» Ne pas renouveler un fonctionnaire sur deux partant à la retraite » . Cet objectif du ministre Darcos est significatif de la méthode d'ensemble du gouvernement concernant l'Etat : d'un côté faire des économies, de l'autre réformer, sans réunir les deux propos et sans se référer explicitement aux dysfonctionnements, notamment aux abus dénoncés depuis des années par la Cour des comptes. Qu'attendent les parlementaires qualifiés, les syndicats, le PS, les autres partis de gauche et même certains tenants de la majorité pour dénoncer cette » méthode » , tout en affirmant la nécessité impérieuse de réformer l'Etat mais avec une vraie stratégie du changement.
Des réformes qui ne s'attachent qu'aux symptômes
L'école est particulièrement concernée. Chaque nouveau ministre de l'Education nationale, quel que soit son bord, croit devoir, dès le pied mis rue de Grenelle, s'engager dans des réformes vite grignotées ou étouffées par le mammouth et qui ne s'attachent qu'aux symptômes (incivilités, violences, illettrisme, évasion annuelle de 150000 jeunes en échec total), sans que les mécanismes profonds du fiasco ne soient mis en évidence.
D'où l'incapacité, notamment après les incendies des banlieues de novembre 2005 comme à l'occasion de la crise du CPE, de pointer les liens entre les rouages et les contenus du système scolaire et la crise sociale. Actuellement, succédant à celle déjà calamiteuse de De Robien, on assiste à une gestion véritablement schizophrénique du ministère par Xavier Darcos : modalité bureaucratique de suppression de postes ; réformes improvisées et aberrantes ; entre les deux aucune analyse critique du fonctionnement administratif de notre Education nationale et aucun projet d'avenir.
Or notre système scolaire amalgame un double héritage :
La méritocratie républicaine ou le poison idéologique du mépris
Fondement de l'édifice social, ce système engendre d'un côté une arrogance pas forcément consciente dans la haute fonction publique, de l'autre des frustrations multiples. Certains voudraient faire perdurer le tabou de cette méritocratie républicaine par l'ouverture des concours à quelques bons élèves de banlieues. Mais l'idéologie des Pères de la République se réclame de la sélection d'une » élite de l'esprit » par l'enseignement secondaire, et les diplômes et les métiers physiques, pénibles, manuels, » sales » n'y sont pas reconnus dans leur utilité sociale, ils restent au bas de l'échelle des considérations et des rémunérations. D'où la perception de l'enseignement technique ou professionnel comme une voie de rebut pour non » méritants » . Le leitmotiv d'une société française en crise parce que l'ascenseur social ne fonctionne plus, cautionne ainsi l'image d'une société pyramidale et le poison idéologique du mépris.
Prétendre » intégrer » sans toucher à cette idéologie négatrice de la fraternité est un leurre et une hypocrisie que la gauche devrait enfin remettre explicitement en cause… De surcroît les comportements d'une partie de l'élite parvenue au sommet peuvent être intolérables : anciens élèves des grandes écoles pantouflant dans le privé sans indemniser l'Etat qui a payé leur formation, va et vient entre la haute fonction publique et la direction des plus grandes entreprises, parachutes dorés, cumul des mandats, dépenses inconsidérées en voyages, en réceptions fastueuses.
Dans un pays qui prône l'égalité, ces dysfonctionnements, couteux, sont particulièrement scandaleux. L'inefficacité par rapport au terrain des hiérarchies administratives -dont il faudrait absolument revoir la matrice napoléonienne- n'est jamais mise en cause, alors qu'il y aurait là de véritables économies à opérer, outre le fait qu'il est grotesque de prétendre gérer l'éducation par circulaires. Les fonctions régaliennes de l'Etat en matière scolaire sont à redéfinir. La partie, qui se joue au ministère de l'Education nationale, lance un défi majeur aux forces de gauche pour qu'elles se mettent au travail et se concertent afin, face au cafouillage actuel, d' offrir rapidement un vrai projet alternatif.
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