
Hernani au Medef ! A lire le gros titre du JDD ce dimanche, on se dit que Laurence Parisot a décidé de faire rendre gorge aux « métallos » du patronat. Le prétexte ? L'affaire de l'UIMM, les millions de sa caisse noire dont personne ne tient à savoir où ils sont passés et un énorme golden parachute. La bataille entre Anciens et Modernes du Medef est lancée…
Chose rare : les noms d'oiseaux volent entre responsables du Medef
« Grossier, méprisable », lance Laurence Parisot, dimanche matin à la Une du Journal du dimanche [1]. C'est une « absence totale de respect » précise-t-elle, en évoquant la prime de départ négociée par l'ancien président de l'Union des Industries et Métiers de la Métallurgie quelques semaines après le début de l'affaire. D'après l'hebdomadaire Marianne, DGS a négocié une indemnité de départ de 1,5 million d'euros, ainsi que la garantie de voir l'UIMM prendre en charge les éventuelles conséquences fiscales de l'affaire judiciaire.
« Gardez votre sang-froid », répond dans la matinée Denis Gautier-Sauvagnac sur le site de Ouest-France [2], s'étonnant par la voix de son avocat, Jean-Yves Le Borgne, de la « véhémence » de la présidente du Medef.
Un dilemme juridique : l'indemnité de départ est-elle un dédommagement ou une manière d'acheter le silence de DGS ?
En négociant une indemnité de départ, qu'a donc voulu obtenir le bureau de l'UIMM ? Cette question va être au cœur de la réflexion des magistrats en charge de l'affaire. Car de deux choses l'une : soit on considère que c'est une simple transaction, lié à un litige entre un salarié et son entreprise ; soit on y voit une manière d'acheter le silence de DGS…
Furieuse d'interrompre ses vacances pour résoudre cette crise, Laurence Parisot a parfaitement saisi cet aspect du dossier, ainsi qu'elle le précise dans son entretien au JDD :
« Soit l'organisation a accepté de les prendre en charge parce que son délégué général agissait sur ses instructions, mais alors on a besoin de connaître toutes les responsabilités. Soit le délégué général agissait de son propre chef, mais alors c'est à lui seul d'en assumer les conséquences. »
Les conséquences ? La perspective d'écoper d'une peine de prison -fut-elle avec sursis- et d'une lourde amende, car pour le moment les enquêteurs n'ont eu d'explication que pour 3 des 20 millions d'euros distribués en liquide entre 2000 et 2007. Le reste ? Cela servait à « fluidifier les relations sociales » a indiqué l'ancien inspecteur des finances, mis en examen pour « abus de confiance ».
Si la transaction est confirmée -des perquisitions sont à prévoir dans les jours qui viennent-, alors l'UIMM pourrait être poursuivie pour « trafic d'influence » ou « subornation de témoins » qui sait.
Depuis l'élection de Parisot au Medef, l'UIMM n'est « plus faiseur de papes »
L'autre dimension de cette affaire est la recomposition en cours du paysage patronal français, dont le Conseil exécutif du Medef [3] donne un aperçu. Où les enjeux sont bien plus lourds que les quelques millions d'euros de pots-de-vin (puisqu'il faut bien les appeler ainsi) distribués par l'UIMM. Le Monde rapportait que depuis l'élection de Laurence Parisot à la tête du Medef en juillet 2005, un constat s'impose chez les héritiers du Comité des forges [4] : « L'UIMM n'est plus faiseur de papes ».
L'expression prend aujourd'hui toute sa saveur. Pour succéder à Ernest-Antoine Seillères (de la famille De Wendel, pilier du Comité des forges), la présidente de l'IFOP a dû s'appuyer à la fois sur les fédérations de services (banque, assurance), mais aussi sur la discrète Fédération française du bâtiment [5], dont le président Christian Baffy est devenu vice-président du Medef. Sans oublier un titre de trésorier qui ne l'a pas rendu très loquace depuis le début de cette affaire. Or, à elles seules, l'UIMM et le bâtiment assurent 40% des cotisations et des élus de l'organisation patronnale… Comment comprendre cette phrase de Laurence Parisot, autrement que par un « vous êtes avec moi ou contre moi »… ?
« Je veux rassembler tous les patrons qui exigent transparence et éthique, tous ceux qui sont prêts à se dresser contre les démonstrations d'opacité que certains nous infligent, et contre leur sentiment abusif d'impunité. »
Sarkozy : « Pas cette conne ! Elle n'a même pas été capable de rassembler les patrons pour moi ! “
L'anecdote a été rapportée par Ariane Chemin et Judith Perrignon, dans leur livre ‘Une nuit du Fouquet's’. Alors que Nicolas Sarkozy fête son élection le 6 mai 2007 avec ses cinquante-cinq plus proches amis, Laurence Parisot l'appelle pour le féliciter. Ces deux-là se connaissent bien, car ils étaient à Sciences-Po ensemble. Ils se tutoient. Mais soudain, surprise, le nouvel élu refuse de prendre la patronne des patrons en ligne, assénant un retentissant :
‘Pas cette conne ! Elle n'a même pas été capable de rassembler les patrons pour moi !
Fallait-il voir dans cette charmante apostrophe un simple avertissement ou un arrêt de mort ? En tout cas, le locataire de l'Elysée n'a pas vraiment ménagé la présidente du Medef, tandis qu'elle s'efforce à longueur d'interviews de justifier les positions les plus libérales de l'ex-candidat de l'UMP. En montant au créneau sur le mode du calmez-vous, madame Parisot’, Denis Gautier-Sauvagnac sait qu'il n'a pas dit son dernier mot. Le secrétaire général de la CGPME, Jean-François Roubaud, ne s'y est d'ailleurs pas trompé en analysant la crise sur France Info :
‘Il y a un vrai problème, c'est vrai, au niveau des grandes entreprises qui sont les adhérentes du Medef. Donc, c'est vraiment au niveau du Medef qu'il y a sans doute quelque chose à faire.’
On ne saurait mieux dire. Entre le scandale du financement occulte des Medef territoriaux par la médecine du travail [6] ou le système méconnu et obsolète des caisses de congés payés du BTP [7], Laurence Parisot a aussi quelques soucis à se faire.
Links:
[1] http://www.lejdd.fr/cmc/societe/20089/parisot-tout-remettre-a-plat_99413.html
[2] http://www.ouest-france.fr/12-05-UIMM-Gautier-Sauvagnac-repond-a-Laurence-Parisot-reunion-exceptionnelle-lundi/re/actuDet/actu_3631-576741------_actu.html
[3] http://www.medef.fr/medias/files/121924_FICHIER_0.pdf
[4] http://fr.wikipedia.org/wiki/Comité_des_forges
[5] http://www.ffbatiment.fr/federation-francaise-du-batiment.htm
[6] http://www.rue89.com/2007/11/07/medecine-du-travail-lautre-caisse-noire-du-medef
[7] http://www.rue89.com/2008/02/11/les-conges-des-ouvriers-du-btp-financent-le-medef