"Môquet business" de Sarkozy: l'Histoire dictée d'en haut
Ce 22 octobre, soixante-six ans après son exécution par les Allemands en 1941, Guy Môquet est à l’honneur dans tous les lycées de France. On va y lire la lettre qu’il écrivit à sa mère « chérie », son petit frère « adoré » et son papa “aimé”, juste avant qu’il ne soit fusillé avec 26 de ses camarades.
Mais la polémique a enflé, et l’on ne sait pas, à l’heure qu’il est, quelle va être l’attitude de la majorité des enseignants d’histoire, de géographie ou d’éducation civique sous les auspices desquels la lecture de cette lettre d’une vingtaine de lignes manuscrites a été placée.
Au centre des controverses, on trouve moins Guy Môquet lui-même, et son destin exemplaire jeune résistant communiste fusillé, que les usages de l’histoire de France par le nouveau président Sarkozy et par son véritable « ministre de l’Histoire », Henri Guaino, le conseiller qui lui a soufflé l’idée et truffe depuis quelques mois les discours du candidat à la présidentielle, puis de l’élu, de multiples références à des « grands hommes » de gauche.
Guy Môquet, symbole commode du parti communiste
Guy Môquet n’est pas un martyr sorti de nulle part : il bénéficie depuis la Libération d’un culte actif chez les communistes français, dont il est l’une des fiertés et un des symboles, celui du « parti des fusillés », peuplant le martyrologe rouge avec d’autres, mais en bonne place. Il a pu en effet servir à « masquer » les hésitations du parti au début de la guerre, dans la clandestinité mais point trop actif dans la Résitance, encore lié qu’il était par le pacte germano-soviétique.
Môquet, arrêté le 13 octobre 1940 à 16 ans, puis incarcéré et détenu à Fresnes et au camp de Châteaubriant, pour avoir distribué des tracts à Paris, membre des Pionniers et des Jeunesses communistes clandestines, a été fusillé un an plus tard dans le cadre de la politique d’otages mise en place par les autorités allemandes occupant la France. Quand, le 20 octobre 1941, le lieutenant-colonel Fritz Hotz fut tué dans un attentat « terroriste » à Nantes, Otto von Stülpnagel, chef du commandement militaire allemand en France, décida avec l’aval de Berlin de l’exécution de 50 otages, dont Guy Môquet.
Juste après son élection à la présidence, Nicolas Sarkozy annonça le 16 mai 2007 que la dernière lettre de Guy Môquet serait lue dans les classes de lycée le jour anniversaire de sa mort. Pourquoi ce choix ? C’est l’extrême jeunesse de la victime qui est ici honorée, davantage encore que la Résistance, dont l’apprenti communiste n’eut pas le temps de faire partie puisqu’il passa l’essentiel du début de la guerre incarcéré.
C’est aussi une forme d’injustice et la fermeté face à la mort auxquelles on rend hommage : Môquet n’a tué personne, il n’est pas un « terroriste », il semble presque dépolitisé (la première circulaire de l’Education nationale parlait même à son propos d’un « compagnon” plutôt que d’un “camarade » -vocabulaire trop communiste), et pourtant il ne tremble pas, incarne une sorte de gravité insouciante et de joie de vivre tragique.
C’est enfin le verbe même de sa lettre qui marque les esprits : émotion contenue, amour filial, oubli de soi derrière l’omniprésence de sa famille, vertu du fils qui réconforte sa mère et son père, voici le portrait d’un jeune fusillé idéal emporté dans un belle mort, ardent et indéfectible citoyen, une sorte d’icône de la France vaillante et de la jeunesse luttant pour ses idées.
Un hommage à la patrie plutôt qu'à l'internationalisme
Ce choix suscite certes quelques questions (c’est la patrie plus que l’internationalisme, la jeunesse davantage que l’engagement communiste, l’émotion rebelle plutôt que l’organisation de la Résistance, que l’on commémore ainsi), mais c’est évidemment sur un autre point que la lecture de la lettre de Guy Môquet pose problème. Pourquoi l’imposer en classe, pourquoi cet usage politique et civique de l’histoire par le pouvoir ? Voici ce qui choque de nombreux historiens (notamment l’association Liberté pour l’histoire et le Comité de vigilance face aux usages de l’histoire) et le syndicat majoritaire dans les lycées français (le Snes, qui laisse leur liberté aux enseignants face à ce dilemme : faire lire cette lettre, ou non, malgré les directives officielles du ministère).
Car ce à quoi l’on risque d’assister si cette directive est entérinée par la pratique dans les classes, c’est à une forme de « caporalisme mémoriel », selon l’expression de Jean-Pierre Azéma dans L’Histoire (numéro de septembre), à une “instrumentalisation de la mémoire”, selon l’historienne Emmanuelle Loyer dans Libération (19 octobre).
Faire de l’histoire, très bien ; l’aimer à travers ses grands hommes, pourquoi pas. Mais imposer dans les classes des lectures et des héros, une vision des faits, quelle qu’elle soit, c’est là une manière d’écrire une histoire officielle et de la faire partager en la propageant dans les esprits des élèves. L’important n’est pas ce que dit cette histoire (dans le cas de Môquet, elle dit de belles choses, héroïques et sentimentales, de gauche qui plus est), mais plutôt la façon dont le pouvoir en fait usage, comme d’une doxa de propagande officielle à visée mémorielle et pédagogique.
La récupération des symboles de la gauche
Cela s’inscrit dans une étrange pratique par Sarkozy de l’histoire nationale (strictement nationale, remarquons-le, comme si le monde et l’Europe n’existaient pas). Depuis le 14 janvier 2007, et son discours d’entrée en campagne présidentielle, il semble que le futur président veuille faire oublier ses excès de langage (le Kärcher, etc.) et ses frénésies d’agité du bocal, en recentrant une part de son discours sur l’Histoire de France, avec de grands “H” et “F”.
Il prend ses citations et ses références à gauche (Jaurès, Blum, les Congés payés, Guy Môquet) ce qui lui sert de symboles d’ouverture et de générosité ; il recourt sans cesse à la rhétorique des grands hommes exemplaires, utilisés comme des modèles anciens pour le présent ; et il travaille à droite sur une grande référence (De Gaulle) tout en rejetant le reste de la culture conservatrice et du panthéon traditionaliste dans un non-dit assourdissant (où sont les Barrès, les Raymond Aron, les Jeanne d’Arc, même les Napoléon, qu’on pourrait attendre presque naturellement ? ).
C’est une vision lissée de l’histoire, pleine de vertu, d’exemplarité et de bonne conscience, dont toute la complexité et les contradictions ont été évacuées, une histoire également débarrassée de ses mauvaises consciences, de ses parts d’ombre, de ses erreurs et de ses errements : la colonisation n’est plus une faute, les massacres sont gommés, et l’on crie haro sur la repentance. La France est grande, et nous en sommes tous fiers. C’est de cette grandeur et de cette fierté dont on peut se demander s’il faut vraiment les faire partager sans nuance et à la hussarde par tous les lycéens de France.
Mon pronostic sur le succès de cette journée Môquet à moyen terme est mitigé : à cette année de controverses et polémiques, succédera dès l’an prochain un oubli relatif : on ne parlera plus guère de cette cérémonie imposée en milieu scolaire. Guy Môquet restera présent au lycée, dans les manuels et dans les cours, mais quand les enseignants le veulent et comme ils le désirent. Loin d’une histoire dictée d’en haut.
