
Curieux nom de championnat. La quatrième édition du Tournoi International de Paris accueillait du 23 au 28 mai les seizièmes Igla (International gay and lesbian aquatics), soit les championnats mondiaux gays et lesbiens de sports aquatiques.
J'avoue que sur le moment, je comprenais mal l'intérêt de communautariser un événement sportif. Après tout, il n'existe pas de championnat pour gauchers. Et d'abord, comment reconnaître un nageur homo d'un nageur qui ne l'est pas ? « Ce n'est pas ça du tout ! Pas question de faire des tests », m'explique, rigolard, l'un des organisateurs. « Les compétitions sont ouvertes à tous. Sur les 600 nageurs présents, il y a beaucoup d'hétérosexuels ». Impossible de chiffrer, évidemment.
Alors pourquoi ? Les premiers championnats Igla sont nés à San Diego (USA) en 1987. Ils avaient deux objectifs : promouvoir les sports aquatiques, peu pratiqués dans la communauté homosexuelle, et diffuser des valeurs d'intégration et de respect de l'autre dans la société. Une version sportive de la Gay Pride. Curieux et passionnés sont les bienvenus, des fêtes sont organisées à la fin de chaque journée. « Pourquoi pas y faire des rencontres ? “ me glisse une spectatrice.
Ces compétitions n'en sont pas moins sérieuses. Les nageurs viennent de toute l'Europe et des Etats-Unis, où le championnat se déroule fréquemment. On y retrouve d'anciens champions du monde, des nageurs qui battent les records de leur pays. Et les résultats sont homologables. Mais il y a parfois des difficultés. ‘Une amie avait battu le record autrichien dans sa catégorie’, raconte Lisa Rosenblatt, une nageuse venue d'Autriche. ‘Quand elle l'a présenté, certains juges lui ont répondu qu'il n'était pas valable. Il a fallu du temps avant qu'ils ne fassent machine arrière’. Les discriminations persistent bel et bien.
Le sport est peut-être, bien qu'on en parle peu, un des domaines où l'homosexualité est la plus mal vécue. Lisa m'explique : ‘La natation, comme beaucoup de sports, est une discipline où l'on se regarde les uns les autres. Quand certains nageurs me draguent, je n'apprécie pas tellement, mais s'ils découvrent que je suis lesbienne, la situation peut vraiment devenir pénible’. Lionel, venu là en spectateur ‘intéressé’, reprend : ‘Le sport est un lieu de socialisation. Or, quand on est homo, il y en a toujours pour vous dire : Tu vois, on est sympa avec toi, on fait pas de différence ! Rien que ça, c'est blessant.
Tous ceux présents à ce championnat se disent soulagés de pouvoir nager ici, en toute quiétude. Paul vient de sortir de l'eau. Pour lui, il s'agit d'affiner l'image des homosexuels. Ceux qui ne connaissent pas d'homosexuels dans leur entourage les perçoivent comme des joyeux fêtards, des gens qui vont dans des boîtes de nuits bizarres et qui font la gay pride. Mais non. Des homos, il y en a de toute sorte. Il y a aussi des homos qui sont champions olympiques.’