« La question humaine » : quand le cinéma rencontre l'histoire

La Question humaine avec Mathieu Amalric (DR)

 » La Question humaine » , le nouveau film de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval, est un film important, peut-être le plus ambitieux et le plus nécessaire à notre temps sorti en France depuis des mois. Des lustres qu'on attendait ça : enfin un film qui, par le cinéma et lui seul, se coltine les rapports du présent et de l'histoire.

Car il se trouve que dans » La Question humaine » , un second film, composé comme un sous-texte, une forme de mise en scène palimpseste, vient peu à peu déranger le spectateur qui semblait installé dans un « film d'entreprise » comme il s'en est tourné quelques-uns ces dernières années, des films critiques sur le système de l'entreprise capitaliste moderne ( » Ressources humaines » de Laurent Cantet, » Violence des échanges en milieu tempéré » de Jean-Marc Moutout, » Sauf le respect que je vous dois » de Fabienne Godet).

Dans » La Question humaine » , cette impressionnante angoisse perce peu à peu la surface du film, à mesure que les habitudes de notre société libérale avancée se lézardent et que ses rouages d'entreprise se grippent. Travailler dans une grande entreprise internationale, licencier la piétaille du personnel, vivre en jeune cadre qui en veut, prêt à tout pour réussir, n'est-ce pas, finalement, une nouvelle incarnation, policée, huilée, fluide, négociée, de la logique à l'œuvre il y a soixante-dix ans dans le système de sélection et d'élimination nazi ?

Cela reprend une idée avancée par les théoriciens de l »école de Francfort après la guerre : le nazisme, alliant rationalisation et domination, perfectionnement technico-administratif et coercition, gain maximal en productivité dans la tâche même de l'élimination des autres, ne fut-il pas un produit de la civilisation industrielle et une matrice de cette même modernité industrielle ?

Comment montrer dans un film ce rapport entre violence et civilisation industrielle, cette affinité surprenante entre le nazisme, son entreprise d'élimination, et les codes du capitalisme moderne ? La question est terrible autant qu'humaine (humaine parce que terrible), mais la manière dont y répondent Nicolas Klotz avec ses plans, Elisabeth Perceval avec ses mots, Mathieu Amalric avec ses tourments, et toute la mécanique du film, implacable puis comme atteinte d'un virus, est une forme de leçon de cinéma et d'Histoire, dans le même temps.

Quand l'Histoire s'empare peu à peu de Simon, quand il commence à comprendre la langue de l'élimination, celle qui lui revient, insidieusement, par en dessous, depuis la guerre, alors il ne peut que se poser des questions et reformuler en terme historique sa fonction dans le système libéral en général et dans sa propre direction des ressources humaines en particulier : suis-je un fasciste d'aujourd'hui, quand mon travail consiste à éliminer, à dégraisser, à liquider, à transformer l'autre en déchet de la société ?

Désormais, l'humain devient éliminable, doit être éliminé dans sa diversité, ses humeurs, ses organes, ses désordres, ses minorités, pour que le capitalisme libéral fonctionne mieux, plus vite, plus efficacement. L'« autre », qui est-il ? Celui qui freine la machine, qui est un obstacle à la bonne circulation des capitaux, qui est inefficace. Tout ce qui est périssable et marginal en lui peut être ôté et mis de côté.

Simon s'interroge quand l'Histoire s'infiltre progressivement dans son cerveau. Il n'est certes pas un salaud : il participe à licencier sans remous et pour le bien de l'entreprise. C'est un jeune rouage d'une machine à éliminer qu'il ne voit pas, et surtout ne se formule pas comme cela : il élimine les autres avec innocence, sans perversité, avec bonne conscience professionnelle, du moins sans se formuler explicitement qu'il est en charge de cette tâche. En bon professionnel de la psychologie d'entreprise, Simon est toujours prêt à rechercher et appliquer des solutions « rationnelles » dans un pur esprit de rentabilité, sans céder à la sentimentalité mais pour le bien de tous, « avec humanité » comme il est écrit dans les circulaires administratives à défaut de se poser la question humaine.

