
L'origine de Courbet au Grand Palais
Evidemment, le lieu à ne surtout pas manquer durant la visite de l'exposition Courbet est la rotonde dédiée à » L'Origine du monde » . On y trouve le tableau de 1866, commandé par le mécène érotomane Khalil Bey, premier propriétaire de l'œuvre, qui possédait l'une des plus belles collections érotiques du moment. La toile est ici présentée avec les deux » caches » aménagés par Jacques Lacan, son dernier propriétaire, tableaux qui servaient à masquer la peinture aux yeux des visiteurs du psychanalyste, « Le Château de Blonay », un autre Courbet, et un panneau signé André Masson.
Car » L'Origine du monde » n'a rien perdu de son pouvoir sidérant et malaisant. Impossible d'y échapper, le tableau, sexe en cadrage serré, sans fioriture ni aucune des allégories généralement dévolues à ce genre, est un fragment choc et une image de pure provocation, une forme de vérité à laquelle on n'échappe pas quand on lui fait face.
Auscultation, scrutation, fétichisme, examen anatomique, le spectateur ne sait trop où se situer, et c'est ce trouble qui se précipite vers lui à toute vitesse, d'autant que la position du corps de la femme (anonyme), jambes écartées selon un angle à 90 degrés, donne une forte impression de perspective tandis que la chair contraste crûment avec la crinière noire qui surmonte la fente du sexe, elle-même comme une fêlure dans le tableau : un coup de ciseau sombre dans notre regard.
Depuis dix ans, on peut voir ce tableau au Musée d'Orsay. Ce n'est pas le cas des 120 autres tableaux de cette grandiose exposition, venus de partout dans le monde ainsi que des musées français de province (saluons ici le beau travail du Musée Fabre de Montpellier).
Il s'agit sûrement de l'une des plus importantes expositions de ces dernières années, en tous les cas celle qu'attendait Gustave Courbet, celle que son génie orgiaque et gargantuesque méritait. Car l'on reconnaît enfin au Grand Palais ce Courbet qui fut le peintre le plus célèbre de son temps, et que les travaux des historiens d'art ont fini par remettre à sa place : peut-être le plus grand artiste de la seconde moitié du XIXe siècle, période qui n'en manqua pourtant pas.
Militant de la Commune
Plus de mille œuvres, des scandales à foison, un appétit d'ogre pour tout, la vie, les femmes, le peuple, la chair, la boisson, la nature, et une boulimie de travail qu'il mettait au profit d'une seule obsession : être le plus grand. Il y a chez Courbet une certitude, un narcissisme, une volonté surtout, qui, alliés au talent pur et au travail incessant, en font l'artiste le plus jalousé et le plus admiré, le plus décrié et le plus loué, de l'histoire de l'art français.
C'est donc une bonne idée de tout faire démarrer sous l'autoportrait géant accroché à la façade du Grand Palais, en immense reproduction, ce » Désespéré » de jeunesse, les yeux fixes et exorbités, les traits délirants, comme s'il regardait l'effroi qui semble être au plus profond de lui-même.
L'accrochage thématique est ensuite très stimulant, et les cimaises rouges brique/verts amende rendent fort bien l'intensité à l'œuvre chez Courbet. D'emblée, les autoportraits frappent. Courbet surenchérit dans le genre en se mettant en scène souvent de manière excentrique, baroque, grimaçante, costumée, carnavalesque, en situation gênante, voire bizarre.
La fin, c'est la Commune, pour laquelle ce républicain amoureux du populo et peu habile politiquement milita ouvertement, demandant en pacifiste intransigeant la destruction de la colonne Vendôme, monument impérial exaltant la guerre contre l'Europe. En s'engageant pour la Commune de Paris, comme Vallès mais contre la plupart des intellectuels, artistes et hommes politiques du temps, Courbet expie sa propre culpabilité de n'être que peu intervenu lors de la Révolution de 1848.
Mais il va le payer au prix fort. Mis au ban de la société, jugé, emprisonné six mois à Sainte-Pélagie, condamné à rembourser le monument détruit, donc à la faillite, il s'exile en Suisse, où il mourra malheureux, solitaire, énorme, alcoolique, en 1877, à 58 ans.
» Le titre de réalisme m'a été imposé »
Entre ces deux bornes, qui sont aussi celles de l'exposition du Grand Palais, il y a dans cette vie hors du commun la fascination pour la banalité de la vie populaire, dont Courbet fait son miel à sa façon, c'est-à-dire jusqu'au scandale.
