
Le théâtre de la politique ou le vaudeville de la République
Quelle pièce de théâtre nous joue donc la politique française ? Sur quelle scène se trouve-t-on ? Quand s'agitent impuissantes les potiches de l'ouverture sarkozienne (aux minorités, à la gauche, à la société civile) ? Quand les socialistes font le coup de théâtre d'une victoire inédite et que, cerise sur le gâteau ou ultime effet de spectacle, l'on apprend brusquement, tandis qu'on s'assoupissait tranquillement devant une soirée électorale d'un optimisme retrouvé, la rupture consommée entre Royal et Hollande, devenus rivaux politiques déclarés en même temps qu'ex-compagnons de ménage ? Dimanche soir, vers 22h15, le petit théâtre de la politique française n'a jamais paru aussi évident, dérisoire, et mis en scène. C'est la coexistence de ces divers sentiments de « spectateurs » qui frappe d'abord, comme si s'intéresser à la chose publique demandait désormais davantage un regard théâtral, presque le jugement de goût d'un amateur de tréteaux, d'un critique dramatique, pour tout dire une sensibilité esthétique, qu'une conscience citoyenne.
Comparer la politique à une scène, et ses enjeux ou ses apparences à un théâtre, n'est pas nouveau. En France, ce jeu de comparaisons est né avec la démocratie moderne, et la première Assemblée nationale, dès 1789, entre dans cette perspective théâtrale quand elle est décrite par les observateurs, largement satiriques. L'espace politique public, en France, attire ces métaphores particulières : l'Assemblée comme un théâtre, la tribune comme une scène, le personnel politique tel une troupe de comédiens. Le genre du « petit théâtre politique » connaît une vogue sans pareille dès 1789, illustrée par d'innombrables publications, des séries de pamphlets et journaux à rire qui se consacrent précisément à camper la scène de l'Assemblée comme des tréteaux du ridicule et les habitudes et prétentions des députés telles des gestes énormes et des tirades grandiloquentes.
Cette presse révolutionnaire –souvent contre-révolutionnaire– apparaît comme l'ancêtre du Canard enchaîné et des journaux « peopolitiques » d'aujourd'hui, celle de l'anecdote révélatrice de la comédie politique : Les Fous politiques, La Lanterne magique nationale, La Chronique du manège, La Grande Ménagerie, Le Livre nouveau des charlatans modernes, Les Chevaux au manège… Cette presse antiparlementaire, si présente et si influente en France de 1789 à nos jours, dresse le portrait du député paresseux et buveur, absentéiste et narcissique, batailleur et compromis, corrompu et prébendé. Le vicomte de Mirabeau, frère cadet du grand orateur, nomme lui-même cette scène politique « la comédie française, patriotique et nationale ».
En ce dimanche 17 juin 2007 de soirée législative, que voyait-on sur cette scène ouverte à tous les regards ? Une pièce de boulevard, avec figurants stéréotypés à droite, comme autant de silhouettes folkloriques d'un paysage en recomposition accélérée ; une intrigue constituée de surprises et de coups de théâtre sur fond d'élections à rebondissements ; et un méli-mélo sentimental en point d'orgue, où la porte qui claque au nez du compagnon volage fait un bruit très politique : qui empêchera désormais les « spectateurs » de ce théâtre de relire toute la campagne électorale récente comme une histoire de rupture, de femme jalouse, de couple volant en éclats ? C'est du Labiche : un vaudeville écrit avec le sens du tempo, des sarcasmes bien placés et quelques larmes à l'œil mises en scène.
La vie politique des monarchies fut autrefois le sujet des grandes tragédies : Shakespeare, Corneille, Racine ne mettaient pas en vers autre chose que l'existence politique des rois, anciens et modernes. La démocratie moderne, de 1789 au début du XXe siècle, fit rejouer ces histoires comme des farces, grimées en « habits de romains », citant avec grandiloquence des phrases du passé s'appliquant par la parodie au présent de l'actualité politique.
