Le cahier cinéma de Libération supprimé: tristesse
C’est un avis de décès qui est aussi un cri d’incompréhension. Tous, du moins beaucoup, nous aimons lire le mercredi et le jeudi Libération. Parce qu’on y trouve un cahier cinéma, puis un cahier livres, une dizaine de pages au centre du journal qu’on sait être un espace de critique mais aussi d’amour, une "défense et illustration" des films et des textes en quelque sorte. Or, il semble désormais que l’abandon du cahier cinéma soit actée au quotidien de la rue Béranger.
Le cahier livre, assure la direction du journal, sera maintenu.
C’est un gâchis. Personnellement, j’ai créé en avril 2002 le cahier cinéma de Libération, et durant plus de cinq années il fut un sanctuaire pour un cinéma d’auteur, qu’il faut ardemment et vaillamment défendre, semaine après semaine.
Cet espace existait, permettant critiques, reportages, portraits, comptes-rendus, chroniques, et les lecteurs de Libération y étaient fortement attachés. Le sacrifier est si absurde que j’imagine que beaucoup d’entre vous vont se faire un devoir d’écrire à Libération pour protester : réclamons la survie des cahiers livres et cinéma de Libération ! ► 12/7/07, rectificatif à la suite d’un appel de Libération. La direction de la rédaction de Libération nous fait savoir que seul le cahier Cinéma du mercredi est remplacé par une "super-séquence". Elle assure que le cahier livres sera maintenu. Nous changeons en conséquence le titre et modifions un paragraphe du texte du blog d’Antoine de Baecque.
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Je ne suis pas un transfuge de Libération, mais li se trouve que j’y étais de passage quand le quotidien a lancé la cahier cinéma, sous la (bienveillante) férule d’Antoine. Ou alors c’est quelqu’un qui lui ressemblait beaucoup et portait le même nom.
Qu’est-ce qui vous fait ainsi douter de cette information?
Bon, du moment qu’ils gardent Edouard Launet…
Il y eut un temps où on ne savait plus quoi ajouter comme carnets et comme suppléments avec le Libé en couleurs criardes, maintenant on ne sait plus quoi y supprimer. Comme on l’a fait remarquer, ces carnets étaient un peu des sanctuaires, dans le quotidien certes mais à distance du fracas de l’actualité. Bon, c’est comme le reste, la gauche et tout ça…
Face à TF1, TF2…. TFn, la presse écrite était un repère, maintenant il ne va bientôt plus y avoir que la jungle ou le marécage du Net. Et les mondes virtuels à la carte.
Ce n’était plus tout à fait Daney, il y a eu des engouements ou des descentes assez « phénomènes de mode » mais c’est quand même une mauvaise nouvelle. C’est exactement la pente du Nouvel Obs qui était une référence intellectuelle (ne vous marrez pas) dans les années soixante dix, avant de devenir un Paris Match de gauche où la place de la culture est étique (et pas vraiment éthique, mais proportionnelle à celle des annonceurs culturels).
JOffrin s’est affirmé comme fossoyeur de réflexion sur la culture…
Pendant ce temps, là, on lance un supplément débile (next) sans aucun intérêt, comme les cahiers « tentations » qui ne sont que de la pub déguisée…
Si ça se confirme, j’arrêterais d’acheter Libé, ce que je faisais d’aileurs surout pur Pierre Marcelle. D’aillerus, les papiers culturels intéressants, ceux de Thibaudat notamment, sont sur Rue 89!
Et, entre parenthèses, je trouve le graphisme du Chaier livres plutôt réussi.
@ l’auteur du poste de 13H:
Ne tombons pas dans le piège tendu par les libéraux populistes qui voudraient nous faire confondre la « culture » (abrutissement?) de masse véhiculée par l’audiovisuel et laculture populaire. La culture populaire, par définition, est issue du peuple et ça va des musiques traditionnelles au slam, du conte au blues, de l’art brut au graph..
Rien à voir avec les produits formatés du divertissement de masse.
Bon, ben, ya pas à tortiller… Bravo, les anciens de Libé, vous avez réussi à me total-démotiver ! Déjà que je cherche l’info dans Libé… Je ne vois qu’une solution, sans ciné, sans livres : me désabonner…
Ce n’était pas l’intention. Libé lance aussi des nouveaux projets…
Bonjour.
… sauf que les nouveaux projets, comme Valdo L. le dit ci-dessus, ne sont pas au niveau des cahiers que Libé supprime.
D’ailleurs, les suppléments séparés du journal n’ont jamais fonctionné, et un clou, régulièrement, chasse l’autre.
Le cahier « cinéma », lui, était intégré au journal et y nageait, le mercredi, comme un poisson dans l’eau.
[ Ceci étant dit, ça fait lurette que je n’achète plus Libé version papier, alors…]
Le vrai Pourquery mettrait un seul p à aplomb, je pense.
Comment se passer du cahier cinéma de Libé ?
