28/08/2010 à 15h43

En attendant Strauss-Kahn, ses amis préparent le terrain

Julien Martin | Ex-Rue89

Avant un hypothétique retour de DSK pour les primaires, Moscovici et Patriat défendent le projet social-démocrate à La Rochelle.


(De La Rochelle) C’est plus qu’une interrogation, déjà une espérance. Pour certains, quasiment une assurance. Dominique Strauss-Kahn reviendra-t-il de son exil américain pour disputer les primaires socialistes en 2011 ? A l’université d’été du PS, la présence du sujet est aussi patente que l’absence de l’intéressé.

Remplie, il y a deux ans, de chabichou et de supporteurs de Ségolène Royal, la même salle de L’Oratoire a accueilli cette année à La Rochelle la réunion du club Besoin de gauche, dirigé par Pierre Moscovici.

Certes moins nombreux, les strauss-kahniens affichent une ferveur au moins égale. Le député du Doubs, entouré également du député-maire de Sarcelles François Pupponi ou de la députée socialiste d’Indre-et-Loire Marisol Tourraine, milite pour une candidature du directeur général du FMI.

Sans oublier François Patriat, sénateur et président socialiste de la région Bourgogne, qui a déjà lancé un appel solennel à une telle candidature dans une tribune publiée fin avril dans L’Express. Lui n’imagine pas une autre issue :

« Je ne connais pas de responsable politique français, à ce niveau de responsabilité, à ce niveau de réflexion, qui lorsqu’il voit l’attente qu’il a suscité dans notre pays, n’y pense pas avec beaucoup de bienveillance et d’envie. » (Ecouter le son)

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Patriat_2.mp3

Une « attente » illustrée encore par un sondage paru jeudi dans Le Nouvel Observateur. En cas de second tour à l’élection présidentielle entre DSK et Nicolas Sarkozy, le premier l’emporterait avec le score faramineux de 59% des voix.

« Il n’est pas là dans le cambouis tous les jours »

Le même François Patriat met toutefois en garde : attention à ce que ces vents favorables ne tournent pas. L’éloignement de Dominique Strauss-Kahn pourrait l’handicaper à mesure que la campagne interne prend de l’ampleur. Les socialistes ont jusqu’au mois de juin pour faire connaître leur candidature, mais lui souhaite une déclaration plus hâtive de son mentor :

« L’absence de DSK, aujourd’hui en France, est à la fois un atout et un handicap. Un atout parce qu’on le voit sous un angle sans doute un peu idéalisé. Un handicap parce qu’il n’est pas là dans la bagarre et dans le cambouis tous les jours. [...]

Pour l’instant, il est nettement au-dessus de la mêlée, je crois que c’est le moment d’en profiter, pour conforter cette avance, pour la concrétiser dans l’esprit des Français. » (Ecouter le son)

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Patriat_1.mp3

« Personne n’est autorisé à parler en son nom », tempère François Pupponi. Pour son successeur à Sarcelles, « il faut attendre qu’il prenne sa décision en conscience. » Et comme (se préparer) à gouverner, c’est prévoir, Pierre Moscovici a déjà prévenu, dans une tribune publiée mercredi dans Le Monde, qu’il était « déterminé à porter les couleurs » sociales-démocrates en cas de défection de leur leader.

« Nous sommes la colonne vertébrale du parti »

Surtout, dans un cas comme dans l’autre, ils entendent dès aujourd’hui préparer le terrain pour permettre aux idées sociales-démocrates de triompher. Pour le député du Doubs, la défaite de DSK dès la primaire socialiste de 2006 ne provenait que d’un manque d’assurance :

« Nous étions dominés par l’idée qu’on ne représentait pas l’histoire du parti. Mais je ne crois pas que nous représentons l’aile droite du PS. Au contraire, nous en sommes la colonne vertébrale, car nous portons le projet de transformation de la société. »

Et de dégainer plusieurs pistes dudit projet, quitte à se démarquer parfois des positions passées ou actuelles du Parti socialiste :

  • Sur les relations entre le travail et le capital. « Il faut un compromis de gestion des relations entre le travail et le capital. Il y a une erreur que les socialistes ont souvent commise : négliger les relations avec les syndicats. »
  • Sur la répartition des richesses. « Etre de gauche, ce n’est pas esquiver les efforts. En 2012, il faudra stopper la spirale des déficits. Nous serons contraints de proposer des efforts au pays. Mais il faudra retrouver une justice fiscale, pour que les moyens pauvres ne payent plus pour les très pauvres. »
  • Sur la sécurité des citoyens. « Nous devons avoir une conception large de la sécurité. La sécurité, c’est la sécurité sociale professionnelle, alimentaire, sanitaire, des biens et des personnes. Il faudra notamment s’interroger sur ce qui n’a pas marché dans la police de proximité. »

« Il nous reste encore beaucoup de travail pour redonner foi en l’avenir et lutter contre une société de la peur », conclut Pierre Moscovici. De quoi s’occuper en attendant de savoir si Dominique Strauss-Kahn choisira ou non de mettre fin prématurément à son mandat de directeur général du FMI, qui ne s’achève officiellement qu’en 2012.

