Quand le PS place l'individu au centre de son débat d'idées
(De La Rochelle) « Penser l’avenir, c’est une responsabilité politique. » C’est aussi l’intitulé de l’un des ateliers, ce samedi à l’université d’été de La Rochelle, car selon Christian Paul, qui dirige Le laboratoire des idées du Parti socialiste, « il n’y aura pas en 2012 d’alternance politique, si nous n’avons pas élaboré de projet de société ».
Un projet « à distinguer du projet présidentiel ». Et la « crise du système néolibéral est peut-être l’occasion historique d’inventer un nouveau modèle », pour le député de la Nièvre. Un nouveau modèle qui placerait l’individu au centre dudit projet, alors même que les formations de gauche sont plutôt habituées à parler d’abord collectif.
« Nous devons tenir compte des individualités », ne pas nier l’individualisation de la société, afin d’aider chacun à trouver « sa place dans la société », confirme le sociologue Michel Wieviorka. Une démonstration également étayée par un autre invité de l’atelier, Jacques Lévy, géographe :
« Ce qui apparaît dans l’idéologie traditionnelle comme antinomique - plus de société ou plus d’individu - doit en fait être considéré comme complémentaire, comme se renforçant mutuellement. »
« Dépasser l’expertise du meilleur d’entre nous »
Troisième chercheur à intervenir, le biologiste Jean-Claude Ameisen explique enfin que « chacun des acteurs doit lui-même se poser des questions, agir par lui-même ». Puisque, pour revenir à une conclusion plus classique :
« Quand on réunit toutes les expertises, on dépasse même l’expertise du meilleur d’entre nous. »
Et de prendre en exemple l’origine de la création de Médecins sans frontières, qui s’opposait aux règles qui régissaient la Croix-Rouge : « Vouloir soigner tout le monde et se taire. »
On observera dimanche si Martine Aubry, au premier rang de l’assistance, a pris bonne note de cette ébauche de « projet de société » dans son discours en forme de « propositions pour sortir de la crise ».
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ermite
ermite
At last ! Au moins l’intention est-elle louable puisqu’il s’agit bien de penser enfin un projet de société digne de ce nom plutôt que d’imaginer un énième slogan publicitaire pour gagner des voix, le temps d’une élection… Le mot est lâché : responsabilité. Ainsi, loin des échanges d’opinions subjectives ne dépassant pas le niveau de commentaires sportifs partisans éructés autour d’un verre ou d’une table de réunion isolée dans un quelconque local municipal du fin fond de nos banlieues ou campagnes, il s’agit officiellement d’établir objectivement ce qu’est l’actuelle société française pour déterminer les meilleurs moyens de lui donner un autre avenir que la dictature, l’asservissement ou le chaos.
Dans une formation « politique » que j’ai bien connue, il a été absolument impossible d’engager le moindre débat sur une question aussi cruciale que l’individualisme naturel et la place à réserver à l’individu dans le système socio-culturel que cette formation entendait substituer radicalement, par la force, à celui actuellement institutionnalisé. « Tout le monde est beau, tout le monde il est gentil… sauf les capitalistes ! », que je m’entendais répondre quand je demandais benoitement comment serait gérée la concurrence inéluctable entre congénères, certes artificiellement hypertrophiée aujourd’hui, mais non moins naturelle et même nécessaire. Au moins, là, la question semble posée. Mais gare… !
Quand je me souviens du discours exclusivement marketing de M. Aubry, vendredi dernier, qui n’a eu de cesse d’insister sur la refondation du réseau populaire de son parti, et sur l’initiation d’une consultation de la base visant indubitablement à recueillir ses doléances afin de façonner une image et un « programme » faisant davantage « démocratie participative », j’ai peine à croire que les réflexions profondes des uns l’emporteront sur le payant populisme des nombreux autres.
De toute façon, rien n’indique dans le passé récent du P.S. que la réflexion dont il est question dans cet article débouchera forcément sur un résultat positif, car si je puis me permettre de réagir aux propos apparemment tenus par le professeur M. Wieviorka, s’il ne faut évidemment pas nier l’individualisation ou individuation de notre société, il ne faudrait pas non plus en faire une fatalité, nier les conséquences hautement pathologiques de ce développement pour tenter de s’y adapter coûte que coûte. Notre salut, à nous autres humains, réside bel et bien dans une délicate alchimie entre individualisme et holisme, et ce n’est certainement pas en nous laissant aller à un effet de contre-balancier, les extrêmes se succédant brutalement sans laisser de place au moindre équilibre, que nous parviendrons à la bonne combinaison.
Aussi l’individu est-il une indéniable réalité universelle contemporaine et vouloir le fondre dans un troupeau uniforme serait catastrophique, mais force est de constater que son caractère intransigeant et totalisant (« C’est MON choix ! Vous tous DEVEZ le respecter… QUEL QU’IL SOIT ! ») est au cœur de la crise de civilisation que traverse le village mondial, et non pas seulement la province gaulo-hongroise de l’empire occidental.
Trouver la solution de ce casse-tête de notre propre composition, c’est déjà à n’en pas douter tout un programme ! Mais ensuite le faire comprendre et admettre à l’ensemble de l’espèce avant que celle-ci ne tombe dans ses propres pièges… bon courage ! Je l’écris sincèrement, sans arrière-pensée, car impatient de voir déjà la première étape franchie par un quelconque parti, je demeure néanmoins extrêmement sceptique à court terme : les mauvaises conditions, inéluctables, ayant tendance à susciter l’exaltation et l’action, celles-ci se substituent aisément à toute raison ; de là à ce que l’humanité ne se montre un tant soit peu consciente et responsable qu’une fois qu’elle sera au fond du trou qu’elle s’est creusé…




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