Voilà une pierre de plus au bilan accablant de l'administration Bush : une facture de plus de cent milliards de dollars gaspillés dans la reconstruction de l'Irak après la guerre de 2003, dont la moitié directement payés par les contribuables américains.
Intitulée « Hard lessons : the Iraq reconstruction Experience », cette « dure leçon » est due à un « Inspecteur général spécial » ad hoc, Stuart W. Bowen Jr, dont le rapport de 513 pages n'a pas encore été rendu public à Washington, mais dont le contenu a été révélé cette semaine par le site d'investigation ProPublica.org [1] et par le New York Times [2].
La reconstruction de l'Irak a été la plus grande opération de ce type menée par les Etats-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais restera dans l'histoire comme un fiasco aux dimensions abyssales. C'est aussi, souligne le New York Times, un avertissement à la prochaine administration Obama, alors que les Etats-Unis essayent de mener une opération de reconstruction similaire en Afghanistan.
Incompétence, querelle entre administrations, pratiques mafieuses
A l'arrivée, note amèrement le New York Times, par inefficacité, incompétence, querelles en administrations, et pratiques mafieuses, les Etats-Unis sont à peine parvenus à reconstruire ce qui avait été détruit lors de l'invasion.
L'inspecteur général raconte que les premiers mots de Donald Rumsfeld, l'ex-secrétaire à la Défense, à son égard ont été :
« Pourquoi avez-vous accepté ? C'est une mission impossible. »
Mission d'autant plus impossible que, selon le rapport, les services de Rumsfeld ont cherché à camoufler les traces de leurs échecs. Ainsi, l'ancien secrétaire d'Etat Colin Powell raconte dans le rapport que les effectifs de la nouvelle armée irakienne formée par les Américains étaient « inventés », et augmentaient de 20 000 chaque semaine…
Le rapport révèle également à quel point le coût de la reconstruction avait été sous-estimé avant le déclenchement de la guerre. Rumsfeld, encore lui, a ainsi rabroué le premier chef de l'administration civile de l'Irak post-Saddam Hussein, qui estimait le prix à payer à « plusieurs milliards de dollars ». L'architecte de la guerre de 2003 lui a rétorqué :
« Mon ami, vous vous méprenez lamentablement si vous pensez que nous allons dépenser là-bas un milliard de dollars de notre argent… »
Cette « méprise » coûtera finalement 50 milliards de dollars aux contribuables américains, un chiffre qui doit aujourd'hui résonner de manière amère pour ceux-ci, en pleine récession aux Etats-Unis.
Le scoop est venu d'une fondation finançant des investigations
La manière dont est révélé ce rapport apporte elle-aussi une nouveauté, avec l'entrée en lice de ProPublica.org, un nouveau site d'investigation à but non-lucratif, financé par des fondations. Ce site est le plus important d'une nouvelle tendance aux Etats-Unis, de faire financer l'investigation par des fondations [3], alors que la presse traditionnelle rencontre de plus en plus de difficultés financières.
Sur son site, ProPublica propose une mise en scène innovante [4] du rapport, avec recherche par chapitres et par mots-clés, et décryptage parallèle, permettant aux citoyens de retrouver les passages qui les intéressent.
A défaut de retrouver leurs milliards disparus, les Américains disposent aujourd'hui des informations -en espérant de plus reproduire ces erreurs qu'ils ont eux-même permises.
Photo : Chantier de rénovation du réseau de distribution d'eau à Bagdad (Faleh Kheiber/Reuters)
Links:
[1] http://www.propublica.org/
[2] http://www.nytimes.com/2008/12/14/world/middleeast/14reconstruct.html?_r=1&scp=1&sq=Iraq reconstruction&st=cse
[3] http://www.rue89.com/2008/11/22/etats-unis-les-sites-a-but-non-lucratif-sortent-des-scoops?page=0
[4] http://www.propublica.org/special/iraq-hard-lessons-excerpts#selectAllLink