il s’agira de faire campagne pour remettre en cause la politique actuelle qui assène les politiques de rigueur à tout va, il ne sera pas crédible.

  • LeTicien
    LeTicien répond à Yvon le Zébulon
    Informaticien
    • Posté à 21h10 le 10/03/2011
    • Internaute 91779
      Informaticien

    Royal sera la en temps utile n’ayez crainte... Ceux qui essayent de se faire designer en profitant de mes sondages et autres manips de mes copains pour ne pas avoir a combattre ne sont pas digne de se presenter au baston final ce sont des petites bittes. Car pour etre elu il faut se hisser au niveau de Sarkozy et Royal, c’est a dire etre un guerrier, un warrior capable de rester accroche a la paroi contre vents et marees meme avec un vent qui essaye de vous decrocher... Je doute que DSK soit de ce bois la c’est plus facile de se la donner la main sur un sein et l’autre sur la telecommande de CNN pour se voir a la tribune du FMI.

    C’est la seule qualite que j’admire chez Sarko, lui il ira au bout du combat le couteau entre les dents et la seule qui a les « coucougnettes » pour en decoudre a l’identique a son niveau c’est Segolene Royal. Les autres font la danse du scalp pour intoxiquer les « pretendus » petits candidats et les faire lacher l’affaire sous pretexte de la montee du FN, c’est un jeu de petits joueurs a l’intox a 2 balles. Demandez a Chirac comment il se sentait fin 1994 face a un Balladur au zenith dans les sondages et lui meme pas invite sur les plateaux TV... Il n’avait aucun etat d’ame et il a laboure le terrain pendant que son challenger trustait les plateaux TV et faisait le paon a roue dans les medias... On connait la suite. Demandez a Jospin pourquoi il s’est fait blackbouler en 2002, il se voyait deja au 2ieme tour « le professeur » sans avoir a passer par le 1er tant il avait un bon bilan et de bons sondages une outre gonflee de suffisance intellectuelle... On connait la suite.

    Celui qui gagnera sera un guerrier Danakil avec peintures de guerres pieds nus dans le feu et sourire aux levres.