Fils de marchand et notable jurassien, il s'est formé quasi tout seul en arrivant à Paris de sa Franche-Comté natale, copiant laborieusement les maîtres du Louvre. Puis il connaît ses premiers succès avec des scènes de genre, des portraits et autoportraits, et sa réputation de « réaliste » s'accroît tout en l'ennuyant.
C'est en 1855 qu'advient son premier manifeste : il expose ses toiles dans un pavillon entièrement consacré à lui-même et à sa gloire, en marge du Salon officiel. Dans le catalogue, il écrit :
» Le titre de réaliste m'a été imposé comme on a imposé aux hommes de 1830 celui de romantiques. Les titres, en aucun temps, n'ont donné une idée juste des choses ; s'il en était autrement, les œuvres seraient superflues. »
Ces œuvres, précisément, provoquent scandale sur scandale, au point que Courbet en fait une stratégie consciente : il provoque pour attirer l'attention, il choque pour effrayer le bourgeois mais aussi pour le fasciner. En ce sens, il est extrêmement moderne dans sa manière d'être peintre, de concevoir son métier, ce qu'il peut et doit rapporter, ce qu'il monnaye en gloire et célébrité, autant que dans sa technique picturale (il travaille très matériellement ses toiles, au couteau, presque comme de la barbaque…).
Ainsi de » Un enterrement à Ornans » (1851), toile immense, sombre, terreuse, aux dimensions d'une peinture d'histoire mais où le seul grand homme est le peuple du village, puisqu'on ne sait pas qui on met en terre ni de qui ce cortège chante les louanges.
Ainsi encore des » Baigneuses » (1853), où le classique de la femme au bain est littéralement explosé par l'appétit de chair et la représentation d'une femme nue aussi magnifique qu'énorme et gigantesque ; et ces » Demoiselles des bords de Seine » (1856), où Courbet se permet de montrer deux superbes prostituées affalées, allanguies, rêveuses, provocantes.
Il y a enfin » L'Atelier » (1854), l'une des toiles sur laquelle le XIXe siècle a le plus glosé, grande image cryptée, où le peintre organise les mondes concurrents de ses amis bohèmes (dont Baudelaire) et de ses ennemis, politiciens et adversaires travestis comme pour un bal costumé ridicule.
Esprit libre dans un corps énorme
Courbet est alors jeune, célèbre, il en impose et il s'impose : des dizaines de caricatures des années 1850 et 1860 le montrent comme un ogre aussi génial que malcommode. Lui n'en fait qu'à sa tête, sachant organiser sa gloire par le scandale et la provocation, continuant à peindre la chair des femmes et la vérité du peuple, soutirant ce qu'il lui faut de fortune aux puissants en les portraiturant comme il l'entend.
Voici un esprit libre dans un corps énorme, un art sans limites qui élargit les cadres du commun et du convenu, un homme qui redonne au populaire sa grandeur et sa dignité. Et l'exposition du Grand Palais, ambitieuse, foisonnante, restitue à sa façon cet appétit de vivre, cette manière de » sentir la chair » , pour reprendre une des expressions favorites de Courbet.
► Gustave Courbet, Galeries nationales du Grand Palais, tous les jours sauf mardi, du 13 octobre au 28 janvier. Accès : M° Franklin-Roosevelt ou Champs-Elysées-Clemenceau. Renseignements : 01 44 13 17 17 (serveur vocal) ou sur le site officiel du Grand Palais.
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De
10H46 | 13/10/2007 |
vous suscitez l'envie
De
12H25 | 13/10/2007 |
vendredi 12 octobre 2007
L'origine du monde
Reportage de Laetitia Cherel autour du tableau de Gustave Courbet « l'origine du monde ».
http://www.radiofrance.fr/franceinter/em/labassijysuis/
De Dominique MAMERE
Professeur d'Histoire-Géographie) (... | 14H16 | 13/10/2007 |
Elle aurait pu au moins se dépiler (ou il aurait pu au moins la dépiler quand il l'a peinte). Moi ça me donne la nausée. Si je veux voir du porno, il suffit de chercher certains mots-clés sur Gougueule. Beurk.
à Dominique MAMERE
De Beber biterrois
21H23 | 13/10/2007 |
…et puis une goutte de fond de teint pendant qu » on y est, non ?