Tout cela se perturbe quand Simon prend conscience qu'il abrite deux hommes en lui, dans son corps de jeune cadre aux normes : un tueur professionnel qu'il ignorait, technicien de l'élimination, et un humain qui reprend progressivement le dessus, quand tout se dérègle, quand il s'historicise, se sentimentalise, quand il tombe malade, en fait. Malade de l'Histoire. Car, à un moment, la question humaine lui pose problème, et il s'en trouve mal.

Voici donc un film passionnant parce que l'Histoire, dans son principal traumatisme, y revient et s'y incruste. Pour montrer ce processus de dérèglement, il fallait partir du contemporain, de la société libérale d'aujourd'hui. Filmer les rituels de l'époque, les inscrire sur pellicule à travers leurs rythmes, leurs espaces, leurs apparences. Et que l'autre temps, l'autre texte, historique, tout ce qui revient du passé, n'apparaissent que peu à peu dans le film, comme des agents de perturbation, de contamination. Laisser à Simon le temps d'être prêt à accueillir l'Histoire, le sous-texte qui lui permet de relire avec cette clé historique le sens de ses actions au présent. » La Question humaine » , comme tout grand film historique, agit ainsi comme un collage temporel, comme la rencontre inattendue, presque secrète, de deux époques.

Le cinéma, dans sa définition technique et esthétique, est un montage d'images. Il peut aussi être un montage des temps. Le personnage de Simon, à partir d'un certain moment, celui de l'irruption progressive de l'Histoire, entre en lui-même, dans sa faille : il est prêt à comprendre ses actes dans la société contemporaine à partir d'un document qui lui arrive du passé, via une lettre anonyme adressée à Mathias Jüst, la note technique de juin 1942 expliquant comment éliminer efficacement des dizaines de milliers de personnes en les gazant dans des camions.

Le film de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval pose une question d'Histoire à partir de sa forme cinématographique elle-même : comment fait sortir la temporalité de ses gonds ? C'est pour cela que tout passe par le cinéma et notamment par les deux figures de style largement et rigoureusement adoptées par La Question humaine : le montage des époques, nous l'avons dit, et le champ/contre-champ, ce procédé où l'on fait alterner des plans d'orientations opposées. Le présent et l'Histoire sont comme le champ et le contre-champ du film. La note technique de 1942 apparaît comme le contre-champ du plan de restructuration auquel vient de participer Simon dans son entreprise, réduisant de moitié le personnel employé, « avec beaucoup d'efficacité et de savoir-faire » — il en reçoit les félicitations de son patron.

Voir cela, comprendre cela, revient précisément à se poser « la question humaine », au sens où Robert Antelme ou Alain Resnais la posaient après la guerre en faisant le récit des processus de l'extermination, dans  » L'Espèce humaine » pour le premier, dans  » Nuit et brouillard » pour le second. Et quand Simon se pose cette question cela passe, quasi littéralement, part une « mise à la question » de son propre corps, de son propre cerveau, c'est-à-dire une forme de torture : il souffre, en devient malade, et finit par s'avouer sa faute à lui-même.

Il ne s'agit pas de dire ici que le nazisme et le capitalisme sont la même chose, que vivre dans une entreprise performante aujourd'hui et survivre dans un camp de concentration autrefois c'est identique, qu'être licencié au bout de quelques années de travail et être gazé en arrivant dans un camp d'extermination peut être comparé. Non, l'extermination comme fondement du nazisme propose une forme de l'Histoire irréductible, non comparable, qui ne peut ni être relativisée par l'analogie ni être niée par l'oubli ou une quelconque contre-vérité historique. Et se doit d'être absolument présente à l'esprit et condamnée.

 » La Question humaine » est, au contraire, un film sur l'extermination mais dont les effets sont filmés dans le monde d'aujourd'hui. C'est cette porosité des temps historiques qui intéresse Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval, pas la comparaison terme à terme des époques et des systèmes, impossible et falsificatrice. Car la Shoah a révélé une modernité de la société industrielle, comme si elle portait une lumière fossile qui éclaire notre humanité contemporaine confrontée au monde de l'entreprise. L'extermination a été organisée, planifiée, par l'administration nazie comme une industrie de masse, performante, bureaucratique, systématique. C'est sa définition historique même. Et ce système industriel, non dans ses objectifs évidemment, mais dans son identité de système, est encore celui dans lequel nous vivons, il détermine le fonctionnement de l'économie libérale. Il n'a cessé de se perfectionner.

