Déportée à 16 ans, cette proche du Président a des mots très durs contre "l’adoption" de jeunes victimes par des écoliers.
De toutes les réactions hostiles, négatives ou simplement réticentes à la proposition de Nicolas Sarkozy concernant les enfants et la Shoah, il en est une, remarquable par sa violence, qui sort du rang : celle de Simone Veil, ancienne déportée à l’âge de 16 ans, proche du Président et qui était assise à sa droite au dîner du Crif mardi soir.
Elle a jugé que la proposition de Nicolas Sarkozy était » inimaginable, dramatique, injuste » .
Sur L’Express.fr, [1] l’ancienne ministre, dont le ralliement à Nicolas Sarkozy avait été un des temps forts de la campagne présidentielle, raconte que son sang » s’est glacé » en entendant le président de la République proposer que chaque élève de CM2 en France adopte un enfant victime de la Shoah.
» C’est inimaginable, insoutenable, dramatique et, surtout, injuste. On ne peut pas infliger cela à des petits de 10 ans ! On ne peut pas demander à un enfant de s’identifier à un enfant mort. Cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter. Nous mêmes, anciens déportés, avons eu beaucoup de difficultés, après la guerre, à parler de ce que nous avions vécu, même avec nos proches. Et, aujourd’hui encore, nous essayons d’épargner nos enfants et nos petits-enfants. Par ailleurs, beaucoup d’enseignants parlent -très bien- de ces sujets à l’école. »
L’ancienne ministre redoute également que cette idée puisse attiser les antagonismes religieux en France :
» Comment réagira une famille très catholique ou musulmane quand on demandera à leur fils ou à leur fille d’incarner le souvenir d’un petit juif ? »
Cette réaction remarquable s’ajoute au concert de protestations qui a accompagné dans tous les milieux cette proposition surprise de Nicolas Sarkozy. Seules quelques voix [2]se sont exprimées en faveur de la proposition présidentielle, parmi lesquelles celle de François Hollande, le premier secrétaire du PS, et celle de Marek Halter, qui l’a qualifiée d’ » initiative formidable » .
La sortie de Simone Veil permet, surtout, de s’interroger, une nouvelle fois, sur la manière de procéder du chef de l’Etat : comment a-t-il pu lancer une telle idée sans consulter cette femme dont l’histoire personnelle et le positionnement politique en font l’interlocuteur idéal avant de lâcher en pâture à l’opinion une bombe pareille ? Sauf à considérer que les idées de ses conseillers de l’Elysée sont au-dessus de toute contestation.
Quoi qu’il en soit, le jugement sans appel de Simone Veil risque fort de peser suffisamment lourd pour condamner cette initiative présidentielle à finir dans la poubelle, déjà passablement remplie, des fausses bonnes idées de Nicolas Sarkozy.
► A lire : Sarkozy et les adoptions d’enfants de la Shoah, l’éditorial de Rue89 [3]
Liens:
[1] http://www.lexpress.fr/info/quotidien/actu.asp?id=466002
[2] http://www.liberation.fr/actualite/societe/310190.FR.php
[3] http://www.rue89.com/2008/02/15/sarkozy-et-les-adoptions-denfants-de-la-shoah