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Il faut remettre en cause l'héritage délétère de l'école
By Suzanne Citron
Created 04/10/2008 - 09:40

[1]
Une pendule sur le tableau noir lors des examens de fin d'année (O. Culmann).

 » Ne pas renouveler un fonctionnaire sur deux partant à la retraite » . Cet objectif du ministre Darcos est significatif de la méthode
 d'ensemble du gouvernement concernant l'Etat : d'un côté faire des
 économies, de l'autre réformer, sans réunir les deux propos et sans se 
référer explicitement aux dysfonctionnements, notamment aux abus 
dénoncés depuis des années par la Cour des comptes. Qu'attendent les
 parlementaires qualifiés, les syndicats, le PS, les autres partis de 
gauche et même certains tenants de la majorité pour dénoncer cette » méthode » , tout en affirmant la nécessité impérieuse de réformer 
l'Etat mais avec une vraie stratégie du changement.

Des réformes qui ne s'attachent qu'aux symptômes

L'école est particulièrement concernée. Chaque nouveau ministre de
 l'Education nationale, quel que soit son bord, croit devoir, dès le
 pied mis rue de Grenelle, s'engager dans des réformes vite grignotées 
ou étouffées par le mammouth et qui ne s'attachent qu'aux symptômes
 (incivilités, violences, illettrisme, évasion annuelle de 150000 jeunes
 en échec total), sans que les mécanismes profonds du fiasco ne soient mis
 en évidence.

D'où l'incapacité, notamment après les incendies des
 banlieues de novembre 2005 comme à l'occasion de la crise du CPE, de 
pointer les liens entre les rouages et les contenus du système scolaire et
 la crise sociale. Actuellement, succédant à celle déjà calamiteuse de De Robien, on
 assiste à une gestion véritablement schizophrénique du ministère par 
Xavier Darcos : modalité bureaucratique de suppression de postes ; 
réformes improvisées et aberrantes ; entre les deux aucune analyse 
critique du fonctionnement administratif de notre Education nationale et 
aucun projet d'avenir.

Or notre système scolaire amalgame un double héritage :

  1. Il perdure
 comme institution napoléonienne jamais remaniée sous les Républiques : 
centralisation, système rectoral, pédagogie codifiée par circulaire 
dans des bureaux cloisonnés, hiérarchie d'inspections, normes
 généralisantes et abstraites comme l'entrée des enfants au CP selon 
leur année de naissance et non selon leur profil personnel…
  2. Il se
 revendique d'une idéologie républicaine qui combine un postulat d'
égalité illusoire et le concept de méritocratie.
 L'école, par la généralisation, sans réflexion institutionnelle ni
 intellectuelle d'un enseignement secondaire conçu au XIXème siècle pour 
une mince couche sociale, est devenue une machine à sélectionner. La
 réussite passe par l'absorption d'une culture encyclopédique et
 abstraite, condition du parcours ultérieur de voies d'excellence 
généreusement financées par l'État : classes préparatoires, grandes écoles ouvrant aux carrières prestigieuses publiques et privées.

La méritocratie républicaine ou le poison idéologique du mépris

Fondement de l'édifice social, ce système engendre d'un côté une
 arrogance pas forcément consciente dans la haute fonction publique, de 
l'autre des frustrations multiples. Certains voudraient faire perdurer le
 tabou de cette méritocratie républicaine par l'ouverture des concours 
à quelques bons élèves de banlieues. Mais l'idéologie des Pères de 
la République se réclame de la sélection d'une » élite de
 l'esprit » par l'enseignement secondaire, et les diplômes et les 
métiers physiques, pénibles, manuels,
 » sales » n'y sont pas reconnus dans leur utilité sociale, ils
 restent au bas de l'échelle des considérations et des rémunérations. 
D'où la perception de l'enseignement technique ou professionnel comme
 une voie de rebut pour 
non » méritants » . Le leitmotiv d'une société française en crise 
parce que 
l'ascenseur social ne fonctionne plus, cautionne ainsi l'image d'une 
société 
pyramidale et le poison idéologique du mépris.

Prétendre » intégrer » sans toucher à cette idéologie négatrice de la fraternité est un 
leurre et une hypocrisie que la gauche devrait enfin remettre explicitement 
en cause… De surcroît les comportements d'une partie de l'élite parvenue au 
sommet peuvent être intolérables : anciens élèves des grandes écoles
 pantouflant dans le privé sans indemniser l'Etat qui a payé leur
 formation, va et vient entre la haute fonction publique et la direction des
 plus grandes entreprises, parachutes dorés, cumul des mandats, dépenses 
inconsidérées en voyages, en réceptions fastueuses.


Dans un pays qui prône l'égalité, ces dysfonctionnements, couteux,
 sont particulièrement scandaleux. L'inefficacité par rapport au terrain
 des hiérarchies administratives -dont il faudrait absolument revoir la 
matrice napoléonienne- n'est jamais mise en cause, alors qu'il y 
aurait là de véritables économies à opérer, outre le fait qu'il est
 grotesque de prétendre gérer l'éducation par circulaires.
 Les fonctions régaliennes de l'Etat en matière scolaire sont à 
redéfinir. La partie, qui se joue au ministère de l'Education 
nationale, lance un défi majeur aux forces de gauche pour qu'elles se 
mettent au travail et se concertent afin, face au cafouillage actuel, d'
offrir rapidement un vrai projet alternatif.


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