Alors, il ne s'agit pas d'expliquer le contemporain par la Shoah, mais de percevoir des résurgences, des projections, qui peuvent générer le contemporain selon des formes très singulières qui ne sont plus celles du monde des années 40 mais qui nous reposent encore et toujours la question de notre propre humanité. La Shoah est comme une matière fossile qui informe aussi sur notre monde contemporain.

44 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Courageux anonyme

De

13H15 | 15/09/2007 | Permalien

shoah ? ? ? vraiment ? n'y aurait-il que ce mot, et ce qu'il sous-tend « d'exclusivité », pour illustrer ?
pourquoi recentrer et restreindre par l'emploi de ce terme hébreu ?

Portrait de kst

De kst

keep-smiling-through.typepad.com | 17H14 | 15/09/2007 | Permalien

A voir ou revoir : « Nuit et Brouillard » d'Alain Resnais (1955) - Texte de Jean Cayrol dit par Michel Bouquet - Durée : 31 min

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« Qui de nous veille de cet étrange observatoire, pour nous avertir de la venue des nouveaux bourreaux ? Ont-ils vraiment un autre visage que le nôtre ? Quelque part parmi nous il reste des kapos chanceux, des chefs récupérés, des dénonciateurs inconnus … Il y a tous ceux qui n'y croyaient pas, ou seulement de temps en temps. Il y a nous qui regardons sincèrement ces ruines comme si le vieux monstre concentrationnaire était mort sous les décombres, qui feignons de reprendre espoir devant cette image qui s'éloigne, comme si on guérissait de la peste concentrationnaire, nous qui feignons de croire que tout cela est d'un seul temps et d'un seul pays, et qui ne pensons pas à regarder autour de nous, et qui n'entendons pas qu'on crie sans fin. » (Fin du film)

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http://keep-smiling-through.typepad.com/

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à kst Portrait de kst De Deborah

19H38 | 15/09/2007 | Permalien

Effectivement, il y a dans nos sociétés une démarche intellectuelle - je dis bien démarche intellectuelle et pas autre chose - qui rappelle celle d'un temps théoriquement révolu. Cette démarche est à l'oeuvre dans les entreprises et les services publiques. Elle passe aussi par une « langue » particulière, - c'était aussi le cas dans ce passé - comme on peut le constater dans le vocabulaire de N. Sarkozy, par exempole quand il récuse le mot « rigueur » employée par Lagarde, au profit de « plan de revalorisation ».. Ecoutez bien les déclarations et discours de N.S ; son vocabulaire est symptomatique de cette méthode et parfaitement trompeur.

Portrait de kst

à Deborah Portrait de Deborah De kst

keep-smiling-through.typepad.com | 23H33 | 15/09/2007 | Permalien

J'ai également été frappé par le caractère très contemporain de cette phrase qu'on trouve au tout début du film (à 2 : 40) : « 1933. La machine se met en marche. Il faut une nation sans fausses notes. Sans querelles. On se met au travail. »

Il me semblait, pendant la récente campagne électorale, en percevoir de bien fâcheux échos… jusqu'au sinistre « le travail rend libre », textuellement articulé dans le discours d'un certain candidat. (http://lmsi.net/spip.php ? article647)

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http://keep-smiling-through.typepad.com/bghst/2007/05/nuit_et_brouill.ht…

Portrait de Courageux anonyme

à Deborah Portrait de Deborah De

11H43 | 16/09/2007 | Permalien

Je viens tout juste de finir « 1984 », alors je pourrais partir assez loin suite à votre commentaire…
Créer la confusion, en utilisant des termes qui ne sont pas appropriés, ou bien qui sont à l'opposé de ce qui se passe réellement…
Je ne vois qu'un but pour l'oradictateur : nous dire les choses de la manière la plus docile pour nos esprits, mais les appliquant d'une toute autre manière. Nous n'avons pas le choix.
La rigueur se profile sans doute aucun, mais « il suffit de travailler plus ».

