Published on Rue89 (http://www.rue89.com)
Le ciné muscle ses sorties d'étés: douze films à ne pas rater
By Olivier de Bruyn
Created 07/03/2008 - 12:35

Séance de ciné en plein air à La Villette (aéroporc/Flickr).

Longtemps, l'été venu, l'amateur de cinéma n'avait plus que ses yeux pour pleurer. Hormis une poignée de blockbusters hollywoodiens et des fonds de tiroir baptisés « sorties techniques » (films ne sortant en salles que pour être ultérieurement exploités en DVD ou à la télévision), le cinéphile, durant deux mois, pouvait rester chez lui, réviser ses classiques sur son petit écran ou, au mieux, aller goûter aux charmes de quelques reprises.

Douze films à ne pas
rater cet été


2 juillet Les Sept Jours
Une famille en deuil. Des sentiments et des conflits se réveillent. Actrice et réalisatrice talentueuse, Ronit Elkabetz, incarnation du nouveau cinéma israélien, rend hommage à Bergman et signe un film intense.
► Lire aussi : « Les Sept Jours », fleuron d'un cinéma israélien en ébullition [1]

9 juillet Les Murs porteurs

'Les Murs porteurs', de Cyril Belblat (Zelig Films).

Une famille juive en proie à ses contradictions et à une mémoire douloureuse. Charles Berling et Miou-Miou donnent le meilleur d'eux-mêmes dans ce premier film prometteur signé Cyril Belblat.

9 juillet Le Voyage aux Pyrénées
Après « Peindre ou faire l'amour », le nouveau film étrange et perturbant des Larrieu. Sabine Azéma copule avec un ours (hors champ, soit). Jean-Pierre Darroussin incarne un acteur nommé André Dussollier. Il faut vraiment le voir pour le croire.

16 juillet Glory to the Filmaker
Aucun doute, Kitano est en crise. Dans ce film quasi expérimental, il met en scène un cinéaste (interprété bien sûr par lui-même) qui hésite sur le sujet de son prochain film et s'essaie à tous les genres. Résultat : une (auto)fiction « farcesque », hallucinatoire et inégale qui renseigne sur l'état de santé artistique du réalisateur japonais. Diagnostic réservé, mais les fans apprécieront.

23 juillet Falafel
Une nuit dans l'existence bancale d'un jeune Libanais. Michel Kammoun réussit un portrait sensuel et politique qui échappe aux clichés.

23 juillet Night and Day
La dérive d'un peintre coréen exilé à Paris. Réalisateur coréen hyper-talentueux (« Turning Gate », « La femme est l'avenir de l'homme »…), Hong Sangsoo signe une fable somnambulique et romanesque du meilleur goût.

30 juillet Fleur secrète
Sadomasochisme et initiation aux plaisirs venimeux de la chair. Une curiosité réalisée en 1974 par Masaru Konuma, un cinéaste nippon expert en la matière. Le film est inédit en France et, comment dire, il secoue.

13 août L'Empreinte de l'ange
Dans une fête d'anniversaire, une héroïne « borderline » (Catherine Frot, magistrale) croit reconnaître sa gamine décédée des années plus tôt. Délire ou pas ? Une fiction ambiguë et convaincante réalisée par Safy Nebbou.

13 août Gomorra
Matteo Garrone filme la Camorra napolitaine et son influence sur les habitants d'une cité déshéritée. Grand-prix du jury en mai 2008 à Cannes, un film discutable sur la forme, mais passionnant sur le fond.
► Lire aussi : Garrone enregistre la réalité de la Camorra, la mafia napolitaine [2]

20 août La Fille de Monaco
Un avocat, une présentatrice météo, un garde du corps. Une comédie noire d'Anne Fontaine sur le désir sensuel et l'utilité (ou non) d'y résister.

20 août Woman on the Beach
Second film du Coréen Hong Sangsoo à sortir sur les écrans cet été. Un cinéaste en panne d'inspiration entraîne un couple dans une cité balnéaire et entame avec eux un paradoxal jeu de dupes. Au programme : mélancolie, humour noir, cruauté.

27 août Le Silence de Lorna
Une jeune-femme d'origine albanaise plongée dans une sale affaire et le grand bordel du libéralisme. Le nouveau monument des frères Dardenne, cinéastes essentiels de l'époque.
► Lire aussi : L'obstination des Dardenne, en route vers une troisième palme [3]

L'été, disait-on, était une saison maudite pour les exclusivités. Le public potentiel ? En vacances. Les médias et la promo ? En veille. Les films ambitieux ? Il valait mieux les sortir à l'automne.

Conséquence : un embouteillage monstrueux sur les écrans en septembre-octobre (période considérée favorable), et une abondance de biens douloureuse pour le porte-monnaie des amateurs de salles obscures.

Les cinéastes n'hésitent plus à présenter leurs films durant les grandes chaleurs

Depuis quelques années, heureuse nouvelle, ça bouge ! Les distributeurs malins osent occuper les écrans durant la période estivale. Leur nouvelle politique s'appuie sur deux constats sociologiques incontestables. Primo, les spectateurs potentiels partant en vacances pendant deux mois se comptent sur les doigts d'une seule main. Secundo, on peut être friand en toute saison de films excitants, et les neurones des cinéphiles ne pioncent pas durant l'été.

