
(De Grenoble) La tendance « gay friendly » du rugby français se confirme. Figure de proue, le Stade français, ses innovations vestimentaires (du rose, des fleurs) et son incontournable calendrier de joueurs nus [1], posant dans des positions équivoques. Mais des équipes de joueurs homos se sont aussi formées, comme la Mêlée alpine à Grenoble.
La ville n'a pas d'équipe dans l'élite du Top 14. Il y a bien une tradition rugbystique, et un club historique en Pro D2, le FCG. Et puis il y a la Mêlée alpine. Un club comme un autre, avec un effectif, un maillot bleu… et une orientation sexuelle assumée : quatorze des quinze joueurs que compte l'équipe sont homosexuels.
« On est d'abord là parce qu'on aime ce sport »
Christophe Solignac, entraîneur-joueur, a créé le club en 2004. Il a eu l'idée en lisant un article dans le magazine Têtu, consacré au club parisien Les Gaillards, à l'époque unique exemple d'équipe gay en France (on en compte aujourd'hui six).
« J'ai participé à des forums de discussions avec les créateurs du club, et puis le recrutement s'est fait sur Internet, sur des sites de rencontres pour homosexuels. »
Petit à petit, l'effectif grossit, alimenté par des passionnés de la région. « A l'origine, il y avait avant tout le plaisir personnel », souligne-t-il. Le fondateur revendique une enfance baignée dans le rugby ; chez lui, la passion prend le pas sur le militantisme gay. Le club n'organise pas d'actions spécifiques de défense des droits des homosexuels. Leur seule revendication : prouver que les gays aussi peuvent jouer au rugby.
Le site internet du club [2] par exemple, affiche sans ambages la réalité : « La Mêlée alpine, l'équipe gay de rugby de Grenoble. » S'il n'est pas obligatoire d'être homosexuel pour intégrer l'équipe (qui n'appartient pas à une ligue affiliée à la Fédération française de rugby), autant dire qu'il vaut quand même mieux être à l'aise avec le sujet.
Le milieu du rugby, une « grande famille » plutôt tolérante ?
En se fiant aux clichés circulant sur le sexisme des joueurs de rugby, on imagine les difficultés d'intégration de la Mêlée alpine. Et pourtant : « Notre expérience a toujours été positive », affirme Christophe Solignac, « le rugby est un peu comme une grande famille ».
Dans l'élite du rugby français, aucun joueur n'a jamais publiquement affirmé son homosexualité. Le sujet est même souvent prétexte à des blagues, de plus ou moins bon goût, dans les vestiaires (le fameux « coup de la savonnette », par exemple).
Lorsqu'on lui parle des propos lestes que tiennent parfois les joueurs de rugby à l'endroit des homosexuels, Christophe Solignac ne cille pas. « Evidemment, je ne veux pas généraliser, car je sais que certains ont eu des problèmes sur les terrains de rugby. »
« On pousse, on n'est pas des tapettes ! “
Les membres de l'équipe qui jouaient dans des clubs ‘traditionnels’ auparavant expliquent volontiers qu'ils n'y subissaient pas de brimades ou de discriminations particulières. Rejoindre la Mêlée alpine leur a cependant permis d'afficher ouvertement leur homosexualité sur le terrain. A Grenoble, où ils affrontent le plus souvent des équipes ‘hétéros’, il n'y a jamais eu de débordements ou d'insultes homophobes.
Il ya peu, les joueurs rencontraient leurs homologues parisiens des Coqs festifs [3] et lyonnais des Rebelyons [4], pour une journée de rencontres amicales. Le spectateur moyen peut sourire en entendant certaines phrases, comme ce ‘on pousse, on n'est pas des tapettes ! , qui prend forcément un sens particulier dans le contexte.
Au programme de la journée : apéro, matchs et troisième mi-temps dans un bar du centre-ville. Rien que de très banal, finalement. Et c'est sûrement la plus grande victoire de la Mêlée alpine.
Links:
[1] http://www.stade.fr/dieuxdustade/
[2] http://lameleealpine.free.fr/
[3] http://www.rugbygayparis.izihost.com/
[4] http://www.rebelyons.com/