En vue de l'élaboration d'un projet de loi permettant à Rachida Dati de reprendre pied sur la scène politique, le 3 décembre sera rendu public le rapport d'une des innombrables commissions qui sévissent sous Sarkozy, la commission Varinard chargée de plancher sur la justice des mineurs [1]. Le club Droits, justice et sécurités propose dix mesures alternatives.
La presse s'étale avec complaisance sur les propositions de cette commission. La principale est « l'élaboration d'un code dédié à la justice pénale des mineurs ». Avec :
Le rapport prévoit aussi de créer un statut particulier pour l'audition des mineurs de moins de 12 ans, assorti d'une « mesure de retenue », une sorte de garde à vue de six heures renouvelable une fois.
Pourquoi ce pénultième projet de toilettage de l'ordonnance de 1945 régissant la justice des mineurs ? Parce que, selon la Chancellerie, la courbe de la délinquance des mineurs n'a pas suivi la baisse de la délinquance générale. Quand les chiffres globaux montrent une diminution de 3,7% en 2007, ceux de la délinquance des mineurs continuent à augmenter : +1%. Et parmi ceux-ci, celle qui augmente le plus est celle des plus jeunes : +11% pour les moins de 13 ans, +10 % pour les 13-16 ans contre +6% pour les 16-18 ans.
On oublie simplement de préciser que les faits de grande délinquance imputés à des mineurs sont rigoureusement stables depuis 1945, à raison de 300 faits par an. Ce qui augmente, ce sont les outrages et les vols avec violence, pas la délinquance la plus grave.
Avant même de devenir un projet de loi au sens strict, ce rapport provoque de gros remous. La justice des mineurs, estiment les membres du club, serait mise en cause sous l'influence de l'émotion. Options : plus de peines, plus de modestes mesures éducatives, contrairement à la situation actuelle. Le 27 novembre dans un café du Ve arrondissement, magistrats, avocats, professeurs de droit, travailleurs sociaux, les membres d'un « café citoyen », organisé par le club « Droits, justice et sécurités » (DJS), ont présenté un réquisitoire en règle contre les idées qui inspirent ces travaux.
Le groupe souligne que les propositions du rapport Varinard sont à cet égard une dramatique régression. Le renvoi d'un mineur devant le tribunal correctionnel doit être exclu comme c'est le cas aujourd'hui. En cas d'infraction mixte, c'est au majeur d'aller devant la juridiction des mineurs, et non pas aux mineurs d'aller devant la juridiction des majeurs.
Selon le bon principe du onzième commandement, « tu ne légiféreras jamais par plaisir et pour faire plaisir », les uns et les autres ont dénoncé un texte habilement habillé par quelques principes incontestables, qui masquent une réalité beaucoup plus prosaïque : la Chancellerie souhaite purement et simplement démolir la justice des mineurs telle qu'elle fonctionne en France, et en particulier retirer au juge des mineurs sa double casquette de juge unique qui prononce des mesures éducatives et une peine, et de juge qui suit l'application de la peine. Il s'agit d'instrumentaliser la justice des mineurs pour amener la question sur le terrain politique.
Christine Lazerges, professeur de droit, vice présidente du club DJS, spécialiste du droit des mineurs, s'interroge :
« La loi va-t-elle pouvoir changer la situation ? On n'améliore pas ainsi la prise en charge des mineurs délinquants. Ce n'est pas la nature des sanctions qui pose problème, mais leur mise en œuvre. On veut multiplier les sanctions pénales en ignorant les mesures éducatives. Le discours de Rachida Dati implique des réponses purement répressives.
En vérité, observe-t-on, tous les adolescents sont des enfants en danger, on refuse de voir cette réalité. Car, souligne l'avocat Jean-Pierre Mignard, les enfants sont les premières victimes. Avec ce texte, on va vers la répression de masse, le groupe “mineurs” est considéré comme globalement responsable.
On refuse de voir le cas des enfants victimes des forces d'autorité. Quand il y a des dérapages policiers, les investigations sont bloquées, aucune information n'est jamais ouverte, sauf sous pression de la rue. Comme les jeunes ne se sentent pas entendus, ils répliquent par des violences contre les policiers. Il faudrait qu'intervienne dans tous les cas de figure un juge, ce serait très pédagogique.
Le club avance dix propositions alternatives :
En conclusion : il ne faut pas se leurrer, ce n'est pas en changeant la loi que l'on répondra mieux à la délinquance des mineurs. Plus que la dureté d'une sanction, c'est la réalité de son exécution qui compte.
Mais, ajoute l'avocat Jean-Pierre Mignard, un accroissement des moyens donnés à la justice des mineurs serait de toute façon moins coûteux que les déprédations commises lors des émeutes urbaines, toujours provoquées par le refus de la justice d'entendre les jeunes.
► Lire aussi : Rapport Varinard : danger pour les mineurs et la démocratie [2]
Links:
[1] http://www.rue89.com/2008/11/25/dati-et-les-mineurs-elle-deforme-la-realite-0
[2] http://www.rue89.com/2008/12/01/rapport-varinard-danger-pour-les-mineurs-et-la-democratie