Leur contre-programmation est récompensée par le tiroir-caisse. Ces dernières années, des films comme « Harry, un ami qui vous veut du bien » de Dominik Moll, « La Tourneuse de pages » de Denis Dercourt ou encore « L'Adversaire » de Nicole Garcia, tous sortis en plein été, ont obtenu des scores conséquents au box-office (plus d'un million d'entrées dans les trois cas).

Même constat pour des fictions récentes signées Ken Loach, Lucas Belvaux, Robert Guédiguian, Olivier Assayas ou Cristian Mungiu (Palme d'or en 2007 à Cannes), qui ont prouvé que les auteurs n'avaient rien à perdre en dévoilant leur nouveau bébé lors des grandes chaleurs.

L'été 2008 confirme et amplifie la tendance. Jean-Paul Varret, distributeur indépendant (Les Films du paradoxe), explique :

« Le paysage de la distribution ne cesse d'évoluer. L'embouteillage sur les écrans pose des problèmes insolubles. Les semaines de ce que l'on appelle “les bons mois”, par exemple en octobre-novembre, une vingtaine de films se retrouvent parfois en concurrence.

“Il faut s'appeler Madame Soleil pour savoir qui s'en tirera à peu près vivant ! On cultive de fausses idées sur ‘les bons mois'. Quant au concept de rentrée’, il ne veut plus dire grand chose. J'ignore quel sort réservera le box-office à ‘Falafel’, le film libanais que je sors le 23 juillet, mais, à cette période, incontestablement, la concurrence est moins brutale.”

“L'été, l'accès aux écrans est plus facile”

Pour les films d'auteur à “statut modeste” (pas d'acteurs connus au casting ; réalisateurs en devenir), le bouche à oreille joue un rôle prépondérant. En automne-hiver-printemps, la rotation des “œuvres” sur les écrans obéit à un rythme frénétique.

Et il n'est pas rare que certains titres ne demeurent qu'une ou deux semaines à l'affiche, sans avoir eu le temps de “trouver” leur public. Du coup, mieux vaut tenter la programmation décalée. Didier Lacourt, en charge de la distribution chez Diaphana, affine le constat :

“En 1997, nous avions sorti ‘Western’ de Manuel Poirier, un 27 août. A l'époque, ça paraissait un pari fou. Mais ça a marché. Quelques années plus tard, on a recommencé avec ‘Harry, un ami qui vous veut du bien’, sorti un 14 août. Nos confrères rigolaient. Mais le film a connu un succès formidable.

‘Aucun autre titre du même genre ne sortait durant l'été. Cette situation de non-concurrence représente un atout évident. L'été, il y a moins de films à l'affiche. L'accès aux écrans est ainsi plus facile et, surtout, les œuvres peuvent rester plus longtemps en place.’

L'exemple Diaphana a donné des idées à beaucoup de monde. Au risque d'un quasi-embouteillage estival ! Ainsi, le mois d'août 2008 proposera, dès sa deuxième semaine, une offre conséquente et variée. Le 13 sortiront simultanément ‘L'Empreinte de l'ange’, de Safy Nebbou, avec Catherine Frot et Sandrine Bonnaire, ‘Gomorra’, de Matteo Garrone (Grand Prix à Cannes en mai 2008) et ‘Versailles’, premier film signé Pierre Schoeller, avec Guillaume Depardieu. Trois films d'auteur ambitieux en face d'un mastodonte : le nouveau Batman.

‘Une telle situation aurait été inenvisageable, il y a encore trois ans, poursuit Didier Lacourt. Évidemment, je préférais quand nous étions les seuls à relever le pari. En même temps, si l'étalement des sorties s'effectue de façon plus cohérente, tous les distributeurs ont à y gagner.

Certaines périodes en automne et en hiver, notamment celles correspondant aux vacances scolaires, sont tellement encombrées qu'elles finissent par être meurtrières pour les films d'auteur.’

Des avantages en nature

Autre atout non-négligable pour les sorties estivales : les frais de promotion. Entre la mi-juillet et la mi-août, l'affichage (colonnes Morris, dos de kiosques…) coûte 40% moins cher ! Des économies conséquentes pour les distributeurs qui peuvent ainsi réinvestir les sommes économisées dans le tirage d'un nombre supplémentaire de copies ou dans le financement d'une campagne de pub dans la presse. Avantage en nature qui compense les difficultés rencontrées à cette période pour attirer les médias, majoritairement en sommeil.

‘C'est vrai, conclut Didier Lacourt, intéresser les télévisions et les grands’ supports pendant l'été n'est pas évident. Mais le constat vaut malheureusement pour toute l'année. Y-a-t-il une période où les films d'auteur sont à la fête dans les médias dominants ? ‘


URL source: http://www.rue89.com/2008/07/03/le-cine-muscle-ses-sorties-detes-douze-films-a-ne-pas-rater

Links:
[1] http://www.rue89.com/2008/07/01/les-sept-jours-fleuron-dun-cinema-israelien-en-ebullition
[2] http://www.rue89.com/cannes-2008/lobstination-des-dardenne-en-route-vers-une-troisieme-palme#gomorra
[3] http://www.rue89.com/cannes-2008/lobstination-des-dardenne-en-route-vers-une-troisieme-palme