► Lire aussi : Guy Môquet : désobéir, pour sauver la neutralité de l'école
► Lire aussi : Prise de Baecque, le blog d'Antoine de Baecque.
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Une fois de plus, le kid de Neuilly fait son caprice, supposant peut-être que son nouveau joujou de président lui permettra de rentrer dans les livres d’histoire !
Quant à Guaino, hier sur France 2, il était pitoyable pour sa réaction envers certains enseignants qu’il méprise autant qu’il méprise ceux qui ne pensent pas comme lui.
La plûme de l’Elysée peine à trouver des arguments valables pour se faire entendre. En ce moment, justement, il fait beaucoup de télés car sa voix porte peu.
Vous n’avez pas compris pourquoi Sarkozy a choisi Guy Moquet ? C’est pourtant simple à comprendre lorqu’on sait que la Hongrie était pro-nazie depuis 1937, et qu’ils avaient des légions les « croix fléchées » fervents adeptes du nazisme:
C’est à l’arrivée en 44 de l’armée rouge donc des communistes que la famille Sarkozy est partie en traversant tranquillement l’Autriche puis l’Allemagne et aprés un petit tour en Algérie s’est retrouvée en France.
C’est donc grâce aux communistes que le petit Nicolas est français, d’où Guy Moquet.
Et vous pensiez que c’était pour le Résistance ?
tout à fait d’accord! Guy Môquet est un martyre comme des milliers d’autres qui n’a jamais été un résistant au plein sens du terme
après avoir été récupéré par le PC le voilà récupéré par le microcosme de Sarkozy et imposé de force à des milliers de lycéens (qui ont déjà du mal à apprendre l’histoire au programme.Les nouvelles générations doivent respecter un devoir de mémoire mais ne nous trompons pas dans le choix des symboles
Pourquoi n’a-t-il pas fait lire ce poeme de guy moquet:
http://contrejournal.blogs.liberation.fr/mon_weblog/2007/10/la-contre-le…
… ou la dernière lettre de Missak Manouchian, « Français de préférence », qui incite à bien d’autres réflexions, sur la vie, sur l’histoire, et sur l’actualité :
Cf. « Archives : de Guy Môquet à l’Affiche rouge”
(http://keep-smiling-through.typepad.com/bgkst/2007/10/des-archives-de.ht…)
… et aussi des musées ou des programmes de concert avec des stickers « Le gouvernement a décidé que c’est beau ».
Ou des documentaires avec des stickers « Le gouvernement a décidé que c’est vrai ».
Ou encore des appels au don avec des stickers « Le gouvernement a decidé que c’est bien ».
Ce serait quand même plus commode non ?
—-
http://keep-smiling-through.typepad.com/bgkst/2007/10/de-la-minute-dm.ht…
Pensée unique,France antieuropéenne repliée sur elle meme,France du chacun pour soi,France de la nomenclatura tout ça ressemble carrément trait pour trait au bon vieux beauf de gauche.
Bien d’accord, ça ressemble à une caricature.
Et quel dommage que ce soit quand même vrai !
Entendu à la radio, cette réaction d’une prof de français que je cite de mémoire.
« Cette lettre d’un jeune homme de 17 ans, qui va mourir et qui écrit à sa famille, est triste. Elle fait pleurer. Cependant, nous ne sommes pas là pour faire pleurer nos élèves mais pour leur apprendre à penser. »
Sans vouloir polémiquer, cette lettre poignante est avant tout un témoignage d’amour et d’espérance adressé à ses parents, en toute intimité.
Une première question que je me pose : est-ce que ce jeune patriote qui adresse un message d’amour à ses parents, serait d’accord pour une telle « publicité » faite autour ce son ultime lettre intime et personnelle ? Personnellement je ne le serais pas.
Une deuxième question : pourquoi ne pas y associer tous les résistants torturés, fusillés, déportés, pour la liberté de la France ? En sachant qu’à la Libération de nombreux résistants ont été marginalisés, voire inquiétés, tant par le pouvoir politique que par le pouvoir militaire ?
Une dernière question : quel est l’objectif recherché par la lecture publique de cette lettre ?
Ramener des milliers d’enfants et d’adolescents déconnectés (le mot est faible) de toute espèce d’amour de la France et de sentiment d’appartenance à la communauté… Française (avec un grand F, cette fois justifié comme singularité orthographique) à un semblant de patriotisme lié à la fierté de relever d’une histoire commune que le monde entier considère comme paradigmatique des idéaux de liberté et d’égalité.
Par le biais d’une lettre à la fois enfantine, mâture, tragique et digne, témoignage d’un enfant engagé corps et âme dans l’aventure héroïque de la Résistance à laquelle on peut imaginer que s’identifieront volontiers ces trop nombreux enfants et adolescents en rupture de ban civique, ramener ceux-ci à une conscience de ce que la vie en République ne se réduit pas à niquer verbalement la mère de son prochain ni à se saper de la façon la plus ricaine possible - symptômes d’une dérive culturelle quant à laquelle l’école et les diverses idéologies qui la « sous-jacent » n’est pas tout à fait irresponsable.
Si l’histoire ne doit jamais être instrumentalisée, utilisée, remémorée… A quoi sert-elle sinon à faire le narcissisme de l’historien ? L’objectivité historique est une valeur relative et jamais absolue, et les profs savent combien chaque fait d’histoire peut faire l’objet de mille traitements différents.
Le sentiment d’appartenance à la communauté… Française (avec un grand F) peut-il exister sans aucune conscience de ce que ses idéaux supposent et supposèrent ?
Si personnellement je ne soutiens, loin s’en faut, ni la politique opportuniste, financiariste et hypocrite de Sarkozy ni les tendances délirantes de Guaino, je crois qu’une telle mesure ne peut que contribuer à la paix civile et à la cohésion socio-culturelle de notre pays, et plus encore à inspirer nombre de jeunes trop souvent victimes d‘« anomie républicaine » à redécouvrir que leur pays n’est pas uniquement ce que les mass-média américanisés à l’extrême veulent bien leur en dire.
Que les profs de gauche se révoltent que l’on « publicise » la lettre de Môquet me laisse songeur. Avec un peu d’intelligence, une telle opportunité peut leur permettre d’ouvrir l’année sur une réflexion profonde qui servira autant les vrais idéaux de gauche qu’elle déservira à proportion les vraies motivations économiques de la politique umpiste en les discréditant salutairement.
Cher Peet,
Je réponds comme vous aux deux premières questions.
A la troisième, en écoutant Guano hier (pardon, je deviens grossière, c’est Guaino) , j’ai ressenti l’insupportable et j’ai zappé. Ce n’est pas de Môquet que l’on parle, mais encore et toujours de Sarkozy.
Ce type remplit notre espace de sa personne, de ses pseudo-émotions, de ses joggings, de son mariage, de sa rupture…
C’est littéralement insupportable.
Un enfant qui inflige cela à son environnement est diagnostiqué et pris en charge, non ? Alors ?
Nicolas Sarkozy nous crée un produit mémoriel… son ami Laporte le reprend comme un présent à une idôle.
Il y a pire !