Dans 1984, le vocabulaire trop riche est éradiqué, de nombreux mots sont tout simplement rayés du dico. Une simplification très recherchée du vocabulaire amène tout doucement les esprits à réduire leur champ de réflexion : Comment avoir telle ou telle pensée, si le mot n'existe pas ?
Comment comprendre alors ce qui se passe autour de nous ?

Sa façon de parler est un élément plus que capital, associée à l'abêtissement voulue des individus, elle devient dangereuse : certains suivront ses paroles commes évangiles, alors que pour certains (nous, si j'ose dire, ceux qui sont « contre »), elle est pleine d'arrogance et de mépris, tout cela caché dans ce fameux « plan de revalorisation »…

JG

Portrait de Courageux anonyme

à kst Portrait de kst De

09H33 | 04/10/2007 | Permalien

L'article rappelle très justement que l'influence revendiquée de l'Ecole de Francfort sur Klotz et Perceval (Cf. par exemple, dans une émission sur France Culture à laquelle participaient et Klotz et l'auteur de cet article : « Autour du film de Nicolas Klotz : La question humaine, et les limites de la comparaison entre l'entreprise et la Shoah » ->http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/grain/fiche.php ? diffusion_id=55813<)
On trouve ainsi, dans l'Homme unidimmensionnel de H. Marcuse, membre éminent de l'Ecole de Francfort, cette citation de Ionesco : Le monde des camps de concentration ne constituait pas « une société exceptionnellement monstrueuse ; nous y avions vu l'image, en quelque sorte la “quintessence”, du monde social et infernal dans lequel nous sommes plongés quotidiennement depuis toujours » [Ionesco, Nouvelle revue française, juillet 1956]
Tel serait l'autre grand drame de la Shoah : la mémoire en a fait un événement isolé de l'histoire, comme à part, unique, impossible à penser dans sa banalité et sa continuité.

Portrait de Courageux anonyme

De

15H25 | 04/10/2007 | Permalien

et Marcuse ajoutait, dans le même ouvrage : « Auschwitz continue de hanter non pas la mémoire mais les réalisations de l'homme – les vaisseaux spatiaux ; les rockets et les missiles ; le “sous-sol labyrinthique du Snack-Bar” ; les élégantes usines électroniques, propres, hygiéniques, avec des parterres de fleurs ; le gaz nocif qui n'est pas réellement dangereux pour les gens ; la conspiration du silence à laquelle nous participons tous. »

Portrait de Courageux anonyme

De

10H59 | 16/09/2007 | Permalien

CA de 14h15 hier…

Nul ne répondra à votre question, vous le savez peut-être : toutes les questions ne sont pas permises.

Portrait de Courageux anonyme

De

13H30 | 15/09/2007 | Permalien

« Question humaine » ou « Question juive » vous ne tranchez pas et c'est regrettable. Vous n'osez pas la relation entre un « Simon » (prénom à forte connotation) et un personnage comme Eichman, « technicien de l'élimination » terme que vous utilisez pour Simon.

des a priori :
« l'extermination comme fondement du nazisme propose une forme de l'Histoire irréductible, non comparable »
le nazisme n'avait pas que ce fondement, le pluriel eut été de mise.

« l'Histoire, dans son principal traumatisme, » pour qui ? vu d'Occident, certainement.

Portrait de elledor

De elledor

14H29 | 15/09/2007 | Permalien

Je suis étonnée que vous ne fassiez pas mention de l'auteur du livre « La Question Humaine'. Il s'agit de François Emmanuel, qui l'a publié chez Stock en 2000. Bien sûr, l'écriture du scénario et la réalisation du film sont des créations en soi, mais l'argument de l'histoire n'est pas de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval. Rendons à chacun ce qui lui est dû !
D'autant plus que François Emmanuel gagne à être connu. Il a publié des poèmes, des romans et des récits d'une belle écriture et d'une fine sensibilité. La Question humaine est un tout petit livre saisissant. Je n'ai pas encore vu le film, mais d'après votre description, il restitue sans doute assez bien le récit. J'irai le voir dès que possible !

Portrait de Courageux anonyme

De

14H30 | 15/09/2007 | Permalien

J'aime votre commentaire et les liens qu'il fait entre présent et passé. J'ai toujours trouvé trop facile et en mmême temps hypocrite de se scandaliser sur le passé car c'est une manière de s'aveugler sur le présent et de se donner l'illusion, que si on avait été là, on aurait, nous, fait partie de cette petite bande de héros défenseurs et martyres (tant qu'à faire ! ) de causes justes.