à Dominique MAMERE
De brogilo
in angulo | 22H37 | 13/10/2007 |
Chère Dominique Mamere,
D'abord, convoquons ce bon vieux Saint-Paul quand il dit : « Je sais et je suis convaincu, par Notre seigneur Jésus, qu'il n'y a rien de sale en soi, mais celui qui pense que quelque chose est sale, cette chose est sale en lui. »
« L'origine du monde » de Gustave Courbet est d'abord un morceau de peinture, un dispositif technique : de la toile, du liant, des pigments.
Courbet peignait avec un même bonheur les ciels, les vagues, les fruits, les femmes, les rochers.
Avec un même amour.
Un même ressenti.
Si physiquement engagé, si complètement « projeté » dans ce qu'il faisait qu'il en devenait, le temps du « faire », ce qu'il peignait.
Pour arriver à ses fins, Courbet utilisait tout ce qui lui tombait sous la main : brosses bien sûr mais aussi couteaux de peintre, chiffons… et ses doigts. Chaque instrument venant répondre au mieux à l'urgence de l'instant.
Ce tableau n'a pas grand-chose à voir avec l'excitation sexuelle et la
pornographie dont vous parlez. Dérangez-vous, venez constater par vous-même, vous verrez comme « l'origine du monde“est étrangement neutre de ce point de vue.
Sa puissance est ailleurs.
Certainement pas dans ce que ce tableau représente.
Vous dîtes ‘Gougueule’, comme un mélange de ‘goule’, et de ‘gueule’, ‘ Symbole chtonien de la bouche d'ombre, entrée béante de l'au-dessous, qui dévore chaque soir le soleil et le jour pour les rejeter sur terre à l'aube. Il est le passage entre jour et nuit, mort et vie, et donc l'entrée comme la sortie des initiations, traditionnellement considérées comme des digestions (…)(Dictionnaire des Symboles)
A considérer la série des source de la Loue’, ‘source du Lison’ et autre ‘grotte Sarrazine’ à Nans-sous-Sainte-Anne dans le Doubs, Courbet a décidément peint beaucoup de ‘gueules’…
Pour ma part, si parmi tous ses chefs-d'oeuvre, je devais n'en choisir qu'un, ce serait un tout petit tableau (25x38 cm)” de 1862 appartenant au Musée du Petit-Palais : on y voit un âne de profil qui mange dans une écuelle.
Sujet insignifiant mais duquel se dégage une puissance infinie.
Merci à Antoine de Baecque et Rue89 pour ce très bel article.
à brogilo
De Dominique MAMERE
Professeur d'Histoire-Géographie) (... | 00H20 | 14/10/2007 |
Je suis « cher », pas « chère », même si mon nom prête à confusion.
Je ne sais pas de quelle puissance qui se dégage de tableau tu parles. Je ne perçois rien de tout ça, je ne suis pas un artiste, je suis un « intellectuel de gauche ».
à Dominique MAMERE
De brogilo
in angulo | 01H50 | 14/10/2007 |
Au temps pour moi, monsieur Mamère.
à Dominique MAMERE
De Intellectuel de Gauche
05H30 | 14/10/2007 |
Mais bien-sûr !
à Dominique MAMERE
De
09H25 | 14/10/2007 |
Ca n'évoque rien pour toi ? Même pas les moustaches de ton grand frère Noël ?
à Dominique MAMERE
De
14H52 | 14/10/2007 |
Un intellectuel de gauche, ça veut dire quoi ?
Ce tableau représente la nature, au même titre qu'une rose ou un sexe masculin. Il semble qe les hommes soient plus sensible à cette vue Normal. Un intellectuel c'est un con qui s'ignore.
à Dominique MAMERE
De
16H55 | 14/10/2007 |
Bravo, voici la façon de penser pour réussir le CAPES ou l'agrégation. Lorsque Nicoléon parle d'en finir avec le relativisme de 68, il n'a pas bien regardé qui réussit les concours aujourd'hui…
à Dominique MAMERE
De
09H40 | 15/10/2007 |
Professeur d'histoire serait donc synonyme d'intellectuel de gauche ?
Et pour apprécier l'art il faudrait être soi-même artiste ?
Curieux raisonnement en vérité
à brogilo
De
09H58 | 15/10/2007 |
votre texte m'aide à approfondir la compréhension de l'artiste et de son oeuvre. Merci brogilo.