Si nous avons peur d’un risque de détournement, d’autres s’attaquent à ce passé comme les termites au bois :
Hommage à Guy Moquet : « mort au CNR ! »
Privatise moi mon Dieu !
Nous avions eu M. Lelay et son « temps de cerveau disponible » dont une faculté indiscutable est d’être « brut de pomme ».
Voici le temps de M. Kessler actuellement Président du groupe de réassurance Scor depuis 2002 (une des grandes compagnie de réassurances mondiale), toujours membre du Conseil économique et social, du Conseil national des assurances, du Comité européen des assurances, de la Commission des comptes de la nation.). Tout cela après avoir été DG d’Axa, président de la fédération française des sociétés d’assurances, et ex vice président du MEDEF. Pour mémoire Denis Kessler se situait, à ses débuts, à l’extrême gauche (maoïste) et reste un compagnon de route de M. Strauss Kahn. Une amitié ne vaut pas partage d’idées mais il y a des compagnonnages qui ont de quoi inquiéter.
Voici donc trois textes qui valent d’être comparés :
- L’Edito de Denis Kessler daté du 4 octobre dans le magazine « Challenges ».
- L’ appel des résistants daté de 2004 lors de la commémoration du CNR (crée le 15 mars 1944)
- Le programme du CNR lui même.
Je remercie Aline Pailler de France Culture (« Jusqu’à la lune et retour » le samedi de 18h30 à 19h) pour avoir mis en avant cette information on ne peut plus claire et ma compagne qui m’en a parlé. J’ai rajouté le troisième texte (programme du CNR) pour compléter.
Quel crève-cœur pour ceux qui ont vécu ces moments d’espérance… Du souffle de vie il va nous en falloir !
On constate non seulement que les craintes soulevées parfois depuis plusieurs années étaient parfaitement fondées, que la volonté de détruire la totalité de ce qu’a représenté le CNR est là et que ce n’est probablement qu’une étape, la suivante visant à liquider 1936 puis la République elle même.
Pour mémoire je rappelle que Mme Parisot a dit explicitement qu’elle souhaitait faire sauter toute référence à une durée légale du travail et que l’idée de substituer le contrat à la loi est sous jacente.
Qu’ils en soient conscients ou non, toute contrainte législative à terme s’avère être un obstacle à ce type de capitalisme, toute velléité de protection représente à terme un frein au marché tel qu’il est idéologisé par ces personnes, toute liberté est à terme un mur qu’il faut raser dans ce monde là. C’est donc la notion même de République et l’instruction qui doivent être éradiquées.
Le privé monopolistique, tel est leur Dieu ! Car de la jungle à l’enfermement il n’y a qu’un pas.
Croire que ces gens sont le mal personnifié est inutile, c’est autre chose. Pour ceux d’entre eux qui sont assez lucides pour voir ce que porte en soi ce projet, il s’agit d’une acceptation pur et simple, du fatalisme au mieux ou du cynisme.
Ils portent la mort comme le vent porte les nuages… et des nuages sombres il s’en amoncellent de plus en plus au niveau national et international.
Place à Denis Kessler, le maître de forge :
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« Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! »
Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie.
Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme…
A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance !
A l’époque se forge un pacte politique entre les gaullistes et les communistes. Ce programme est un compromis qui a permis aux premiers que la France ne devienne pas une démocratie populaire, et aux seconds d’obtenir des avancées - toujours qualifiées d’«historiques» - et de cristalliser dans des codes ou des statuts des positions politiques acquises.
Ce compromis, forgé aune période très chaude et particulière de notre histoire contemporaine (où les chars russes étaient à deux étapes du Tour de France, comme aurait dit le Général), se traduit par la création des caisses de Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, l’importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui viennent d’être nationalisées, le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc.
Cette «architecture» singulière a tenu tant bien que mal pendant plus d’un demi-siècle. Elle a même été renforcée en 1981, à contresens de l’histoire, par le programme commun. Pourtant, elle est à l’évidence complètement dépassée, inefficace, datée. Elle ne permet plus à notre pays de s’adapter aux nouvelles exigences économiques, sociales, internationales. Elle se traduit par un décrochage de notre nation par rapport à pratiquement tous ses partenaires.
Le problème de notre pays est qu’il sanctifie ses institutions, qu’il leur donne une vocation éternelle, qu’il les «tabouise» en quelque sorte. Si bien que lorsqu’elles existent, quiconque essaie de les réformer apparaît comme animé d’une intention diabolique. Et nombreux sont ceux qui s’érigent en gardien des temples sacrés, qui en tirent leur légitimité et leur position économique, sociale et politique. Et ceux qui s’attaquent à ces institutions d’après guerre apparaissent sacrilèges.
Il aura fallu attendre la chute du mur de Berlin, la quasi-disparition du parti communiste, la relégation de la CGT dans quelques places fortes, l’essoufflement asthmatique du Parti socialiste comme conditions nécessaires pour que l’on puisse envisager l’aggiornamento qui s’annonce. Mais cela ne suffisait pas. Il fallait aussi que le débat interne au sein du monde gaulliste soit tranché, et que ceux qui croyaient pouvoir continuer à rafistoler sans cesse un modèle usé, devenu inadapté, laissent place à une nouvelle génération d’entrepreneurs politiques et sociaux. Désavouer les pères fondateurs n’est pas un problème qu’en psychanalyse.
[Denis Kessler - MEDEF - dans Challenges - 04/10/2007]
http://www.challenges.fr/opinions/1191448800.CHAP1020712/adieu_1945_racc…
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Comparons maintenant avec ce que les anciens ont à nous dire :
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Appel des Résistants aux jeunes générations du 8 mars 2004 : texte complet et notice réactualisée des signataires
(Appel à la commémoration du 60e anniversaire du programme du C.N.R. de 1944)
Cet important texte “testamentaire”, passage de témoin d’une génération aux suivantes, a été proclamé à Paris, maison de l’Amérique latine, le 8 mars 2004, à l’initiative du mouvement ATTAC, sous le titre originel de : “Appel à la commémoration du 60de anniversaire du programme du CNR” et fut suivi d’un colloque à Nanterre la semaine suivante en présence de nombreux vétérans de la Résistance, historiens et responsables associatifs ou syndicaux.
Dépassant son contexte d’origine de l’année 2004, cet Appel prend désormais l’appellation courante de :
Appel des Résistants aux jeunes générations du 8 mars 2004.
(version complète, suivie de la liste des signataires comportant pour chacun une courte notice biographique. Liste réactualisée à la date du 8 octobre 2007).
Appel des Résistants aux jeunes générations du 8 mars 2004
(Appel à la commémoration du 60e anniversaire du programme du C.N.R. de 1944)
Au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la Libération,
nous, vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France Libre (1940-1945), appelons les jeunes générations à faire vivre et retransmettre l’héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle.
Soixante ans plus tard, le nazisme est vaincu, grâce au sacrifice de nos frères et soeurs de la Résistance et des nations unies contre la barbarie fasciste. Mais cette menace n’a pas totalement disparu et notre colère contre l’injustice est toujours intacte.
