
Le vernis commencerait-il à s'écailler ? En lançant ses Etats généraux de la presse, le 2 octobre, Nicolas Sarkozy a exprimé sa volonté qu'ils « associent l'ensemble des acteurs concernés ». Tous ? Non, pas encore les lecteurs, et presque pas les sociétés de journalistes, qui ne sont ainsi pas conviées dans le groupe sur « le métier de journaliste ».
C'est ce que dénonce le forum permanent des sociétés de journalistes, qui a envoyé mardi un mail à Emmanuelle Mignon, l'ancienne directrice de cabinet du Président chargée de coordonner ce « Grenelle ».
« Pourquoi ceux qui ont été désignés présidents de groupe par la main de “Dieu” s'arrogeraient-ils le droit de choisir leurs interlocuteurs ? », se demande Jean-Michel Dumay, le président du forum des SDJ, qui en représente 27.
Les Sociétés de journalistes ne sont pas les bienvenues
Sur les quatre groupes [1] créés par Nicolas Sarkozy, seul un a proposé aux SDJ de participer à ses travaux : celui que préside Bruno Patino sur « Internet et les développements du numérique ».
Les trois autres (« le contexte économique », « presse et société », et « le métier de journaliste ») avaient décidé de se passer des sociétés de journalistes. Finalement, après avoir invité le secrétaire général du forum, François Malye, à titre individuel, François Dufour (« presse et société ») vient d'accepter qu'il vienne ès qualités.
Des deux autres groupes, toujours aucun signe ni aucune explication. « En théorie, des états généraux, c'est fait pour donner la parole à tout le monde », s'étonne Jean-Michel Dumay. « Pour nous, il y a donc tromperie sur la marchandise. »
Les journalistes, quantité négligeable du dispositif élyséen ?
Le forum est particulièrement surpris du silence de Bruno Frappat, qui préside le groupe sur « le métier de journaliste », au sein duquel les SDJ ont a priori une évidente légitimité à siéger. Le PDG du groupe Bayard Presse (et ancien directeur de la rédaction du Monde) a bien invité le Syndicat national des journalistes (SNJ), mais pas les SDJ, qui représentent les journalistes sur les questions éditoriales, et pas syndicales.
« C'est difficilement concevable » pour Dumay :
« Si vraiment ils voulaient accréditer l'idée d'un rassemblement de directeurs de journaux qui réforment la presse en fonction de leurs intérêts, ils ne s'y prendraient pas autrement. »
Joint par Rue89, Bruno Frappat n'a pas voulu faire de commentaire sur cette affaire.
A lire aussi :
► Nous irons aux Etats généraux de la presse… sans illusion [2]
► Sarkozy lance-t-il des « Etats placebo » de la presse ? [1]
Photo : Viseur de caméra, pendant le discours de Nicolas Sarkozy à l'Elysée le 2 octobre (Philippe Wojazer/Reuters).
Links:
[1] http://www.rue89.com/2008/10/02/sarkozy-lance-t-il-des-etats-placebo-de-la-presse
[2] http://www.rue89.com/2008/10/02/nous-irons-aux-etats-generaux-de-la-presse-sans-illusion