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Front national: que faire pour ne pas disparaître ?
Par Guillaume Bouchet
Créé 05/08/2007 - 15:24

1/ Le constat. Il est encore plus lourd pour le FN au soir du second tour. Tout d’abord, la forte participation de 83,97% des inscrits montre que les consignes « d’abstention massive » donnée par Jean-Marie Le Pen lors du défilé du 1er mai n’ont pas été suivies. Même si, effectivement, le nombre de bulletins blancs ou nuls a doublé en quinze jours (3,53%).
En observant attentivement le vote Sarkozy et ses 19 millions d’électeurs, il est clair que le candidat de l’UMP a asséché les zones lepénistes. Qu’elles soient traditionnelles, comme la ceinture méditerranéenne des Alpes Maritimes, du Var et des Bouches du Rhône, ou plus récentes comme l’Alsace et le Nord. Dans le Bas-Rhin et le Haut-Rhin, Nicolas Sarkozy est plébiscité (65,5%), y compris dans les communes rurales ayant massivement accordée leurs suffrages au FN ces dernières années. Seules lueurs d’espoir pour le président du Front national, les communes du bassin minier du Pas-de-Calais (Wingles, Béthune, Lens) où l’abstention est supérieure à la moyenne nationale indiquent que les partisans d’extrême droite ont encore de belles réserves pour les scrutins à venir.
Après une telle claque électorale, il sera compliqué de rétablir une dynamique conquérante pour contrer ce que Le Pen nomme le « hold up électoral » du futur président de la République. D'autant plus que le parti ne s'est jamais vraiment remis de la scission de 1998, qui a décimé son appareil militant.

2/ Digérer la défaite. Récitant mécaniquement sur TF1 une déclaration écrite pour sa première réaction à l’élection de Nicolas Sarkozy, Jean-Marie Le Pen ne cache pas son amertume. A 78 ans, dont cinquante de vie politique, le vieux chef ne digère pas l’affront : « Vox populi, vox dei, les électeurs auront le président qu’ils méritent ». Avec son esprit de castagneur, jamais en reste d’un baroud d’honneur, Le Pen ne peut pas rester sur une défaite aussi cuisante.
Dans le film de Serge Moati, La prise de l’Elysée, diffusé lundi 7 mai sur France 3, Marine Le Pen a ce terrible aveu au lendemain du premier tour : « C’est vrai, ça fait mal au cœur, ça fait mal au cœur pour lui. Jean-Marie Le Pen s’est battu pendant trente ans pour ses idées et là, il y a quelqu’un qui arrive et qui rafle tout. Ça fait mal au cœur… » Psychologiquement, il ne peut en rester là. Il l’a d’ailleurs dit à plusieurs reprises au cours de la campagne : il sera là au moins jusqu’en 2009, pour les élections européennes. Et pourquoi pas en 2012, a même glissé son épouse Jany Le Pen…

3/ Que faire ? En se positionnant sur les thèmes traditionnels du FN –sécurité, immigration, identité nationale- Nicolas Sarkozy a vidé de sa substance l’identité frontiste. C’est d’ailleurs pourquoi, dès 20h dimanche soir, le président du FN a tenté de repositionner son parti comme le seul à pouvoir incarner la protestation : « Le FN incarne seul l’espoir d’une autre politique ».
Pour l’instant, la seule porte de sortie est un retour vers les fondamentaux de la Nouvelle droite à la sauce Le Pen. A supposer qu’il les ait quittés un jour, car durant toute la campagne, il n’a cessé de tricoter anciens et nouveaux (précarisation économique, héritage républicain) thèmes de campagne. Comme toujours dans l’histoire du FN, Jean-Marie Le Pen va revenir à sa matrice politique d’origine apparue dans les années cinquante.

4/ Comment ? La campagne pour les législatives va être l’occasion de vérifier si oui ou non, le FN est entré dans une phase de déclin, à l’image du Parti communiste étouffé par François Mitterrand entre les législatives de 1978 et la présidentielle de 1981. Rien n’est moins sûr. Soit le parti reste définitivement en dehors de l’arc républicain, par incapacité à s’imposer dans une triangulaire ou une quadrangulaire aux législatives. Soit il parvient à conquérir un ou deux sièges à l’Assemblée nationale, à l’issue de circonstances favorables. La candidature de Marine Le Pen à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) sera à suivre de près. Après avoir longtemps hésité (le bassin minier est un peu loin de Montretout), l’ex-directrice stratégique de la campagne présidentielle a choisi cette circonscription parce qu’elle sait y avoir une chance de s’imposer, y compris dans un scrutin majoritaire. Et ceci grâce à un militantisme acharné (le FN remplace le PC dans l’offre d’espoir social) et à un chef local très dynamique : Steeve Briois est un proche de Marine Le Pen. Pour l’instant, aucune stratégie d’alliance n’est envisagée par les hiérarques de Saint-Cloud.

5/ Les rivaux à l’affût. Le Pen, père, le jure : l'heure de la retraite n'a pas sonné. L'objectif est de durer pour mieux asseoir la légitimité de sa fille. Marine Le Pen, 38 ans, est populaire chez les sympathisants, mais pas encore suffisamment politique pour déjouer les attaques de ses rivaux. Les héritiers qui tambourinent à la porte du Paquebot (siège du FN) sont nombreux. A l'extérieur, il y a Bruno Mégret qui appelle dès le premier tour, à un « congrès d'Epinay (sic) de la droite nationale » et Philippe de Villiers, toujours bien campé dans son fief vendéen où l'UMP le laissera tranquille. Le plus dangereux est certainement l'ennemi de l'intérieur, Bruno Gollnisch. Le délégué général du FN s'est d'ailleurs vu confier la conduite de la campagne des législatives. Jean-Marie Le Pen appliquant le vieil adage : diviser pour mieux régner.


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