Nous appelons, en conscience, à célébrer l’actualité de la Résistance, non pas au profit de causes partisanes ou instrumentalisées par un quelconque enjeu de pouvoir, mais pour proposer aux générations qui nous succéderont d’accomplir trois gestes humanistes et profondément politiques au sens vrai du terme, pour que la flamme de la Résistance ne s’éteigne jamais :
- Nous appelons d’abord les éducateurs, les mouvements sociaux, les collectivités publiques, les créateurs, les citoyens, les exploités, les humiliés, à célébrer ensemble l’anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance (C.N.R.) adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944 : Sécurité sociale et retraites généralisées, contrôle des ” féodalités économiques ” , droit à la culture et à l’éducation pour tous, presse délivrée de l’argent et de la corruption, lois sociales ouvrières et agricoles, etc. Comment peut-il manquer aujourd’hui de l’argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales, alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l’ Europe était ruinée ? Les responsables politiques, économiques,
intellectuels et l’ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l’actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie.
- Nous appelons ensuite les mouvements, partis, associations, institutions et syndicats héritiers de la Résistance à dépasser les enjeux sectoriels, et à se consacrer en priorité aux causes politiques des injustices et des conflits sociaux, et non plus seulement à leurs conséquences, à définir ensemble un nouveau ” Programme de Résistance ” pour notre siècle, sachant que le fascisme se nourrit toujours du racisme, de l’intolérance et de la guerre, qui eux-mêmes se nourrissent des injustices sociales.
- Nous appelons enfin les enfants, les jeunes, les parents, les anciens et les grands-parents, les éducateurs, les autorités publiques, à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. Nous n’acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés, contrairement au programme du Conseil national de la Résistance et aux ordonnances sur la presse de 1944.
Plus que jamais, à ceux et celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection :
” Créer, c’est résister. Résister, c’est créer “.
Signataires : Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont, Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Maurice Voutey.
Les personnalités de la Résistance signataires de cet Appel du 8 mars 2004 sont :
Lucie AUBRAC, décédée le 14 mars 2007, enseignante, co-fondatrice du mouvement résistant « Libération », prend la tête d’un commando armé pour libérer son mari arrêté à Lyon par la Gestapo. A la Libération, elle est chargée de superviser l’installation des comités départementaux de Libération (notamment à Nantes).
Raymond AUBRAC, ingénieur, co-fondateur de « Libération-Sud », membre de l’Etat-major de l’Armée secrète, arrêté deux fois, commissaire de la République à Marseille (préfet régional) lors de la Libération.
Henri BARTOLI, reconnu “Juste parmi les nations” (pour avoir sauvé des Juifs), résistant alors qu’il est lycéen et étudiant, diffuse « Témoignage chrétien » clandestin et des faux-papiers, travaille au sein du CNR sur la politique économique d’après-guerre.
Daniel CORDIER, parachuté en France occupée, principal adjoint et secrétaire de Jean Moulin, fondateur du CNR (Conseil national de la Résistance)
Philippe DECHARTRE, résistant, membre des cercles de gaullistes historiques, plusieurs fois ministre et député après la guerre.
Georges GUINGOUIN, décédé le 27 octobre 2005, instituteur, résistant dès l’été 1940, prend la tête des maquis de la région de Limoges (jusqu’à 20 000 combattants), ville qui est libérée sans attendre les Alliés, maire de Limoges après la guerre.
Stéphane HESSEL, jeune allemand naturalisé français avant la guerre, rejoint de Gaulle en 1941, chargé de mission en France occupée, arrêté en juillet 1944 et déporté à Buchenwald puis Dora. Carrière d’ambassadeur après la guerre. Militant antiraciste.
Maurice KRIEGEL-VALRIMONT, décédé le 2 août 2006, syndicaliste avant la guerre, membre du Comité militaire du CNR, responsable militaire de la libération de Paris avec Rol-Tanguy. Député communiste après la guerre.
Lise LONDON, ancienne des Brigades Internationales dans l’Espagne républicaine, capitaine dans la Résistance, ancienne déportée à Ravensbrück, épouse d’Arthur London (ministre tchèque victime du stalinisme en 1952).
Georges SÉGUY, ouvrier-imprimeur, résistant au sein des Francs-Tireurs et Partisans Français, arrêté en 1944, déporté au camp de Mauthausen, dirigeant syndicaliste après la guerre.
Germaine TILLION, ethnologue spécialiste de l’Algérie avant la guerre, chef du réseau de Résistance du Musée de l’Homme, déportée à Ravensbrück, militante humaniste et anticolonialiste après la guerre.
Jean-Pierre VERNANT, décédé le 9 janvier 2007, grand historien spécialiste de la Grèce antique, étudiant antifasciste avant la guerre, résistant dès 1940, organisateur militaire, libérateur de Toulouse avec ses camarades.
Maurice VOUTEY, résistant, déporté à Dachau puis dans les camps du Neckar. Actuellement secrétaire général de la Fédération nationale des déportés et internés résistants patriotes (FNDIRP).
Merci de rediffuser cet important Appel autour de vous, et notamment auprès des jeunes générations
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Et pour finir, voici ce fameux texte de référence, ce compromis que Denis Kessler veut liquider ; c’est surtout la partie II qui nous intéresse. Denis Kessler veut « défaire méthodiquement le programme du CNR », mais regardons de très près ce qui est écrit et qu’on imagine le contre pied de chacun des points de la partie II, à quoi cela ressemble t il selon vous ?
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LE PROGRAMME DU CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE
(Voici un lien pour obtenir le texte dans sa totalité avec la partie I. Malgré son côté « perso », ce site est complet et correcte : http://perso.orange.fr/felina/social/programme_cnr.htm )
I - PLAN D’ACTION IMMÉDIATE
II - MESURES À APPLIQUER DÈS LA LIBÉRATION DU TERRITOIRE
Unis quant au but à atteindre, unis quant aux moyens à mettre en oeuvre pour atteindre ce but qui est la Libération rapide du territoire, les représentants des mouvements, groupements, partis ou tendances politiques, groupés au sein du C.N.R. proclament qu’ils sont décidés à rester unis après la Libération :
1 ) Afin d’établir le gouvernement provisoire de la République formé par le Général de Gaulle pour défendre l’indépendance politique et économique de la nation, rétablir la France dans sa puissance, dans sa grandeur et dans sa mission universelle ;
2 ) Afin de veiller au châtiment des traîtres et à l’éviction dans le domaine de l’administration et de la vie professionnelle de tous ceux qui auront pactisé avec l’ennemi ou qui se seront associés activement à la politique des gouvernements de collaboration ;
3 ) Afin d’exiger la confiscation des biens des traîtres et des trafiquants de marché noir, l’établissement d’un impôt progressif sur les bénéfices de guerre et plus généralement sur les gains réalisés au détriment du peuple et de la nation pendant la période d’occupation, ainsi que la confiscation de tous les biens ennemis y compris les participations acquises depuis l’armistice par les gouvernements de l’Axe et par leurs ressortissants dans les entreprises françaises et coloniales de tout ordre, avec constitution de ces participations en patrimoine national inaliénable ;
4 ) Afin d’assurer :
· l’établissement de la démocratie la plus large en rendant la parole au peuple français par le rétablissement du suffrage universel ;
· la pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression ;
· la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances d’argent et des influences étrangères ;
· la liberté d’association, de réunion et de manifestation ;
· l’inviolabilité du domicile et le secret de la correspondance ;
· le respect de la personne humaine ;
· l’égalité absolue de tous les citoyens devant la loi ;
5) Afin de promouvoir les réformes indispensables :
a) Sur le plan économique :
o l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ;
o une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général et affranchie de la dictature professionnelle instaurée à l’image des États fascistes ;
o l’intensification de la production nationale selon les lignes d’un plan arrêté par l’État après consultation des représentants de tous les éléments de cette production ;
o le retour à la nation des grands moyens de production monopolisés, fruit du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques ;
o le développement et le soutien des coopératives de production, d’achats et de ventes, agricoles et artisanales ;
o le droit d’accès, dans le cadre de l’entreprise, aux fonctions de direction et d’administration, pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l’économie.
