
Une école de mannequins dans la favela Cité de Dieu, l'une des plus violentes de Rio de Janeiro. Des agences de tourisme [1] qui proposent de visiter Rocinha, une favela centenaire de la « ville merveilleuse », avec guide en français, en anglais et en allemand. Un « favelado » (habitant d'une favela) qui loue des chambres d'hôtes [2], Britanniques, Allemands et Néelandais bienvenus…
L'image des favelas, les bidonvilles brésiliens, est en train de changer. Sur Internet, la municipalité de Rio présente d'ailleurs une vidéo [3] qui retrace l'histoire du Morro da Providencia, la première favela de la ville. Et une chaîne de télévision, TVRoc, [4] qui compte 30 000 abonnés, diffuse des informations et surtout des centaines de vidéos sur la vie de la Rocinha : du dernier groupe musical à l'occupation des lieux par l'armée, venue récupérer pacifiquement des armes, en passant par un reportage sur l'exposition du moment.
« La favela n'est plus synonyme de pauvreté comme il y a cinquante ans. Son évolution accompagne celle de la société, surtout la société de consommation », explique Licia Valladares, sociologue. McDo, banques, postes, magasins, dentistes, médecins, « les commerces de service existent. L'image de bric et de broc, c'est du passé. » Certaines familles sont là depuis deux, trois voire quatre générations. Un nouveau « favelado » est apparu : le diplômé du supérieur qui est resté vivre dans son quartier et qui a son mot à dire. Le vocabulaire change également : « comunidade » (« communauté »), terme plus positif, a tendance à remplacer « favela ».
Dans son dernier ouvrage, « La Favela d'un siècle à l'autre » (éd. de la Maison des sciences de l'homme, 214 p., 23 €), Licia Valladares retrace les représentations des favelas « cariocas » (de Rio) à travers l'histoire et les différents acteurs de la société : église, assistantes sociales, pouvoirs publics, médias, sociologues.
Dans les années 20, l'intérêt porté à la favela relève surtout d'un souci d'hygiène et d'esthétique urbaine. Durant un demi-siècle, les mots-clés sont maladie, contagion, pathologie sociale, morale, racisme. Le seul remède préconisé est l'éradication. Les sciences sociales prennent la relève à partir des années 70. Changement de cap : le lien social qui existe dans la favela est valorisé, celle-ci devient à la fois le problème et la solution. Inscrite à l'agenda universitaire, elle devient un objet d'étude transdisciplinaire.
Désormais, il s'agit d'intégrer les favelas au tissu urbain. A Rio, il y a près de 700 « comunidades », qui comptent 1,2 million d'habitants. « Elles sont très visibles dans la ville et le contraste entre riches et pauvres est très fort », souligne Licia Valladares. Les pouvoirs publics semblent avoir compris puisque le programme « Favela Bairro » (« Favela quartier »), qui vise à améliorer le cadre de vie des bidonvilles, fonctionne depuis dix ans.
Certains de ces quartiers possèdent désormais des équipements urbains (tout-à-l'égout, rues asphaltées, adresses, etc.) et des immeubles en béton de plusieurs étages. Reste la complexité du phénomène : « On peut être propriétaire [5] de sa maison, payer des impôts et vivre dans une favela », précise Licia Valladares.
Les favelas sont toutefois loin de présenter une image homogène. « Il y a de grandes différences à l'intérieur d'une même favela et aussi entre les favelas », tient à préciser Licia Valladares. « A la Rocinha, louer un studio peut coûter aussi cher que dans certains quartiers de Copacabana ».
Sans oublier la violence, notamment due à la guerre que se livrent les trafiquants de drogue sur ces territoires. Il suffit de cliquer sur les sites vidéos de la toile et d'y inscrire le mot « favela » pour voir défiler des clips où policiers et bandits, mieux armés que les forces de l'ordre, se tirent dessus. Les passants sont souvent victimes de balles perdues.
► Pour en savoir plus :
Interview [6] de Mike Davis, ethnologue et sociologue américain, auteur de « Planète bidonvilles » (Ab Irato éditions, 2005).
Reportage [7] sur une exposition photo de la favela Santa Maria, par des élèves de [8]l'atelier du photographe français Vincent Rosenblatt à la télévision brésilienne.
Links:
[1] http://www.favelatour.com.br
[2] http://www.favelinha.com/en/index.php
[3] http://www.youtube.com/watch?v=YHDzton3gic
[4] http://www.tvrocinha.com/interna.php?link=videosList.php§ion=18&page=8
[5] http://www.rfi.fr/francais/actu/articles/068/article_38209.asp
[6] http://www.autresbresils.net/article.php3?id_article=591
[7] http://www.youtube.com/watch?v=N1rqAoIoGe0
[8] http://www.olharesdomorro.org/nucleo/index.php?lang=fr&folder=projeto