Tour à tour, ses 8 ou 10 pages m’interloquaient, m’enthousiasmaient, m’agaçaient aussi parfois… Abonné à ce quotidien depuis 1999 et cinéphile curieux (et un tantinet compulsif), c’est avec bonheur que je retrouvais ce supplément du mercredi, les premières lignes du journal que je lisais, quelle que soit l’actualité, dès qu’il était sorti de la boîte aux lettres. J’en gardais même certains exemplaires, les interviews souvent lumineuses de réalisateurs, par exemple, et j’aimais les critiques construites, pointues et souvent implacables qu’on pouvait y lire ; malgré quelques détours, par Télérama notamment, j’y revenais à chaque fois, pour ce goût du risque à défendre des réalisateurs et des oeuvres ambitieuses, novatrices ou percutantes. J’y ai toujours trouvé de quoi m’éclairer, me rendre (parfois perplexe puis) plus intelligent et moins ignorant, tout en continuant à me divertir sans complexe.
Grâce à Libé, l’univers de Larry Clark ou celui de Gus Van Sant devenaient soudain accessibles et (presque) limpides ; on pouvait pleurer de rire devant des perles rares (Little Miss Sunshine) ou des films légers et malins (Oss117, Le Monde des Rêves) ; découvrir des réalisateurs coréens brillants (Kim Ki Duk, Park Chan-Woo) ou des sagas made in Hong-Kong énervées (Infernal Affairs, Election) ; se réjouir du renouveau du cinéma allemand ; s’émouvoir aux envolées lyriques de Terence Mallick ou à l’intimisme familial de « Libero » ; jubiler au brio des frères Podalydes ; accueillir avec espoir les talents sud-américains (El Aura, Cidade de Deus), s’inquiéter de l’uniformisation des produits de grande consommation cinématographique (qui, lorsqu’ils sortaient du lot car bien dirigés - Raimi ou Jackson - étaient salués sans complaisance ni mépris par le cahier) ; regretter l’absence d’un jeune cinéma français plutôt atone sauvé par le brio de quelques uns (Assayas, Audiard, Despleschin), retrouver la fibre militante et révolutionnaire devant la sélection de très bons documentaires (The take, Allende) ; s’en vouloir aussi - et après visionnage - de s’être laissés embobiner par la critique rutilante de certains films vraiment chiants…
Le cahier ciné de Libé, c’était un peu tout cela, c’était cette question de fin d’après-midi après l’amour : « on va voir quoi, tu as lu le cahier ciné de Libé ? ", la sélection que l’on faisait à deux allant jusqu’à surligner avec application les films " à voir » ; c’était aussi la petite pique, pas très subtile certes mais tellement agréable de vacherie, envoyée au collègue de bureau qui ne jure que par les Inrockuptibles : (version intello antihype) « ah bon, tu n’as pas aimé ? Pourtant les critiques - comprendre Libé - sont dithyrambiques ", et qui marchait aussi en sens inverse (version snob élitiste du 3ème arrondissement) " Libé l’a tellement descendu que je n’ai pas osé me compromettre en allant le voir »…
Sans ce cahier, nous n’irons plus au cinéma de la même manière, et ni Télérama, trop nonchalant dans sa critique et peu curieux, ni les Inrocks, insupportablement « tendance », ni les Cahiers, si emphatiques ne sauront remplacer le ton unique de Libé. Nous voilà borgnes, ce qui dans un monde d’images, ne nous aidera pas. L’audace, décidément, est bien mal payée en retour…
Merci à ses créateurs, à tous ceux qui ont partagé l’aventure, merci d’avoir découvert, défriché, remis au goût du jour, fait justice, aimé, détesté, soutenu, démonté ; honte à Libé 2007, qui tout en se débarassant du peu qui lui reste d’authenticité et d’intégrité n’arrive toujours pas à devenir un journal populaire de gauche (ceci expliquant cela) ; l’abonnement était suspendu depuis longtemps (problèmes de distribution, ou les limites de l’externalisation), cette nouvelle est un argument supplémentaire pour l’abandonner purement et simplement.
L en reste beaucoup à débaucher pour ru89 ?
(profitez c est la mode)
ki c est ki met la main à la fouille pour une édition papier :) ?
Et voilà… Le cahier cinéma disparaît… C’est dans la triste logique des temps, de notre temps. Les espaces de culture et de résistance s’amenuisent comme peau de chagrin, et toujours davantage.
La disparition du cahier cinéma est à l’image des programmations de plus en plus rares des « vrais » films documentaires sur les chaînes publiques. Je ne parle pas des documentaires diffusés à 21h sur les pompiers, les flics ou la princesse Diana et autres people. Je parle de ces films qui font entendre la voix des anonymes et qui ont été tournés dans le temps, en prenant le temps, parfois aussi en osant même encore le silence. Tout cela disparaît - quoi qu’en disent les diffuseurs.
La disparition du cahier cinéma n’est que le symptôme d’un malaise beaucoup plus généralisé, beaucoup plus grave. Ce qui m’étonne, c’est le manque de réactions concrètes des « citoyens ». Acceptation et fatalisme… Jusqu’à quand ?