b) Sur le plan social :
o le droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l’amélioration du régime contractuel du travail ;
o un rajustement important des salaires et la garantie d’un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine ;
o la garantie du pouvoir d’achat national par une politique tendant à la stabilité de la monnaie ;
o la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d’un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l’organisation de la vie économique et sociale ;
o un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ;
o la sécurité de l’emploi, la réglementation des conditions d’embauchage et de licenciement, le rétablissement des délégués d’atelier ;
o l’élévation et la sécurité du niveau de vie des travailleurs de la terre par une politique de prix agricoles rémunérateurs, améliorant et généralisant l’expérience de l’Office du blé, par une législation sociale accordant aux salariés agricoles les mêmes droits qu’aux salariés de l’industrie, par un système d’assurance contre les calamités agricoles, par l’établissement d’un juste statut du fermage et du métayage, par des facilités d’accession à la propriété pour les jeunes familles paysannes et par la réalisation d’un plan d’équipement rural ;
o une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ;
o le dédommagement des sinistrés et des allocations et pensions pour les victimes de la terreur fasciste.
c) Une extension des droits politiques, sociaux et économiques des populations indigènes et coloniales.
d) La possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires.
Ainsi sera fondée une République nouvelle qui balaiera le régime de basse réaction instauré par Vichy et qui rendra aux institutions démocratiques et populaires l’efficacité que leur avaient fait perdre les entreprises de corruption et de trahison qui ont précédé la capitulation. Ainsi sera rendue possible une démocratie qui unisse au contrôle effectif exercé par les élus du peuple la continuité de l’action gouvernementale.
L’union des représentants de la RÉSISTANCE pour l’action dans le présent et dans l’avenir, dans l’intérêt supérieur de la patrie, doit être pour tous les Français un gage de confiance et un stimulant. Elle doit les inciter à éliminer tout esprit de particularisme, tout ferment de division qui pourraient freiner leur action et ne servir que l’ennemi.
En avant donc, dans l’union de tous les Français rassemblés autour du C.F.L.N et de son président, le général De Gaulle !
En avant pour le combat, en avant pour la victoire, afin que VIVE LA FRANCE !
LE CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE
Une grande partie de ce programme a été effectivement appliquée après la guerre (sécurité sociale et retraites généralisées, contrôle des féodalités économiques à la Libération, droit à la culture pour tous, presse écrite délivrée de l’argent et de la corruption, lois sociales agricoles, etc). Ce programme de mars 1944 constitue encore de nos jours le socle des conquêtes sociales aujourd’hui menacées et méthodiquement démantelées.
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Désormais nous sommes invités en enfer chez Kessler !
stephane.grim@hotmail.fr
http://clavaboudchuc.over-blog.com
Cet article n’a pas sa place dans les commentaires,d’une part il est trop long et d’autre part il traite de sujets différends et par là même n’attire aucune observation.
Faites donc un article pour chaque sujet, autrement c’est illisible.
…et les rois mages pour l’épiphanie…..
Bravo, tu devrais écrire un livre…mais tout cela n’a rien à voir avec le sujet évoqué..
« Tout à voir » serait plus juste.
Ce n’est pas vous qui décidez de ce qu’il faut lire ou pas !
Ce n’est pas vous qui décidez de ce qu’il faut enseigner ou pas !
Vous êtes fonctionnaire et vous devez donc faire ce que l’état vous demande.
Ce n’est pas devant vos élèves que vous devez protester mais devant vos représentants du personnel.
En refusant de respecter ce que le ministère vous demande vous encourager l’individualisme que vous dénoncez tant.
Comment vous allez expliquez à vos élèves de respecter la loi et de VOUS respectez si vous ne respectez pas ce que vous demande votre ministre de tutelle….
Ne vous étonnez pas de voir vos élèves n’en avoir rien à foutre de votre cours, de l’école, de la république, de la nation bref du bien commun !
Le bien commun justement qui justement prend le pas sur les individualismes.
entièrement d’accord avec toi….quelle intrusion dans la vie intime d’une famille !! dans le plus intime de l’être !!…..c’est tout simplement révoltant.
N’y aurait-il pas quelqu’un qui possèderait une lettre d’amour de Sarko écrite à Cécilia ? à lire dans les écoles chaque année pour commémorer leur divorce….
D’ accord avec l’analyse d’A. de Baecque et l’ensemble des commentaires : je suis scandalisé par l’instrumentalisation par le pouvoir actuel du devoir de mémoire et, en l’ occurrence, de la mémoire de Guy Môquet. Je trouve même la méthode dictatoriale, en opposition avec les valeurs qu’elle prétend célébrer. J’ ai lu l’ interview d’ H. Guaino, l’éminence grise de N. Sarkozy, paru dans le Libération du 20/10 : je trouve son discours effrayant. Exemple à propos des professeurs qui refuseraient de lire la lettre en question : » Je ne crois pas qu’ils soient si nombreux.
