C’est le premier sommet majeur pour Sarkozy, mais c’est le président russe qui sera l’objet de toutes les attentions.

Nicolas Sarkozy fait mercredi son entrée dans la cour des maîtres du monde. L’enjeu est toutefois faible, le sommet des pays les plus industrialisés –le G8– ne pouvant arrêter des décisions. Mais la réunion va lui permettre de faire connaissance avec ses nouveaux amis.
Il se retrouvera face à Vladimir Poutine, pour lequel il n’a pas eu que des amabilités au cours de la campagne électorale, mais qu’il a déjà eu au téléphone après quelques jours d’hésitation, et avec lequel il espère nouer une relation « amicale » mais « franche », comme on dit dans le parler diplomatique. Il y retrouvera George W. Bush, pour un peu plus qu’une photo souvenir, comme lors de sa visite à Washington. Sarkozy espère, là aussi, nouer une relation « amicale », mais non « vassale ».
Surtout, il fera ses premiers pas dans une diplomatie multilatérale dans laquelle il n’a guère d’expérience, et pas nécessairement le tempérament adéquat. Nicolas Sarkozy va découvrir un monde dans lequel le poids de la France s’est considérablement affaibli, et où l’émergence de la « multipolarité » tant vantée par la France n’a pas que des avantages dès lors qu’il faut parvenir à un consensus, qu’il s’agisse des questions transversales comme le réchauffement climatique, ou nationales comme le Darfour. Le successeur de Jacques Chirac découvrira que les relations personnelles entre chefs d’Etat, qui donnent l’ivresse de la puissance aux nouveaux élus, ne règlent pas tout.
Cependant, la vraie star de ce sommet ne sera pas le président français fraîchement élu, mais bien Vladimir Poutine, qui a fait précéder son arrivée en Allemagne de quelques accents de guerre froide, y compris avec la menace de rétablir des cibles européennes dans ses plans de frappes nucléaires… Reste que, selon toute probabilité, les « huit » sauront se tenir et éviteront le clash.
Il n’empêche: la Russie de Poutine inquiète, pour de bonnes et de moins bonnes raisons. Les griefs occidentaux commencent à faire une liste impressionnante: l’hégémonie énergétique, les pressions sur les pays voisins, les menaces sur la démocratie, le retour d’une diplomatie de puissance… Sur tous ces dossiers, la Russie, affaiblie dans les années qui ont suivi la fin de l’URSS, est de retour, et ce n’est pas toujours une bonne nouvelle. Il suffit de lire les propos tenus par le président russe dans un entretien avec la presse étrangère à la veille du G8, dans lequel il ironise sur le fait qu’il est « le seul pur démocrate au monde » [1]. Un humour cynique qui fait froid dans le dos.
La « question russe » pèsera lourdement sur l’atmosphère du G8, avec un Poutine décidé à ne pas s’en laisser compter. Pour autant, il ne sera pas le seul à gâcher la fête. George Bush n’aura guère convaincu le reste du monde avec sa concession sur l’environnement, reconnaissant –enfin!– qu’il y a un problème, mais avec le désir de le résoudre de manière unilatérale (lire l’analyse d’American Ecolo [2]). Et il sera assuré du soutien fraternel de la Chine [3], qui pense aussi que l’environnement c’est très important, mais que la croissance économique à tout prix, c’est mieux. Du moins pour elle.
On parlera également des problèmes de l’Afrique, parce qu’il le faut bien, on évoquera l’affaire Ingrid Betancourt parce que Nicolas Sarkozy l’a demandé, on évoquera le sida en espérant que les « huit » auront lu le texte publié mardi [4] dans Le Monde par Bill Gates (« Sida, ce que j’ai vu en Afrique »)…
Mais au bout du compte, la question demeure, d’année en année: à quoi sert le G8? Ne le dites pas à Nicolas Sarkozy, tout à son bonheur d’y aller pour la première fois, mais, comme le disent d’ailleurs Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt [5], les inventeurs de ce sommet, la réponse est qu’il a largement perdu de son efficacité et de sa raison d’être.

A lire:
Bush veut protéger l’environnement à sa façon [6]
L’analyse d’Hélène Créi-Wiesner

A lire:
Pour les pères du G7, le G8 ne sert plus à rien [7]
Giscard et Schmidt critiquent l’évolution de la conférence.

A lire:
La révolte verte de Xiamen bouscule le pouvoir chinois [8]
A la veille du G8, Pékin fait face à des revendications écolos.

A lire:
Nicolas Sarkozy prépare son premier G8 [9]
Le dessin de Soph.
Liens:
[1] http://www.infosoir.com/edit.php?id=65474
[2] http://www.rue89.com/2007/06/05/bush-veut-proteger-lenvironnement-a-sa-facon
[3] http://www.rue89.com/2007/06/05/chine-verte
[4] http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-919128,0.html
[5] http://www.rue89.com/2007/06/06/pour-les-peres-du-g7-le-g8-ne-sert-plus-a-rien
[6] http://www.rue89.com/2007/06/05/bush-veut-proteger-lenvironnement-a-sa-facon
[7] http://www.rue89.com/2007/06/06/pour-les-peres-du-g7-le-g8-ne-sert-plus-a-rien
[8] http://www.rue89.com/2007/06/05/chine-verte
[9] http://www.rue89.com/2007/06/05/nicolas-sarkozy-prepare-son-premier-g8