à brogilo
De pikasso02
13H09 | 16/10/2007 |
Bonjour Brogilo
D'accord avec ton article. Le rapprochement entre la « Source de la Loue » et « L'Origine du Monde » ne me semble pas fortuit.Par la composition, cette peinture me fait penser à un paysage. Courbet semble avoir peint le sexe féminin avec le même plaisir que les fentes dans les rochers. Il suffit de regarder ses peintures. « Le Gour de Conches » du musée de Besançon est une peinture anthropomorphe. Elle représente une cascade, mais aussi des dizaines de têtes humaines qui se fondent et confondent avec la nature.Comme un jeu. Cézanne aimera surtout dans ses aquarelles, mêler corps et paysages, au point pour le regardeur de ne plus savoir ce qu'il regarde.« Mêler des épaules de collines avec des courbes de femmes » (Je ne suis pas sûr de la citation de Cézanne, mais vous m'aurez j'espère compris. Picasso continuera ce jeu.
http://pikasso02.skyrock.com/
à pikasso02
De brogilo
in angulo | 19H12 | 16/10/2007 |
@ pikasso02,
Ce que tu dis, j'aurais aimé le dire en tous points. Notamment à propos de l'anthropomorphisme du Gour de Conches, mais ça faisait trop long.
Faut pas lasser les gens.
Ca fait plaisir de rencontrer un vrai connaisseur par le biais du web.
Rue89, ça doit servir aussi à ça, à la confrontation des points de vue et pas seulement à s'envoyer des invectives à la tête. Malheureusement, il y a beaucoup de branlotins dans le monde de l'art (voir la catastrophe Demian-West ici même).
Je ne suis pas sûr non plus de la citation de Cézanne, mais en substance, ça dit bien ce que tu écris.
Bien à toi.
De Servais-Jean 4591
HS | 02H48 | 14/10/2007 |
Et son tableau retrouvé récemment « nu couché » est aussi pour le moment au musée d'Orsay.
Un autre pur chef-d'oeuvre.
De
14H45 | 14/10/2007 |
l'envie de quoi ? de baiser, de l'embrasser, de la toucher ?
De brogilo
in angulo | 15H20 | 14/10/2007 |
Pardonnez-moi, mais il me semble que vous en restez un petit peu trop à la consistance matérielle des choses…
Comme l'a dit quelqu'un ici, citant Magritte : « Ceci n'est pas une pipe ».
De René B.
10H43 | 13/10/2007 |
Merci pour ce super article qui donne grande envie de voir l'expo. Quel personnage !
De
10H43 | 13/10/2007 |
Simple poesie, grandiose et d'un realisme a la nuance pres, ce tableau exprime sans etat d'ames apres tout le degre de reconnaissance que merite ce « lieu de passage » qui nous permet a tous, petit et grand de ce Monde, de passer d'un etat a un autre…et d'embrasser le souffle de la vie.
De
10H56 | 13/10/2007 |
Encore une photo de Chabal ?
Marre du rugby ! !
C.M.
De adaunis
Nul part....si adelyne me plaque...... | 11H31 | 13/10/2007 |
En tant qu'Artiste Peintre, je trouve celle là au poil…
à adaunis
De
16H26 | 13/10/2007 |
.
« En tant qu'Artiste Peintre »…
Curieux.
En tant que regard je l'inspire.
.
De
16H48 | 13/10/2007 |
Mon oeil, oui c'est ça, vous l'aspirez !
De
16H57 | 14/10/2007 |
Un regard entier prend sur lui la vie, la mort… et les petits poils.
Un regard « intéressé » est un regard mort-né.
De nlnico
13H34 | 13/10/2007 |
merde ! je crois que je là connais ! mais j'ai un doute …
uhuhuhuhuh
ALLEZZEZZZ CHABBAAAAALLLL
De Intellectuel de Gauche
05H35 | 14/10/2007 |
Aux chiottes Charal, euh…Chabal.
De
11H41 | 13/10/2007 |
Ce tableau exposé au grand palais est un faux !
Le vrai, l'authentique est chez moi.
Dans ma chambre.
Sous ma couette.
De
12H00 | 13/10/2007 |
En effet, ceci n'est pas une pipe !
De skalpa
actif et militant ? | 11H57 | 13/10/2007 |
Merci de souligner l'aspect militant de la commune de cet artiste.
blog actif et militant :
http://kprodukt.blogspot.com