Pendant des années, on nous a fait croire que le nazisme ne pouvait être que le fait des Allemands,et aujourd'hui on continue à nous faire croire que les scandales d'Abu Gray sont le propre des Américains et que les guerres ethniques assorties de leur génocide sont le propre des Africains…comme il n'y a pas si longtemps d'ailleurs la mort de Jésus (juif rebaptisé chrétien) avait été le fait de juifs déocides.

Tant que les « shoa » restent le fait de « l'autre », dans temps et dans l'espace, elles (ils ? ) ne nous éclaboussent pas et on peut continuer à les porter à bout de bras…mais si on en a tous la potentialité alors…ça devient dangereux !

je n'ai pas vu ce film mais il me semble intéressant. Ce dont j'ai peur et que laisse entrevoir le commentaire, c'est qu'il soit trop intellectuel ( et peut être ennuyeux) et n'ait qu'une portée limitée.

Observatrice

Portrait de pierrejcallard

De pierrejcallard

www.nouvellesociete.org | 03H20 | 16/09/2007 | Permalien

Darwin. Mais c'est quoi, l'alternative ?

Pierre JC Allard
http://nouvellesociete.org

Portrait de Courageux anonyme

De

14H50 | 15/09/2007 | Permalien

et bien moi j'ai vu le film et je ne serai pas aussi dithyrambique… il y a quelque chose qui m'a gêné, je sais pas trop quoi, dans le propos. A force de vouloir tout passer au filtre de la Shoah, je crois qu'on perd en puissance dans la dénonciation et de l'extermination des juifs par les Nazis et de la machine à broyer de l'entreprise néolibérale. Il y a quand même un paquet de gros clins d'œil appuyés (ex l'entreprise SC Farb, versus IG Farben qui fabriquait le zyklon…) dont finalement je me serais assez bien passé. Mais l'ambiance extrêmement angoissante, le jeu des comédiens tous incroyables vaut le déplacement, c'est sûr.

Fran

PS relire Vie et destin de Vassili Grossmann

Portrait de Courageux anonyme

De

15H19 | 15/09/2007 | Permalien

pas vu le film, mais semble interessant… en revanche lire et relire vie et destin certainement ! ! probablement le livre le plus sidérant par son ampleur de vue et de propos sur la 2nde guerre mondiale, la dictature, et sur ce qu'est être un homme (ou une femme, pas de sexisme)…
b.

Portrait de Courageux anonyme

De

16H20 | 15/09/2007 | Permalien

Absolument d'accord avec courageux anonyme au-dessus.

Pour ma part je me suis d'abord vraiment ennuyé. Le jeu permanent avec la caméra, la composition esthétisante de chaque plan et du cadre, le jeu compassé et apeuré d'Amalric m'ont profondément lassé. Heureusement, Lonsdale prend un peu de distance avec son sujet et son personnage et nous permet d'entrer dans un univers plus personnel, mois « didactique », en nous livrant sa sensibilité. Il joue, quoi ! Le film sans lui est impossible.

Mais, pardon Mr de Baecque, je trouve tellement grossier ce plan de dos (et ce n'est sans doute pas un hasard)où Simon nous lit les méthodes technologiques pour repérer les battements de coeurs des personnes cachées dans les soutes ou les camions qui passent la douane (projet Shengen), en comparant de fait ce projet avec les méthodes d'extermination employées par le régime Hitlérien. C'est d'une telle faiblesse intellectuelle que j'en suis encore atterré (j'ai vu le film hier soir). Vous dîtes qu'il n'est pas question ici de « comparaison »… tiens donc ? Mais alors de quoi s'agit-il ? C'est quoi le sujet ? Vous trouvez sincèrement ce film subtil… ?