Ce refus de quelques-uns m’est parfaitement incompréhensible « , dit H. Guaino. Réfutation, en forme de langue de bois, de toute polémique. Plus loin : » Mais nous parlons d’ une petite minorité de gens, qui pour des motifs qui n’ont rien à voir avec l’ éthique de l’ enseignant, ont ouvert une mauvaise controverse « . H. Guaino, M.SOFRES, ou devin, a, avant l’événement, fait le compte ( et réglé leur compte ) des membres du front du refus ; les " motifs" évoqués, il ne les explicite pas : or l’accusation, la stigmatisation de ces »gens », ici, est grave ! Forme de discours totalitaire qui, sans autre forme de procès,culpabilise les enseignants et autres citoyens qui ne sont pas d’accord avec le diktat de l’ État. Il me paraît clair que le but profond de cette initiative est de déstabiliser, de culpabiliser le monde des enseignants, généralement proche de la gauche ou du centre : pour mieux faire admettre par le peuple de futurs coups portés à l’ Éducation nationale ? La Résistance, les Droits de l’ Homme sont déjà au programme de l’ Éducation nationale : laissons les enseignants faire leur métier ; du moins l’intention de l’Élysée eût été crédible s’il y avait eu concertation préalable avec les enseignants, invitation souple à lire la lettre ou d’ autres textes de Guy Môquet et d’autres résistants ( ce que le gouvernement, en aveu de maladresse, a d’ailleurs fini par admettre et proposer ) et non pas obligation simpliste, démagogique, bâtie sur l’ émotionnel, décrétée par le « Chef « . L’insistance et la réflexion toujours renouvelée sur le devoir de mémoire sont nécessaires et louables- et je respecte la mémoire de Guy Môquet - mais elles ne doivent en rien ressembler à de la propagande, à un diktat venu d’ « en-haut ». Ne sommes-nous pas entré dans une forme de régime du Parti unique, qui, pour son propre intérêt, récupère la mémoire des « Héros » de la « Nation » et en fait des icônes ? C’est très inquiétant ( voir aussi la façon désastreuse, sitcomisée dont les Feuillets d’ Hypnos, texte de résistance de René Char, a été mis en scène au dernier Festival d’ Avignon ). Plus loin dans l’interview en question, H. Guaino dit : » …avec l’immigration, la mondialisation, la désintégration du travail, il y a un problème identitaire. La nation est redevenue un sujet fondamental de la politique « . Soit, à ceci près que le gouvernement actuel va dans le sens du néo-conservatisme ultra-libéral, à la Bush, dans le sens de la dérégulation, de la « désintégration du travail » au détriment des valeurs sociales et républicaines : l’appel, en contrepoint, aux valeurs nationalistes est typique de la rhétorique de la droite extrême et de l’ extrême-droite. La stratégie de récupération des valeurs soutenues par les électeurs du Front National est ici tout à fait visible. H. Guaino fait l’aveu implicite de la dimension stratégique de la
valorisation de la « Nation ». Généralisant, le discours est ici fourre-tout, caractéristique de la langue de bois. M. Guaino fait encore moins dans la dentelle dans une toute récente interview parue dans le quotidien de ses partisans, Le Figaro, dans laquelle il révèle son mépris pour les enseignants qui ne sont pas d’accord avec lui ( je l’ ai lue hier sur le net, je ne l’ai pas sous les yeux ) ! N’oublions pas enfin que B. Laporte, « pote » de N. Sarkozy, et nouveau Secrétaire d’État aux sports, a lu la lettre de Guy Môquet aux rugbymen français avant le premiers des deux matchs perdus par l’équipe de France contre l’ Argentine… Preuve s’il en est de l’ instrumentalisation de la mémoire du jeune résistant. J’ ai aussi été révolté par le contenu néo-colonialiste de passages du discours que H. Guaino a écrit pour N. Sarkozy, et prononcé à Dakar sur « l’homme africain », et dans lequel j’ ai cru comprendre que les Africains, selon lui, n’ étaient pas entrés dans l’ Histoire ( je reconnais cependant ici résumer ce que j’ en ai retenu et ne pas avoir lu ce discours dans son intégralité ). Sur France-Inter, B. Henri-Lévy a déclaré que ce discours était d’ inspiration maurassienne et que H. Guaino était raciste. Voici ce qu’a répondu ce dernier : » BHL a la bave aux lèvres avec la haine qui suinte de partout « ( cité par Y. Simon dans Libération du 20/10, page 31 ). Piqué au vif, le vernis élyséen de la langue de bois semble ici s’effriter et laisser "suinter" son fiel, sa version haineuse, sa pulsion profonde, violemment autoritariste. L’adversaire est débilisé, animalisé, c’est un pitbull, un loup, une bête immonde. Pour en revenir à l’hommage rendu à Guy Môquet ( c’est terrible d’utiliser le nom de ce jeune martyr dans un tel contexte, voilà en substance le mal qui lui est fait aujourd’hui ), des enfants de sans-papiers - dont des tout jeunes- sont aujourd’hui en centres de rétention, ont parfois été arrêtés ( y a-t-il un autre mot ? ) dans leur propre école . Lire en particulier le témoignage bouleversant d’ une professeure de philosophie de Toulouse dans le Libération d’aujourd’hui ( 22 /10 ), p. 36 : »… Il s’appelle Armen. Armen a sept ans. Le 25 septembre 2007, le cartable sur le dos, il traversait la cour de son école de Montauban. Il était encadré par deux policiers en uniforme et en armes. Les parents d’Armen sont étrangers. Le mercredi 10 octobre 2007, Armen a été placé en centre de rétention (… ) ». Une telle politique, c’est le vrai visage du gouvernement actuel.
Stéphane Cohen
« Frénésie d’agité du bocal », »Guéno,Ministre de l’histoire ».
Ben oui,l’histoire se tord dans tous les sens.
Hitler s’est servi d’un héros de 14-18 pour soumettre la France et la France était contente de son chef Pétain,contente à 80,90,95 % ? Il est sûr que c’était à beaucoup plus de 53 %.
Jaurès,Blum,bientôt on aura droit à Périclès,peut-être à Guillaume Tell,c’est dans les possibilités du porte plume qui s’est montré assez gèné sur l’A2 dimanche soir au JT,il est meilleur en écriture que devant un journaliste l’ami Guéno.Quoique…aprés le discours de Dakar on peut se poser quelques questions.
Jaurès face aux mineurs cela me fait penser à Sarkozy face aux agents GDF disant en s’ennervant que gaz de France ne serait jamais privatisé et le répétant trés fort devant le doute d’un employé (voir you tube).
Sarkozy ou Guéno connaissent-ils le sort des otages de Tulle et des habitants d’Oradour sur Glane qui eux n’ont rien pu écrire ?
Les mensonges n’engagent que ceux qui les disent
Les promesses n’engagent que ceux qui les croient
Choisissez!
Trop c’est trop ! Maintenant on nous fourgue un spot télé type court métrage sur la lettre de Guy Môquet…. Le ministre de l’enseignement dit à midi sur Canal+ qu’il ne s’agit pas seulement de l’éloge de la résistance mais de l’éloge du sacrifice de sa vie pour son pays ( ce qui est confirmé dans la circulaire envoyée aux enseignants). Après que notre président ait dit le jour de la lecture de la lettre devant les caméras (vérifiable) : « …. c’est l’engagement d’un enfant de 17 ans qui donne sa vie pour la France. Ce n’est pas un exemple du passé mais un exemple pour L’AVENIR ! ». Bon sang pourquoi tout le monde disserte et que personne ne tremble ?
On nous bassine avec l’esprit de sacrifice quand l’équilibre international s’effrite de toute part.. ( Iran…) entre autre.
Avons nous été avertis, par exemple que nous avions envoyé de nouvelles troupes en Afghanistan ?
Ne soyons pas sourd et aveugles. Que les journalistes creusent ce symbole là dans les interviews ! Serait-ce un tabou ? Pas pour notre président puisque lui en parle !
On se croirait en Chine!
Pour l’instant les commentaires sont encore possibles, mais combien de temps avant que les riverains de la rue89 ne soient dénoncés pour anti-patriotisme?
…ouais,l’automne à Pékin!…
Business ? Ce grand homme se fait présenter l’histoire par son zélé ministre de ladite. La communication devenue tactique généralisée, ça n’exclut pas quelque pointe d’inconscient: une histoire dont il n’aurait pas à être… moqué ? Ainsi son Guainot amouraché bidouille, bidouille, et bidouille encore. Mais à force de bidouiller, l’Histoire risque de convulser. Comme diait Férre: qui donc réparera l’âme des amants tristes ? Consternant. Vivement les municipales !
Ben oui, j’ai la trouille de la dictature
Si Sarko business il y a, celui-ci part autant en quenouille que celui de l’équipe de rugby nationale du pauvre Laporte. N’annonce-t-on pas que notre président survitaminé vient de renoncer à se rendre dans le lycée parisien où il devait lire lui-même la précieuse missive. Problème d’emploi du temps, prétextent ses services. HA HA HA !!!