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  • Adéménagé le 3 janvier 2011
    • Posté à 16h15 le 28/08/2010
    • Internaute 29846
      menuisier

    DSK ne sera pas candidat car si c’était le cas, il perdrait.

    Le candidat PS pour gagner doit apparaître comme étant de rupture.

    De rupture par rapport Sarkozy bien évidemment, mais également par rapport au système (même si ce n’est que de façade).

    Hors, DSK ne peut prétendre être le meilleur sur ces deux tableaux.

    Représentant la très haute bourgeoisie de gauche, il est ressenti comme faisant partie du même monde que Sarkozy, l’ami de Bolloré.
    Le carnet d’adresse de DSK est au moins aussi bien garni en sommités du CAC40 que celui de S.
    Qu’il le veuille ou non de plus, il doit son poste au FMI à ce dernier.
    Sa candidature représenterait une inflexion à gauche, non une rupture.

    Directeur du FMI, saluant le plan grec, il va avoir du mal à convaincre sur sa volonté de changer le système alors même que celui-ci, devenu fou nous mène à la ruine.

    Nous sommes à un tout petit moins d’un an des primaires, au plus court.

    Qu’il se déclare, et ce délai sera amplement suffisant pour que la baudruche sondagière se dégonfle devant ses contradictions.

    Si le PS veut gagner, c’est Aubry et c’est tout.

  • youpi-
    youpi-
    ...
    • Posté à 16h18 le 28/08/2010
    • Internaute 40231
      ...

    J’aimerai savoir pourquoi DSK prendrait le risque de quitter le FMI , ou il côtoie les plus grands de ce monde , ou il a un train de vie somptueux , un salaire mirobolant des responsabilités exaltantes pour se présenter aux élections présidentielles françaises ?
    Surtout qu’il n’est absolument pas certain de passer le cape des primaires ... Ça serait sacré coup de poker ! Si j’étais a sa place j’y réfléchirais à deux fois...Et même plus !

  • ici_ailleurs
    ici_ailleurs
    Informaticien
    • Posté à 16h35 le 28/08/2010
    • Internaute 110345
      Informaticien

    N’en déplaise aux éternels pessimistes et bougons, à choisir, DSK président c’est quand même plus séduisant qu’un second règne de Naboléon Hyperactif 1er et la concrétisation de son plan de mise à mort de la démocratie et du service public !

    Cependant, à gauche, ce n’est clairement plus mon candidat de prédilection, et je ne saurais (humblement) que lui conseiller de rester à sa place (confortable) où il est apprécié !

    Attention au PS à ne pas répéter les erreurs de 2007 en médiatisant trop de candidats potentiels, DSK, Royal, Aubry etc...
    Même les verts l’ont compris avec leur union derrière Joly, qui soit dit au passage, me semble être une candidate plus que crédible et pour qui je voterai volontiers !

  • CX2
    CX2
    Au fond du volcan, près du (...)
    • Posté à 17h25 le 28/08/2010
    • Internaute 60901
      Au fond du volcan, près du (...)

    Le fait que DSK soit directeur du FMI n’est pas un argument pour le critiquer. En tant qu’économiste il est tout à fait légitime à ce poste. Le FMI en lui même peut être critiquable, surtout en ce qui concerne l’Argentine. Mais à cette époque, DSK n’y était pas. Pour la Grèce, le problème est bien différent et il est difficile de poser un bilan maintenant.

    Le fait qu’il connaisse, même personnellement, de grandes fortunes et décideurs économiques est loin d’être néfaste s’il est capable de prendre assez de distance intellectuelle par rapport à eux. Bien connaitre ces milieux c’est aussi pouvoir intervenir plus facilement au besoin.

    Après, DSK est-il de gauche... Est-ce si important ? Et surtout que devrait-être un candidat de gauche ?
    Au final chacun à sa définition de ce qui est de gauche. Par contre ce que l’on sait c’est que DSK est un pragmatique. L’avantage d’un pragmatique c’est que l’idéologie à moins d’emprise sur lui que sur les autres. Dans une époque où l’on doit agir vite et efficacement en intégrant des paramètres de long terme dans un univers internationalisé, un profil comme celui là ne peut être que profitable à la France.
    Évidement cette forme de gouvernance à des effets néfastes en ce qui concerne le traitement humain, surtout dans des situations de crise (et je pense que c’est ce que les principaux détracteurs socialistes de DSK craignent). C’est là que le PS, et surtout ses militants interviennent afin de maintenir un équilibre entre les mesures à mettre en place et les valeurs de solidarité propres à la gauche française. Car quoi qu’il en soit un dirigeant a besoin du soutient de ses troupes.

    Un chef d’état c’est avant tout une personnalité et une méthode. Il n’est pas (en tout cas il ne doit pas être) le seul décideur de la politique du pays. Sinon on en arrive à la situation d’aujourd’hui avec une politique de l’absurde sans ligne de conduite et particulièrement inefficace, voir désastreuse. Afin de voir si DSK est un bon président potentiel, posons-nous la question de savoir s’il tombera dans ce piège ou pas ?