Published on Rue89 (http://www.rue89.com)
Gaza : le silence d'Obama ternit précocement son auréole
By Pascal Riché
Created 01/09/2009 - 11:48

George Bush senior, Barck Obama et George junior Bush à la Maison blanche le 7 janvier (Kevin Lamarque/Reuters)

Pour faire une guerre, il faut faire de nombreux calculs. Les forces ennemies, la météo, les kilomètres, les stocks de munitions. Et les calendriers électoraux. Celui des Etats-Unis a joué un rôle dans le conflit au Proche-Orient : la guerre a été engagée entre une présidence mourante et une autre à naître. Pour les ISraéliens, il n'y avait pas de moment plus favorable pour « aller trop loin »

George W. Bush a épousé sans surprise la position de ces derniers -il l'a toujours fait, se démarquant (sciemment ? ) de la politique de son père. Ce fut en quelque sorte son cadeau de fin de présidence. Quand à Barack Obama, il a raté une bonne occasion de ne pas se taire.

Le démocrate, qui a promis une « nouvelle diplomatie », aurait pu redonner de l'espoir aux peuples de la région, Israéliens comme Palestiniens ; il s'est borné à exprimer ses « inquiétudes ». Aller au-delà « ne serait pas prudent pour le peuple américain », s'est-il justifié.

Barack Obama était un rayon de lumière de la fin de l'année 2008. L'Irak, la crise financière, le racisme, le capitalisme débridé… il allait peut-être tourner la page, rêvait la planète [1]. Et, par ces temps assombris, comme l'espérance est violente !

En se taisant, sous prétexte qu'il n'y a « qu'un président à la fois aux Etats-Unis », il a rappelé l'espérance à la niche. Il n'y a peut-être pas deux présidents à la fois, mais cela n'empêche pas le nouvel élu de s'exprimer sur la crise économique.

En se taisant, Obama marque une continuité. La politique américaine au Proche-Orient ne changera pas radicalement du jour au lendemain, tant le lien entre Washington et Israël est solide. Le temps est loin où James Baker osait « tordre le bras » des Israéliens pour les amener à la conférence de Madrid [2].

Jeudi, le Conseil de sécurité de l'ONU [3] a adopté une résolution demandant un cessez-le-feu immédiat dans la bande de Gaza et un retrait complet de l'armée israélienne. Les Etats-Unis soutenaient publiquement le texte (qui peut s'opposer à un cessez le feu ? )… mais ils se sont abstenus de le voter, au prétexte qu'ils préfèrent attendre les résultats de la médiation égyptienne. Obama n'a pas fait plus de commentaires.

Faut-il perdre tout espoir d'un changement ? Pas forcément. Mais la politique étrangère d'un pays -a fortiori celle du plus puissant- ne change pas de cap comme le ferait un dériveur. C'est un paquebot, poussé par une machinerie ancienne et cynique. Si ce bateau prend un virage, cela prendra du temps.

A court terme, il n'y aura pas de miracle Obama. On s'en doutait bien sûr ; mais avant même que le 44e président ne s'assoie dans le bureau ovale, c'est désormais chose explicite.

Photo : George Bush senior, Barack Obama et George junior Bush à la Maison blanche le 7 janvier (Kevin Lamarque/Reuters)


URL source: http://www.rue89.com/2009/01/09/gaza-le-silence-dobama-ternit-precocement-son-aureole

Links:
[1] http://www.rue89.com/2008/11/05/obama-sera-t-il-laccoucheur-dun-nouveau-monde-post-americain
[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Conférence_de_Madrid_de_1991
[3] http://www.lemonde.fr/la-guerre-de-gaza/article/2009/01/09/l-onu-appelle-a-un-cessez-le-feu-immediat-a-gaza_1139697_1137859.html#ens_id=1106055