Peut-être pourrait-il faire tout de même un saut rapide jusqu’à la dalle de la Courneuve. Il y débiterait (à la vitesse du karcher) le texte de l’infortuné jeune résistant en ne manquant pas de rappeler que celui-ci a été arrêté, passé à tabac par des policiers français, les mêmes « fiers » policiers qui aujourd’hui font la rafle aux sans-papiers sur fond de quotas nauséabonds. Il y rappellerait aussi que les otages de Chateaubriand ne furent pas choisis par les autorités allemandes, mais par le ministre de l’intérieur français de l’époque, celui dont notre vibrionnant président fut un temps le digne successeur…
A QUAND UNE LETTRE DE NICOLAS MIQUET?A LIRE DANS TOUTES LES MATERNELLES….
c’est la lutte finaaaaale…….
En tant qu’étudiante en Histoire, ce thème me touche beaucoup et je crois que, même si cette lettre est pleine de vertus (et d’avantage à cause de cela), il ne faut tout de même pas tomber dans l’Histoire simplifiée, manichéenne, « lissée » comme dit De Baecque; Au contraire il est nécessaire, dès le collège, de faire découvrir aux élèves toutes les facettes de l’Histoire et les controverses historiographiques qui font en sorte que le débat soit toujours ouvert. Il faut pouvoir regarder le fait historique sous tous ses aspects, aussi les moins glorieux, pour pouvoir le comprendre complètement et le replacer dans sa perspective historique.
J’aimerai bien que vous soyez plus explicite !
Que ne peut t’ont pas étudier de manière contradictoire ????
Il n’est pas une légende de dire que les gens qui composent un parti font partie de ce parti. Et Guy Moquet était bien le fils de son père. Il a pris la relève après que son père ait été enfermé du fait de la chasse aux communistes. Cette chasse avait commencé en allemagne et par un jeu de billard à 3 bandes, comme on pourrait dénommer le « pacte germano soviétique ».
Les communistes français étaient pourchassés au nom de la « trahison » de l’URSS (faut éviter de mettre des mots qui feraient oublier que se préparait Stalingrad, ce qui renverserait le cours de la guerre) alors que police et gendarmerie française collaboraient allègrement avec les nazis. Les bourgeois qui avaient criés « plutôt Hitler que le front populaire » n’étaient naturellement pas inquiétés et se voyaient ainsi rassurés en une pierre deux coups.
Il est donc pour le moins curieux de voir que pour ces années d’occupation nazie certains arrivent à dénoncer le fait que les communistes français, pourchassés par les allemands, ne pouvaient pas être résistants ou au plus que de tièdes résistants du fait du fameux pacte.
Je dois rappeler qu’en Allemagne dans les années 35 les communistes allemands avaient payé un lourd tribut à la botte nazi. Ce sont eux qui ont fait parti du lot des premiers déportés dans les camps. Les communistes français avaient eu les informations nécessaires pour prendre conscience de la nature du régime nazi.
Le pacte entre l’URSS et les nazis ne trompaient personne. Hitler voulait la peau des communistes mais ne pouvait pas établir un nouveau front et préfèrait différer l’écrasement de l’URSS. Hitler avait eu la peau des communistes allemands.
Mais la manipulation tendant à faire croire à une collusion ou une neutralité des communistes avec l’ennemi était et reste tentante pour ceux qui veulent encore la peau des héritiers de la Commune et de du CNR. (voir le texte du n° 2 du MEDEF dans Challenge)
« Merci » pour les leçons d’histoire re visitées par Rue89.
Il n’est pas une légende de dire que les gens qui composent un parti font partie de ce parti. Et Guy Môquet était bien le fils de son père. Il a pris la relève après que son père ait été enfermé du fait de la chasse aux communistes. Cette chasse avait commencé en Allemagne et par un jeu de billard à 3 bandes, comme on pourrait dénommer le « pacte germano soviétique ».
Les communistes français étaient pourchassés au nom de la « trahison » de l’URSS (faut éviter de mettre des mots qui feraient oublier que se préparait Stalingrad, ce qui renverserait le cours de la guerre) alors que police et gendarmerie française collaboraient allègrement avec les nazis. Les bourgeois qui avaient criés « plutôt Hitler que le front populaire » n’étaient naturellement pas inquiétés et se voyaient ainsi rassurés en une pierre deux coups.
Il est donc pour le moins curieux de voir que pour ces années d’occupation nazie certains arrivent à dénoncer le fait que les communistes français, pourchassés par les allemands, ne pouvaient pas être résistants du fait du fameux pacte.
Je dois rappeler qu’en Allemagne dans les années 35 les communistes allemands avaient payé un lourd tribut à la botte nazi. Ce sont eux qui ont fait parti du lot des premiers déportés dans les camps. Les communistes français avaient eu les informations nécessaires pour prendre conscience de la nature du régime nazi.
Le pacte entre l’URSS et les nazis ne trompaient personne. Hitler voulait la peau des communistes mais ne pouvait pas établir un nouveau front et préférait différer l’écrasement de l’URSS. Hitler avait eu la peau des communistes allemands.
Mais la manipulation tendant à faire croire à une collusion ou une neutralité des communistes avec l’ennemi était et reste tentante pour « certains » historiens.
« Merci » à Rue89 pour les leçons d’histoire re visitées.
on peut lire aussi, sans doute, la lettre (et l’histoire) de Missak Manouchian…
…ici : http://www.avoodware.com/blog/files/missak%20manouchian%20affiche%20roug…
… et là : http://sarkononmerci.fr/files/missak%20manouchian%20affiche%20rouge.html
mais il faut comprendre le petit Nicolas qui a choisi l’un plutôt que l’autre…
… plus compliqué de faire de Missak Manouchian et de ses compagnons (camarades !) une icône de la jeunesse française
… sans doute « parce qu’à prononcer [leurs] noms sont difficiles »
…sans doute parce que ce sont plus des noms à vous faire foutre dans un charter plutôt que dans une école…
on peut lire aussi, sans doute, la lettre (et l’histoire) de Missak Manouchian…
…ici : http://www.avoodware.com/blog/files/missak%20manouchian%20affiche%20roug…
… et là : http://sarkononmerci.fr/files/missak%20manouchian%20affiche%20rouge.html
mais il faut comprendre le petit Nicolas qui a choisi l’un plutôt que l’autre…
… plus compliqué de faire de Missak Manouchian et de ses compagnons (camarades !) une icône de la jeunesse française
… sans doute « parce qu’à prononcer [leurs] noms sont difficiles »
…sans doute parce que ce sont plus des noms à vous faire foutre dans un charter plutôt que dans une école…
Et moi,ce fut les Pieds Nickeles…que de fois,j’ai reve d’etre Ribouldingue,Filochard ou Croquignol.Maintenant je les vois tous les jours a la television,en une de couv…le reve est devenu realite….
Introduire la lettre de Guy Môquet dans le cadre de l’enseignement de l’histoire dans les lycées, pourquoi pas ? Des raisons il y en a. Je ne m’y attarderai pas car elles été suffisamment argumentées par ailleurs.
Je m’interroge davantage sur l’origine de la décision d’introduire cela dans le programme scolaire et sur ses modalités de diffusion.