Je passe sur le bébé mort qui s'appelle Aloys, la mercedes (c'est bien connu tous les nazis roulent en benz et fument avec un porte cigarette), IG farben, le dog allemand, la musique de chambre si chère aux esthètes nazis, les patronymes germaniques de tous les protagonistes, la déco et la lumière derrick alors qu'on nous explique dès les premiers plans qu'on se situe en l'an 2000, la vision années 80 du monde de l'entreprise et de ses goldens boys (si vous saviez, c'est bien plus pervers que cela de nos jours ! ), la déco cheap du café du Mans parce qu'on est au Mans et tout le monde sait que le Mans c'est un village de vrais gens mal habillés et cracra, la sensiblerie mièvre de tous les personnages féminins qui sont de pauvres victimes soumises etc etc etc

Seulement voilà, quand on lit Foucault, Kershaw, Deleuze et Freud entre autres et qu'on s'interroge un peu sur le sujet, on s'aperçoit que toutes ces questions sont bien plus COMPLEXES et plus PERVERSES que la vision un peu bien-pensante qu'en donne Mr Klotz.

Après cela, le film a un mérite, c'est qu'on en débat.

H

PS : Au fait,qu'est ce qu'il vient foutre là JL Nancy dont le nom est au générique ? c'est le conseiller philo de la scénariste ?

Portrait de Courageux anonyme

De

20H23 | 15/09/2007 | Permalien

ouf, je me sens moins seule ! c'est difficile d'être critique envers les bons sentiments si chers à notre époque pseudo-compassionnelle…
Fran
Courageux anonyme de 15H50

Portrait de Courageux anonyme

De

22H24 | 15/09/2007 | Permalien

H ? la H que je connais ?
et qui se la pete au max avec ses grands mots ?
bat

Portrait de Courageux anonyme

De

10H12 | 16/09/2007 | Permalien

c'est à peu près ce que je pense. La question, c'est pourquoi une telle unanimité sur un film aussi faible et approximatif ?

Portrait de Courageux anonyme

De

10H57 | 16/09/2007 | Permalien

et la bien-pensance qu'en fais-tu ?
il est interdit de dire ce que l'on pense vraiment.

« toi qui entres ici…. » oublie toute possibilité de dialogue, de débat contradictoire ou d'échange constructif. Ici, est le règne de la pensée unique.

Portrait de Courageux anonyme

De

19H58 | 16/09/2007 | Permalien

Ben… vous faites que ça de dire ce que vous pensez ! Alors ?
Mais ce n'est pas parce que vous le pensez qu'il faut être d'accord ! … à moins que… C'est toi ? Nicolas ?

Portrait de Valdo Lydeker

De Valdo Lydeker

journaliste, auteur | 17H23 | 15/09/2007 | Permalien

Enfin !

J'attendais que Rue 89 parle de ce film magistral.
Subtil, effectivement, parce qu'il ne pose pas une équivalence grossière entre nazisme et entreprise, mais explore la déshumanisation d'un langage où l'humain devient une « pièce » ou une « unité de production »

Portrait de pikasso02

à Valdo Lydeker Portrait de Valdo Lydeker De pikasso02

20H10 | 15/09/2007 | Permalien

« La déshumanisation du langage », mais comment osez-vous ? Je plaisante ! Car je pense exactement comme vous. Mais combien sommes-nous à nous y intéresser ?
La création et ses oeuvres sont des jalons respectables. Mais les hommes aujourd'hui ont sans doute d'autres choses à faire. Je n'ai pas vu ce film. J'irai le voir.

Portrait de Courageux anonyme

De

18H51 | 15/09/2007 | Permalien

l'humain en tant que facteur de production, variable financière d'ajustement aujourd'hui, comme hier dans les camps de Krups ou IG Farben. A l'heure actuelle, il s'agit « seulement », pour les licenciés et peut être futurs « exclus », d'un « gazage » social.
Comparaison n'est pas raison, sans doute. Mais dans les deux cas, on parle bien du capitalisme.

Portrait de Courageux anonyme

De

19H42 | 15/09/2007 | Permalien

La mondialisation impose aujourd'hui aux patrons de pratiquer une politique du moindre coût.
Un des « problèmes », pour lequel ils s'en trouvent comme démunis, est simple : ils n'ont pas le choix. Ils finissent tous leurs paroles ainsi. Soit participer à cette politique, soit « mourir ».
Ils s'étonnent à peine, du moins ils ressentent comme une « gêne », lorsqu'ils apprennent que cet employé chinois ne touche que 80 euros par mois, « On serait tenté de lui donner une petit plus » dit celui-là, mais là encore, il ne peut décider.