Est-on maintenant entré dans la politique-vaudeville ? Celle qui emprunte ses personnages, ses intrigues et ses répliques à l'opérette et au boulevard ? C'est ce que, malicieux mais percutant, a soudain lâché Patrick Devedjian en considérant le spectacle offert, dimanche soir, par ces étonnants tréteaux de télévision : « Karl Marx disait : “L'histoire se répète : la première fois, c'est une tragédie ; la deuxième fois, c'est une comédie.” Moi, j'ajouterai : la troisième fois, c'est un vaudeville… »
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De kebra
Bisounours killa | 20H29 | 19/06/2007 |
Fadela sous la coupe de la grenouille de bénitier Bouttin, j'hallucine ! Qui a mis un trip dans mon verre ? Ce gouvernement est le meilleur exercice de théatre politique des dernières années, digne du Tonton flingueur, mieux même, parce que Soissons ou Tapie…
Cela fait des années que je publie sur Chanvre-Info, dans Asud Journal et dans certains forums des articles sur la politique catastrophique de Sarkoiznogood 1er en matière de prévention de la délinquance et de la toxicomanie. Des années que je dénonce les vices du personnage et sa dérive troisième empire. Des décennies que je me fritte avec la mouvance issue d'Occident et des réseaux SAC/MIL qui reviennent aux premières loges grâce à lui. Et pourtant je dois reconnaître que je suis un peu sur le cul face à l'habilité scénaristique de notre monarque.
Je comprends mieux qu'il soit à la limite du burn-out au G8. Il vient de composer une troupe dont rêveraient bien des théatreux s'ils devaient se fournir en politiciens. Du néo-gaucho au crypto-facho en passant par des socialistes pragmatiques et une large palette de centristes, avec un tiers de femmes, un tiers de « jeunes », un gros zeste de Black-Beur et d'ascenseur social, NS a composé une affiche unique sous la 5ème République et il va la produire dans ses médias privés en bon bonimenteur. « La politique autrement » est un vaudeville qui risque de tenir l'affiche autant que « Les feux de l'amour ».
Alors, on peut individuellement débiner chaque acteur, le metteur en scène et la pièce avec d'excellents arguments. Cela rassure sur son propre engagement et cela défoule d'une immense frustration : Pourquoi n'avoir pas rassemblé un plateau comparable avant ce triste sire ?
De
22H10 | 19/06/2007 |
la métaphore du théâtre est trop statique : elle immobilise le jeu et écrase tout. Il faut vraiment réfléchir à qu'est-ce qui est en train de se passer _ car la vraie question est celle de notre sommeil ou de notre inquiétude : c'est un cirque et non pas un théâtre, et la décision de clarifier une fausse situation de la part de la tenante de l'opposition n'a rien à voir avec la construction funembulesque d'en face , bien plus toxique et roublarde
De rémusetromulus
08H35 | 20/06/2007 |
et grâce à qui tout ça ? aux « grands » médias nationaux et autres ! merci les « journalistes » ! vivement des journaux faits par de vrais grands reporters (on peut rappeler ceux qui ont été évincés). même le canard enchaîné est devenu people( il n'a pas aimé que je le lui dise ! ).heureusement il reste politis…si on arrive à le sauver !
De
11H21 | 20/06/2007 |
c'est limite insultant pour le Théatre(d'art sinon de Boulevard..) que de comparer les collages fourre-tout de ce casting racolleur à une distribution artistique ! ! car cela relève plutot des formules de reality-show ! elles sont habilement dosées par le grand illusionniste Sarko ! ! le marketing televisuel appliqué à une politique-spectacle . ! ! ..dans le fond est-ce si etonnant ?
De toktomi
, les "abderhamane, martin, david" ... | 17H10 | 21/06/2007 |
et pour détendre l atmosphère un vaudeville électoral en 4 actes ; dans le dernier les crs sont relookés par Donald Cardwell,pour une rupture de tradition, et la mise en scene de Berlusconni pour la modernité télévisuelle.
De cardamome
12H22 | 20/06/2007 |
All the world is a stage,
Men and women merely players…