(De nos archives) Neuf mois après notre enquête historique sur le tapis roulant de la gare Montparnasse censé vous propulser à raison de trois mètres par seconde mais toujours en panne et jamais dans le bon sens, on vient d'apprendre ce vendredi 21 mai de la RATP qu'il sera définitivement supprimé [1].
Il y a des conversations qui reviennent toujours sur le tapis. Le temps en Bretagne, le prix du pont sur l'île de Ré, les rillettes au Mans ou encore… le trottoir roulant rapide de Montparnasse à Paris. Mais si, souvenez-vous, il était une fois, en 2002, un tapis roulant presque volant, 11 km/h, le plus rapide du monde…
Il devait faire gagner une minute trente aux 110 000 voyageurs qui passent par la station chaque jour, sur les 183 m qui séparent les lignes 4 et 12 des lignes 6 et 13. Aujourd'hui, pourtant, quand il fonctionne, il va à la même vitesse que les autres tapis roulants, avec en supplément l'insupportable « gardez le pied à plat ».
Anselme Cote, chef de projet à la RATP, expliquait à l'époque :
« Pour un usager quotidien, ce sera 15 minutes de gagnées par semaine et 10 heures chaque année. »
Mais de dysfonctionnements en dysfonctionnements, la vie du tapis a été chaotique. Ainsi, certains Parisiens ou des voyageurs venus du grand Ouest qui passent pourtant régulièrement par Montparnasse jurent ne l'avoir jamais vu marcher. En ce moment même, il est au point mort, du 5 au 15 août.
Pour l'équipe de la maintenance du trottoir roulant à la Cnim, tout cela est normal puisqu'il faut profiter de ce mois de vacances où il y a moins de passagers. Il repartira bientôt à vitesse réduite et ensuite à grande vitesse. C'est sûr ! Même si un des agents confie qu'après quatre ans de travail dessus, à se faire régulièrement insulter par les usagers énervés, ce n'est pas drôle tous les jours…
Le problème est d'accélérer progressivement pour ne pas déséquilibrer les piétons. Le tapis roulant proprement dit, fonctionnant à vitesse élevée mais constante (9 km/h maintenant), est précédé d'un variateur de vitesse permettant d'accéder, puis de quitter le trottoir.
Une main courante est disposée de chaque côté sur toute la longueur. C'est notamment elle qui a des ratés. Mais le tapis étant très long (183 m), cela multiplie les possibilités d'usure ou de cassures mécaniques. Et dès qu'un petit boulon dérape, tout s'arrête, ou presque.
4,5 millions d'euros, rien que pour l'aménagement. Financé à 50% par la RATP, 25% par le Stif [2], 25% par la Région Ile-de-France. Aucune information sur le coût de la maintenance, assurée par la Cnim.
« Nous ne voulons pas communiquer sur un produit qui a été développé en partenariat avec la RATP et qui appartient au réseau RATP. La RATP est la seule entité habilitée à communiquer sur l'ensemble des équipements qu'elle utilise. »
Pourquoi est-il toujours dans le sens pour aller aux métros et pas pour aller aux trains (alors qu'il est plus grave de rater son train que son métro) ? En réalité l'objectif est d'alterner les sens, entre le matin et le soir. C'est possible grâce aux variateurs de vitesse de chaque côté qui sont identiques et qui permettent donc au trottoir rapide d'être réversible (en théorie).
De toute façon, le trottoir a été financé par la RATP, il est donc conçu pour aller d'un métro à un autre, pas du métro à la gare SNCF. Pour aller à Brest (disserter sur le temps) ou à La Rochelle (discuter du prix du pont de l'île de Ré), il faut donc prendre son mal en patience selon les heures.
Inutilisable ou fonctionnant à vitesse réduite la plupart du temps, le trottoir roulant rapide est un échec coûteux. Même s'il est au moins une source de travail inépuisable pour les équipes de maintenance de la Cnim. Cela pérennise des emplois. Du constructeur à la RATP en passant par les usagers, tout le monde a fini par se prendre les pieds dans le tapis.
Quand quelque chose ne marche pas et a coûté beaucoup d'argent (le PSG, Jérôme Kerviel, Bernard Tapie…), c'est toujours une source d'inspiration pour les internautes. Le trottoir rapide n'y fait pas exception. Comme cette vidéo pleine de tension en noir et blanc. Nul doute qu'elle a inspiré le clip Stress [3] de Justice. (Voir la vidéo)
Ou une plus romantique, qui s'amuse de la lenteur à Montparnasse. Une lenteur propice aux parades amoureuses. (Voir la vidéo)
Sur Facebook aussi, des groupes s'interrogent [4]. Dont un de plus de 300 personnes qui se demandent : « Mais pourquoi le tapis roulant “rapide” de Montparnasse ne marche jamais ? “ D'où ce commentaire désabusé d'une des membres :
‘Soit il marche pas, soit il est dans l'autre sens, et dans une même journée, ils sont capables de changer le sens pour que tu l'aies ni à l'aller ni au retour ! ’
Assurément, il y a conspiration. D'ailleurs, les hypothèses sur le non-fonctionnement sont multiples, plus souvent rêveuses que techniques comme celle-ci :
‘Il marche pour des essais de téléportation mais on ne le sent pas. Regardez bien vos montres la prochaine fois en marchant, les aiguilles vont s'arrêter jusqu'à votre arrivée.’
Photo : trottoir rapide roulant de Montparnasse (Quentin Girard/Rue89)
► Article déjà publié le 15/08/2008.
Links:
[1] http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5gDGIeKun7UI16ORwOdtwMr2IzA7g
[2] http://www.stif-idf.fr/
[3] http://www.dailymotion.com/relevance/search/stress/video/x58z2a_justice-stress-official-video_music
[4] http://www.facebook.com/wall.php?id=7990049433#/group.php?gid=7990049433