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"Obama n'a pas gagné à Harlem, mais dans l'Iowa!"
By Guillemette Faure
Created 01/04/2008 - 11:32

Euphorie dans le quartier noir de New York, où étaient réunis des partisans du candidat à l'investiture démocrate.

Partisans d'Obama au Moca Lounge d'Harlem (Pierre Mendy)

(De New York)  » Vous vous rendez compte ? Un type qui s'appelle « Obama » premier ! … Et il n'a pas gagné à Harlem, il a gagné dans l'Iowa ! » Bill Perkins, sénateur noir élu à la législature de l'état de New York, enlève son chapeau en arrivant au Moca Lounge, à Harlem. Oui, lui, il l'avait soutenu. Il avait même été le premier du Congrès de l'Etat à se rallier publiquement à Obama. Mais de là à ce que l'Iowa, à 97% blanc, en fasse autant ! Dans ce bar de New York où l'association Harlem pour Obama [1] avait prévu de regarder les résultats des caucus de l'Iowa [2], personne n'y croyait vraiment quelques heures plus tôt. On espérait qu'Obama se place en bonne deuxième position. On ne s'attendait pas à pleurer de joie. Pour Bill Perkins :

 » Avec ça, on va pouvoir convaincre tous ceux qui doutaient… La nomination est déjà gagnée ! Tous les Harlems du pays ont gagné ce soir ! »

A y regarder de plus près, même à Harlem, ce ne fut pas aussi simple que cela. A l'époque de l'entrée en campagne de Barack Obama, un chroniqueur noir écrivait qu'il ne se reconnaissait pas dans ce candidat noir. En effet, le sénateur de l'Illinois n'est pas afro-américain mais africain et américain : de père kenyan et de mère blanche du Kansas. Comme il l'observe dans son autobiographie, » Dreams from my Father » , il a grandi à Hawai et n'a pas connu le racisme du Sud ou les ghettos du Nord des Etats-Unis. Ce soir au Moca Lounge, on en rigole, on accuse les médias d'y avoir accordé trop d'importance. Mais quand Obama, dans son discours, a remercié sa femme Michelle, une noire américaine de Chicago, la salle rivée à l'écran de télé s'est déchaînée en un tonnerre d'applaudissements.

Plus que son parcours atypique, le principal handicap d'Obama à Harlem, note Alima Berkoun, qui y habite depuis douze ans, c'est que personne ici ne le connaissait :


Mais le candidat à l'investiture démocrate est rapidement devenu une star, rappelle Bill Perkins :

 » Quand il est venu faire un discours à l'Apollo Theatre, c'est comme si James Brown était rescussité ! La queue s'étendait sur plusieurs pâtés de maison… Rien à voir avec la venue d'Hillary ! »

Un voisin influent nommé Bill Clinton

Car ce n'est pas seulement en Iowa que les supporters d'Obama ont craint la rivalité de la sénatrice de New York, mais aussi à Harlem. Après avoir quitté la Maison Blanche, l'ex-président Bill Clinton a en effet installé ses bureaux à quelques rues au nord de ce bar. Il était déjà populaire auprès de l'électorat noir, le geste en a fait une vedette du quartier (même si, rappelle-t-on chez les Obamaniaques, » il est venu sur la 125e rue parce qu'on lui a refusé un bureau sur la 57e » dans le centre de Manhattan).

C'est Charles Rangel, octogénaire noir et héros de Harlem, qui avait convaincu Bill Clinton de s'y installer. Resté fidèle aux Clinton, Rangel s'est rallié à Hillary. Les supporters d'Obama ont donc ramé pour trouver des soutiens à Harlem, note Alima Berkoun :


Alima se sent désolée pour Rangel. » Je suis sûre qu'il est malgré tout très ému ce soir à l'idée de la victoire d'Obama. »

Supporters d'Obama au Moca Lounge d'Harlem (Pierre Mendy)

Quant à ce qu'il reste de la popularité de Bill Clinton, que l'écrivaine noire Toni Morrison avait surnommé » le premier président noir » , Bill Perkins explique qu'il n'est aujourd'hui qu'un » riverain de Harlem » . » Bill Clinton n'était pas noir ! » , rigole Diane Dean, 58 ans. Elle trouve que » Bill était déjà trop centriste, et à en juger ses votes au Sénat, Hillary semble encore plus conservatrice » .

 » La charisme, ce n'est pas transmissible » , décoche de son côté Alima Berkoun, en référence aux discours notoirement plus laconiques d'Hillary Clinton :


La femme du président est troisième

Quand on l'entend, dans son discours post-scrutin, parler de politique en disant : » J'ai fait ça pendant trente-cinq ans » , une femme s'étrangle au comptoir devant ses mini-hamburgers. » Elle veut nous faire croire qu'elle a été présidente… » Karen Slanicka, la trentaine, appartient plus aux anti-Hillary qu'aux fans d'Obama : » Elle n'a jamais rien fait » , l'assassine t-elle. Un repproche que lui fait également Alima Berkoun :


A la télé, un analyste politique répète en boucle que » la femme du président est troisième » . » C'est fini, elle ne pourra plus présenter sa nomination comme quelque inéluctable » , se réjouit Michael Washington, l'homme qui a pris en charge l'association Harlem for Obama. Il fait circuler des feuilles d'inscription pour les bénévoles prêts à se mobiliser pour la campagne :

 » Il faut que vous soyez à 7h00 du matin à distribuer des tracts à la sortie du métro, surenchérit Bill Harkins, si vous ne pouvez pas, 7h30 ira aussi. »

Après l'annonce de la victoire d'Obama, au Moca Lounge (Pierre Mendy)

Des fiches d'inscription pour sympathisants sont posées à côté des flyers des » lundis martini » du bar. Maintenant, il faut aussi gagner la primaire de New York. Sur l'air de » New York, New York » , quelqu'un chante » If you can make it in Iowa, you can make it anywhere » . Si vous pouvez y arriver en Iowa, vous pouvez y arriver n'importe où.

Photos : Pierre Mendy/Harlem 4 Obama


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Links:
[1] http://www.harlem4obama.com/
[2] http://www.rue89.com/blog/campagnes-damerique/caucus-de-liowa-huckabee-et-obama-par-ko