
(De Ruthsuru, RDC) Le général Laurent Nkunda, chef du mouvement rebelle (Congrès national pour la défense du peuple, CNDP), rébellion soutenue par le Rwanda voisin, a tenu un meeting devant la population de Rutshuru, 70 km au nord est de Goma, où il avait nommé sa propre administration il y a deux semaines.
Depuis deux jours, le CNDP a accepté de se retirer de 40 kilomètres, jeudi, alors qu'il se trouvait aux portes de Kanyaboyonga, verrou stratégique vers le grand nord du Kivu.
Des camions bondés de personnes brandissant des pancartes appelant à la paix se succèdent pour déposer la foule au pied du stade de Rutshuru. Les soldats du CNDP fouillent minutieusement chaque nouvel arrivant, surtout de jeunes hommes.
Parmi eux, un adolescent qui porte un T-shirt sur lequel on peut lire : « Pour un Congo uni, fort et prospère, votons Kabila ». Mais personne ne semble porter attention à cette tenue, sûrement la seule qu'il avait à porter ce jour-là.
Nkunda : « Arrêtons de parler de Hutus, Tutsis, Nandes, Nyangas… »
Vers midi, Laurent Nkunda descend de sa jeep blanche, vêtu d'un treillis américain. Lunettes fines, sceptre à la main, il gravit les marches de l'estrade et assiste à des danses traditionnelles pygmées, rejoint des enfants pour les accompagner sur le rythme de la musique, puis se saisit du micro pour entamer un discours d'une heure.
« Rutshuru est un endroit symbolique au Congo, les Belges sont venus ici pour coloniser le pays. » Il émaille ses paroles de références bibliques. « Nous partirons d'ci, à Rutshuru pour apporter la lumière dans tout le pays. Si Dieu l'a voulu, personne ne peut s'y opposer. » Il évoque ensuite les divisions ethniques : « Arrêtons de parler de Hutus, Tutsis, Nandes, Nyangas, ici, tout le monde doit former un seul et unique pays. »
Le président du mouvement s'enflamme, il s'adresse à ceux qui ont préféré rejoindre la cause du gouvernement, et alterne le swahili avec le kinyarwanda, langue parlée au Rwanda :
« Tu as peur, tu te caches, ton pays a des problèmes… Tu ne veux pas affronter ces problèmes, tu es toujours là à danser la musique. Détrompe toi. Dès aujourd'hui, vous devez savoir qu'ici c'est chez vous, il faut travailler pour votre pays, personne ne peut vous en empêcher.
Tant que nous serons là, ceci ne changera pas, et nous resterons toujours là. On m'accuse d'être soutenu par le Rwanda, mais c'est une invention, je veux la paix pour le Congo. »
« On nous accuse de pillages, mais ce sont nos ennemis les coupables »
Un jeune garçon est emmené par des officiers du CNDP. L'administrateur de Rutshuru nommé par le CNDP il y a deux semaines explique :
« Il appartient aux Mai Mai [milice armée, ndlr]. On nous accuse de pillages, mais ce sont nos ennemis, les Mai Mai, les FDLR [mouvement créé en 2000, principalement composé d'extrémistes hutus venus du Rwanda après le génocide de 1994, ndlr], alliés au gouvernement qui sont les coupables.
Regardez cet enfant ! Personne ne l'a battu, ne l'a tué, nous recherchons ses parents. Il a volé des biens dans l'hôpital ! Nous voulons seulement la justice. »
Puis, c'est au tour de plusieurs officiers des FARDC, forces armées de la république démocratique du Congo, l'armée régulière, d'expliquer pourquoi ils ont choisi de déserter et de rejoindre la cause rebelle. Un colonel qui se présente sous le nom de Rigobert explique sa défection :
« Les militaires ont pillé des civils, violé. J'ai décidé de rejoindre le CNDP parce que je croyais en cette cause et que je ne voulais plus me mentir. »
« Dès que nous voyons des soldats du CNDP, nous avons peur. »
A quelques kilomètres de ce grand rassemblement, premier du genre depuis la prise de la ville par les rebelles, certains habitants préfèrent se terrer chez eux. Depuis les combats de Kiwanja et la reprise de la ville par le CNDP, beaucoup de jeunes hommes tentent d'éviter de se faire enrôler ou d'être accusés de complicité avec l'ennemi.
Un père de quatre enfants, placide, explique :
« Pourquoi j'irai là bas au stade ? C'est inutile, nous nous cachons ici. Dès que nous voyons des soldats du CNDP, nous avons peur. Ils visitent les maisons la nuit, pillent, violent les femmes. »
Après la rencontre au stade, Laurent Nkunda a tenu une conférence de presse, durant laquelle il a à nouveau démenti les accusations d'exactions contre les populations de Kiwanja. « Dites aux déplacés de revenir chez eux, nous les protégerons », se défend-il. « Toutes les accusations qui sont portées contre nous sont de la pure propagande. »
Le CNDP va poursuivre ses rencontres avec les populations qui se situent dans les zones qu'il contrôle durant la semaine à venir. Quant aux négociations attendues par le CNDP avec le gouvernement, Laurent Nkunda affirme attendre l'arrivée d'Olesegun Obasanjo, prévue samedi prochain.
Photo : Le chef des rebelles Laurent Nkunda en meeting à Rutshuru (Finbarr O'Reilly/Reuters).