Mon propos vise, à tenter de trouver une réponse parmi les lecteurs de Rue 89, historiens ou pédagogues de l’éducation nationale (ou autres compétenses), à deux qestions que je me pose:
D’une part, existe -t-il déjà des cas, dans l’histoire de notre école, où des instructions pédagogiques ont été dictées par un homme politique en campagne électorale (à des fins qui servaient son ambition)?
D’autre part, parmi les instructions pédagogiques, existe-t-il (de nos jours) d’autres cas où les enseignants doivent traiter d’un fait historique tous ensemble, un jour précis de l’année ?
Introduire la lettre de Guy Môquet dans le cadre de l’enseignement de l’histoire dans les lycées, pourquoi pas ? Des raisons il y en a. Je ne m’y attarderai pas car elles été suffisamment argumentées par ailleurs.
Je m’interroge davantage sur l’origine de la décision d’introduire cela dans le programme scolaire et sur ses modalités de diffusion.
Mon propos vise, à tenter de trouver une réponse parmi les lecteurs de Rue 89, historiens ou pédagogues de l’éducation nationale (ou autres compétenses), à deux qestions que je me pose:
D’une part, existe -t-il déjà des cas, dans l’histoire de notre école, où des instructions pédagogiques ont été dictées par un homme politique en campagne électorale (à des fins qui servaient son ambition)?
D’autre part, parmi les instructions pédagogiques, existe-t-il (de nos jours) d’autres cas où les enseignants doivent traiter d’un fait historique tous ensemble, un jour précis de l’année ?
Le 22 octobre, la lecture de la dernière lettre de Guy Môquet sera l’occasion de ce qui pourrait passer pour une cérémonie de plus, dans le Panthéon résistant. Il n’en est rien : c’est un véritable programme commémoratif que le Bulletin officiel de l’Education Nationale du 30 août organise dans les lycées. Promotion soudaine d’une figure patriotique, présentée comme exemplaire, place centrale accordée à l’Ecole pour la lecture d’une « lettre », dimension strictement nationale de la célébration : tout cela n’est pas sans susciter des interrogations sur les causes profondes de cette fabrique à « flux tendu » d’un héros pour la jeunesse.
La rapidité de la découverte puis de la promotion de Guy Môquet par le candidat Sarkozy devenu chef de l’Etat a de quoi surprendre. Jusqu’au printemps 2007, la principale figure célébrée par le leader de l’UMP était Georges Mandel, homme politique de droite assassiné par la Milice parce que juif, en riposte à l’exécution du collaborateur Philippe Henriot par la Résistance. Pourtant, dès le 15 mai, le premier geste du nouveau pouvoir consiste à réinventer la mémoire résistante : la dernière lettre de Guy Moquet, promue au rang d’Archive exemplaire, est surajoutée à la commémoration des Fusillés de la Cascade du Bois de Boulogne. Image de l’Emotion officielle, objet de la « première décision » présidentielle, elle devient une véritable affaire d’Etat : désormais, elle devra être lue solennellement dans chaque lycée à chaque rentrée scolaire. L’hommage posthume fait à Guy Môquet incarne l’« ouverture mémorielle » qui annonce l’ouverture politique.
Cet usage politique n’est pas anodin : il entraîne des effets pernicieux sur la connaissance du passé ainsi instrumentalisé : Guy Môquet semble se résumer à sa mort, aux adieux à sa famille et à ses amis qui ponctuent sa dernière lettre. La Résistance est réduite à la seule perspective du sacrifice. Ainsi la spécificité du combat de Guy Môquet est-elle éludée : le caractère communiste de son engagement, la singularité de son courage au moment où le Parti Communiste, interdit par la République dès 1939, ne résistait pas encore officiellement, sont escamotés. De même, son arrestation par la police française, l’intervention des autorités de Vichy qui désignent spécifiquement parmi les otages une liste de militants communistes à fusiller sont passées sous silence. Toutes les singularités et les complexités de la Résistance disparaissent derrière l’écran blanc d’une dernière lettre sortie de son contexte.
On pourrait supposer que les enseignants chargés de lire la lettre aient précisément pour tâche de restituer ce contexte et ces enjeux. Mais la façon dont la cérémonie est prévue par le texte et déjà organisée en plusieurs lieux montre qu’il n’en est rien : tout est fait pour que l’École fabrique un mythe patriote en lieu et place d’une interrogation critique, aussi chargée d’émotion puisse-t-elle être. C’est en effet une véritable cérémonie de monument aux morts qui est prévue dans un certain nombre d’établissements, inventée pour l’occasion. Le public scolaire dont on attend le « recueillement » y préfigure celui du 11 novembre, les Résistants occupent la place des Anciens Combattants et la lettre celle du monument funéraire. Entre usage rugbystique de la lettre et cérémonie scolaire, tout se passe comme s’il s’agissait de mettre en place des bataillons de la mémoire dont les enseignants seraient les nouveaux « hussards noirs », au service d’une mémoire aussi étroitement nationale -malgré les dénégations - que largement amnésique.
La place donnée à l’Ecole dans cette cérémonie et les formes suggérées pour son organisation indiquent une double visée : restauration de l’ordre social et restauration de l’unité nationale. L’ordre cérémoniel est la traduction sous forme rituelle de la Lettre aux éducateurs envoyée par le même donneur d’ordres ; restauration de la hiérarchie, des « valeurs » et du vouvoiement : Guy Môquet le militant est utilisé à contre-emploi. Le message présidentiel n’en a cure, il soumet l’histoire à son usage par ses directives très claires : « aimez la France car c’est votre pays et que vous n’en avez pas d’autre. » On ne peut mieux indiquer l’usage politique ainsi visé : l’union sacrale dont l’Ecole doit être la garante permet d’effacer toute « tache » mémorielle : de la responsabilité de l’Etat français dans la déportation et l’extermination des Juifs à la non reconnaissance des massacres coloniaux, de la répression du 17 octobre 1961 à l’oubli des anciens combattants « ex colonisés », etc. On peut observer une singulière concomitance entre la monumentalisation de la figure de Guy Môquet dans une cérémonie scolaire et les remaniements des programmes d’histoire des filières techniques qui font disparaître comme thèmes d’enseignement aussi bien Vichy que les guerres d’Indochine et d’Algérie ; entre la réinvention d’une mémoire résistante purement nationale et unanime et les créations successives d’une Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie et d’un Institut d’études sur l’immigration et l’intégration, sur fond de projets de musées régionaux tendant à exalter l’œuvre coloniale de la France. On peut enfin trouver que la célébration de l’amour exclusif de la patrie devant un public de lycéens comprenant des élèves sans-papiers que le Gouvernement entreprend d’expulser confère à cette cérémonie un caractère objectivement cynique.
Le chef de l’Etat a annoncé publiquement vouloir la « fin de la repentance », ce qui signifie le refus de reconnaître désormais de façon officielle la responsabilité de la France sur la scène publique et la volonté explicite de mettre fin à tout débat à ce sujet. Célébrer la figure sacrificielle d’un Guy Môquet purement patriote, c’est recréer un culte unanimiste de la nation en lieu et place de toute interrogation critique sur la mémoire nationale, en escamotant les enjeux les plus actuels de la recherche et de l’enseignement de l’histoire. Chaque acteur de l’espace scolaire jugera de l’attitude qui lui paraît la plus juste, mais il ne nous apparaît pas possible, en tant qu’enseignants c