La concurrence est féroce, il n'a pas le choix : s'il ne le fait pas, un autre le fera. Ce mot, féroce, pourrait être entendu dans sa signification la plus sombre.
C'est comme cet autre mot, moindre…
Je le trouve encore plus lourd de conséquence vis à vis de la grande majorité des hommes vivant partout sur la planète, travaillant pour un minimum.

La question humaine, certains semblent l'avoir résolue, ce n'est pas nouveau. L'histoire ne se répète pas, pour certains elle s'affine, se précise toujours plus, pour toujours plus.

John Gaucho

Portrait de Courageux anonyme

De

20H35 | 15/09/2007 | Permalien

Sur ce sujet du basculement du Bien vers le Mal et inversement(pour schématiser) au niveau individuel comme collectif, il faudrait penser à lire « Un si fragile vernis d'humanité » de Michel Terestchenko

Portrait de Courageux anonyme

De

21H18 | 15/09/2007 | Permalien

Attention à la confusion. Si M. KLOTZ peut se permettre (c'est sa liberté de créateur) un parallèlle audacieux entre violence physique d'il y a soixante ans et violence sociale d'aujourd'hui, il ne faudrait pas aller au-delà.
Il n'y a rien, strictement rien de commun (et même un antagonisme total), dans l'esprit, entre capitalisme et nazisme.
Le premier est un individualisme entièrement orienté vers l'accumulation de biens matériels, tandis que le second tourne tout entier autour de la notion de volksgemeinschaft (communauté du peuple).

Portrait de Courageux anonyme

De

15H29 | 16/09/2007 | Permalien

Non, non, et non !

Lorsque tu auras compris que le Capitalisme n'est rien d'autre que l'économie politique de la solution finale, j'espère qu'on ne sera pas tous morts.

Portrait de Valdo Lydeker

De Valdo Lydeker

journaliste, auteur | 21H49 | 15/09/2007 | Permalien

C'est un parallèle (et encore) entre deux violences faites à l'humain, pas entre le capitalisme et le nazisme. Ce que ça met en relief, ce ne sont pas deux idéologie,mais une machine, un engrenage qui broie et dont les cadres, à tous les niveaux deviennent des rouages qui choisissetn ded resster inconscients.

Portrait de Courageux anonyme

De

23H01 | 15/09/2007 | Permalien

Rarement vu un film aussi lourdingue et indigent du point de vue intellectuel. Pauvre cinéma français ….

Portrait de Courageux anonyme

De

23H53 | 15/09/2007 | Permalien

Je viens de voir ce film, et suis assez déçu.
Dommage M. de Baecque que vous tombiez dans ce travers si fréquent de la critique française : chercher la thèse et disserter sur le sujet général de l'oeuvre, plutôt que d'évoquer la qualité de sa transcription cinématographique, montage excepté…
Certes le parallèle entre les mécanismes d'évaluation du personnel dans les grandes entreprises modernes et les méthodes conçues par les nazis est aussi dérangeant qu'intéressant ;
remercions donc pour cela l'auteur du livre, dont je suppose le texte au moins aussi réussi que sa version scénarisée…

Mais que dire du film à part cela ?
Comment ne pas y saisir l'ennui ?
Tout m'est apparu faux, sur-interprété, parfois même prétentieux.
Amalric est un acteur souvent exceptionnel.
Il semble malheureusement suivre là une drôle de consigne générale - rohmérienne s'il en est - qui consisterait à dire son texte platement, presque machinalement. Les didascalies aussi sont apparentes.
Loin du cinéma, tout semble émaner, sans vie - cela colle au sujet vous me direz - du théatre moderne dans ce qu'il a parfois de plus superficiel, stylisant au possible, rejetant la vie par des simplifications qui s'appliquent autant aux décors qu'aux personnages eux-mêmes.
Et pourtant ce film comme tout film - à mon avis - n'est-il pas sensé refléter une certaine forme de vie ?
Seule lueur réjouissante dans ce film sans âme, Michael Lonsdale, remarquable de justesse.
Un bon texte ne suffit pas.

FM

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